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ceux qui les écoutent en faisant passer devant leur imagination les plus captivants tableaux. Devant ces manifestations de l'enthousiasme pour un si brillant avenir, celui qui caresse timidement l’idée de devenir prêtre, un jour, n’ose pas entretenir ses confrères de ses rêves, tant ils sont différents de ceux qu’il entend décrire ! La conquête des âmes, en effet, et celle de la gloire se ressemblent peu et ont des moyens d’action bien différents ; il y a loin de l’ama nesciri et pro nihilo reputari de l’Imitation, aux deux filles immortelles, Leuctres et Mantinées, que laissait avec bonheur le héros antique pour perpétuer sa gloire.
Ces conversations sur des projets d’avenir mondain, si elles sont fréquentes, ne sont pas sans exercer une influence, sans laisser des traces, sans contribuer à former les idées, à orienter les goûts. Arrive la fin du cours d'étude, c’est le grand nombre, et quelquefois les plus intelligents, qui se dirigent vers les carrières qu'offre le monde, Cela contribue à établir une mentaiité qui se généralise, un courant plutôt favorable aux professions libérales ; et plusieurs, subissant l'influence de ce courant, auraient pris une décision différente, s'ils eussent grandi dans un autre milieu.
Ailleurs, il en est autrement : les vocations sacerdotales ou religieuses y sont nombreuses, et l’on pourrait dire qu’elles sont le résultat d’un esprit de tradition.
Là, les conversations roulent moins sur des sujets mondains ; on y respire une atmos-
phère plus religieuse, plus vivifiée par un esprit de sacrifice, et on éprouve un certain éloignement pour tout ce qui est vanité ou mondanité. (C’est le grand nombre qui aspire au sacerdoce, non certes à cause de l'honneur ou des avantages qu'il confère, mais à cause de l’œuvre à accomplir.
Il est facile de comprendre que, dans ces milieux, les élèves eux-mêmes deviennent des entraîneurs par leurs paroles, leur exemple de vie vertueuse, et leurs résolutions connues d’avances et généreusement exécutées à la fin du cours d’étude. Une telle manière d’agir de la part du grand nombre, composé des plus intelligents de chaque classe, crée un sillage profond dans le quel entrent plusieurs autres qui n’auraient pas suivi cette voie s'ils eussent été soumis à d’autres influences. Notre système de collèges-séminaires présente des avantages incontestables, mais il a aussi quelques inconvénients au point de vue qui nous occupe. (1)
Cependant les entraîneurs, les apôtres par l’exemple, dans une maison d'éducation
(1) Tous les efforts qui auront pour fin de frbpe la piété parmi nos élèves, tendent par le fait même à faire disparaître ou à diminuer cette influence contraire aux vocations religieuses et sacerdotales, mais ily a un moyen dont l'efficacité est incontestable et l'application facile,qui ne doit jamais être négligé. . C'est celui qui consiste à répandre la lecture de certains livres : annales des missions, vies d’apôtres ou de saints prêtres, de manière à impressionner les intelligences et les cœurs par des idées d’apostolat, qui à leur tour, feront naître les désirs et préprrmost les résolutions, conformément aux principes de ’idéo-dynamisme, rappelés plus haut. Ces mêmes prinripes feront comprendre tout le mal que peuvent faire les lectures, je ne dis pas corruptrices en soi, mais simplement dangereuses ou mondaines, telles que revues, jo. aaux, omans, dans lesquels on parle du monde et de ses vanités.
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ainsi que dans les paroisses, ce sont les prétres eux-mêmes, par la divinité et la sainteté de leur vie. «Le maître, écrit M. Lahargou, est placé au milieu de ses élèves un peu comme le christ au milieu de ses disciples, pour en être le guide et le docteur, c’est vrai: pour en être aussi l’exemplaire et le modèle qu'ils doivent aimer et imiter. Il est dans l’ordre que les enfants qu'il instruit aient les yeux fixés sur lui pour l’étudier et pour régler leur vie sur ses exemples. Il est dans l’ordre par conséquent qu'il se présente à leurs yeux fixé dans tout l’éclat de son sacerdoce. A cette coudition, il ne peut pas manquer d'exercer une influence très grande, qui profite à la fois et à celui qui la reçoit et à celui qui la donne, a: saverdoce auquel il amvne des disciples, au disciple qu’il élève jusqu’à la noble ambition d’être prêtre lui aussi, »
Sur une montagne de la Galilée, le Sauveur, un jour, enseignait ses disciples.
Après avoir énuméré les béatitudes, il leur annonce qu’ils sont le sel de la terre et la lumière du monde, et après avoir rappelé que le sel affadi n’est plus bon à rien, que l’on n’allume pas une lumière pour la mettre sous le boisseau, il leur dit : Ainsi que votre lumière luise devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres (Matt., V, 16.)
Sans doute, cette parole peut très bien s'appliquer à tous les chrétiens. (
. () « Néanmoins elle semble oubliée par certains catholiques qui ne font pas briller, par leurs affirmations et leurs revendications nettes et bien définies, la lumière de la doc-
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Mais c’est surtout au prêtre que s’adresse cette parole, lui qui est vraiment le sel de la terre et la lumière du monde, chargé par son sacerdoce de diriger les autres.
Le prêtre entraînera par sa sainteté personnelle, s’il donne constamment l'exemple de la patience, de la douceur, de l'égalité et de la suavité de caractère, de ce recueillement aisé qui n’a rien de singulier, en un mot s’il fait en sorte que tous ceux qui viendront en contact avec lui soient pénétrés d’un parfum d’éternité, comme dit saint Grégoire. ©
: trine et de la vérité catholique qu'ils portent cependant dans leur âme d'enfant de l’Église ; qui ne font pas voir aux adversaires de toute sorte leurs œûvres bonnes en leur donnant un caractère franchement catholique, mais qui s'ap.'ique:t plutôt à dissimuler leurs convictions religieuses ct à re pas paraître en public ce qu'ils prétendent être dans leu” vie privée. Une telle conduite, disons-le en passant, rappelle ce mot de L. Veuillot : « Le plus grand
- service à rendre aux incrédules est que les chrétiens soient chrétiens. Si le petit nombre de ceux qui fréquentent les églises étaient vraiment ce qu'ils devraient être, s'ils avaient la science et l'amour, En chanseraient le monde.» Mais ils n'étaient point de la race de c . ommes par qui le Seigneur a sauvé Israel. (1 Mach., v, 62). =
(2) Ut quisquis sacerdoti jungitur, æternæ vitæ sapore condiatur. Ou bien encore, s’il peut dire avec saint Bonaventure : Si formam Christi desideratis ad imitandum cognoscere, in meis hanc moribus considerate.
ous pouvons être l’instrument de Dieu pour semer dans les âmes des enfants les germes de la vocation, par notre vie, par notre personne même, par nos qualités et nos vertus.
La raison en est simple. Pour que le sacerc ce et l’état religieux attirent un enfant, il faut tout d’abord qu'ils lui plaisent, qu'ils contentent les meilleurs instincts de son âme -“'il les juge dignes de ses aspirations, de ses ambi-
‘tio .ais ‘sur quoi l'enfant jugera-t-il le sacerdoce et lé .cligieux? ce ne sera pas principalement sur la notion que nos instructions auront pu lui donner : apprécier des idées pures, des abstractions, ce n’est guère le fait de l’enfant, qui voit beaucoup moins par l'intelligence que par les yeux, par l'imagination et par le cœur. Il les jugera sur la personnification visible qu'il en aura devant lui, et cette personnification, c’est nous, prêtres et religieux,
A combien d'enfants une vie sacerdotale vertueuse a donné la première idée de la vocation ! Un prêtre, roccate Delbrel, qui avait su gagner le cœur d’un enfant confié à sa direction, lui demandait : « Que voulez-vous être plus tard ? — Prêtre, mon Père. — Pourquoi ? » Et l’enfant répondit :
« Pour être comme vous. »
Dans une séance sacer/lotale du Congrès eucharistique de Montréal, Mgr Maes, exhortant à l’apostolat par l'exemple personnel, cita le fait suivant. Un pasteur s'apercevant, le soir, que la porte de son église n’était pas fermée, partit pour aller réparer cet oubli. En passant dans le sanctuaire, se croyant bien seul, il se prosterna profondément et adora longtemps Jésus réellement présent dans l’hostie du
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tabernacle. Tout à coup la porte du confessional s'ouvre vivement, une femme en sort et se précipite vers le prêtre. « J'étais une incroyante, dit’elle, je n’avais jamais pu me convaincre que vous, prêtres, étiez
qui sommes en même temps ses maîtres ; il verra d’autres prêtres, d’autres religieux, mais il ne les verra qu’en passant : nous, il nous voit et nous observe tout le long du jour pendant plusieurs années : ce sera donc surtout d’après nous qu'il se prononcera, et l'impression qu'il aura reçue par nous décidera de l'attrait ou de l'éloignement que lui inspirera la soutane. De plus, un instinct lui dit qu’en fait de prêtres et de religieux, l’Église et ses parents ont dû choisir, pour le diriger et l’élever, ce qu'ils avaient de mieux : circonstance à noter, car elle rendrait doublement me‘vaise toute mauvaise idée que cet enfant pourrait concevoir, à cause de nous, du corps auquel nous appartenons. Faisons donc en sorte que notre personne et notre vie ne lui révèlent notre état que sous un aspect favorable, que notre profession, représentée par nous, ne choque en rien, Mails au contraire charme et séduise ses goûts les plus élevés, les seules par lesquels il faille l’attirer, si nous voulons que sa vocation soit sérieuse. (Dervnez, p. 91).
sincères quand vous parliez de la présence réelle. Maintenant, je crois comme vous.
Mon Père, baptisez-moi. »
Pour être un apôtre par l'exemple, le prêtre ne doit pas seulement briller par sa sainteté personnelle, mais aussi par sa science, je n’en veux pour preuve que ces paroles très autorisées de Mgr P.-E Roy, “uxiliaire de son Eminence le Cardinal Bégin : “Nous avons besoin d’un clergé instruit, qui soit vraiement maître dans les sciences où s'éclaire se nourrit et se forme l’esprit humain ; nous avons avons esoin d’un clergé qui affirme sa supériorité dans le savoir eomme dans le dévoûment, qui ne se laisse devancer par personne dans les divers domaines ou s'exerce l’activité intellectuelle.” (
Or, qui ne le voit? — Si, pour être en état de remplir avec avantage les fonctions de son ministère dans les différents milieux sociaux de nos jours, le prêtre doit être une vaieur intellectuelle, il s’en suit que si cette
(1) Les conseils que donnait, il y a 1500 ans, saint Jean Chrysostôme, ne seraient pas démodés même de nos ours : « Ce n’est pas pour un seul genre de lutte que nous devons nous tenir prêts ; la guerre que nous avons à soutenir est multiple, et divers ennemis nous attaquent à la fois. Ils ne se servent pas tous des mêmes armes, tous ne nous eg ce pas de la même manière ; il faut donc que celui qui doit lutter seul contre tant d'ennemis si différents possède leurs diverses tactiques ; il faut qu'il soit, en même temps, arbalétrier et frondeur, tribun et chef de manipule, soldat et général, également habile dans les combats de mer et de terre. Sur les champs de bataille, chacun repousse les assauts de l'ennemi, mi cela seul qu'il se tient au puste qu lui est assigné. Îl n'en est plus de même ici; quand on veut remporter la victoire, il faut être versé daus tous les genres de combats ; autrement, un seul point négligé suffit pour que le démon fasse pénétrer ses légions et dévaste la bergerie.s
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valeur fait défaut son ministère lui-même
. perdra de son efficacité, n'ayant pas le pres-
tige suffisant, et le sacerdoce deviendra par le fait même, en vertu d’une loi énoncée ailleurs, moins apte à être l’objet des généreuses aspirations d’un jeune homme.
Puis-je ajouter que le prêtre doit aussi
briller par ses œuvres sociales ? Dans tous
les siècles, le clergé s’est porté au secours du peuple selon ses besoins. (* Mais comme les temps changent et créent des besoins nouveaux, comme les erreurs, si elles ne
.(@) L'Église, à cette époque, subvenait à tous les besoins de la société : elle réparait la désorganisation de l'Empire ; à l'anarchie elle substituait l'ordre. Témoin la b le: histoire de saint Séverin, apôtre du Norique : vingt-cinq ans durant, cet ascète s'improvise ouverneur ; au milieu d’une popgisties abandonnée à elle-même, il exerce une sorte de dictature temporelle et spirituelle, et servit d'arbitre constant entre les Romains et les bar-
AP: j.
C'est en se mélant à l'existence des peuples, que l'Église les conquérait. Ce que les hommes d'a ors voyaient en elle, ce n'était pas seulement une consolatrice à longue échéance, qui rachetait leurs misères ou calmait leur soif
e Jouissances en leur promettant l'autre vie. Elle ne leur fournissait pas exclusivement un guide de la bonne mort. Au contraire, elle se jetait dans le monde avec eux, se présentait vraiment comme une maîtresse de leur
igeait leurs préoccupations quoti-
vie, de et dirigeait occu diennes ; elle les administrait, les unissait, les nourris-
- sait.
Ce n'est 2 en se tenant sur le seuil de la sacristie ni même dans l’atrium de la basilique, que le clergé chrétien, ans cette crise, orienta la civilisation : mais, grâce à ces gages de dévouement, par lesquels il répondit aux besoins matériel des peuples, il put éveiller en eux le sentiment de eurs besoins moraux. La jeune glise reconnut merveileusement qu'avant de faire comprendre aux hommes qu'ils ne vivent pas seulement de pain, il importe d’abord,
- et pour le succès même de cet euseignement, de veiller à
ce qu'ils aient du pain Rome à notre époque reproduit cette tradition lorsque, jalouse de conquérir ces prolifiques populaces qu'on appelle les nouveaux barbares, elle intervient par la voix de Léon XIII, pour rendre la terre plus
ouce aux pauvres, afin que le ciel leur Re moe plus lumineux, (Goxav, La Papauté et la population romaine, P.
sont pas toujours nouvelles, sont du moins des formes rajeunies d’erreurs anciennes, l’action du clergé auprès du peuple, pour conserver toute son efficacité, doit s'adapter à ces besoins nouveaux, à ces modifications de milieux et de tactique de la part des adversaires.
Il semble bien que ceci ne se rapporte à notresujet que d’une manière très éloignée.
Cependant, c’est plutôt le contraire qui a lieu, et voici comment. — J'ai connu un bon jeune homme, ayant toutes les aptitudes pour devenir prêtre, qui n’avait pas de grandes objections à se diriger de ce côté, mais qui finalement fixa son sort dans le monde. Il me disait qu'il n’avait pas d’attrait pour le sacerdoce ; et, au cours de la conversation, il me fit connaître les raisons de cette disposition de son esprit. Il connaissait ie curé de sa paroisse, saint prêtre toujours au poste pour les besoins de son
minis te “ur le jeune homme. le prêtre dans .. astère paroissial, c'était son curé i! ifiait un personnage avec un état. 1me il avait le cœur plein de géné-
rosité, il brûlait du besoin de se donner, de se dévouer pour son Dieu et son pays ; et ne voyant pas dans le ministère paisible du prêtre assez d’issues pour son activité débordante, il préféra le monde, où il pourrait faire plus d'œuvres et rendre plus de services à ses compatriotes qu’il voulait aimer beaucoup. — Si le prêtre de sa paroisse lui était apparu, à travers l’auréole de sa sainteté, comme un homme d'œuvres socia-
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les, et, par sa position même. capable de rendre les plus grands services à son pays après avoir servi son Dieu, je suis bien porté à croire qu’il aurait lui-même embrassé le sacerdoce. Je ne dis pas que ce jeune homme eut raison de juger et d'agir ainsi ; mais je cite un fait qui peut se renouveler, et cela suffit pour qu'il soit digne de fixer notre attention. D'ailleurs, comme les voies de la grâce sont multiples et comme les caractères sont aussi bien différents, ile ne répugne pas que les attraits, qui en définitive ne peuvent venir que de Dieu, aient pour véhicule l’exemple donné par un saint prêtre dont l’action sociale bienfaisante s’ajoute aux mérites déjà nombreux de sun ministère auprès des âmes.
Et pourquoi ne pas dire immédiatement un autre bien qui peut résulter de cette action sociale du prêtre. N'’est-il pas vrai que bien des conversions ont leur point de départ dans les services qu’un prêtre ou un missionnaire a rendus, au point de vue temporel, à un pauvre malheureux ? — Quelque chose de semblable peut avoir lieu dans un autre ordre. — Je suppose qu’un prêtre s'occupe, avec succès, à améliorer la condition de l’ouvrier des villes ou du laboureur des campagnes ; il lui obtient de meilleurs salaires, une habitation et un milieu familial plus agréables, fait cesser les folles dépenses, fait toucher des économies, et pour plusieurs, c’est une honnête aisance, si ce n’est pas une petite fortune à
l'horizon. — Tout cela Provoquera certainement la reconnaissance de ouvrier, du peuple, et l’amènera à mieux sir dans le prêtre un ami véritable, sincère et dévoué. — De là, à la confiance entière et a l’obéissance sans réserve, quand le prêtre donnera une direction en rapport avec le bien des âmes, il n’y a qu'un pas.
Je termine en citant un extrait du rapport de M. Lavallée, vicaire général du diocèse de Lyon, sur l’œuvre des vocations : «... À mes confrères je voudrais dire : ayez l’obsession de vous trouver des successeurs ; regardez partout, n’en laissez point échapper... Que cette idée du recrutement sacerdotal vous poursuive partout comme une hantise.. . Ah ! le rôle des prêtres dans le recrutement sacerdotal : il est de premier ordre. Si lo: voulait traiter cette question dans son ampleur, il faudrait avant tout parler de l’action que le prêtre exerce, si je puis dire, s” agir, simplement en vivant en prêtre: ,re en saint, il n’y a pas de moyen de recrutement comparable à celui-là. Donner à sa vie une belle image du sacerdoce, c’est le secret d’y attirer les âmes. Ce sont les réalités concrètes qui attachent, et, pour l'ordinaire, les idées nous meuvent quand elles nous apparaissent dans une forme vivante ; combien sont devenus soldats pour ressembler aux généraux glorieux de leurs h: toires ou aux officiers qu’ils avaient vus de leurs yeux. Et combien sont devenus prêtres ; our ressem-
bler... aux prêtres qu'ils avaient connus.
Il n’est pas rare que la première confidence d'une vocation se soit exprimée dans cette forme : « Monsieur je veux faire comme vous. » (Recrutement sacerdotal, t. 10, p.
Chap. IV. — Le Zèle
— On dit que le zèle est une « jalousie ardente de la gloire de Dieu et du salut des âmes. » Ceci est conforme à saint Thomas (1 (1a 2ue, q. 28, a. 6.) ; mais je préfère une autre définition en rapport plus direct avec notre sujet, et qui d’ailleurs se ramène à la première.
« Lorsqu'une âme possède un bien qu’elle apprécie et qu’elle aime, si elle est généreuse, elle ne veut pas le garder pour elle seule :
elle éprouve le besoin de le répandre autour d’elle. Cette impulsion, c’est le zèle. »
Pour qu'il y ait zèle, il faut donc qu'il y ait connaissance d’un bien possédé. Partant, dans :a culture des vocations religieuses et sacerdotales, le zèle sera d’abord l’intelligence des grands avantages de la vocation : être séparé des dangers du monde et occupé des choses de Dieu. Mieux cela sera compris plus grande sera l’estime pour
1) Le zèle est Le : expansive de l'amour : il en est la flamme jailisssante, et son ardeur se proportionne à l'intensité de son foyer. Plus on aime vivement un être, plus on veut lui plaire et servir ses intérêts ; plus aussi s'arme-t-on afin d'écarter ce qui peut lui déplaire ou lui nuire. De là ces deux formes essentielles du zèle : le travail et le combat. (TEsnière. Les Vertus sacerdotales, 17e méditation, sur le zèle, p. 403. Il faut lire en entier cette méditation).
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ce bien, plus fort sera le désir d'en faire jouir les autres et plus intense le mouvement de l’Ame pour réaliser ce désir.
Cette connaissance doit porter dans l’esprit une véritable conviction, car il est très vrai de dire que, pour avoir du zèle pour une cause, il faut d’abord une conviction profonde, laquelle ne peut être vraiment digne de ce nom qu’à la condition d'être baignée dans une pleine lumière intellectuelle ; autrement, on cst bien près de l’opiniâtreté, de l’obstination, de l’entêtement, choses qui relèvent plutôt d’une étroitesse d'esprit.
Qu'’une idée passe à l’état de conviction intime et profonde chez un homme, aussitôt il entreprendra de répandre cette idée, de ja faire prévaloir, de la faire accepter par tous. Elle devient toute la vice de cette homme, résume toutes ses aspirations et tous ses sentiments, s’enipare de toutes ses facultés, oriente tous ses efforts, le poursuit sans cesse, unifie et multiplie ses énergies, passe dans son sang et dans ses nerfs, s’incarne en lui, devient le centre vers !squel convergent tous les actes de son intei'iv: nce et de sa volonté, le terme de toutes ses activités, au point que l’on dit avec raison :
cet homme est passionné pour son idée.
C’est alors, et alors seulement, qu'il peut faire de grandes choses. é
Lisons une page qui est suggestive pour notre sujet : « On n’arrive à rien si l’on n’a une passion ardente qui emporte la vie vers un but ; parce que sans elle on ne pousse
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rien à fond, on se donne et on se reprend, on flotte à l’impression du moment, de-ci de-là, et on se laisse finalement rouler par le flot, dans le banal, et ronger par la médiocrité, cette rouille de l’existence. On fait ce qui se fait, c’est-à-dier comme les autres ; un peu moins bien ou un peu moins mal, parce qu’on est libre ; mais sans relief, sans sortir de l’ornière, parce qu’on use guère de sa liberté, trouvant suffisantes les ambitions communes auxquelles on va par les chemins battus. De la sorte, les êtres les mieux doués pour réussir ne réussissent pas à dépasser le niveau du vulgaire ; les plus belles fleurs de jeunesse, les plus brillantes, les mieux venues, les plus riches de sève ne font que des fruits secs.
« Tous les fruits qui mûrissent, tous les hommes qui vont vraiment jusqu’au bout de leurs forces ont mis dans leur sève de nature une flamme de passion. » () (Gouvernement de soi-même, par ExMieu, p. 228.)
Maintenant, nous disons que si un prêtre veut la gloire de Dieu et le salut des âmes, et s’il est convaincu de l’excellence du bien de la vocation qu’il possède, il sera sans cesse poursuivi de l’idée de communiquer
(1) Les paroles de Lacordaire à un jeune homme peuvent s'appliquer à notre sujet : « Comme il n’y a pas de charité sans amour, il n’y à pas de chrétien sans prosélytisme ; et ce que je vous demande avant tout, d au-
ourd'hui, c’est d’embrasser le monde de votre ambition.
ous ne sortirez jamais assez de vous-même pour y être puissant ; jamais vous ne croirez assez pour vous, si vous ne croyez pour les autres. Ne dites pas : « Je veux me sauver ; » dites-vous : « Je veux sauver le monde.» C'est là le seul horizon d’un chrétien, parce que c’est l’horizon de la charité.» Tel doit être notre zèle dans l'apostolat des vocations.
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