‹ Pour vaincreChapitre 37 sur 66 · SUR ROBESPIERRE · texte numérisé non relu

SUR ROBESPIERRE

Comme l'esprit de Robespierre poussait tout à l'extrême, la défiance des généraux avait passé chez lui à l'état de cauchemar: il en était venu au point de s'affliger même de nos succès.

Peut-être un sentiment moins pur que l'amour de la liberté contribuait- il à nourrir cette disposition ; c'était celui d'une incapacité qui ne lui permettait pas de faire servir la guerre à sa propre élévation. Prieur (de la Gôte-d'Or) tenait de Carabon une anecdote qu'il m'a ainsi racontée :

(( Cambon, entrant un jour dans le bureau oii travaillait habituellement Carnot, n'y trouva que Robespierre, environné de cartes et de mémoires militaires. Il avait la tête appuyée sur ses deux mains, et de temps en temps il frappait la table du poing, en répétant avec dépit : '( Je n'y comprendrai jamais rien ! »

Une autre fois (c'est encore Prieur qui parle), Robespierre laissa éclater l'expression du même sentiment de^ vaut Garnot lui-même : arrivé de bonne heure au Gomité, il décacheta une lettre venue de l'armée du Rhin par courrier extraordinaire ; puis il la rejeta sur la table avec un mouvement d'humeur.

(1) Jlippolyle Ciirnot, t, i, p. ;{84,

246 POUR VAINCHE

Garnot entrait daus ce moment. Robespierre, s'adressant à lui, le pria de liii expliquer, la carte sous les yeux, le détail de l'opération décrite dans la dépèche, ce que fit Garnot avec complaisance. « Tu es bien heureux », dit Robespierre avec un accent qui révélait la jalousie plutôt que rhumiUté ; « que ne donnerais-je pas pour être militaire ! »

Gette conscience d'une inaptitude spéciale était le supplice de son orgueil (1).

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