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aux autres ce don qu’il a reçu et que les autres peuvent aussi recevoir, d’après ce que nous avons vu précédemment. Sachant qu’il est un instrument, un aide de Dieu : (I Cor., III, 9), dans l’œuvre des vocations, on le verra à l’œuvre, se multipliant, trouvant sans cesse de nouveaux moyens d'action, se dépensant littéralement, et trouvant son bonheur à donner sa vie pour la gloire de Dieu et le bien des âmes, à l'exemple de son divin Maître Jésus.
Le prêtre zélé, on le reconnaît. Dans sa paroisse, il s’occupe de préparer et de discerner les vocations, et cela un peu partout : dans les écoles qu’il visite, dans le recensement de sa paroisse, dans les groupes d'enfants de choeur, au confessionnal et surtout au catéchisme ®. Sa conversation,
Voici un exemple de ce que peuvent faire le zèle, la prière et le culte de l’Eucharistie :
ans une paroisse nouvelle, composée de 90 familles, toutes occupées à cultiver ou à défricher les terres, le curé a prié pour obtenir des vocations : il a cherché à en découvrir et n’a pas craint de proposer la voie des conseils à plusieurs. Aujourd’hui, ce curé, d’un zèle vraiment admirable, a le bonheur de compter 4 filles missionnaires en Chine, 2 autres chez les Sœurs de la Charité, 4 petits garçons dans un juniorat, 3 élèves dans le séminaire diocésain et 9 filles dans les couvents y faisant leurs études. (2) En parlant de l'Ordre, mettez bien en lumière et en relief la dignité du prêtre, le caractère bienfaisant de son ministère religieux, de son influence sociale ; détaillez les beaux et prérieux avantages qui sont la rémunération de son apostolat. = En parlant de la messe, célébrez le bonheur que doit pee un prêtre, chaque jour, à tenir entre ses mains, ésus, l’incomparable ami ; à la Pénitence, à propos de l’absolution, décrivez l’allégresse de son cœur fraternel au moment où d'un pécheur, d’un réprouvé, il vient de faire un juste, un élu. = appelez souvent qu’un enfant doit s'estimer heureux d’être appelé à l’état ecclésiastique, car c’est pour lui une —. gloire et un grand bonheur. — Reecrut, sacerd,, 1914, p. 104,
ses pas et démarches tendent vers ce but.
On le voit répandre des petits livres et brochures qui peuvent impressionner favorablement et préparer des vocations ; il dispose d’une bibliothèque paroissiale qu’il tient sur un excellent pied et qui contient un choix scrupuleux des meilleurs livres ; il sait que la passion de lire est répandue partout et il trouve moyen d'’intéresser les jeunes gens, les jeunes filles, les mères de famille, à des lectures saines et édifiantes, bannissant ainsi de sa paroisse les lectures frivoles, mondaines, dangereuses, qui gâtent les âmes et les soustraient à l’action de la grâce (1),
Quand ïil découvre un enfant ayant une «piété le portant vers Dieu d’un attrait de dévouement marqué par de la générosité et des sacrifices », ne manquant pas d'intelligence et appartenant à une bonne famille, il se dit que cet enfant donne des espérances fondées de devenir prêtre
(1) Voici un exemple de l’influence des honnes lectures
faites dans la famille.
Dom François Régis, procureur de la Trappe à Rome, écrivait à ses parents :
« Vous ne vous doutez pas, mes chers parents, et vous en particulier, mon très cher père, que c’est vous qui m'avez donné les puonre idées de la vocation monastique.
ous vous rappelez qu'étant bien jeune, presque enfant, vous m'appliquiez, dans les soirées d'hiver, à lire la Vie des saints. C'étaient ordinairement des religieux, solitaires, cénobites, moines, anachorètes et autres, tirés de la Fleur des saints. Je paraissais uniquement occupé à ne pes faire de fautes, pour ne as être repris, et, en attendant, mon jeune cœur s’attachait à ce que je lisais. Mon imagination se représentait ces bons moines, avec leurs
exercices, et le bonheur qui leur en revenait. Dieu, gui :
fait tout concourir à ses fins, semait ainsi en moi les grains
e la vie religieuse qu'il a fait germer en son temps, et qui, se développant successivement dans mon cœur, m'ont conduit là où je suis. (DELBREL, p. 84).
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plus tard, et, s’il est possible, il le fait entrer dans un de nos collèges-séminaires, car il y a bien là le «quorum indoles et voluntas spem afferat » dont parle concile de Trente.
Nous ne saurions trop le répéter. Aider un enfant, un jeune homme, de ses conseils, peut-être même de son argent, pour lui permettre de devenir prêtre un jour, quoi de plus digne d’exciter le zèle d’un confesseur ou d’un pasteur d’âmes ? — Un prêtre de plus dans le monde, le saint sacrifice de la messe offert tous les jours, le bien considérable qui se fera par son ministreè, les prières adressées à Dieu pour un bienfaiteur, voilà ce à quoi nous devons penser et ce qui doit nous encourager à cultiver les vocations sacerdotales (1),
(1) On me racontait dernièrement un bel exemple de ce que peut faire entreprendre le zèle. Suivant le désir de ie X, un curé s'est mis à popsse la communion fréquente dans sa paroisse « crebris admonitionibus multoque studio.» Il comprit que la condition de succès, sine qua non, dans cette entreprise était de donner à ses paroissiens toute la facilité possible pour recevoir la sainte Communion, Le dimanche, et toutes les fois que cela était utile, il se rendait à l’église dès 5 heures du matin, pour entendre les confessions et distribuer la communion, non pas une ou deux fois avant la grand’messe, mais toutes les demiheures, ou bien près, selon les besoins. C'était là un travail inspiré par le zèle et qui dans le cas eut un succès considérable. A quelqu'un qui faisait remarquer que c'était trop de dévouement et que ce prêtre se faisait mourir, nulle réponse ne fut faite. — Ne pourrait-on pas soumettre les considérations suivantes? D'abord, est-il bien certain qu’un tel travail fera mourir celui qui le fait ? — En second lieu, les saints et le Christ lui-même ont-ils songé avant tout à vivre longtemps? Voyez : Notre-Seigneur est mort à 33 ans, saint Thomas d Aquin, à 47, et saint François-Xavier, à 46.-— Vraiment, qu'y a-t-il de regrettable dans le fait de mourir jeune pourvu que l’on résente au Seigneur des jours pleins. Consummatus in revi explenit tempora multa (Sap., 1v, 13). Et puis ne lisons-nous pas dans l’Imitation qu’il est si redoutable de mourir, souvent il est plus dangereux de vivre longtemps.
Beaucoup d'enfants, dit Mgr Dupanloup, qui auraient été prêtres, et bons prêtres, ne l’ont jamais été, parce qu’il ne s’est pas trouvé là un curé, un vicaire attentif et zélé, pour révéler à eux-mêmes ou à leurs parents la vocation naissante et la cultiver. (Cf.
DELBREL : Il faut semer les vocations, et LAHITTON, p. 325.) Le 10 septembre 1901, à la séance sacerdotale du Congrès eucharistique de Montréal, Mgr Maes, président de la séance, rapporta l’exemple d’un prêtre, mort après quarante ans de sacerdoce, qui . avait dirigé et aidé de ses deniers quarante jeunes gens devenus prêtre comme lui.
C'était une belle moisson et une belle couronne. On a dit qu’avoir un idéal c’est avoir une raison de vivre. C’est vrai. Un prêtre peut-il avoir un plus bel idéal, outre sa sainteté personnelle, que de préparer les jeunes gens à devenir d’autres Christ ?
Pendant les vacances, le prêtre zélé continue à s'occuper de ceux quil a dirigés vers le séminaire. Il les surveille, les attire à lui et s’efforce de trouver des moyens pour leur faire conserver les bonnes habitudes de communion fréquente acquises au collège, et leur faire éviter bien des dangers.
(Cf. Congrès euch. de Montréal, p. 566.)
Je ne dis rien pour le moment du séjour de l’élève dans le séminaire.
Qu'il suffise de faire remarquer que dans ce milieu l’œuvre des vocations n’est pas l'affaire de quelques-uns seulement : directeur, professeur, confesseur, mais de
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tout le personnel enseignant. II imjvrte que chacun comprenne son rôle de prêtre éducateur.
S'il s’agit de cultiver une âme pour la vie religieuse, le prêtre aura trois motifs principaux pour soutenir son ardeur au travail : le prix d’une âme dont on assure le salut cn la retirant du monde ; la gloire de Dieu, car un religieux ou une religieuse de plus où de moins dans le cloître c’est un lung acte d’adoration offert ou refusé à Die: par l'humanité ; la conversion des pécheurs et le salut des âmes en général, car Dieu, recevant chaque jour les prières et les mortifications de ces âmes qui vivent dans le cloître, fera descendre sur la terre des grâces plus abondantes.
D’après le Catéchisme romain, il y a obligation pour le confesseur et le pasteur d’âmes de s’appliquer à découvrir et reconnaître les âmes qui peuvent quitter le siècle ou qui doivent le faire pour assurer leur salut et pour répordre aux vues de Dieu.
Il y a, disait un vieux directeur, des âmes qui sont appelées et qui ne s’en doutent pas.— Combien de fois, disait un autre, j'ai entendu
(1) L'œuvre des collèges... re se conçoit pas séparée de l’œuvre des vocations ; impossible de faire sérieusement la première sans travailler à l'autre, sans s'appliquer à rechercher et à cultiver, dans les âmes de nos collégiens, les vocations sacerdotales, religieuses apostoliques. . .
La jugeant du point de vue de la oi, qui est celui où nous devons nous placer, je suis contraint A le déclarer — et vous ne pouvez pas ne pas être de mon avis — que si elle n’aboutissait qu'à former des chrétiens, ce serait une œuvre inférieure. Oh ! très grande assurément, puisqu’clle erait toujours des chrétiens, mais inférieure, relativement à celle qui produit des chefs de chrétiens, des procréateurs de vie chrétienne. — Enseignement chrétien, 1914, p. 279,
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des confidences comme celle-ci Ah! si on m'avait parlé de vocation dans ma jeunesse, si on m'avait alors facilité les ouvertures de mon âme, c’est de bon cœur que je serais devenu prêtre ou religieux, (DELBREL, p. 59.)
Le décret libérateur de P'2 X fera sans doute grandir une génération de jeunes gens et de jeunes filles qui présenteront un champ fertile à l’apostolat des vocations.
Les ouvriers plus nomireux se présenteront pour répondre aux différents besoins de la vigne du Seigneur, et les vocations seront multipliées parce que les intelligences seront pius éclairées, les volontés plus fermes dans le bien, les âmes plus désireuses de se donner dans le sacrifice. Mais pour cela il faut que les distributeurs du pain eucharistique qui fait germer les vierges et engendre les apôtres soient eux-mêmes des semeurs et des facteurs de vocations.
J’ai lu que Saint Ambroise mettcit tant d’ardeur à favoriser les vocations, que les mères tenaient leurs filles enfermées de peur qu’elles n’allassent écouter ses sermons.
Lui-même disait : «On me fait un crime d: ce qui a toujours fait la gloire des prêtres» Avec sagesse "t pruc'ence, imitons les saints: mais sous prétexte de prudence, ne nous tenons pas dans un mutisme ou une inaction + peu près complète. Prions, et ia sagesse nous sera donnée. J’ai désiré l'intelligence et elle m'a été donnée, j'ai invoqué le Seigneur et l'esprit de sagesse est venu en moi (Sap., VII, 7),
Chap. V—L'Enseignement de la doctrine
Voilà un autre moyen de multiplier les vocations.
Parlons d’abord de la vie religieuse. Il sera très avantageux de travailler à faire mieux connaître la doctrine sur la vocation et l'appel de Dieu, car il a été constaté qu’elle n’est pas suffisamment connue par tous.
Il y a des vérités sur lesquelles il convient de revenir souvent, devant les réunions particulières de jeunes filles ou de jeunes gens, dans les catéchismes et même dans les enseignements publics. Nous en citons quelques-unes.
Certaines personnes ont peur de la vie religieuse précisément parce qu’elles ignorent ce qu'elle est. « Sainte Scolastique disait que, si les hommes savaient combien sont paisibles les religieux dans leur monastère, le: monde entier deviendrait une solitude, on escaladerait les murs des couvents, et on renoncerait à tous les biens terrestres, comme le dit aussi sainte Madeleine de Pazzi. »
L'état religieux ne se distingue de celui de la vie chrétienne ordinaire que par les moyens de renoncement qu’il pratique ; sa fin est la même ; seulement l’âme y trouve une plus grande assurance de son salut (2a 22e, q. 184, a. 3). Cet état est proposé par notre-Seigneur à tous ceux qui le veulent embrasser, et il n’est pas néces-
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saire d'attendre un appel spécial pour y entrer. Ceci a déjà été traité au long dans un chapitre spécial.
Cependant le point principal sur lequel ii conviendrait d'insister serait peut-être ce décret du concile de Trente (ss. 26, can.
10) : « Si quelqu'un dit que l'état du mariage est préférable à l’état de virginite ou de célibat, et qu'il n’est pas mieux et plus heureux de rester dans l'état de virginité ou dans le célibat que de se marier, qu’il soit anathème.
Qu'il n’est pas mieux et plus heureux...
voilà ce que tous ne comprerrent pas ou ne comprennent qu’à demi. i’Apôtre (1 Cor., VII) donne la raison de cette supériorité affirmée par le concile de Trente... » Afin d’avoir moins de peine en ce monde et de pouvoir consacrer sans partage le temps si court de nos épreuves au salut de notre âme, il vaut mieux n'être pas engagé dans le mariage... Ceux qui se marient auront les tribulations de la chair ; or, je voudrais vous épargner. Je désire de vous voir dégagés des sollicitudes, continue l’Apôtre, c’est-à-dire, je vous conseille de vivre hors du mariage, parce que je souhaite que vous fussiez exempts de soucis, que vous n’eussiez de pensées que pour l'éternité.
Celui qui n’est point marié s'occupe des choses du Seigneur et de ce qu’il doit faire pour plaire à Dieu, tandis que celui qui est marié s’occupe du soin des choses du monde (de l’entretien ae sa famille) et de ce qu’il doit faire pour plaire à sa femme,
et ainsi il se trouve partagé, divisus est (1 Cor., VII).
J'ai entendu souvent des personnes du monde se demander si la mère de famille, par exemple, qui élève bien ses enfants, au prix de mille fatigues, et endure courageusement les tribulations de la chair, a plus de mérites que la jeune fille qui s’est donnée à Dieu dans le cloître et qui y passe sa vie tranquille, paisible, n’étant plus sor:mise à ces tribulations, à ces inquiétures et à ces fatigues qui accompagnent né-essairement le soin d’une famille parfois nombreuse. Dans la plupart des cas, j'ai entendu donner la solution en faveur de la mère de famille. On faisait assez volontiers exception pour la Soeur de Charité, mais on ne voyait pas que l’on pût comparer la Sœur contemplative avec la mère de famille, Que fait-elle, cette religieuse, pour gagner le ciel et mériter ? elle n’a pas la dîme de la misère de cette bonne mère qui élève ses dix, douze ou quinze enfants dans l’amour et la crainte de Dieu. — Et je sais qu'il ÿ a des jeunes filles qui fixent leur sort dans le monde avec cette conviction qu’elles auront autant, peut-être plus de mérites, qu’en se consacrant à Dieu dans un cloître.
Erreur profonde que tout cela et préjugés à faire disparaître. Evidemment, il ne peut être question ici de comparer deux individus, mais bien deux états, et c’est ce que faisaient les personnes dont je viens de parler. Non, il n’y a pas de doute possible, celui qui se marie fait bien, celui qui
ne se marie pas fait encore mieux, et possède, même ici-bas, une plus grande somme de bonheur.
Le mérite ne s’apprécie pas principale.
ment d’après la difficulté de l’œuvre à accomplir, mais d’après l’intensite de l’acte de la volonté qui se porte vers Dieu, libre de toute attache et procédant de la charité.
Or qui est plus libre, moins divisé que la vierge dans son cloître? Le monde n’est plus rien pour elle ; elle ne s'occupe que de Dieu seul. Nous savons qu’Adam, avant son péché, n'étant pas encore soumis aux misères de la vie, était dans un état plus propice pour mériter, et s’il n’avait pas péché, la virginité n’aurait pas été conseillée comme meilleure, ou du moins ne l'aurait pas été absolument pour les mêmes raisons qu'aujourd'hui. Il est tellement vrai que le mérite se mesure d’après l’acte de la volonté qui se porte vers Dieu et la charité qui l’anime, l’objet étant le même, que l’on peut dire sans erreur que la sainte Vierge tournant son fuseau méritait plus que saint Laurent sur son gril.
Objectivement, cette doctrine étant bien comprise, il ne faut pas oublier que, si les conseils n’obligent pas par eux mêmes, Notre-Seigneur a cependant exhorté ouvertement tous les hommes à les embrasser ; et après Jésus, saint Paul a dit : « Entre ces dons, ayez plus d’empressement pour les meilleurs (1 Cor., XII, 51). » Ce grave enseignement nous paraît surtout applicable à ceux qui ont reçu du ciel des talents plus
plus qu'ordinaires. On réclamera davantage à celui auquel on aura plus prêté, dit Notre-Seigneur (Luc XII). 11 ne faut pas enfouir dans la terre le talent reçu : or, saint Grégoire le fait remarquer : c'est enfouir le talent que de laisser le génie que l'on tient du ciel s'embrasser dans les œuvres de la terre. » (Berthier, p. 238).
Il sera aussi important de faire connaître la doctrine des meilleurs théologiens, sur les points qui se présentent les plus souvent en pratique. En voici quelques uns.
Il est bon d’exciter toute âme à la pureté de conscience, à la crainte des occasions de pécher et de lui proposer en même temps les avantages et l’excellence de l’état religieux. B. 113. Del., p. 54.
« Si l'intention de celui qui veut se faire religieux est bonne, et s'il n’existe aucun empêchement, dit saint Liguori, le confesseur, ni un autre, comme saint Thomas l'enseigne, ne peut, sans une faute grave, empêcher ni détourner le pénitent de suivre cette vocation, quoique la prudence puisse conseiller quelquefois d’en différer l’exécution, afin de mieux éprouver si la résolution est ferme et persévérente. » B. 128.
On est tenu de ne pas abandonner ses frères et ses sœurs dans une nécessité extréme. Dans une grave nécessité la charité permet de différer l'entrée en religion, mais n’en fait pas un précepte.
Un enfant ne peut abandonner son père ou sa mère dans une nécessité grave, un besoin ordinaire ne suffit pas. Si les pa-
rents dit saint Thomas, peuvent, sans l’assistance de leur enfant, vivre d’une manière telle quelle, aliqualiter, tout en étant un peu à la gêne, non honorifice, l'enfant n'est pas obligé pour cela d'abandonner les œuvres de perfection.
S' en restant dans le monde pour aider ses proches, l'enfant est moralement certain de ne pouvoir éviter le péché, alors il est déchargé de toute obligation ; le salut de son âme l'emporte sur toute autre considération. B. 136 — Dam. 348.
Des personnes disent : si la vocation religieuse vient réellement de Dieu, aucun délai, aucune épreuve ne saurait la détruire. Erreur grossière, répondrons-nous avec sain* Thomas, asse-ion gratuite, et je dirai presque hérétique. Appliquez cette doctrine à tous les points de la morale chrétienne, et vous renverserez toute l’économie du christianisme. Les lumières que Dieu nous envoie sont passagères et non permanentes.
C'est ce qui fait dire à saint Thomas que les divines invitations à une vie plus parfaite doivent être suivies sans retard, quanto citius. B. 169 — Dam. 338.
Des parents et parfois des confesseurs, retardent sans raisons suffisantes l'entrée en religion ou même y mettent des obstacles.
Grande est l'erreur et l'illusion de ceux qui ne se décident jamais à répondre à l'appel divin par crainte de ne pas persévérer. Celui qui accorde la grâce de vou-
sr dit Lessius, accordera celle d'achever.
Ceux qui se proposent d’abord de se marier, ou d'acquérir un emploi, et ensuite de servir Dieu dans le mariage ou dans cette charge, intervertissent l’ordre ; ils font passer avant ce qui ne vient qu'après. B. 208.
Il faut suute: ir, aider ceux qui commencent à vouloir, B. 223.
Sous prétexte d'éprouver une vocation, il ne faut pas faire languir dans le monde des âmes qui commencent à vouloir le quitter. On ne saurait, dit Lessius, donner en ce genre de plus pernicieux conseils. Le siècle n’est pas le lieu où il faut rester pour s'éprouver. B. 223,
Ils se trompent et trompent les autres, ceux qui disent que l’on peut se sauver aussi bien dans le monde que dans l’état religieux. (Suarez, L. I, c. 2, 10). Par conséquent, dans le doute, le péril est plus grave de rester dans le monde que d’entrer en religion, où les moyens de sanctification sont beaucoup plus nombreux.
En entrant en religion on pose un acte qui mérite un plein pardon de tous les péchés, c’est-à-dire que l’on obtient la râme grâce de pardon que dans le saint Baptême:
la rémission totale de la peine dûe au péché (2a 2æ, q. 189, a. 3 ; Suarez, L. VE, c.
XIIE, 4, 6,7). Donc après le Baptême, lu vocation à la vie religieuse est lu plus grande grâce que Dieu puisse, ici-bas, accorder à une âme.
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Mais le motif le plus commun peut-être et le plus pernicieux de ceux que l’on met en avant pour différer l’entrée en religion, et qui fait perdre nombre de vocations, c’est le suivant : Il faut connaître le monde avant de le quitter.
« Ne voit-on pas qu’en agir ainsi, dit saint Thomas (Opusc. 17), ce serait imiter la folie de l’homme qui, pour apprendre l’art de la navigation, irait s’aventurer sur une frêle barque en pleine mer et au milieu des écueils. Ce serait mettre de jeunes miliciens aux prises avec un ennemi formidable, sous prétexte de leur apprendre le maniement des armes.»
Calcul vraiment immoral, conseil funeste qu’on ne pourrait pas même donner à un ennemi, et que l’on donne à des enfants que l’on prétend aimer. Conduite indigne d’une âme honnête, indigne surtout d’un père, d’une mère. Voudriez-vous, sous prétexte d’éprouver la santé de vos enfants, les envoyer dans un pays ravagé par une maladie contagieuse ?... Vous voulez éprouver leur vocation ? Il y a dans les ordres religieux les années de probation. Dam. 336
Cependant qu’il se garde (le confesseur), dit saint Liguori, d’oser déterminer à un jeune homme l’état que ce dernier doit choisir, mais que seulement, se guidant d’après certains ‘r dices, il tâche, par voie de persuasion, de l’incliner à celui auquel il peut prudemment le croire appelé par Dieu. DEeLBREL, p. 58.
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Si le directeur ne doit pas déterminer lui-même le choix de son pénitent, assez nombreuses sont les circonstances où il doit, dans la direction particulière, suggérer à telle âme le désir du sacerdoce ou de la vie religieuse. En cet enfant, cultivé par vous de longue date, étudié de près et à fond, vous trouvez un cœur foncièrement aimant et foncièrement pur, composition exquise de fraîche innocence et d’ardentes tendresses, un cœur manifestement fait pour les ivresses chastes de l’amour divin, pour les joies pures de l’autel, et tel enfin que ce serait péché de jeter au monde cette perle rare, puis une piété, une intelligence, une énergie qui permettent de conjecturer que l’œuvre de Dieu aura en lui un excellent ouvrier de plus. Seulement, soit insouciance de son avenir, soit distraction ou étourderie, soit défaut d'initiative, il n’a jamais songé à prendre pour lui ces exhortations à viser plus haut, à choisir la vie la plus parfaite, que si souvent vous avez adressées à tout le collège, et qui peut-être, dans votre intention, se dirigeaient particulièrement vers lui. Et enfin, Dieu ne lui a pas parlé. Pourquoi? Mais peut-être, | tout simplement, parce qu’il comptait sur
vous pour parler à sa place et en son nom.
Parlant des directeurs, Bourdaloue dit que
souvent il arrive que ce que Dieu n’a pas voulu par lui-même nous révéler, c’est par leur bouche qu’il nous l’enseigne. DELBREL, p. 86. -
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Disons maintenant un mot de la vocation sacerdotale.
Vouloir le sacerdoce, tel que nous l’avons dit déjà en parlant de l'Eucharistie, c’es un acte de la volonté que l’homme ne peut Pas poser par lui seul ; il faut pour cela qu’il soit mû par la grâce de Dieu, tel que nous l'avons expliqué plus haut.
Il est donc évident que c’est Dieu qui fait les vocations et appelle au ministère des autels en conduisant l’homme par sa grâce, qu'il s'agisse de préparation providentielle ou de vocation au sens strict.
Mais Dieu a honoré l’homme jusqu’à lui permettre de coopérer à son œuvre dans les choses les plus saintes. Il pourrait agir seul, mais il ne le veut pas dans la plupart des cas. Dans la préparation providentielle des vocations, il veut que bien des choses se fassent par le ministère des causes secondes, particulièrement par celui du prêétre.
Ce que ce dernier pourra faire, outre ce que nous avons dit précédemment, et après avoir recherché et trouvé ceux qui, prudemment, peuvent être l'espérance d’une moisson future, ce sera de cultiver leur
intelligence et leur volonté en n'oubliant pas ce qui suit.
Il faut travailler à conserver dans leurs bonnes dispositions les âmes qui grandissent avec l'intention de se consacrer à Dieu plus tard. Celles qui n’ont pas encore d’idées arrêtées, doivent s'établir dans une parfaite indifférence pour les divers états, dans le
silence des passions, écouter le langage de la foi et dire avec le pieux auteur de l’Imitation (L. 3, c. 15) : « Seigneur, vous savez ce qui est le mieux, traitez-moi donc de la manière qui vous est connue, selon votre bon plaisir et pour votre plus grande gloire. Placez-moi où vous voudrez, et dis posez absolument de moi en toute chose. Je suis dans votre main, tournez-moi et retournezmoi en tor:s sens, à votre gré. Me voici, je suis votre serviteur, et prêt à tout.» Elles pourront ajouter avec l’Apôtre (Act., IX, 6) : Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?
Elles pourront aussi réciter cette prière conseillée par Lintelo (Prière et Vocation, p. 10). Tous les jours, à la sainte Messe, surtout dans l’intimité de la communion, un jeune homme pur et pieux s'offre à Notre-Seigneur en lui disant :
« Bon Maître, je ne connais pas encore vos vues sur moi, mais quelles qu’elles soient, d'avance je les accepte. Vous êtes mon Maître, au serviteur d’obéir. Je suis prêt à tout. Voulez-vous m’employer à la mission des âmes? je vous en bénis. Je ne mérite pas, je le sais, une telle faveur ; mais vous êtes bon et les besoins de votre
glise sont grands. Prenez-moi, Seigneur:
dussé-je quitter pour vous tout ce que j'ai de plus cher, je me regarderai comme trop heureux. d’acheter à ce prix le ciel et les âmes, mieux encore de vous témoigenr un faible retour d'amour. Ecce ego, mitte me.
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O Jésus, vous avez dit : Demandez des ouvriers. Eh bien, je veux être un ouvrier ; ne me repoussez pas.» Ou bien en récitant cette offrande : « Sacré Cœur eucharistique de Jésus, je vous offre par le Cœur immaculé de Marie, le sacrifice de ma vie pour le triomphe de votre Amour, pour la diffusion de la communion fréquente et quotidienne, et pour la multiplication des vocations religieuses et sacerdotale...»
Et puis, comment parler à un jeune homme rendu à la fin de ses études ?
Le Père Bouvier a écrit un opuscule qui lui a valu des lettres de félicitations et d’approbations de la part de théologiens tels que le cardinal Billot, Hurter et Lehmkuhl. Or, voici ce qu’il dit à la page 25 de « Notion traditionnelle de la vocation sacerdotale : »
C’est un directeur qui parle à un jeune homme. Nous y trouvons une direction en parfaite conformité avec la doctrine exposée jusqu'ici.
« Vous vous demandez quelle direction donner à votre vie, quel emploi faire de votre existence. Avec les talents que Dieu vous a prodigués, et que vous avez eu le bon esprit de développer en les cultivant, je ne sais combien de carrières s’ouvrent devant -ous où vous pouvez espérer de réussir ; vous n’avez vraiment que l’embarras du choix. Vous n’avez songé, ditesvous, qu’à la carrière militaire, et il semble bien que vous avez toutes les qualités qui font le vrai soldat. Mais Pourquoi ne pas
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vous dire que, si la carrière militaire est belle, la carrière du sacerdoce est plus belle encore. N'’entendez-vous pas l’Église qui fait appel aujourd’hui au dévouement de toutes les âmes généreuses ? Elle n’a, il est vrai, ni or ni honneurs à vous offrir, mais elle compte sur l’amour désintéressé de ses enfants. Ne seriez-vous pas heureux de répondre à cet appel de l’Église, et ne croyez-vous pas que votre ardeur trouverait un aliment assez noble dans les luttes de l’apostolat ?... Je ne demanderais pas mieux que de m’enrôler dans cette grande armée du sacerdoce, mais encore devrai-je être sûr que ce soit là ma vocatirn ?— Vous doutez de votre vocation ? Mais vous avez toutes les qualités intellectuelles et morales qui sont nécessaires au vrai prêtre ; aucun obstacle ni aucun engagement ne vous retiennent dans le monde ; par ailleurs, si vous répondez à l’appel de l’Église, ce ne sera que pour faire du bien, votre intention ne saurait être ni plus droite ni plus pure.
Aptitude, pureté d’intention et générosité, que peut-on exiger de plus ? — Ainsi vous croyez que je dois entrer dans le secerdoce ?
Non, je crois simplement que vous pouvez aspirer au sacerdoce, et que Pie laisse la chose à votre genérosité. 1) — Ce que vous
. (1) A combien de jeunes gens de profession nous pourrions adresser ces paroles du cardinal Pie : « O nos jeunes amis, en vous voyant dans ces cercles, dans ces réunions, sur ces places publiques, combien nous nous sentons portés à vous demander avec le P" de famille de l'Évangile : Pourquoi stationnez-vous debout, tout le jour dans l’inaction? Pourquoi erdez-vous vos belles et précieuses années à végéter, à chercher misérablement un emploi? »
me dites est grave. Avant de vous répondre,
permettez-moi de réfléchir. — Oui, réflé-
chissez, et surtout priez. A quelques jours de là, le retraitant se présente de nouveau à son directeur : — J'ai réfléchi, lui dit-il, j'ai prié, et il me semble que j'ai compris. Aprés toutes les grâces dont Dieu m'a littéralement comblé, je ne veux pas me dire toute :
ma vie que j’ai manqué de générosité envers lui, je serai prêtre. — Il ne m'appartient pas de vous dicter cette détermination ; mais cette détermination prise, je l’approuve de grand cœur. Dirigez-vous désormais vers le sacerdoce, et j'espère qu’un jour, si vous persévérez dans les sentiments qui vous animent, l’Église sera heureuse de vous recevoir et de vous introduire dans son sanctuaire.»
Voilà comment il faut proposer le sacerdoce à celui qui en a les aptitudes.
On le voit, ils sont vastes les horizons de l’apostolat des vocations, éclairés par la lumière de la pure doctrine de l’Église. Un jeune homme ou une jeune fille dans le monde peuvent prier pour obtenir la vocation religieuse, car c’est une grâce qui s’obtient, et ils n’ont pas à se demander avec angoisse et inquiétude si Dieu les veut vraiment dans la vie religieuse, car celui qui veut et est accepté, peut être sans au- Cune crainte sur ce point.
Un jeune homme peut demander pour lui-même la vocation sacerdotale ; sa mère, le prêtre qui en est chargé peuvent aussi la demander pour lui.
Quand donc, arrivé à la fin de ses études, un jeune homme est jugé idoneus pour le sacerdoce et quand il est accepté par l’évêque, il peut devenir prêtre s’il le veut, être sans inquiétude sur la question de sa vocation, et faire disparaître les hésitations qui ont pu le troubler jusque là.
J'ai voulu rappeler ces choses parce qu’elles me semblent en parfait accord avec les meilleurs auteurs qui ont traité le sujet délicat dé la vocation, avec le saint Concile de Trente,et avec la tradition la plus authentique de l’Église. Il nous reste maintenant à considérer que la source de l'esprit d’apostolat, c’est l’amour.