‹ Pour une mèreChapitre 1 sur 8 · LEA PE ER ER SUR PUR ER RAR · texte numérisé non relu

LEA PE ER ER SUR PUR ER RAR

Les scandales de la Sorbonne Pour une Mere

— Non, monsieur, la femme de Curie ne doit pas être soupconnée.

— Pourquoi donc?

—" Pouvez-vous ledemander? Mme Curie c'est l'honneur de l’ Unit ersité, c’est toute la science francaise:

— Tant que ça! Où frémit.é én -&ongeant que si cette fatale étudiante n’était pas venue de Pologñeitout exprès pour assister à la découverte-du radiumr, il n°} -aurait plus de science; française. BPW ya encore des patriotés assez;obtus pour considérer l'invasion des-métèqifes comme un fléau national!

— Ne plaisantez pas sur un pareil sujet.

— Vous en parlez, en effet, avec un sérieux terrible. On dirait vraient que l'affaire Dreyfus est retournée. Vous, l’ancien dreyfusard, vous invoquez « l'honneur de l'Université » du même ton que vos adversaires prononçaient jadis : «l’honneur de l’armée ». Et pour vous, farouche anticlérical, la Science, avec une majuscule, est devenue la Nouvelle Idole, dont les Grands-prêtres et les Vestalés sont infaillibles et tabous!

— Quand même il ne s'agirait que de l’honneur d'une femme, la presse devrait garder le silence.

— D'une femme? Je croyais qu'il y en avait deux?

— Il n’y en a qu'une intéressante. Vous avez lu, dans tous les journaux, que cette Mme Langevin est «une petite sotte indigne de son mari, et jalouse comme une petite ouvrière » ,

— Vous l’arrangez bien, vous et vos Journaux, et vous êtes vraiment bien venus à nous donner des lecons de galanterie.

— Notez que c’est elle quiacommencé.….

— À quoi faire? À se plaindre: ? Vous lui reprochez de crier parce qu'on a détruit son foyer et qu'on veut lui prendre ses enfants ?

— On vous répète que cette femme est une abominable mégère!

— Elle me fait plutôt l'effet d’une mère digne de tous les respects.

— Mais elle n’a aucun grief contre son mari, vous entendez, Cul Tout ce qu'elle a raconté aux reporters est un tissu de mensonges.

— On a pourtant parlé de lettres assez probantes…

— Il n'y a rien dedans, rien... Et l’on ne va pas, Je pense, tirer argument de ce fait que, dans ces lettres, Mme Curie tutoie Langevin... Oui, en camarade.

Tout le te sait que ce sont les ébi tudes du laboratoire : toutés les doctoresses. tutoient tous les docteurs

— Excusez-moi, j'ignorais qu’à la Sorbonne tout le oëde se tutoyàt de la sorte, comme à la Chambre et au bagne...

Et sans doute, si Mme Curie et M. Langevin nese rencontraient qu'au laboratoire...

— N'avaient-ils pas le droit de se voir ailleurs ? Et s'ils avaient loué à côté de la Sorbonne un petit appartement pour y prendre le thé et s’y reposer de leur collaboration, était-ce vraiment une raison suffisante pour. que cette imbécile Mme Langevin poussàt les hauts cris et déposät une plainte en adultère? Je vous demande un peu: au point où nous en sommes parvenus de l’évolution, aller saisir les juges de son infortune conjugale! Quelle pitié! Ce serait bouffon, si ce n'était odieux...

— Mme Langevin, si j'ai bien compris, n'a d'autre préoccupation que de défendre ses enfants. Et je vous accorde qu’en effet, ce n'est pas très modern-style, très nouvelle Sorbonne... Mais il y a encore en Francé quelqués braves tardigrades, qui auront le ridicule courage de ‘trouver qu'elle n’a pas tous les torts...

Pa

Voilà, dans tous les mondes, le sujet de tous les entretiens. On se croirait revenu aux plus beaux jours de l’ Affaire; et c’est, d’ailleurs, l’Affaire qui reparaît sous une nouvelle forme. Elle n'oppose plus deux France, comme on le disait jadis, mais elle montre bien, sous le jour le plus clair

ares

et le plus cru, la France aux prises avec le ramas de métèques, qui la pillent, la souillent et la déshonorent.

Ab! cette fois, ils paient d'audace! Ils ont « sorti » tout ce qu'ils ont pu pour nous intimider. Ce fut d’abord la respectabilité de la Sorbonne, le bon renom de la science française, car ils ont $i bien tout accaparé dans notre pays, que maintenant en toute occasion, ils disent : « La France, c'est nous! » Et ils le disent avec une si froide impudence, qu’on hésite un instant avant de leur rire au nez. |

Quand on a vu que le coup de la sciences ne prenait pas, nous avons eu, dans tous® les journaux juifs, le couplet sur la galanterie française. Il a été si bien filé qu'on a réussi, pendant quelques jours, à nous | donner le change. D'honnêtes gens ont dit, et j'avoue qu’à première vue j'ai pensé : comme eux: « C’est vrai. On n'a pas Île droit de fourrer son nez dans le curricu-\ lum vitaæ de Mme Curie. Qu'elle dispose de son cœur comme elle l’entend, ça ne regarde personne: Les hommes publics appartiennent aux journalistes, mais l'affaire Langevin est une affaire privée. »

Et pendant que nous nous tâtions, inter-.

rogeant notre conscience, avec le Îsen- à timent confus que nous allions encore »

être dupes d’une énorme mystification, les bons apôtres travaillaient de leur mieux à transformer l'affaire privée en affaire d'Etat. Ce n'étaient plus seulement tous les professeurs de la Sorbonne qui se.

he

liguaient contre la malheureuse Mme Langevin, ce nétaient plus seulement les

… Perrin, les Painlevé,. les Borel, qui se

concertaient pour la salir et lui tendre des

- pièges; c'était le préfet de police Lépine,

- c'étaient les anciens ministres Millerand, M Jean Dupuy et Poincaré qu’on appelait

à la rescousse, c'était toute la République,

D tout le « régime abject », qui faisait

- sienne la cause de. Mme Curie ét inscri-

- vait au seuil de son alcôve : Secret d'Etat !

On devinait bien pourtant que cela ne suffirait pas encore, et que, dans le grand silence de la presse terrorisée, quelques Journalistes indépendants seraient capa-

- bles d'élever la voix pour plaider la cause des victimes de cette monstrueuse cons-

» piration. C'est alors qu'Israël mobilisa ous ses lévites, ses spadassins et ses » coupes-jarrets. Ils multiplaient les défis,

h les appels du pied. « Si vous parlez, vous

- êtes un goujat, un misérable ! » Ce fut d'ailleurs la maladresse suprême. Quand j'ai entendu mener tout ce tapage, je me suis dit : « Qu'est-ce qu’il y a donc pour - qu'ils crient si fort? Quelle est la vérité . dont ils ont si grand peur? »

Cette vérité, j'ai fini par la savoir. Et

- cette fois encore, puisqu'on nous y oblige,

je ne balancerai pas à la dire, à la crier.

Je sais bien : il y a la terrible menace, Pont Mme Curie a fait suivre sa « protestation indignée » dans les colonnes du . Temps : elle fera condamner à de rui-

» neuses amendes les journalistes qui ose-

e Re d

ront parler, et, avec un sublime désinté= ressement, elle consacrera tout cet argent.

à de grands travaux scientifiques... Encore la Science!

C'est donc la Science, que, moi aussi, Je vais essayer de servir. Et j'écris, d’une main qui ne tremble pas :

Non seulement tout ce que Mme Lange:| vin adit est vrai, mais elle est restée fort} au-dessous de la vérité.

La vérité, c’est que, délibérément, mé} thodiquement, scientifiquement, Mme Cu} rie s’est appliquée, par les conseils lesf plus perfides, par les suggestions les plus viles, à détacher Paul Lanbes de‘ sil femme et à séparer sa femme de ses en:f fants. Tout cela est raconté avec cynisme! ou confessé avec inconscience dans les léttres, qui restent aujourd’hui la seulék défense de Mme Langevin, et que le sous directeur de l'Ecole alé M. Ermilek Borel, flanqué de M. Perrin, essaya vai:

nement d’arracher à son beau-frère, dansk le cabinet de M. Lépine, préfet de police

Aussi bien, que Mme Curie et ses che-} valiers se rassurent : nous ne publieronsh pas ses lettres, moins par respect pouik elle que par respect pour nos lectrices!k

Comme nous ne tenons qu’à donner lah mesure de sa mauvaise foi, lorsqu'elle 3 crie à la calomnie et se drape avec une sik théâtrale dignité dans le grand manteak

eg

. de la « Science francaise », il nous suffira … de reproduire le texte de l’assignation qui sera lue publiquement, le 8 décembre, à l'audience de la 9° Chambre.

Nous ne commettons donc, en somme, * aucune indiscrétion, ou si c'en est une que de faire connaître au public quelques jours plus tôt ce document judiciaire, pour déjouer les abominables manœuvres des bourreaux de Mme Langevin, je prends ayec une parfaite quiétude la responsabilité de cette anticipation.

Il y a d'ailleurs, dans le document que nous croyons devoir publier, un apercu … doctrinal d’un vif intérêt pédagogique :

- c'est la morale du « droit au bonheur »

qui s'y découvre avec un naïf et féroce égoisme.

Pourquoi, au lieu de mentir et de calomnier, au lieu de laisser mentir et calomnier en son nom, Mme Curie n'a-t-elle pas

le courage de sa pensée ? Pourquoi n'ose-t-elle pas avouer publiquement les idées « morales » qu’elle développe, dans - le privé, avec tant d'adresse et de chaleur ? Si eile avait dit : « Eh bien! oui, c’est vrai; et puis après? N'ai-je pas le droit de yivre ma vie comme il me plaît ? Et si j'ai choisi cet homme, pourquoi né l’aiderais- Je pas à rompre tous les liens qui le retiennent encore et qui l’empêchent de me suivre ? Le mariage, la famille, les enfants,

RE

nous Savons, nous autres savants, ce ques valent ces conventions surannées : rien deu tout cela ne tient ni ne compte, quand à4 parlé lamour, où ce qu'on décore de

ce nom. Notre. morale, la fameuse moralet scientifique, utilitaire, indépéndante, ibsénienne et nietzschéenne, se résume dans ce principe : '« Suis ta Joie! » C’esth ce que ije fais, allégrement, et je n’a aucun compte à vous rendre. Je me ris de vos traditions et de vos préjugés : je suis uneétrangère, moi, une intellectuelle, une affranchie ! Fichez-moi la paix... »

Si Mme Curie avait tenu ce langage, nous aurions dit : « Ce n’est pas français, mais cest crâne! » Et ce serait, au fond, bien plus habile que dé faire donner à toute la presse par M. Jean Dupuy la consigne de se taire (Droit, Justice, Vérité !) ou de spéculer, pour prévenir le Scandalé, sur les hésitations et les scrupules, que peut} nous inspirer, en pareille matière, notre vieille éthique bourgeoise. Etrange et double attitude de ces femmes qui seréclament# à tout propos des principes féministes !

Quand il s’agit de forcer une porte, d’obte-# nir un avantage, une place, un titre, un fauteuil à l'Institut, elles n’admettent pas que l’on distingue entre les sexes. Elles sont les égales de l’homme, elles exigent qu’on les } traite mêmement, et elles ne veulent pas d’unegalanterie, qui, disent-elles,n'est plus | que le masque hypocrite de la tyrannie virile. Mais quand ces femmes occupent, une des situations jadis réservées aux

hommes, quand leurs fonctions nous ont fait un devoir d'oublierleur sexe et dejuger leurs actes, leurs propos ou leurs écrits d’après des principes supérieurs aux conventions périmées de la morale sexuelle, ces mêmes femmes, le jour où elles se trouvent en fâcheuse posture, nous rappellent tout à coup qu'elles portent une robe et nous crient éperdüment : « Surtout, Souvenez-vous que je ne suis pas un homme ! » Elles prétendent ainsi cumuler tous les bénéfices de leurs « idées nouvelles » et de ce quelles appellent nos préjugés imbéciles.

Vraiment, ce serait trop commode. Non, Madame, il faut choisir. Il y a, du reste, des devoirs élémentaires qui priment ceux de la galanterie; et c’est un de ces devoirslà que je suis très sûr de remplir ici.

Nous demander le silence, pour vous permettre d’étouffer plus aisément la voix de votre victime ? Non, madame. Autant vaudrait, au nom de la g'alanterie française, laisser librement opérer les voleuses et les empoisonneuses. Autant vaudrait exiger de nous que nul ne souffle mot de laffaire Flachon, sous prétexte qu'il y a dés petites filles en cause. Au surplus, madame, je m'abstiendrai de qualifier votre conduite. Il y a, dans votre aventure, un homme à qui l’on peut s'adresser pour couper court à/celte farce jésuitique; cet ‘homme, vous ne réussirez pas à le couvrir de votre jupe : il s'appelle Paul Langevin.

Rien ne m'empêchera d'écrire que le mon-

Fes

sieur, qui, ayant réçu vos lettres et suivi vos conséils, laisse ou fait aujourd’hui trainer dans la boue par tous ses amis la femme qui porte son nom, la femme quirestera la mère de ses quatre enfants, cet homme-là, füt-il professeur au Collèce de France, n’est qu'un mufle et un lâche.

C’est en vain que l’on essaie d'engager l'Université dans cette aventure: son honneur n’a rien à voir avec des phénomènes de radioactivité, qui étaient déjà très sufsamment connus avant la découverte de Pierre Curie.

Page 1