POURQUOI TOLERONS-NOUS LA LAIDEUR
Quant à cette froi le sévérité qui nous interdirait les voluptés spirituelles de l'art, je veux croire qu'elle répugne plus que jamais à notre nature, puisque nous faisons si libéralement de si grands frais pour décorer les places et les rues et les maisons de nos villes, — sans parler de l'assiduité du public aux spectacles et aux concerts.
Cette décoration, pour nous en tenir aux arts plastiques, est mal inspirée, mal ordonnée, mal exécutée, soit! Telle quelle pourtant, elle signifie le désir, le besoin d'une décoration, à tout prix : on se contente d'une décoration médiocre en désespoir de cause. — Et pourquoi est-elle médiocre?
11 serait insuffisant et injuste de répondre : « Nos artistes ont perdu le sens de la beauté ». Ce serait injuste, parce que nous ne manquons pas, au con-
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traire, d'artistes excellents, très é[)ris de la grande décoration et qui pourraient illustrer nos villes d'œuvres admirables. Ce serait insiilfisant parce que, si les commandes ne sont jamais faites aux artistes excellents, c'est pour ce motif péremptoire : le public ne les comprendrait pas.
En art, et notamment en art décoratif plus qu'en tout autre ordre de production, personne ne peut rien sans le consentement de tous. Si la foule ne comprend pas et n'aime pas l'œuvre qui lui est dédiée, celte œuvre est comme si elle n'était pas, si belle soit-elle. Certes, la foule ne peutaimer ni comprendre les statues absurdes qui encombrent Paris et toutes les capitales. Mais elle les supporte à cause de leur inanité; elles sont en hnrmonie, hélas! avec l'état neutre où elle est tombée. Des figures belles et simples la troubleraient Elle a (vroteslé, ou laissé [)rotester — et l'indifférence est, ici, plus lamentable encore que ne le seraient les pires violences — contre les rares chefs-d'œuvre exposés à sa vue, les Danseuses de Cnrpoaux, par exemple, ou le Penseur de Rodin. — Pour(|uoi?
Je l'ai déjà dit : la foule a oublié la beauté.