LA RESTITUTION
— Il prend donc les deux sœurs? dit une autre dame.
— C'est bien ce qu'il avait de mieux à faire, reprit une voisine, car V\me ne saurait vivre sans Vautre.
— ; Le bon Dieu lés bénira, disaient de pauvres gens que Georges n'avait pas oubliés...
Dne musique harmonieuse vint imposer silence à ces menus propos qui sont l'appoint accoutumé de ces cérémonies. Il ne fut pas difficile à Georges de reconnaître que l'habile Borghèse avait voulu élever vers le ciel ces chants pieux pendant que le prêUre bénissait leur union.
Tout le monde s'inclinait dans le recueillement, sous l'influence de ces accents si purs qui répondaient aux sentiments des fidèles réunis dans la petite église : chacun prenait sa petite part de ce bonheur.
Le bon abbé R. . . , confident des intimes pensées de Jeanne, adressa à l'assemblée une allocution touchante et ingénieuse. 11 avait pris pour texte ces paroles évangéliques : Cherchez et vous trouverez ; et, bien que le prêtre restât dans les généralités morales et s'absthit avec convenance de toute
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allusion atbc aventures des jeunes mariés, l'auditoire attentif se souvenait de tout ce que Georges avait su trouver par son esprit d'étude et d'observation, depuis une épingle Jusqu'à la digne femme qu'il était venu demander à Dieu à cette même place, et qu'il ramenait aujourd'hui devant l'autel de la Vierge.
Les voitures attendaient ; on repartit pour Paris après avoir échangé les plus tendres adieux avec quelques amis qu'on se promettait de revoir.
M. Wolff, qui avait voulu conduire Jeanne à l'é^se, présidait au festin qui fut donné dans son hôtel. 11 avait à sa droite la mariée, et à sa gauche la boime mère de Georges, tout heureuse du bonheur de son fils bien-aimé.
Georges était placé entre mesdames Wolff et fioi^hése, les deux fées bienfaisantes qui avaient préparé cette mise en scène ; la bonne madame Blanchemain était rayonnante.
[x)rsque Georges se trouva dans la petite cham" bre de Jeanne, elle se pencha sur son épaule, f Reprenez cette épingle, lui dit-elle à voix basse, elle est bien à vous. » Et la nuit enveloppa de ses voiles les souvenirs de cette heureuse journéç.
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C'est ainsi que moi, la pauvre petite épingle^ je rentrai au pouvoir de mon cher et ancien makre.
L'accroissement de sa fortune lui aurait permis une plus riche résidence d'été, mais il acheta de la bonne madame Blancbemain et il voulut conserver intacte la petite maison de Saint-Germain.
Si on demande comment j'ai pu raconter tant de circonstances auxquelles je n'ai pas assisté, il faut admettre, pour ma justification, que tous les événements de cette simple histoire ont été souvent répétés et commentés devant moi dans le jeune ménage.
Et aujourd'hui voulez-vous savoir encore où je
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repose? Reportez-vous à la petite chambre dont la vue s*élend sur riiorizon lointain, dont la fenêtre est couronnée de roses.
Un berceau est au milieu de la chambre, et autour du berceau chacun regarde en silence un bel enfant qui dort. Georges tient la main de Jeanne; Anna, la seconde mère du petit ange, s'occupe des mille détails de la maison. « Ce sera tout le portrait de Jeanne, » dit madame Blanchemain en savourant une prise avec satisfaction.
Et moi, pauvre petite épingle, j'attache le maillot bien blanc de l'enfant qui dort.
Mais ne me demandez rien de plus ! Nous quît-^ tons nos amis à l'apogée du bonheur que le sage peut rêver. Ces délicieux instants sont de courte durée; il faut prévoir que le malheur, hôte inévitable, garde tous ses droits, et l'épingle qui entend les battements de ce petit cœur, gage de l'avenir, la pauvre épingle — attachera peut-être un jour un triste linceul !
Cependant, dans toute fable, il y a une moralité; cherchons donc celle qu'on pourrait tirer de cette véridique histoire.
Si Georges n'avait pas aimé et respecté son père,