‹ Pourquoi et comment visiter les muséesChapitre 13 sur 53 · LA POÉSIE DE LA VIE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE DE LA VIE

Shelley disait déjà : « La culture de la poésie (et par ce mot il entendait l'expression la plus générale de la beauté réalisée par l'homme) n'est jamais plus désirable qu'aux époques où, par suite d'un excès d'égoïsme et de calcul, l'accumulation des matériaux de la vie extérieure dépasse le pouvoir que nous avons de les assimiler aux lois intérieures de la nature humaine. Alors le corps est devenu trop pesant pour le principe qui l'anime. » Et le grand poète disait encore : Ce qui nous niamiue^ c^esL la poésie de la ç>ie^.

Depuis les jours de Shelley, il y a bientôt un siècle, la vie matérielle s'est démesurément développée, singulièrement compliquée, et la déchéance des doctrines idéalistes achève d'effacer la poésie de la vie. Elle nous manque de plus en plus. Tout à Theure la

1. A vrai dire, les Américains nous achètent nos œuvres d'art un peu comme des parvenus achètent dans une boutique des « portraits dancétres ». Ils savent, en outre, que ces « marchandises » ont une grande valeur et qu'elle ira toujours croissant à cause de leur rareté. Il n'est guère plus question de goût de la part de l'acheteur que de dignité de la part du vendeur.

2. Shelley, Dt/'ense de la Poésie. Traduction de M. F. Rabbe (Albert Savine, éditeur).

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52 Pourquoi et Comment i>isiter les Musées.

question se posera de savoir si définitivement et absolument nous pouvons nous en passer, s'il n'y a aucun intérêt à respecter les monuments anciens et s'il convient de brûler les musées et les biblioihèques.

Je crois, pourtant, que la réponse n'est pas douteuse.

Qui oserait contester, en histoire et en raison, la coopération des poètes et des artistes au grand œuvre de la civilisation! Les travaux des savants et même des philosophes ont moins servi l'humanité que les révélations des initiateurs du monde à sa propre harmonie. Si les premiers n'étaient pas venus, nous serions sans doute plus ignorants, plus intolérants, et, politiquement, moins libres que nous ne sommes. Mais dans quelles ténèbres végélerions-nous si Dante, Shakespeare, Rabelais, Cervantes, n'avaient jamais existé, et « si — je cite encore Shelley — Raphaël et Mi(diel-Ange n'étaient jamais nés, si la poésie hébraïque n'avait jamais été traduite, si la renaissance de l'étude de la littérature grecque n'avait jamais eu lieu, si aucun monument de la sculpture ancienne n'était parvenu entre nos mains, si la poésie de la relitrion de l'ancien monde était morte en même temps que la loi de ses croyants? Ce n'est que grâce à l'intervention de ces excitations que l'esprit humain a pu s'éveiller à l'invention des sciences plus grossières, à cette application du raisonnement analytique aux observations sociales, qu'on essaie aujourd'hui d'exaller au-dessus de l'expression directe de la faculté inventive et créatrice'. »

L'homme est-il devenu si pur, ou a-t-il acquis une

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