G IR ATT DE AU
Oui... uo bouquet.
louise , affectant un air riant.
Vous êtes restés plus long-temps que nous à votre toilette , messieurs.
GIRAUDEAU
Oui
CARPENTIER
Oui.
LOUISF.
Je parierais que c'est monsieur Giraudeau qui s'est fait attendre.
GIRAUDEAU
C'est moi.
CARPENTIER
C'est lui.
LOUISE
J'en étais sûre... (à part.) Mon mari est dans la confidence.
GIRAUDEAU
Il faut que nous soyons bien en retard, ou que ces dames soient bien impatientes de partir, pour qu'on se soit aperçu du temps que nous avons mis à nous habiller; n'est-ce pas, Carpenlier ?
CARPENTIER
C'est ce que je me disais aussi.
GIRAUDEAU
Ah! les minutes paraissent des heures quand on se promet autant de plaisir.
CARPENTIER , bas.
Tais-toi donc !
Pourquoi ? y
GIRAUDEAU
Mais rassurez- vous, mesdames...
CARPENTIER, b(lS.
C'est ça... parle au pluriel... ça vaudra mieux.
GIRAUDEAU
Nous ne serons pas les derniers arrivés. ( // sonne, Joseph paraît. ) Joseph! a-t-on demandé une voiture?
JOSEPH
Elle est en bas, monsieur.
giraudeau, à part»
J'étouffe.
LOUISE
Mon ami , est-ce que vous êtes encore contrarié d'aller à ce bal ?
GIRAUDEAU
Du tout, (à Joseph.) Mes ga»ts... tout ce qu'il me faut... ( à Louise. ) Du tout... ( à lui-même. ) Oh! si quelqu'un me disait quelque chose!... Je voudrais que Joseph laissât tomber mon ohapeau. (d Joseph.) Laisse tomber mon chapeau,
JOSEPH
Paît-il?
GJRAIDEAU.
Imbécile !
JOSEPH
Monsieur?
GIRAUDEAU
Va-t-en! va-t-en!... tu me déplais. (Joseph sort.) Eh bien ! pourquoi ne partons-nous pas?
LOUISE
En vérité... nous paraissons tous si peu disposés à sortir...
GIRAT3DEAU.
Pourquoi donc? je suis gai, moi... je suis très gai... Carpentier aussi...
CARPENTIER
Oui... oui...
GIRAUDEAU
Je n'ai jamais été à un bal avec autant de plaisir... Ah ! je me promets de m'y amuser, par exemple. .. Il y aura beaucoup de monde... Nous prendrons place, Carpentier et moi, le long du mur, parmi les maris, qui font tapisserie pendant que les jeunes gens font danser leurs femmes... Il y en aura là de ces maris... de toutes les classes.
carpentier, le tirant par l9 habit .
Giraudeau !
GIRAUDEAU
Et de ceux qui sont trompés sans le savoir... et de ceux qu'on trompe et qui le savent...
carpentier, à part.
Il n'y a plus moyen de l'arrêter.
louise, bas à son mari, désignant Carpentier. Prenez donc garde , mon ami.
GIRAUDEAU
Pourquoi donc?... Carpentier sait ce qu'il en est,.. Allons, prenez mon bras.
LorisE, à part.
Je ne sais plus que penser.
hortense , à part.
Que signifie ?. . .
carpentier , bas à sa femme.
Je t'expliquerai ça.
giraudeau, donnant le bras d Louise.
C'estpourmoi, n'est-ce pas, quevousvousêtes parée ainsi?.,, c'est pour me plaire ?. . .
LOUISE
Qu'avez-vous, monsieur?
GIRAUDEAU
Et ce bouquet?., c'est pour moi aussi, madame ?
carpentier, bas à Hortense.
Pourquoi as-tu donné mon bouquet?
GIRAUDEAU
Ce bouquet, que vous vous êtes empressée d'avoir, que vous ne pouvez quitter.,, ce bouquet... ( le lui arrachant. ) donnezle donc, madame !.. Ah! le voilà... tenez!., eh bien ! envoyezen chercher un autre. ( 27 lève le bras avec fureur pour le jeter à terre; Carpentier L'arrête.)
CARPENTIER
Un moment, cher ami; c'est celui de ma femme.
Hein ?. . comment?
CARPENTIER
Et comme il est trop tard pour en avoir un autre, tu trouveras bon que je le rende à qui il appartient.
GIRAUDEAU
Qu'est-ce que tu dis?
CARPENTIER
Je dis que c'est le bouquet de madame Carpentier; il m'a été envoyé par la fameuse marchande que nous a indiquée M. de Perrière.
GIRAUDEAU
Monsieur de-Fer... madame... ce journal! ce... ( lui sautant au cou.) Ah! mon ami! mon cher ami!
CARPENTIER
Il devient fou.
GIRAUDEAU
Louise! Carpentier!
CARPENTIER
Il se trouve mal !
GIRAUDEAU
Non : la joie... le saisissement...
Ah! ça, qu'est-ce qu'il a donc ?
giraudeau , après un temps.
Comment? ce bouquet appartient. . .
CARPENTIER
Parbleu! je le reconnais à toutes ces violettes; n'est-ce pas, ma bonne?
giraudeau, s' avançant vers Hortense.
Alors permettez-moi...
hortense , bas, laissant tomber te bouquet que Carpentier rainasse. Ah! monsieur! *
giraudeau, bas.
Je ne sais rien , madame ; absolument rien.
louise , avec dépit.
Monsieur Giraudeau!...
giraudeau.
Gronde-moi, ma bonne amie; mais consens à me pardonner quelques momens d'humeur 9 car à l'avenir je ne me plaindrai jamais des tiens.
CARPENTIER
C'est charmant; mais je n'y comprends plus rien. Voyons, partons-nous enfin?
LOUISE
Monsieur Carpentier, votre femme est souffrante.
HORTENSE
Oui... je ne me sens pas bien.
LOUISE
Et je crois que décidément nous ferons mieux de rester.
Qu'as-tu, chère amie?... oh! ce ne sera rien.
LOUISE
Restons, je vous en prie.
CARPENTIER
Elle était bien tout à l'heure.., c'est singulier,.. ( bas à sa
femme. ) Est-ce que vous allez devenir comme madame Giraudeau ?. . c'est que ça ne me conviendrait pas du tout.
GIRAUDEAU
Allons , Carpentier, prends ton parti : tu ne danses pas?
CARPENTIER
Non, mais je me promettais de m'amuser. Enfin, puisque madame est malade...
GIRAUDEAU
Tiens! pour te dédommager, nous partirons demain tous quatre pour la campagne. Ta femme a besoin de changer d'air... la mienne aussi.
CARPENTIER
A la bonne heure! [cl Giraudeau.) Te voilà calmé, cher ami. J'espère qu'à l'avenir tu me laisseras tranquille et que tu ne viendras plus m'ennuyer de tes pourquoi?
GIRAUDEAU
Non; je sais à quoi m'en tenir à présent. ENSEMBLE.
Air : Vaudeville des Chemins de fer.
GIRAXJDEAU.
Pour moi quel dénoûment prospère !
Pour nous quel dénoûment prospère ! {
CARPENTIER
Pour lui quel dénoûment prospère!
Non , jamais de soupçons jaloux ; Ainsi, le bonheur, je l'espère, Reviendra bientôt parmi nous.
GIRAUDEAU Seul.
Plus d'un ménage, je suppose, Des deux nôtres subit la loi ; Mais s'il en ignore la cause. .. .
Ici nous lui dirons pourquoi.