‹ Pourqoui je m'enrôleChapitre 1 sur 4 · Pourqoui je m'enrôle · texte numérisé non relu

Pourqoui je m'enrôle

Suivi de trois lettres de sir Robert Borden, de sir Wilfrid Laurier et de sir Samuel Hughes

En vente à Montréal, rue S. Jacques, 74, et chez les principaux libraires

10 sous l'ex. - 12 pour 51,00 - 100 pour $7.50 1 sou par exemplaire pour le port

Olivar Asselin

POURQUI JE M'ENROLE

Discours prononcé au Monument National, à Montréal, le 21 janvier 1916

Suivi de trois lettres de sir Robert Borden, de sir Wilfrid Laurier et de sir Samuel Hughes

En vente à Montréal, rue S. Jacques, 74, et chez les principaux libraires

10 sous l'ex. - 12 pour $1.00 - 100 pour $7.50 1 sou par exemplaire pour le port

https://archive.org/details/pourqouijemenrle00asse

Compagnons d’armes, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs,

Depuis le 26 novembre dernier, date où j'acceptaïs la tâche de lever un bataillon pour la guerre européenne, je me suis refusé à toute déclaration publique. Je ne sais si vous remporterez de cette enceinte la conviction que j'ai bien fait, mais puisque je vous ai invités pour vous exposer les motifs de mon enrolement, vous ne trouverez peut-être pas déplacé que, tout en m'appliquant à vous faire saisir le point de vue du nationaliste canadien qui veut prendre part à la guerre,—ou pour vous le faire mieux saisir,—je n'oublie pas non plus de vous éclairer sur mon cas personnel.

Et d’abord, je me permettrai de vous lire ce passage d’une lettre du 30 octobre 1914,—remarquez bien la date—de M.

Philippe Roy, commissaire du Canada à Paris:

Mon cher X.,

J'ai bien reçu votre lettre, et je suis désolé de ne pas pouvoir vous aider à réaliser votre désir. Il est absolument impossi-

RL es

ble pour un Canadien de s’enrôler dans les armées alliées sans passer par l’Angleterre.

Il y aurait bien la Légion étrangère, mas vous n'en voulez pas... Au début de la querre il y a bien eu quelques sujets britanniques qui ont formé un bataillon et qui ont été acceptés par le ministère de la guerre du gouvernement français, mais ils ont été immédiatement versés dans les cadres de l'armée anglaise. Une offre de service comme la vôtre serait immédiatement rejetée par le ministère de la guerre. Quant à obtenir des services dans l'administration, il ne faut pas y penser. Il y a dix demandes pour une place à nomme: .

L'homme qui avait demandé par M. Roy à s’enrôler dans l’armée française, et qui, à défaut d’une place dans l’armée, demandait une place dans l’administration, vous le devinez peut-être, c'était moi.

Quand je dis une place dans l’armée, il faut bien s'entendre, et, pour qu’il n’y ait pas de doute sur le sens où je prends ce mot, où je le prenais alors, nous pourrions relire ensemble le conseil qu’à la même époque, dans l’Action, je donnais aux jeunes Canadiens-Français instruits de s’enrôler dans l’armée française comme interprètes, parce qu'il semblait que ce service compor-

— De

tât, avec sa large part de dangers, un maximum d'utilité.

Et quand je dis une place dans l’administration, il n'importe pas moins de savoir de quelle sorte de place il s'agissait.

Je me figurais à cette époque que s’il m’était impossible ide servir dans l’armée, je pourrais tout au moins faire dans les bureaux, au front ow à l'arrière, le modeste travail d'un des petits emiployés appelés au front. Je ne savais pas, je ne me doutais pas, que même en France, jusqu’au 15e mois de la guerre, — je veux dire jusqu'à l'accession du général Galliéni au ministère, —il y aurait assez d'hommes valides — je ne idirai pas d'embusqués—pour remplir dix fois toutes les vacances créées dans les administrations par l'appel aux armes.

Je n'ai malheureusement pas gardé copie d’une lettre dont je ne soupçonnais pas que j'aurais un jour besoin. M. Roy en a peut-être conservé le texte: s’il juge à propos de la publier, on verra qu’elle était exactement comme je dis.

Voici maintenant une correspondance de deux mois et demi échangée directement et indirectement au commencement de 1915 entre un Canadien-Français que pour

To de

l'instant nous appellerons M. X. et le ministère canadien de la Défense. Cette correspondance va du 3 février au 17 avril et comprend douze lettres. La nature en est indiquée une première fois dans une lettre du 9 février, du ministre des Postes, l'honorable M. Casgrain, à M. X.:

Je viens justement—écrit M. Casgrain— de recevoir du Département de la Milice une lettre dans laquelle on me dit que votre demande d’être nommé interprète pour le 2e contingent vient trop tard, vu que, 1l y a déjà quelques semaines, le ministre a nommé Cinqg-Mars, de Québec, à cette position.

Elle l’est une deuxième fois dans une lettre du 15 février, de X. à son ancien compagnon d'école, M. le général Fiset, sous-ministre ide la Défense :

Ci-inclus copie d’une lettre que je viens d'écrire à M. Borden. Auras-tu la bonté de me la renvoyer après en avoir pris connaissance? Comme tu le verras, 1 m'est égal de servir dans les contingents canadiens, l’armée anglaise ou même l'armée française: tout ce que je demande, c’est de ne pas être obligé d'attendre plusieurs mois dans les casernes; toi qui as connu le service actif, tu comprendras cela. Cho-

se que je comprends mal, c’est qu'on n'ait besoin que d’un interprète par division, et encore! J'avais lu dans la presse française que sur toute la ligne de feu on manquait de bons interprètes. Ton ministre pourrait peut-être me trouver un trou dans l’armée anglaise ou (par l'entremise du War Office) auprès de l’armée française. Quant à toi, fais comme -pour toi-même. J'aurais plus honte d'insister, si je ne me sentais capable de rendre de grands services en territoire français ou belge, si je n'avais lu à maînte reprise que l’interprétariat comporte sa large part de dangers, et si je n’avais l'ambition de passer tout de suite à la ligne de feu.

Elle l’est encore plus clairement dans ce passage d’une lettre du 24 février, du nommé X. à sir Sam Hughes, en réponse à deux lettres de M. le général Fiset et de sir Robert Borden où il était dit que les interprètes de l’armée anglaise étaient nommés en France et par le gouvernement français, aux termes d’une entente intervenue entre Londres et Paris:

...J'ai lu à mainte reprise dans les journaux, depuis le commencement de la guerre, que l’on manquait d’interprètes, et que dans plusieurs cas il en était résulté des consé-

Page 1