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QUEL ET L'OBJET PROPRE DE LA DÉVOTION AU SACRÉ-CŒUR

Il y x deux amours dans le Christ :

l’amour divin et incréé, et l’amour humain et créé. Ce double amour peut encore se diviser en fonction de l’objet aimé : d’un amour divin et incréé, le Christ aime son Père et tous les hommes; d’un amour bumain et créé, il aime aussi son Père et tous les hommes. Lequel de ces deux amours est l’objet propre de la dévotion au Sacré- Cœur ?

Il est évident qu’il ne s’agit pas de la charité (incréée ou créée) du Christ pour son Père, puisque le Sauveur lui-même a dit en présentant son Cœur à l’amour des hommes : Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes. Il s’agit donc de la charité pour les hommes.

Mais cet amour du Christ pour les hommes est lui-même créé et incréé ; lequel des deux est l’objet propre, immédiat, formel de la dévotion au Sacré-Cœur ?

La question ainsi posée est relativement récente.

Les textes des écrivains, de la B. M.- Marie, et les documents officiels du Saint- Siège ne permettent pas de résoudre cette question. Ils ont un sens très beau et très plein dans le sens de l’union personnelle de la nature humaine et par là, du Cœur humain de Jésus avec le Verbe de Dieu, mais ne constituent pas un argument dans un sens ou dans l’autre. C'est dans la raison théologique qu’il faudra chercher la preuve de ce que nous avançons.

A la question telle que posée, nous répondons : Bien que l’objet complet de la dévotion au Sacré-Cœur soit le Verbe, Dieu nous aimant dans sa nature humaine, cependant l'objet spécial, l’élément atteint immédiatement et prochainement par cette dévotion, est le Cœur matériel du Christ avec l’amour créé qu’il symbolise directement ; l’amour incréé n’est qu’un élément plus éloigné. — Ou bien encore : Dans le culte que nous rendons au Cœur de Jésus, nous ne fêtons pas l’amour divin du Verbe pris en lui-même, mais son amour humain et, en lui, la manifestation la plus touchante de son amour incréé.

Toutefois, hâtons-nous de le dire, l'amour que le Christ nous porte dans sa nature humaine n’est pas uw . mou- purement humain ; il est divin, :onsidérer la personne ; c’est l’amour d’un Dieu ; la dignité, la valeur de cet amour est iafinie, non en soi, mais en raison de la personne, per modum resultantiæ. Plutôt qu’humain, nous devons

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l'appeler théandrique ou déiviril, c'est la charité d’un Dieu dans la nature humaine prise pour nous.

Il ne s’agit pas d’expulser de l’objet de la dévotion la charité incréée qui entre certainemcnt dans l’objet total et final: car il est bien clair que la flamme du Cœur de Jésus monte vers le ciel, et nous y fait reconnaître et bénir une charité éternelle et infinie, car c’est l’amour divin qui a créé le Cœur aimant de Jésus et se manifeste à lui ; de sorte que l’amour créé est en rapport causal avec l’amour incréé.

b) syMBoL1ISME

Le symbole est un objet qui en représente un autre, une réalité sensible prise pour représenter une autre réalité abstraite, morale ou spirituelle. Il sert à revêtir d'une forme matérielle, plus adaptée à nos facultés, les êtres spirituels dont nous n’avons pas d'idées propres, et cette substitution d’une réalité à une autre est fondée sur les analogies.

Dans un symbole, il y a trois éléments :

l’objet symbolisant ou le signe, l’objet symbolisé ou la chose signifiée, et le lien unissant l’un à l’autre, res signans, res signata, ratio significans.

Il faudra donc distinguer, en parlant de la dévotion au Sacré-Cœur, le Cœur de chair, organe matériel qui révèle l'amour ; le Cœur symbolique, organe matériel encore, mais accompagné de l’idée d'amour; le

Cœur métaphorique, amour signifié, abstraction faite de l’organe qui a fourni le terme. Donc trois questions dans la dévotion au Sacré-Cœur.

Entendons-nous parler du Cœur de chair, du Cœur matériel de Jésus ?

Oui, Jésus a dit: Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes ; et ce disant, il montrait son Cœur véritable, (Ce geste uni à cette parole constitue la meilleure preuve de ce que nous avançons.

Pie VI (Bulle Auctorem fidei) assure qu'ils adorent le Cœur de Jésus comme étant le {Cœur de la personne du Verbe auquel il est inséparablement uni ».

Entendons-nous parler du Cœur symbolique ? Oui, Parce que les actes du Saint- Siège en font foi. Qui, encore, parce que Jésus a dit : Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes. Le chrétien n'adore donc pas le Cœur sans plus, mais le Cœur qui aime et qui a aimé. Il y voit l'emblème ou le symbole de l'amour ; il l’honore à cause de la charité du Christ qui y est figurée, symbolisée ; à travers le Cœur, ses actes d’adorations vont chercher l’amour. L'organe physique est l’objet sacré qui met l’amour à la portée de sa faiblesse. Mais nous voici rendus au nœud de la question.

Nous avons dit que le symbol: repo e sur des analogies. Voyons les conséquences de ce principe.

Comme les analogies sont de différentes natures, il v aura des symboles divers.

Tantôt les analogies sont le produit exclu-

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sif de l'intelligence humaine, Un objet devient alors symbole parce qu’on est convenu d’y attacher une idée. Il suffit d’apercevoir un drapeau pour lire dans ses plis l’idée de patrie. Tantôt elles consistent dans des ressemblances véritables ou figurées. Il y a ressemblance entre la vertu de pureté et la fleur de lis immaculée, entre l’agneau et la douceur ; le renard personnifie la ruse, le serpent incarne à nos yeux la perfidie, la poudre qui s’allume rappelle la vivacité du caractère, l’ardeur de la fla rime rappelle celle de la passion. Le langage humain est constellé de ces symboles plus ou moins srbitraires, images plus ou moins chatoyantes qui font les délices de l’esprit.

Dans le symbolisme du Cœur, rien de pareil. Il appartient à la classe de ceux où les analogies entre l’objet figuratif et l’objet représenté s’identifient à des rapports réels et naturels, liens puissants qui unissent l’un et l’autre dans une sorte de dépendance intime. Tels les rapports de causalité.

La pâleur du visage représente la maladie ; les fraîches couleurs, la santé ; la sérénité des traits concrète pour nos sens la paix de l’âme d’où elle dérive. La tête et le cerveau figureut aussi l'intelligence, mais pour un autre motif : parce que l'intelligence y fonctionne et s’y épanouit. De la même façon, le cœur est l'emblème de l’amour.

Pas n’est besoin qu’il soit cause, organe coprincipe ou même siège de l’amour. Il est en RAPPORT VITAL, EN CORRESPONDANCE

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EFFECTIVE AVEC LES AFFECTIONS DE NOTRE AME. Il en est l’éprouvette naturelle, suivant l’expression du P. Monsabré. L'expérience quotidienne et vulgaire le constate, et C’EST SUR CE FAIT D'EXPÉRIENCE, écrit le P. Bainvel, que repose tout son symholisme, voire même toute la dévotion au Sacré- Cœur. Ce symbolisme est donc réel et nature: au pied de la lettre. Qui n’a constaté jar lui-même cette correspondance réelle et affective qui existe entre les battements du cœur et les affections ou les sentiments ? D'un rythme tranquille et régulier’ quand le calme et des sentiments doux régnent dans notre âme, le cœur précipite son allure au moment où nous sommes saisis d'émotions vives; il se contracte dans nos angoisses, et se dilate dans nos joies et notre bonheur.

Ces observations nous permettent de dire que LE CŒUR HUMAIN N’EST LE SYM- BOLE RÉEL ET NATUREL QUE DE L'AMOUR AUQUEL IL DIT UN RAPPORT VITA’ ET DONT LES ÉCHOS SE RÉPERCUTENT EX UI. Ces échos, disons-le une fois por toutes, n’ont pas tous pour origine l’amour sensible. Ils proviennent aussi parfois de l’amour spirituel. D’après les physiologistes modernes, les deux espèces d’amour se dénoncent en effet dans le cœur.

Mais, dès lors, cette autre conclusion s'impose : le Cœur de Jésus-Christ symbolise uniquement son amour humain, et, si l’objet propre de la dévotion au Sacré- Cœur est Le Cœur DE L’HomMe-Dieu Au

TITRE DE SYMBOLE D'AMOUR, il ne comporte, au sens strict, que l'amour humain, qui est le terme initial du rapport vital du cœur à l'amour, qui se répercute dans le cœur, le dilate et l'échauffe et retentit dans ses battements rythmiques.

Qui ne voit, d'un autre côté, que la correspondance effective et réelle, requise pour le symbolisme, NE SAURAIT S'ÉTENDRE A L'AMOUR INCRÉÉ? Celui-ci en effet est l'acte unique, éternel, immuable, d'une volonté toujours paisible et heureuse, et ne saurait être symbolisé par un cœur toujours en mouvement et en mouvement varié.

Ce qui heurte le plus dans cette question délicate, c'est la difficulté de se mettre en contact avec l’une des deux natures du Christ, sans l’être du même coup avec l’autre ; c’est, d'autre part, l’appréhension de les séparer trop. Cependant la difficulté n’est pas si grande en réalité, si l’on a bien compris la doctrine de l’union hypostatique.

La nature humaine du Christ est entière, parfaite dans son entité, découronnée seulement de sa subsistance propre, principe d'action et agissante d'après ses ressources personnelles, produisant des actes d’intelligence et de vouloir, comme il lui plaît, mais dépourvue de responsabilité, parce qu’un autre l’assume, et étant en quelque sorte la chose d’un autre, du Verbe : non sui juris sed Verbi. Il en résulte que le cœur palpite sous le libre amour de cette nature et symbolise directement et natu-

rellement cet amour. D'autre part, ce cœur et cet amour appartient au Verbe, puisque l’agir revient à la personne comme terme d'attribution, et ils peuvent donc être appelés divins. D'où ce cœur humain (et divin) symbolise nécessairement cet amour du Verbe fait chair, cet amour de Jésus- Christ.

Mais il ne s'en suit pas naturellement qu'il symbolise aussi cet autre amour que le Verbe incarné possède de toute éternité.

Par suite, nous disons aussi que le Verbe nous aime dans ou par sa volonté assumée, puisque cette volonté est sienne, Si nous considérons le Christ dans le sens inverse, du côté àes natures, nous voyons dans la nature humaine le cœur palpitant d'amour pour nous ; de ce cœur et de cet amour, nous remontons à la personne du Verbe, car ils sont le cœur et l’amour d'un Dieu ; du Verbe nous passons à l'amour incréé, lequel n’est, logiquement, EN NUL RAPPORT DIRECT AVEC L'AMOUR CRÉÉ et ne le touche que moyennant la personne du Verbe, qui couvre de sa subsistance la nature uumaine.

Nous comprenons maintenant la valeur de ces expressions : L'objet de notre dévotion est le Cœur de Jésus, symbole d'amour, ou bien : l’amour de Jésus symbolisé par son Cœur. Et le fondement de ce symbolisme étant la correspondance effective et réelle entre le cœur et nos états affectifs et toute notre réalité intime, la cause ultime de cette correspondance important peu à notre dévotion, l’amour humain de Jésus

peut seul être l’objet propre de notre dévotion.

Entendons-nous parler du Cœur métaphorique ?

Oui et non, mais plutôt non. Nous en parlons en ce sens que nous n’excluons pas l'amour de notre objet. nous en faisons au contraire un éléme t essentiel et le principal. Nous n’en parlons pas comme de l’amour pris en lui-même, mais aperçu à travers le Cœur physique et en tant qu'inséparable de ce Cœur. Nous le rejetons plutôt, parce que l'expression de cœur métaphorique ne répond au pied de la lettre, * d'autre idée qu'à l’amour visé à part, soustrait au symbole qui le rend sensible à nos yeux.

Nous disons donc que l’objet propre de la dévotion au Sacré-Cœur, c’est l’amour immense du Sauveur symbolisé par son Cœur humain vivant et battant dans la poitrine du Christ.

Mais comme il reste absolument vrai que le Cœur de Jésus ne symbolise, à proprement parler, que l’amour créé, toutes les qualités attribuées au Cœur doivent, autant que possible, être comprises comme convenant à la nature humaine du Christ. — Ainsi l'infinité s'entend de l’infinité en dignité ; la toute-puissance, de ce pouvoir qui est échu au Christ par les mérites de sa passion et de sa mort : Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre (Mar., XX VIII, 18).

c) BEAUTÉS ET AVANTAGES DE CETTE DOCTRINE

Honorer le Cœur de Jésus comme le symbole de la charité créée, ce n’est donc pas nier la charité incréée, commune au Verbe avec le Père et le Saint-Esprit ;: ce n'est pas la soustraire de l'objet complet de nos hommages ; mais c'est n’y pas voir l'objet spécial qui occasionne spécialement, immédiatement, ces hommages, c'est l'adorer et la bénir dans une manifestation distincte d'elle, moins sublime dans son essence, mais plus proche de nous et plus capable de nous toucher ; c’est assigner à la dévotion un objet propre, analogue à ceux qui ont donné naissance aux autres dévotions envers le Verbe incarné ; c’est fixer nettement nos regards sur une affection, une amitié parfaitement compréhensible pour nous, parce qu'elle est de forme humaine, comme sur u: bienfait de l'amour incréé, bienfait de même ordre, mais supérieur, par son universalité, à l'exemple, à la libéralité, à la souffrance spéciale que nous contemplons dans ces autres dévotions à l'humanité du Sauveur ; c’est mettre en relief le : ;le de rapprochement entre Dieu et l’homme.

. C’est en effet dans son humanité, qui le rend semblable à nous, que Dieu fait resplendir avec le plus d'éclat cette miséricorde et cet amour par lesquels il prétend conquérir nos cœurs ; c'est dans son humanité qu’il est notre divin exemplaire pour

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toutes les vertus, c’est par son humanité qu'il nous communique la vie comme le cep de vigne fait vivre les sarments : c’est par son humanité qu’il est le chef du grand corps mystique dont nous sommes les membres.

Aussi, dit le P. Ramière, en résumé, en nous attachant de préférence à l’amour créé, nous ne faisons que suivre les indications du Sauveur lui-même, qui affecte de s'appeler le Fils de l’homme, des apôtres qui, à son exemple, nous parlent si souvent de Jésus-Christ comme d’un homme agréable à Dieu (Act., 11, 52) établi médiateur entre Dieu et les hommes, en un mot du Saint-Esprit qui paraît prendre à tâche de nous rappeler l'humanité de Jésus plus encore que sa nature divine.

N'hésitons pas, travaillons à rapprocher du peuple Jésus-Christ et son amour. C’est comme Dieu fait homme qu’il montre son amour et conquiert l’amour. Or comme nous devons le servir et nous attacher à lui, bien plus par amour que par crainte, n'oublions pas sans doute qu’il est Dieu, mais fixons particulièrement nos regards sur sa très sainte humanité (Ramière). N'estce pas entrer dans les desseins de Notre- Seigneur lui-même, qui a voulu nous attirer à son Cœur, pour nous rendre plus sensibles la délicatesse et l’immensité de son amour ?

Mettons donc clairement, sous les yeux des fidèles, un cœur qui bat réellement, qui éprouve des émotions semblables à celles qu'ils éprouvent eux-mêmes dans leurs

meilleurs moments, qui, s’il ne peut plus souffrir, peut vraiment encore être consolé par eux, jouir de leur affection ; un cœur plus sensible que tout autre cœur aux influences de tout sentiment de l’âme, un cœur qui les aime à l’excès d’un amour de même forme que celui dont ils peuvent le payer de retour.

Identifiée avec la nature divine, la charité est trop au-dessus de toute conception, Pour aisément nous émouvoir. Humaine dans sa forme, divine dans la personne qui la possède, elle est digne de tout hommage, et très capable de nous émouvoir. — L'amour du Cœur de Jésus, comme Jésus- Christ tout entier, est alors la voie excellente, indispensable, encore humaine et déjà divine, qui nous élève au Père, c’est-àdire à l’adorable Trinité.

Nous honorons le Cœur vivant de Jésus pour y trouver l'amour théandrique qu'il symbolise, et nous élever par ce dernier jusqu’à l'amour incréé, dont cet amour théandrique lui-même est un suprême bienfait.

Sublimes sur les démonstrations d’amour telles que la croix et l'Eucharistie ; plus sublime la charité qui les inspire. Et quand cette charité est conçue à la façon humaine, et que’elle se trouve d’autre part divinisée par la personne qui en possède le foyer, ces inspirations créées d’un Dieu ont des attraits irrésistibles pour nous emporter vers Dieu jusqu’à son amour infini ; car cet amour

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créé, symbolisé et rendu sensible par le Sacré-Cœur, démontre à son tour une charité incréée, commune au Père, au Fils et au Saint-Esprit, et à laquelle nous rendons finalement nos hommages. Le Cœur du Christ est le gage suprême de l’amour éternel de Dieu. Telle est la dévotion au Sacré-Cœur. Saint Paul en a donné la formule quand il a dit: Dilexit me et tradidit semetipsum pro me (Galat., 11, 20).

Conservons à cr. amour créé de Jésus sa véritable place, et il nous paraîtra moins indigne de nous en tenir à lui, de le vénérer directement pour passer de lui à l’amour incréé.

Au surplus, la dévotion comprise à notre façon ne nuira en rien au progrès des âmes ni aux intérêts du Cœur de Jésus. Elle tend plutôt à les promouvoir. La charité incréée n’en aura rien à souffrir : nous disons que l’amour créé en est la manifestation la plus éclatante. Aujourd’hui que le faux sentimentalisme énerve et gangrène les âmes, et qu’on se préoccupe peu du Dieu invisible, voici proposé à notre culte un cœur humain et sensible qui bat physiquement dans une poitrine réelle, qui nous aime et nous a aimés d’un amour vrai et fort, jusqu’à la folie de la croix, un cœur auquel on peut vraiment faire plaisir, qu’on peut consoler... Dieu est rendu plus concret en quelque sorte à ces âmes dévoyées d’affections etsi malades. Il attirera davantâge le peuple et la masse des fidèles, que

l’idée de l’amour divin toujours mystérieux et comme insaisissable étonne.

d) OBJECTION

Les fidèles se représentent Jésus vivant et concret, et ne séparent pas dans leurs hommages l’homme de Dieu, ils ne distinguent pas entre l’amour humain et l’amour divin, quoiqu’ils distinguent fort bien en Jésus la nature divine et la nature humaine, quoiqu’ils sachent reconnaître en lui un amour dont il nous aime comme homme, et un amour dont il nous aime comme Dieu.

Nous répondons qu’il semble bien que les fidèles n’entrent dans aucune distinction vis-à-vis de l’objet de leur dévotion.

ils se contentent d’honorer le Cœur de Jésus comme symbole de son amour, sans chercher s’il faut viser sa charité incréée ou sa charité créée. Ils honorent tout l’xmour de Jésus, mais sans cette intention de leur part. Leurs hommages vont simplement à l’amour de Jésus ou à Jésus aimant. Ils vénèrent de même toutes les vertus et verfections, tout l’intime de Jésus, sans se préoccuper de ce qui tient ou oit tenir le premier rang. Les accuserons-nous, de ce chef, d’ignorance? Ils ne l’ig-orent pas, ils glorifient Jésus aimant. Or c’est bien le Verbe incarné qui aime de son amour humain que nous disons être l’objet propre de la dévotion. | Cet objet est contenu implicitement ou F à l’état plus ou moins explicite dans l’objet

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total. C’est à la théologie de le tirer de la demi-obscurité où il végète et de l’amener à la pleine lumière du jour. Il suit les destinées de toutes les vérités religieuses un moment ignorées, et subit un travail anague à celui des dogmes de la foi dans la conscience catholique. Renfermé dès les premiers siècles de l’Église dans le dépôt de la révélation, un dogme s’explicite peu à peu dans la conscience publique, grâce au travail des docteurs ou à la contradictic” de l’hérésie. Un jour donné, il y apparait soudain avec tant de clarté qu’il en inonde les esprits les plus troublés et conväinc les plus irrésolus.

Ici, de même, les fidèles n’ont pas eu besoin de connaître dès le début d’une façon limpide et détaillée l’objet de leur dévotion. Il est des clartés et des conceptions qui suffisent à une époque ; l’essentiel est que l’on se garde de l’erreur. Mais aujourd’hui que la dévotion est propagée partout et gagne l’Église entière, le moment semble venu d'en pénétrer davantage la doctrine, d’en écrire la théologie...

D'ailleurs, est-il certain que l’usage populaire a plutôt en vue dans le Christ le Dieu ou l’amour divin que l’homme ? Ne semblet-il pas plus conforme au fond de nos aspirations et à l’économie générale de l’Incarnation de considérer plutôt l’homme dans le Christ? Pauvres pécheurs que nous sommes, éloignés de Dieu, effrayés par sa majesté, nous aimons à nous rapprocher de ce grand frère qu'est pour nous Jésus-

Christ, de ce frère qui s’est sacrifié pour nous et s'#st fait notre médiateur près de Dieu son Père.

La charité incréée, c'est l'amour divin, essentiel, et cet amour commun aux trois personnes ne peut pas avoir pour symbole un cœur qui appartient à une seule, même si on envisage la charité incréée en tant qu’elle existe dans le Christ : car nous arriverions à conclure que l’amour incréé s’exprime par l’amour créé, que Jésus en tant que Dieu nous aime par son amour de chair.

Nous arriverions ainsi à établir une correspondance effective entre les deux amours, et ordonner:ons à tel point l’un à l’autre que l’inférieur ne palpiterait plus que sous les élans du plus digne. Cela ne serait pas la vérité.

Tout ce que nous pouvons dire est ceci.

L’harmonie parfaite, l’union intime entre la nature humaine et la nature divine nous découvrent facilement, par l'amour humain de Jésus, son amour divin, et nous allons à celui-ci comme au terme ultime, vers lequel convergent en définitive tous nos hommages. C’est tout ce qu’on peut dire, Les deux amours n’en restent pas moins deux objets distincts, irréductibles au même symbolisme.

Nous pouvons cependant admettre un symbolisme au sens large, ne reposant point sur l'accord merveilleux des deux natures du Christ, ni sur la qualité d’instrument que l’un retient par rapport à l’autre, mais basé sur le fait que l’amour incréé peut être

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