LÂ DERNIÈRE POÉSIE DE LAZARE CARNOT LE SOLILOQUE D'UN VIEILLARD
J'ai parcouru le cercle de la vie, J'ai de chaque âge éprouvé les désirs^, Tout ce qu'on craint, tout ce qu'on envie, Les biens, les maux, les chagrins, les plaisirs.
(1) C'était en 1818.
(2) llippoUjle Carnot, \. ii, p, 38S.
J"ai pu juger du prix de l'existence, Et comparer les objets de nos vœux :
Chez les mortels tout se contrebalance, Et le vieillard n'est pas le moins heureux.
Comme d'un point garanti des orages.
Je plane au loin sans risquer mon repos, Sur cette mer trop fertile en naufrages, Où si longtemps je fus battu des flots.
Mes premiers ans, mes douces rêveries.
S'offrent à moi comme un tableau vivant. Mais revêtu de couleurs adoucies, Tel qu'un lointain par le soleil couchant.
Désanchanté^ mais non pas insensible, Je tiens encore cà mes affections.
Moins ébloui, mais toujours accessible Au souvenir de mes illusions.
.Je te rends grâce auteur de la nature, Des jours sereins que tu m'as réservés, Oui dans mon cœur le sentiment s'épure, "Vers ton séjour mes yeux sont élevés.
Contents du sort, sans regrets, sans alarmes, A votre terme allez, ô mes vieux jours ! De l'amitié goûtez encore les charmes.
Et dans le calme achevez votre cours.
Un obligeant ami me communique, au moment de mettre sous presse, un écrit de M. N. Rioust ayant pour titre GARNOT et pour épigraphe Friiitur famâ sui, édite à Gand en 1817^ chez G. de Bussher et fils.
J'y lis, parmi d'autres, cette exquise chanson Je >e yeux PAS de Lazare Garnot, que M. N. Rioust présente ainsi :
(' Sa chanson Je ne veux pas est semée d'agréments, les réticences du meilleur ton la rendent piquante, et quelques idées morales viennent tout à propos voiler des préceptes d"amour, dont la finesse n'échappe pas à celles qui s'effaroucheraient de conseils ouvertement dangereux.