‹ Pour vaincreChapitre 61 sur 66 · JE NE VEUX PAS · texte numérisé non relu

JE NE VEUX PAS

D'où te vient cette fleur charmante ?

Elle est divine, elle m'enchante,

Disait Lucas, Donne-la moi, belle Thémire.

Monsieur, cela vous plaît à dire ;

Je ne veux pas.

Une Heur est si peu de choses !

Peut-on refuser une rose

A son Lucas?

Prends donc pitié de mon martyre.

Mais elle s'obstinait à dire :

Je ne veux pas.

290 POUR VAlNCriE

Cependant Lucas, par son zèle, Commençait à mettre la belle

Dans l'embarras.

Lucas, dit-elle, je soupire ; Mais ne croyez pas me séduire ;

Je ne veux pas.

Lucas ne perdant pas courage, Prenait enfin tant d'avantages

Sur ses appas, Qu'à peine à la pauvre Thémire Il restait la force de dire :

Je ne veux pas.

Mais on ne voulut point entendre Un refus fait d'un air si tendre,

D'un ton si bas.

La belle connut son délire Quand il n^était plus temps de dire :

Je ne veux pas.

Belles, de l'amant qui vous presse, Voulez-vous augmenter l'ivresse^

En pareil cas?

Tout en faisant ce qu'il désire N'oubliez jamais de lui dire :

Je ne veux pas.

Un peu plus loin, M. N. Rioust écrit : « Au mariai^e d'un de ses frères, il chanta. Un des couplets de sa chanson est remarquable ; il est l'abandon du cœur ; il peint les vertus essentielles de sa famille, l'amour à l'épreuve, l'union inaltérable. 11 en est peu, dit-on, qui offre à un si beau degré l'image des mœurs patriarchales {'sic). »

Puissions-nous dans votre ménage

Voir régner l'amour et la paix ! —

Qu'aucun soupçon, qu'aucun nuage

Ne vienne l'obscurcir jamais !

S'il est quelques pleurs à répandre, Pour vous aider vous voilà tous :

L'amitié fraternelle et tendre Consent à les verser pour vous,

M. Mathieu-Noël Rioust avait fait pa^raître à Paris en 1816, chez Téditeiir Péronneaii, un ouvrage sur Carnot. C'était l'exposé de la vie et des principes du grand rppuhiicain. Voici comment en 1819 Lazare Carnot s'exprima sur ce livre : « M. Rioust, que je ne connais point, a sans doute écrit dans une bonne intention ; il a pensé que j'avais besoin d'une apologie, et il l'a faite avec talent et sensibilité. »

C'est dire que cet ouvrage n'avait rien de subversif. L'auteur, un ancien prédicateur de Louis XVI, avait soixante-dix ans. Il avait donné des gages d'attachement à la famille des Bourbons. Il avait traversé la Révolution en témoin obscur ; c'était un royaliste libéral.

« Le livre de M. Rioust, saisi avant sa publication, fut aussitôt déféré aux tribunaux, que rien ne désarma, ni les antécédents de l'auteur, ni son grand âge, ni la loyauté de son but, ni la parfaite convenance de son langage. M. Rioust avait recommandé un régicide à l'estime publique. M. de Vatimesnil, substitut, crut devoir requérir contre lui 20.000 francs d'amende, 20.000 francs de cautionnement, 2 ans de prison, 10 ans de surveillance de la haute police. Les juges lui accordèrent la moitié de ses demandes, et le pauvre vieillard,' obligé de s'expatrier pour échapper aux cachots, alla mourir en exil comme celui dont il avait écrit l'histoire (1). »

'1) Ilippolyfe Carnot, t. ii, p. 593.

202 l'OUR VAINC1\E

M. Rioiist avait pu soustraire un exemplatro de son ouvrage à la saisie. Ayant passé la frontière, il le déposa, puis fit rééditer son œuvre à Gand;, en la faisant suivre du compte-rendu des débats qui avait précédé sa condamaation.

Voici le texte des décisions rendues :

Page 1