‹ Pourquoi?, comédie-vaudeville en un acteChapitre 21 sur 23 · SCENE XVI11. g · texte numérisé non relu

SCENE XVI11. g

LOUISE, HORTENSE, puis JOSEPH. *""•

LOUISE

Ma chère amie, qu'a donc votre mari, ce soir? Je lui ai

HORTENSE

trouvé le regard sinistre

En effet.

LOUISE

Quelle singulière figure ! j'en rirais de bon cœur si monsieur Giraudeau ne m'avait pas rendue malheureuse toute la journée. (avec un soupir») Il n'est pas aimable non plus, mon mari. (riant.) Ah ! ah ! ah ! ah ! c'est égal : il n'a pas encore une physionomie aussi extraordinaire que monsieur Carpentier.

HORTENSE

Quel peut être le motif?..

Faites con'jme moi, ma chère, ne vous tourmentez pas de

cela... vous voilà déjà toute effrayée; en vérité, vous êtes toujours en adoration devant votre mari, ça n'a pas le sens commun ; vous l'aimez trop, ça Ta gâté et Giraudeau aussi; oui, vous êtes cause que nous avons eu une scène affreuse ; il m'a fait pleurer. J'ai été bien bonne , n'est-ce pas?... Mais je cause et j'oublie le plus pressé. (Elle ouvre le journal, et regarde la gravure qu'elle passe à Eortense.) Oh ! ma chère amie , exactement comme ma robe; c'est charmant.

hortense, d'un air distrait* Oui, oui.

LOUISE

Un billet! comment se trouve-t-il là? Voyez donc, Hortense, une lettre!

HORTENSE

Une lettre?

LOUISE

Oui, clans ce journal. De qui peut-elle venir? Je ne connais pas du tout cette écriture.

HORTENSE

Oh ! mon Dieu !

LOUISE

Faut-il lire, hein?

hortense , la retenant.

Ma chère amie , il est peut-être indiscret...

Il n'y a pas d'adresse, et ma foi, je suis curieuse. [Elle lit.) « Je vous ai attendue toute la matinée. »

HORTENSE

Ciel!

LOUISE

« J'ai craint que vous ne fussiez indisposée : voilà cinq jours « passés sans nous voir. La contrainte que vous nous imposez « estcruelle. Je n'oserai vous parler dans la soirée, et cependant «j'ai bien des choses à vous dire; il faut absolument que vous « vous rendiez libre demain, ne fût-ce qu'une heure. Yous le « ferez si vous m'aimez.»

HORTENSE

Ma chère amie... '

LOUISE

« Si vous consentez au rendez-vous , ayez ce soir, au bal, un « bouquet de violettes. J'ai tâché de vous en faire remeltie un ■ par une main qui ne peut éveiller de soupçons. » Pas de signature à ce singulier billet... qu'est-ce que ça veut dire?

HORTENSE

Je... ne sais.

LOUISE

Ah! mon .Dieu! comme vous êtes pâle! Hortense , mon amie, qu'avez-vous ?

HORTENSE

Rien... rien...

Mais, j'y pense! la figure de monsieur Carpentier, son air pénétré... est-ce qu'il aurait des soupçons? est-ce qu'il croirait que ce billet vous est adressé ?

HORTENSE

Oui... je crains en effet...

LOUISE

Que vous êtes enfant! mais rien de plus facile que votre justification. Il faut aller trouver votre mari, lui donner cette lettre qui n'a pu être envoyée ici que par erreur; on saura facilement qui a apporté ce journal, on le rendra au messager maladroit et tout sera dit. Allons, rassurez-vous; à votre placé, je serais bien calme, bien tranquille, car je ne craindrais pas qu'on m'apportât ce bouquet... ce perfide signal... a que doit «remettre une main qui ne peut éveiller de Soupçons. » (Joseph entre.) Que voulez-vous, Joseph? et qu'apporlez-vous là?

JOSEPH

Ce bouquet de violettes que monsieur Carpentier m'a envoyé chercher pour madame. j

LOUISE

C'est étrange... Bien, Joseph, posez-le là et laissez-nous. (Joseph sort.) Plus de doute... il croit à cette lettre. hortense , tombant sur un fauteuil.

Je suis perdue...

LOUISE

Hortense, ne dites pas cela.

hortense.

Maintenant... vous savez...

louise, très vivement.

Je sais... mon Dieu!... je ne sais rien; ce bouquet n'est, après tout, que la suite d'une épreuve, d'une erreur.

hortense.

Non, c'est à moi...

louise, vivement.

Que votre mari l'envoie? mais c'est égal : vous ne le mettrez pas , Hortense. Écoutez : ni vous ni moi n'avons ouvert ce journal; ni vous ni moi n'avons lu cette lettre... j«e l'ai oubliée, moi. Puis, comme il me manque un bouquet, comme je suis plus coquette que vous... je prends celui-ci... celui-ci, auquel vous ne tenez pas plus qu'à tout autre, n'est-ce pas, Hortense? et je le garderai toute la soirée.

H0RTENSE.

Oui.

LOUISE

Allons, voilà qui est arrangé... remettez-vous, (à part.) Ah! mon Dieu ! mon Dieu ! [apercevant tes deux maris.) Le voici.

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