‹ Pour votre ministère [microforme]Chapitre 4 sur 26 · LES PRINCIPES · texte numérisé non relu

LES PRINCIPES

Chap. I. — La vocation sacerdotale

Article I. — Vocation — prédestination

Je parlerai d’abord de la vocation sacerdotale, mais plusieurs des principes qui y seront exposés peuvent aussi s’appliquer à la vocation religieuse.

Comme la vocation relève des questions très ardues de la Prédestination et de la grâce efficace, faisons d’abord remarquer une erreur qui découle de la première, et voyons qu’il ne faut pas confondre la prédestination et la vocation ou l’appel de Dieu. Pour cela, prouvons d’abord une première proposition.

(a) L'appel de Dieu ne se cherche pas dans l’ordre de l'intention.

Cette proposition exprime une vérité fondamentale, que nous devons bien comprendre. Dans un sens la vocation peut d’abord être considérée en Dieu. Alors elle se rapporte à la question de la Prédestination et de la Providence et peut se définir : la raison

etiinueche Bon du

Eee —

ou la connaissance pratique, existant de toute éterr ‘té dans l’intellect divin, de cet état de vie dans lequel un jeune homme devra s'établir dans le temps par un libre choix de sa volonté. Considérée ainsi, la vocation consiste dans un acte immanent de l’intellect et de la volonié divine, acte éternel comme l’essence divine elle-même, et qui ne met rien dans le sujet.

De ce point de vue la vocation sacerdotale pourra se définir : «la connaissance pratique que Dieu a de toute éternité, de l'état sacerdotal dans lequel un jeune homme devra un jour entrer librement.»

Mais alors se pose la question de savoir si cette connaissance que l’on peut nommer « l'appel de Dieu dans les décrets éternels » peut être connue d’une manière certaine par le sujet lui-même ou par d’autres. Dans lafirmative on pourra dire de ce sujet qu’il a certainement la vocation telle qu’on vient de la définir, qu’il est vraiment appelé par Dieu. Partant, celui dont on pourra ainsi dire qu’il a certainement la vocation ne pourra pas manquer d’être prêtre, car ce que Dieu connaît de toute éternité arrive infailliblement, et au point de vue où nous sommes, Dieu n’appelle de toute éternité à la prêtrise que celui qui, de fait, recevra dans le temps l’ordination sacerdotale.

D'un autre côté, aussi longtemps que nous ne pourrons pas connaître avec certitude l’existence de cet appel éternel dans les décrets divins, pour tel sujet en particulier,

nous ne pourrons pas dire de ce sujei qu’il a certainement la -’ocation dans le sens qui vient d’être défini. Nous ne pourrons pas non plus lui dire, prenant la connaissance certaine de l’existence du décret éternel comme base d’un jugenent : « Vous êtes

certainement appelé, marchez sans crainte.»

Mais quels moyens avons-nous pour connaître l’existence de cet appel en Dieu, appel auquel un jeune homme doit correspondre sous peine de manquer sa vocation, comme ncus entendons dire souvent ?

On répond à ceci en disant que cet appel éternel de Dieu s’imprime dans le sujet, pendant sa vie, au moyen de certaines marques, de certains signes de vocation. Puis on énumère ces signes révélateurs de l’appel éternel. J’ai sous la main un « Manuel pratique de vocation » qui en signale sept. Ce sont :

1° Un goût ou attrait prononcé pour cet état ; =

2° Une grande innocence et une parfaite pureté de vie.

3° Un amour sincère pour Jésus-Christ ;

4° Une grande estime pour les fonctions ecclésiastiques jointe à un ardent désir de les exercer ;

5° Un sincère et vif amour pour la perfection sacerdotale.

6° Un grand zèle pour le salut des âmes ;

7° La pureté d'intention.

Maintenant voyons. Ces signes peuventils vraiment nous donner cette certitude dont nous parlons plus haut ?

Soyons sincères. Il est clair qu'ils ne peuvent pas fonder une certitude dans le sens strict du mot. Le jugement qu'ils peuvent motiver ne dépasse pas les bornes d’une probabilité, sérieuse, je l’avoue, et qui dans bien des circonstances suffit pleinement à orienter une vie définitivement, mais probabilité tout de même.

Souvent, en effet, nous avons vu des sujets qui les possédaient à un moment de leur vie, et qui n’ont jamais été prêtres : leur volonté à changé, les raisons canoniques les empêchaient de se porter là où leur attrait les sollicitait, les signes se sont évanouis, ou bien la mort est venu les ravir. C’est donc qu'ils n’ont jamais existé comme prétres dans l’intellect divin, car encore une fois, ceux-là seuls sont vraiment appelés et et ont la vocation sacerdotale dans le sens expliqué qui de fait reçoivent un jour la prêtrise.

” Par contre, nous en avons vu d’autres qui, à un moment de leur vie, avaient plutôt ce que l’on appelle les signes de nonvocation, et cependant, ils sont devenus d'excellents prêtres. L’apôtre saint Paul en serait un exemple typique. Mais je n’insiste pas, car ces vérités sont familières aux éducateurs et aux recruteurs de prêtres.

Non, les signes de vocation ne peuveat pas nous donner la certitude de l’existence de l’appel éternel ; ils ne sont pas la vocation elle-même, telle que nous l’entendons ici ; le mot l’indique assez clairement d’ail-

leurs. Mais pénétrons davantage dans la question.

La sagesse et la puissance de Dieu s’étendent, dans l’ordre de l'intention, à tous les êtres, à leurs diverses manières d'exister, à leurs moindres opérations. Tout ce qui est et sera dans le monde sous une forme quelconque est déterminé devant Dieu, et éternellement présent à l'intelligence divine.

Ce que sera l’avenir, la vie de chaque homme y apparaît déjà présent devant Dieu, et cette vie sera infailliblement telle que Dieu la voit. C’est la thèse classique de la Providence et de la science de Dieu.

S’il fallait, de ce point de vue, raisonner sur le choix d’un état de vie, si trouver sa vocation consistait à découvrir comment est déterminée sa vie dans l’ordre préétabli dans l’intellect divin, un jeune homme devrait se demander, non seulement si Dieu le veut prêtre, religieux ou laïque, mais encore, médecin, financier, avocat, marchand, épicier, journaliste, cultivateur, etc, etc. ; bien plus, il devrait se demander à chaque instant, s’il doit prier, marcher, manger, parler, dormir, et mille autres choses que je passe sous silence. Car il est absolument vrai que sa vie entière, et le moindre détail qu’elle contient, est présente à Dieu dans l’ordre providentiel, et si choisir un état de vie consiste à conformer sa vie à cet ordre, il faut être logique, et ne pas rejeter les conclusions, c’est-à-dire, il faut y conformer sa vie sans restrictions, autrement ce serait briser le plan providentiel.

Nous arrivons à une conclusion évidemment fausse, et cependant elle semble bien découler logiquement des prémisses. Mais poursuivons.

J'ai lu un « Manuel de vocation pour les jeunes filles », dans lequel l’auteur commence par poser ce principe fondamental :

Dieu vous a marqué votre place ici-bas, et si vous n’occupez pas la place que Dieu vous a marquée, vous serez malheureuse dès ici-bas et vous exposerez peut-être gravement votre salut. Il développe cette idée et compare la place de chaque homme sur la terre à la route que doivent suivre les astres pour accomplir leur destinée. Une personne qui n’est pas à la place que Dieu lui a marquée, conclut-il, c’est un astre en dehors de sa voie, c’est une roue qui a perdu son engrenage, c'est un membre disloqué, etc.

Avec le raisonnement que la Providence a marqué à chacun sa place dans le monde, et que,. ne pas être à sa place, c’est être malheureux, parce que c’est être comme un membre disloqué, comme un astre en dehors de sa voie, il faudrait conclure, pour être logique, que celui qui n’est pas médecin, avocat, épicier, etc, selon qu’il en a été ainsi ordonné par la Providence de toute éternité, est malheureux et ne répond pas aux desseins de Dieu sur lui. Conclusion qui est encore manifestement fausse et qui cependant découle logiquement des principes posés. D’où vient donc cette fausseté ?

Nous le dirons dans un instant.

23cm Sn sache 3 3 hu ha" 28 nier

Dans l’ordre de l'intention, Dieu a marqué notre place ici-bas, et ceci est vrai non seulement pour notre état de vie, mais pour chacune et le nombre de nos actions. Cependant l’ordre de l’intention doit passer à l'exécution, et ce passage s’opère par le moyen du libre arbitre de l’homme que Dieu meut infailliblement par sa grâce effcace, bien que l’homme puisse résister et résiste de fait à la grâce suffisante qui lui est offerte. Il s’en suit que, quand il s’agit de l’homme, tel acte qu’il posera, demain, par exemple, sera précisément celui qui était de toute éternité dans l’ordre de l’intention ou de la connaissance immanente, lequel ordre,remarquons-le bien, n'appartient qu’à Dieu seul. Si c’est un acte de vertu, il sera dû à l’efficacité intrinsèque de la grâce efficace ; si c’est un acte mauvais, l’homme aura résisté à la grâce suffisante qui lui était offerte et il ne dépendra que de lui que cet acte soit mauvais.

Ce qu'il faut remarquer ici, c’est que l’on ne passe pas de l’ordre des décrets éternels à l’ordre de l'exécution ou de l’action des causes secondes, sans rencontrer le mystère profond et insondable du libre arbitre et de la grâre efficace, choses qui n’existent pas pour ‘ 4 astres et les engrenages, et que résoudre d’avance la question de la place que Dieu nous a déterminée de toute éternité dans l’ordre de l'intention est chose impossible : car, encore une fois, cet ordre relève de Dieu seul et sa volonté est le der-

nier mot d’explicat on que l’on puisse donner. (la, q. 23, a. 5, ad 3um).

Nous savons que d'après un décret effcace de sa nature telle personne sera certainement sauvée, et telle autre qui n’est pes l’objet d’un semblable décret sera certainement damnée, Ceci est indéniable dans l’ordre de l'intention. Ces personnes doivent-elles chercher à connaître leur destinée d’après ces décrets éternels ? Évidemment non. Elles doivent avoir confiance en la Providence et sn la bonté de Dieu, employer pour diriger leur vie, les moyens que met à leur disposition la sagesse humaine éclairée par les lumières de la foi.

Quand elles ont fait cela, elles doivent être tranquilles et être convaincues qu’elles font la volonté de Dieu. Ainsi en est-il, proportion gardée, dans le choix d’un état de vie.

Ne craignons donc pas de l’avouer, de toute éternité il existe une ordination providentielle des êtres et de leurs moindres opérations, et cette ordination atteste la puissance et la sagesse de Dieu. Mais l’appel au sacerdoce, considéré de ce point de vue, n’est pas un véritable anpel, puisqu'il n'est pas encore manifesté dans le temps, et partant inconnaissable. Ce n’est pas de ce côté, évidemment, qu’il faut se tourner quand il s’agit de faire le choix d’un état de vie.

La fausseté des conclusions que nous avons signalées il y a un instant, vient de ce que l’on pose des principes ou des pré- -misses dans un ordre et l’on tire des conclu-

sions dans un autre ordre dont il va maintenant être question. Le vice de ce raisonnement, et il est très grand, ressemble à l'erreur de ceux qui pour démontrer l’existence de Dieu posent des prémisses dans l’ordre logique et tirent une conclusion dans l'ordre ontologique.

B) L'appel de Dieu a lieu dans l'ordre de l'exécution.

L'appel de Dieu dans les décrets éternels ne peut pas être connu d’une maniè: ‘++.

taine par le sujet ; pour cela nous ss exclu de l’objet de nos considératio: 24 le choix d’un état de vie. Mais le sw si même sera-t-il condamné à vivre des ne continuelle incertitude ? Certainemewt -#.

Si cet ordre de la science immanest de Dieu ne peut pas être connu d’avas: + ou par voie d’apriorité, il le sera au fus et à mesure qu’il se déroule dans le texwps et qu’il se traduit par les évènements multi ples et variés dont une vie est remplie. Le plan providentiel considéré à ce rsoint de vue nous amène à l’ordre de l’exécut:on dan lequel nous devons poser et résoudre 1:

question de l’appel de Dieu. € st ici, hà tons-nous de le dire, que nous srouveron:

cette certitude dont nous avons besoin pes faire disparaître les doutes parfois angeisants pour l’âme et presque toujours nuisibles au recrutement des vocations.

Dans cet ordre la sagesse et la puissance de Dieu apparaissent en ce qu’elles se servent d’instruments, de causes secondes li-

bres .u nécessaires, pour exécuter le plan divin et éternel. Tandis que dans le premier cas la sagesse et la puissance sont seules pour agir, dans le second elles agissent avec les causes secondes qu’elles meuvent, chacune selon sa nature, et qui deviennent exécutrices de l’ordre de l’intention.

L'exécution de cet ordre éternel des choses, qui existe dans l’intellect divin, se fait disons-nous, par le moyen des causes naturelles et des causes libres sous l’action de la grâce, mais qui ont leur causalité propre, et dont l'opération elle-même préexiste de toute éternité en Dieu, comme connaissance immanente. Quelles sont, dans la question de l’appel au sacerdoce, ces causes exécutrices dont parle saint Thomas ? (1

Nul doute que l’opération libre de l’homme entre dans le plan providentiel et devient la première cause exécutrice de ce plan, selon cette parole de l’Ecclésiastique (XV, 14) : « Dieu dès le commencement a créé l’homme, et il l’a laissé dans la main de son propre conseil », et cette autre de

(1) Cum in quolibet providente duo considerari nporteat, ait Angelicus (C. Gent. L. III, c. 94) scilicet c-“'inis præmeditationem, et præmeditati ordinis executior 11 in rebus quæ Providentiæ subduntur, hoc iutc: utrumque differt, quod in præmeditando ordinem, tanto est Providentia perfectior, quanto magis ad miaima quæane protenditur. At nunc de ordinis executione non est eadem ratio, sed tanto perfectior est providentia gubernantis, quanto minus ad infima descendit, et per plura ministeria suam explicat activitatem. Oportet igitur ut Fr sapientiam suam omnium ordines etia:: minimorum ipse disponat ; dispositionem vero præconceptam rebus imponat, non ut per se solum agens, sed sicut virtus universalis et altior pe: inferiores et particulares virtutes. Sunt itaque causæ Mediæ Lam naturales quam iiberæ, divinæ Providentiæ executrices. (Bizot, De Deo uno, Romæ, 1912, p. 250)

l'évêque consécrateur au candidat aux saints ordres : « jusquà présent vous êtes libres et vous pouvez, si vous le voulez, retourner aux affaires du siècle ».

Il est une autre cause exécutrice de l’ordre providentiel. Considérons quelle est la nature du sacrement de l'Ordre que va recevoir l’aspirant au sacerdoce. Essentiellement et en premier lieu, le sacrement de l'Ordre consiste dans le caractère imprimé qui est une puissance spirituelle, et le rite extérieur du sacrement est primario et potissimum, non pour donner la grâce sanctifiante, mais pour conférer ce caractère ou cette puissance qui, dans l’Église du Christ, est nécessaire au ministre pour faire les choses sacrées et les distribuer aux membres ; d’où il suit que le sacerdoce est une fonetion publique et sociale.

Une autre vérité, c’est que sous la Loi nouvelle, le sacerdoce n’est pas transmis par génération de la chair, mais par la consécration épiscopale : ... non par la loi d’une succession charnelle, dit saint Paul (Heb., VII, 16). Les évêques, nous le savons, sont vraiment les générateurs du sacerdoce chrétien. Or, voici la question.

Ceux que Dieu a ordonnés de toute éternité à être revêtus du sacerdoce, peuventils être désignés d’une manière telle qu’il soit absolument certain que Dieu les a choisis comme prêtres, avant que le générateur en soit averti, de telle sorte que les évêques n’auraient plus qu’à rechercher les

sujets qui sont ainsi objets des décrets éternels, pour leur conférer le sacrement de l'Ordre ?

Si oui, il devient impossible d’expliquer bien des décrets disciplinaires de l’Église, entre autres celui qui laisse les évêques libres de déterminer le nombre de ceux qu’ils peuvent et doivent admettre dans leur séminaire, et par conséquent ordonner prêtres. Pro modo facultatum et diocesis amplitudine, dit le Concile de Trente (De Sacr. Ordinis, c. XVIII).

Si, au contraire, on admet que l’appel de l’Évêque est une cause exécutrice de l’ordre de la Providence, et que, par conséquent, la vocation n’est portée au sujet que par cet appel, on comprend que l’évêque soit libre d’ordonner qui il veut, en se guidant d’après la sagesse humaine éclairée par les lumières de la foi; Dieu dans l’exécution de son plan éternel ne voulant appeler que par l'appel de l’évêque, de manière que ceux-là seuls que l’évêque appelle de fait sont appelés éternellement.

Si Dieu, par miracle, faisait connaître qu’il a choisi tel sujet pour le sacerdoce, comme il le faisait pour la royauté d'Israël, alors qu’il désignait lui-même au prophète celui qui devait être sacré roi, je comprends que le sujet pourrait réclamer l’ordination, mais nous savons qu’il n’en est pas ainsi pour le sacerdoce chrétien. L’exécution de la Providence est soumise à l’action des causes secondes que Dieu meut, sans doute, mais de manière que ces dernières soient

mu 1# —

vraiment libres et aient une efficacité propre. C’est le cas de l’appel de l’évêque, cause libre, mais effective de la vocation, facteur essentiel de la manifestation du plan éternel, comme la volonté du sujet luimême.

Quand il y a appel par cette autorité et acceptation de la part du sujet, alors nous pouvons dire que le sujet est vraiment appelé de Dieu, car, nous ne saurions trop le répéter , la vocation sacerdotale doit être considérée dans les limites de l’ordre d’exécution, et non dans l’ordre des décrets éternels, qui n’est connaissable que par sa réalisation dans le temps par les actions des causes secondes dont nous avons parlé.

Dans ce cas, on le comprend facilement, il ne saurait être question pour le sujet, « de découvrir un décret éternel qui aurait gravé en lui une empreinte quelconque, antérieure à l’élection qu’il fait du sacerdoce, décret auquel il devrait remonter, à travers cette empreinte, avant qu’il puisse passer à l’élection même du sacerdoce ». Non, la vocation sacerdotale ou l’appel de Dieu consiste formellement dans l'invitation au sacerdoce adressée au sujet par les ministres légitimes de l’Église ; Dieu par sa motion, faisait choisir le sacerdoce et accepter l’ordination par le sujet.

Certes, je ne contredirai pas celui qui, considérant les aptitudes et les goûts d’un jeune homme, dira de lui qu’il a la vocation sacerdotale, voulant signifier par ce mot que la Providence semble bien l’orienter

CEE

si —

vers le sacerdoce, et qu’il est prudent pour lui de ne pas refuser de s’y engager, car les préparations providentielles existent, qui oserait le nier ? Mais je ne saurais plus comprendre celui qui soutiendrait que ces signes sont suffisants pour dire que la volonté éternelle de Dieu a déjà saisi le sujet comme terme de l’acte qui de toute éternité doit se traduire dans le temps. C’est toujours la même question qui revient. L’acte divin est éternel : à quel moment de la vie atteintil le sujet pour lui transmettre ce qui, de fait, lui est préparé de tonte éternité ?

Comme nous l’avons vu, les sigies de vocation ne sont pas suffisants pour que nous puissions affirmer que le sujet est déjà atteint définitivement par le décret éternel, même quand leur existence est bien constatée (que de surprises, en effet, dans cet ordre de choses). Il n’y a donc que l’appel de l’évêque accepté par le sujet qui puisse nous le faire dire avec certitude. Le décret éternel a dans l’ordre de l’exécution ces deux facteurs essentiels. Du moment que ces causes sont posées, l’ordre éternel reçoit son exécution. À ce moment, la vocation existe dans le sujet et l’on peut dire avec certituc'e qu’il est appelé (vocatus). Dans ce cas un sujet qui est de bonne foi, qui est jugé apte au sacerdoce par son directeur de conscience, qui est accepté par son évêque, peut devenir prêtre, s’il le veut, et être parfaitement tranquille au sujet de sa vocation. Si l’on suppose qu’il meurt après avoir été

= — ainsi appelé:et avant d’avoir reçu la consécration sacerdotale, il reste toujours vrai qu’il a été appelé selon l’ordre des décrets éternels, seulement, il apparaît alors que selon ce même ordre il ne devait jamais être prêtre.

C’est dans ce sens que nous comprenons ce texte de saint Jean (XV, 16) : ‘“ Ce n’est pas vous qui m'avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis ”’: c’est moi qui vous ai choisis de toute éternité et qui vous ai établis dans le sacerdoce en donnant à votre volonté le libre mouvement par lequel vous avez choisi cét état ( ; et cet autre de saint Paul (Heb. V, 4) : «Nul ne s’attribue à soimême cet honneur, mais il faut y être appelé de Dieu, comme Aaron». Dieu n’appelle plus lui-même sensiblement comme sous l’ancienne Loi ; c’est par l’autorité constituée par lui qu’il appelle ceux qu’il veut au service des autels, comme l’a si bien remarqué le catéchisme du Concile de Trente : Vocari autem a Deo dicuntur, qui a legitimis ministris Ecclesiæ vocantur.

Tout ce que nous avons dit jusqu'ici est confirmé par la décision des Éminentissimes

(1) C'est l’homme qui choisit le sacerdoce et c’est Dieu qui appelle. Ceci se comprend très bien si l’on se rappelle que la grâce actuelle consiste dans une motion de Dieu sur les facultés de l’ame, par laquelle l’homme est mû selon sa nature et dans l’ordre surnaturel. Or, comme nous avons le principe : actus moventis in moto est motus, il s’er, suit

ue la grâce act’ Île n’est rien autre chose que l'acte libre

e l'âme en tar qu’il se rapporte à Dieu principe et fin de l'ordresurnaturel. (PaqueT, De Reparatione, 1897, ;:. 122.) Cette motion divine est intime, immédiate, et joui. d’une efficacité in! ‘nsèque au point que le consentement de la volonté est l'effet de cette grâce et nou point la cause de son efficacité ; de plus, sous cette action de la grâce, soit

Cardinaux (ler juillet 1912) :... « Rien de plus n’est requis de l’ordinand, pour être appelé canoniquement par l’évêque, que l'intention droite, jointe à l'aptitude, consistant dans les dons de la nature et de la grâce, suffisamment prouvée par la probité de la vie et de la doctrine et donnant l’espérance fondée que le sujet pourra exercer parfaitement les fonctions du sacerdoce et en observer saintement les obligations.»

On le voit, aucune allusion n’est faite à l’ordre de l'intention, aux décrets éternels. La question de la vocation, évidemment se pose et se résout dans l’ordre de l’exécution.

Qu'un jeune homme cesse donc de se tourmenter par la question de savoir si Dieu l’a prédestiné à devenir prêtre. Il a dans cette décision de Rome tout ce qu’il lui faut pour décider la question sans angoisses, en ne cherchant pas à conraître ce qui ne peut être connu. Qu'il prie bien, qu’il soit sincère, qu’il prenne conseil d’un sage directeur, et qu’il soit confiant. Dieu ne demande à personne l’impossible. Il veut que ceux qui ont la bonne volonté aient la paix et le bonheur. Qu'il devienne prêtre : il sera certainement très agréable à Dieu et recevra

opérante, soit coopérante, l'opération de l’ôme est libre et vitale, contrairement à l’enseignement de quelques-uns.

Il ne faut donc pas chercher à séparer réellement ce qui procède de la grâce et ce qui procède du libre arbitre. Non sic, ait Angelicus (c. a. L. nt, c. 70), idem cffectus causæ naturali et divinæ virtuti attribuitur, quasi partim a Deo, ess naturali agente fiat, sed totus ab utroque secun-

um alium modum. (Cf. Leprerrr, Tractatus de Gratia). Tant il est vrai que la grâce actuelle est l’acte de Dieu qui meut, reçu dans l’homme, et cet acte est en même temps l'acte de l’âme mue par Dieu.

ne

les grâces de ‘hoix que Dieu ne manqeu jamais de donner à ceux qui les méritent et les lui demandent.

Article II. — Vocation — attrait

Je ne sais pas jusqu’à quel degré la doctrine de la vocation-attrait avait cours parmi nous ; je veux donc simplement exposer ce qui doit être connu. Dans d’autres milieux, les idées reçues, un peu trop communément peut-être, étaient celles-ci :

« Nul n’a le droit de viser au sacerdoce s’il n’y est prédestiné de Dieu. La vocation est la marque de cette prédestination divine. Avant d’embrasser la carrière sacerdotale il faut écouter la voix de Dieu. Cette voix se traduit par une suite d’attraits spontanés, constants, presque irrésistibles : impulsion intime à promouvoir le règne de Dieu sur la terre, un goût inné et un pieux penchant pour les saintes fonctions de l’autel, une invatiable tendance à se dévouer au salut des âmes. Entre les diverses marques qui peuvent faire connaître si l’on est vraiment appelé au sacerdoce, l'attrait ou l’inclination est la principale. Si un jeune homme ressent cet attrait, on le juge appelé à devenir prêtre ; sinon, on l’écarte comme ne possédant pas la vocation, eut-il d’ailleurs les dispositions nécessaires, car l’attrait est, pour l'ordinaire, le signe décisif, nécessaire.»

Comme on le sait, M. le chanoine Lahitton s’ériges en faux contre cette doctrine, qui tendait inconsciemment à diminuer le

nombre des vocations sacerdotales. Et voici la thèse qu’il soutint : Dès qu'un jeune homme possède l’idonéité, c’est-à-dire la science et la vertu requises, et l'intention droite, c’est-à-dire qu’il est guidé par le désir de la gloire de Dieu et du salut des âmes, il peut solliciter l’honneur du sacerdoce, et si l’évêque l’accepte, il sera réellement appelé de Dieu, il aura par là même la vocation divine.»

Pie X nomma une Commission Cardinalice pour juger la discussion qui suivit ia publication du livre du chanoine Lahitton sur cette question. Les deux thèses furent examinées à fond, et c’est celle du chanoine qui fut approuvée et louée à Rome. De plus, remarquons-le, les trois propositions approuvées par le Saint-Père ne sont pas l’œuvre de la Commission Cardinalice : elle déclare elle-même formellement qu’elle les prend dans le livre soumis à son examen ; et elle les loue dans le sens même où le livre les établit. Une nouvelle édition de la Vocation Sacerdotale du chanoine Lahitton a reçu une nouvelle lettre d’éloges du Vatican le félicitant du service important rendu à la cause de la pure doctrine.

(1) Voici cette lettre.

Le Souverain Pontife, Pie X, vous remercie de l’hommage filial que vous lui avez fait de la nouvelle édition de votre ouvrage sur la Vocation sacerdotale, et vous confirme à cette occasion les félicitations qu’il vous avait adressées lors de la première apparition ro docte travail.

Déjà, l'année dernière, Sa ainteté avait pleinement approuvé la décision prise, le 20 juin 1912, par les Éminentissimes Cardinaux spécialement chargés d'examiner la pu doctrinale soulevée par la publication de votre ivre.

sitio init tnt ns EEE

Or la Commission Cardinalice, dans son jugement, approuvé par le Pape, reconnaît qu’il peut y avoir des vocations d’attraits, mais elle nie que ce soit le cas ordinaire des vocations ou que cet attrait soit nécessaire.

La règle générale qui se trouve établie définitivement par cette décision de l’autorité compétente, c’est celle dornée par saint Ignace dans le troisième temps pour une bonné élection. :

Nous donnons ces trois temps, d’après le P. Bouvier, afin que la doctrine soit fixée bien nettement dans les esprits de ceux qui sont directeurs d’âmes et conseillers, ainsi que dans les esprits de ceux qui peuvent raisonnablement aspirer au sacerdoce.

Le premier est celui où la volonté de Dieu nous parait si évidente qu’il nous est impossible d’en douter, ainsi qu’il est arrivé, par exemple, pour la vocation de saint Mathieu et de saint Paul... Nous sommes en face d’une grâce fort rare, absolument gratuite

En relevant le mérite de cette magistrale étude, la Commission cardinalice signalait avec éloges les points importants du concept traditionnel de l’Église mis par vous en lumière. =

Après avoir pris connaissance de la présente édition, le Saint-Père vous félicite de nouveau d’avoir rendu un service important à la cause de la pure doctrine, et, comme-

ge de Son entière satisfaction, vous accorde de tot cœur a Bénédiction Apostolique. =

Avec mes félicitations et mes remerciemeuis personnels, veuillez recevoir, Monsieur le chanoine, l'assurance de mes sentiments bien dévoués en Notre-Seigneur.

R. Card..MERRY DEL VAL,

. Après ces deux approbations et les éloges qu'elles contiennent, nous ne croyons pas qu'il soit exagéré de dire que désormais cet ouvrage de Lahitton est indispensable à quiconque s'occupe au recrutement ou de la formation des jeunes clercs : Curés, confesseurs, prédicateurs de retraite professeurs et directeurs de Séminaires, parents chrétiens,

et plus ou moins miraculeuse ; il serait téméraire de l’espérer et même de la demander à Dieu. Ce sont les vocations de miracles.

Le deuxième temps est celui où l’âme sent pour telle détermination un certain attrait qui se prolonge ou se renouvelle, et qui, sans avoir l’éclat et la force irrésistibles que nous constatons dans le premier temps, lui fait croire cependant, sinon avec une certitude complète, du moins avec une forte présomption, que telle est la volonté de Dieu. Ce sont les vocations d’attrait.

Il y a un troisième temps où Dicu n’intervient ni par miracles ni par attrait, où il nous laisse nous déterminer nous-mêmes avec nos ressources ordinaires, la grâce et la foi, l'examen et la réflexion et au besoin les conseils de l’autorité et de l'expérience. L’âme n’éprouvant aucune motion perceptible soit du bon soit du mauvais esprit, peut arrêter elle-même son choix dans la tranquillité et la paix en pleine indépendance et liberté. C’est alors, dit le P. de Ravignan, que la raison éclairée par la foi devra remplir sa fonction la plus haute et sa mission la plus auguste sur la terre. Ce sont les vocations de raisons (1).

. (1) Un exemple très simple fera toucher du doigt la différence qui existe entre les résolutions qui ont l'attrait pour mobile et celles qui sont inspirées uniquement par la réflexion. = : =

Voici deux personnes qui se déterminent À communier fréquemment. La première éprouve, depuis un certain temps, une véritable sollicitation de la grâce: tantôt c'est comme une voix qi lui reproche de ne pas s'asseoir au banquet divin que otre-Seigneur daigne lui servir; tantôt c'est une invitation ineffablement suave à s'approcher de la Table Sainte. En vain cherche-t-elle à écarter ces

cinarértaiiiiétitnasitiertinseneéutnbnrtianamenmmneinrtnnaniannntiinaansetnstanei aies aunittonsenom era mnmnnn ce

dd

On le voit, ce troisième temps est le cas le plus ordinaire dans les décisions et la manière de procéder qui y est indiquée constitue la loi générale. C’est bien ce qu'a reconnu la Commission des Cardinaux théologiens... « La condition requise de l’ordinand, et appelée vocation sacerdotale ne consiste pas, au moins nécessairement et ordinairement, dans une certaine aspiration intime du sujet ou dans une invitation du Saint-Esprit à recevoir le sacerdoce.

« Au contraire rien de plus n’est requis de l’ordinand pour être appelé canoniquement par l’évêque, que l'intention droite, jointe à l’aptitude consistant dans les dons de la nature et de la grâce, suffisamment prouvée par la probité de la vie et de la

pensées qui s'accordent mal soit avec ses habitudes, soit avec ses idées sur la piété. Rien n'y fait : la voix continue de retentir, à propos de tout et de lui faire entrevoir dans la communion le moyen ar lequel Notre-Seigneur veut se communiquer à elle. Finalement elle se rend à cet attrait. =

L'autre personne se détermine également à communier fréquemment, mais elle n’a rien Hi de semblable. Ce sont les récents décrets de Pie X qui l’ont amenée à réfléchir sur les avantages de la communion fréquente. Elle a compris enfin, que pour une âme,en état de grâce, tout est profit dans la réception de l’Eucharistie, et elle s’est dit que les exhortations pressantes du Souverain Pontife étaient pour elle l’expression du bon plaisir de Dieu. :

D'un côté la détermination est fondée sur l'attrait, de l’autre elle est fondée sur des raisons présentées par la foi. Semblables sont les vocations d'attrait et les vocations de raison (Bouvier, p. 17).

Avec cette doctrine, les candidats ne sont pas tentés de renoncer au sacerdoce pour cette seule raison qu'ils ne constatent pas en eux cet attrait caractérisé du bon esprit. Les recruteurs du clergé ne se croient pas tenus d'attendre

u'on vienne leur déclarer, comme Samuel, qu’une voix

u ciel a été entendus... Ils suggèrent à l'enfant, qui a les qualités voulues, que Dieu serait sans doute content s’il avait la générosité de se consacrer à son service, que les grâces déjà reçues semblent être le présage de celles qui lui sont encore destinées (Bouvier, p. 49).

doctrine, et donnant l'espérance fondée que Île sujet pourra exercer parfaitement les fonctions du sacerdoce et en observer saintement les obligations (1,

À cette doctrine déjà si claire, il faut ajouter pour résumer et concli:re, que tout jeune homme qui en a les aptitudes peut désirer le sacerdoce ; personne n’est exclu.

S'il le fait avec une volonté sincère d’en remplir les obligations et s’il est accepté par l’autorité légitime, il sera certainement un prêtre agréable à Dieu, et pourra être sans inquiétude sur sa vocation. Bien plus comme cette sublime dignité lui permet de mettre en pratique la vertu de charité et d’imiter la vie apostolique dont Jésus nous a donné l'exemple, ce jeune homme sera plus agréable à Dieu en devenant prêtre qu’en demeurant simple laique ®. En rémé, « l’étude de la vocation, pour un ;:une homme est pûrement et simplement, un examen d’aptitudes intellectuelles et morales » (Questions actuelles, t. 114, p. 577).

Nous sommes donc parfaitement autorisés à parler à un jeune homme des avantages du sacerdoce, à faire valoir les raisons qui militent en faveur de cette carrière, à

1 ta rates MB LD et hole an a 8 aa sad bn me nous nd Le ne cts

. (1) «Il serait absurde de vouloir expliquer ces propositions dans un sens différent de celui de l’auteur et de mettre ainsi la Commission en opposition avec lui. Des 5 rues écrit dans ce sens.» (Ami du Clergé,

, Pe . = 2) C'est la conclusion du savant Père Vermeersch, ge esseur au Collège théologique de la Compa nie de ésus, à Louvain, et qui, au jugement du Père Lintelo,

S. J., le vaillant apôtre de la communion fréquente, « a magistralement exposé la doctrine des Pères et des théolo- = sur la vocation, dans un opuscule qui s'impose absoument à l'étude des directeurs de conscience » : — « Quid

à mere astra dhen cash à

Srsserreithathéstéésné tt à

" banane tnt smns sn as A api gà pra M2 rs Len rrio te 8: no sb Rd ess ae mr s

y insister même avec prudence et discrétion, et à le rassurer complètement sur les inquiétudes qu'il pourrait avoir, quand même il n'aurait jamais pensé à «levenir prêtre. Car si l'expérience prouve que plus d’un bon et saint prêtre a senti de bonne heure de l’attrait pour le sacerdoce, d’autres non moins recommendables ont commencé leurs études sans avoir pour cet état un goût prononcé, même ils avaient des aspirations contraires. Plus tard ils ont fait une décision d’après les règles données dans le troisième temps, et partant d’après la réponse de la Commission des Cardinaux théologiens, et ils sont devenus des prêtres saints, heureux, répandant partout la bonne odeur du Christ.

Page 1