‹ Pour vaincreChapitre 44 sur 66 · pooii VAiNCi'.E · texte numérisé non relu

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j'ai obtenu de Garnol au Directoire onze cents réquisitions ou congés, et plus de deux mille actes de bienfaisance en faveur des opprimés.

Un compositeur célèbre, mon ami intime, était accablé par la misère et la maladie ; ne pouvant le soulager moimême puisque je n'avais rien, ayant épuisé les ressources de mes amis, le mal et l'indigence augmentant, j'étais profondément affecté. C'était un lundi, jour où j'allais régulièrementdîner au Luxembourg avec mafamile. Garnot me demanda pourquoi je n'avais pas ma gaité ordinaire. Je lui contai le malheur de mon ami. Carnot en m'écoutant approchait de son secrétaire, placé dans une chambre voisine. Il l'ouvre, prend une somme raisonnable, me la met dans la main et me dit : « Tiens, tu donneras cela à ton ami. On ne 7ne paie pas régulièrement mes honoraires^ j'ai peu (largent, une famille nombreuse et beaucoup de malheureux à soulager ; je ne peux faire mieux. » Commue je le remerciais et que nous allions entrer au salon, il me serra fortement la main : <c Ah çà l je n'ai pas besoin de te recoynmander le secret. Surtout cache mon nom à ton ami ; les artistes ont une fierté qui tient au génie, faia comme si cela venait de toi ; de ta part il le recevra sa?i^ répugnance. » ■

Cinq malheureux prêtres des départements du Doubs et du Jura, dont trois sexagénaines, avaient été mis en réquisition pour les armées. Dans la crainte qu'ils n'exerçassent quelques fonctions de leur ministère, on voulait les faire partir comme soldats. Ils vinrent se cacher dans Paris. Instruit de leur situation, je vole chez Carnot. A peine eus-je commencé mon récit que je le vis s'essuyer les yeux. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il m'accorda leur demande. Mais comme il fallait quelques jours pour l'ex-

■^édition de leur congé (des congés à des prêtres de soixante ^ns !) Carnotme pria de retourner bien vite auprès de ces braves gens, afin de les rassurer et de leur défendre toule espèce de remercîment « parce qu'il n'avait fait que son devoir ». *

Un jeune homme^ fils unique d'un bourgeois de Paris, ayant obtenu un congé limité, n'avait pas rejoint son corps au terme prescrit. 11 fut dénoncé au bureau militaire par un ancien membre du Comité Révolutionnaire de sa section, qui rivalisait son père dans la même industrie. Le jeune homme se cache, on le condamne par contumace •comme déserteur. Affreuse désolation dans sa famille. On vient me trouver. Je conte Taffaire à Carnot, je lui montre des certificats de tout ce qu'il y avait de recommandable dans la section de Bonne-Nouvelle (c'était la sienne). Carnot hésite d'abord : raff"aire était délicate ; le jeune homme était dans son tort. Puis, après avoir réfléchi un moment, Carnot me dit : « 11 est vrai qu'ici c'est un dénonciateur passionné qui a causé le mal ; ce n'est pas la justice qui a fait un coupable par zèle pour l'exécution -des loiSj laissez-moi faire, je trouverai quelque moyen. » il en trouva, dans son ingénieuse humanité, non pas seulement pour sauver mon pauvre jeune protégé, mais pour le rendre tout à fait à sa famille qui en avait grand besoin.

.. Et je ne dis rien de l'aff'abilité de son accueil, de la patience qu'il mettait à écouter et du zèle avec lequel il se prêtait à obliger.

L'auteur ajoute : « Carnot" faisait examiner scrupuleusement toutes les pétitions, mémoires ou lettres que je lui portais, parce qu'il se défiait de son amitié, et qu'il craignait toujours de faire pour un ami plus qu'il n aurait fait pour tout autre. »

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EÈt ailleurs : « Un jour les administrateurs des domaines nationaux crurent dev^oir avancer son jeune frère au détriment de quelques plus anciens de service. Le Directeur s\y opposa formellement et fit donner la place à celui que cette faveur en aurait ^ivé. Je crois que ce même frère de Carnot fut destitué par la régie après le 18 fructidor.

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