GIRAUDEAU, LOUISE
GIRAUDEAU
Est-il heureux!... il m'aurait fallu, à moi, pour emmener madame Giraudeau, un quart-d'heure de prières, et encore
n'en serais-je pas venu à bout. C'est qu'elle est entêtée!... Au fait, madame Carpentier avait raison... elle paraît affligée...
LOUISE
Ces choses-là n'arrivent qu'à moi !
GIRAUDEAU
A qui la faute, madame ?
LOUISE
Savais-je qu'on me comprendrait si mal?
Vos actions sont si peu réfléchies!... vous mettez tant de légèreté dans vos paroles. . .
LOUISE
Eh bien ! oui... j'ai peut-être eu tort... j'en suis assez punie... tout à l'heure j'étais au désespoir. (Marie reparaît.) Marie, madame Carpentier a-t-elle reçu le Journal des Modes que lui envoie tous les jours la tanle de monsieur de Ferrière ?
MARIE
Non, madame.
LOUISE
Dès qu'il arrivera, apportez -le -moi. Je dois l'avoir la première... elle me l'a promis. La première, entendez-vous? ( Marie sort. )
GIRAUDEAU
A merveille, madame! Il paraît que votre chagrin ne sera ni bien long ni bien dangereux.
LOUISE
Madame Carpentier s'est chargée de tout arranger.
GIRAUDEAU
Madame Carpentier a eu tort, et la tâche qu'elle s'est imposée est peut-être plus difficile qu'elle ne le pense.
LOUISE
Oh! mon Dieu non! rien n'est plus aisé... avec un coup de ciseaux...
GIRAUDEAU
Hein?... qu'est-ce que vous dites ?...
Eh! oui, sur le côté.
GIRAUDEAU
Un coup de ciseaux... à qui ?...
LOUISE
A ma robe que j'avais bien recommandé de laisser ouverte , j'en suis sûre, comme celle que j'ai vue au dernier bal de madame Deschamps. C'est si joli avec une guirlande...
GIRAUDEAU
Une guirlande!... une... ïmbécile qui pensais être pour quelque chose dans cette tristesse!...
LOUISE
Toi!... et pourquoi ?
GIRAUDEAU
Vous le demandez, après votre scandaleuse conduite de tantôt?
LOUISE
Ah! tu ne m'en veux plus, n'est-ce pas? le danger était passé, et malgré moi... ( Elle sourit.) Ne parlons plus de cela, je t'en prie... pardon... là!... je te demande pardon...
GIRAUDEAU
Non,., non... riez encore, vous en avez envie: ne vous
j contraignez pas, madame; mais moi, qui ne vois rien de plai-
£X] sant dans cette aventure ^ je me permettrai dorénavant de ne
v5 pas céder si facilement à vos fantaisies; je sais ce qu'il en
S coûte.
S« M ., lowst-
$ Mon ami!...
Pj *j3 GIRAUDEAU.
Et, comme je ne suis pas aujourd'hui dans une veine de bon- 00 Ji heur, qu'il pourrait encore m'arriver quelque accident, vous ^ trouverez bon, madame, que nous n'allions pas ce soir au bal.
LOUISE
Y penses-tu ?