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LA REVOLUTION NECESSAIRE

C'est, pour nous, le sens qui le plus nettement se dégage de cette réunion d'œuvres modernes. Les meilleures affirment la nécessité d'une rupture avec la tradition classique et réagissent contre elle.

Bien des causes ont déterminé ce mouvement, et

Le Musée du Luxembourg. iig

d'abord l'épuisenient de la tradition elle-même, qui, venue au terme de sa vitalité, ne donnait plus, sous la main des élèves de David, que de vains pasticFies des vieux maîtres. C'est cet art pompier et ce style Louis-Philippe, si solennellement enseigné, pendant un demi-siècle, par les professeurs. L'esprit scientifique, qui ne fut pas pour rien, comme je vous l'ai dit, dans la déchéance du style classique, précipita la ruine de sa caricature conventionnelle. Et derrière tout cela, ou plutôt au principe de tout cela, il y a la Révolution du xvm*" siècle, qui déplaça l'orient du monde en démontrant la fragilité des institutions sur lesquelles il se croyait établi pour toujours. Les mêmes causes qui déterminèrent la Révolution générale devaient entraîner la Révolution artistique.

Dans un immense chaos de débris de toutes sortes, débris de dynasties et de pensées, de fortunes et de renommées, de doctrines et de lois, l'artiste moderne, comme l'homme moderne, sentit fléchir les motifs de son orgueil, perdit du même coup sa confiance en lui-même et sa foi en ses ancêtres, et ref)rit le chemin de la nature comme un enfant celui de l'école.

Il ne se trompait pas, c'est le bon chemin et c'est l'éternelle école des éternels enfants que — Dieu merci ! — nous sommes. Seulement, et tout de même, il y a longtemps que la nature nous parle; le sens propre de sa parole peut s'altérer avec les générations, qui se la transmettent sans prendre la peine de vérifier si les textes primitifs ont été respectés, mais c'est la nature elle-même, quand nous la consultons directement, qui nous renvoie au pur exemple de ceux qui furent ses premiers confidents : « Imitez leur attitude devant moi, dit-elle aux hommes nou-

I20 Pont quoi et ComnieiiL {^istLer les Musées.

veaux, tout en restant vous-mêmes et tels que vous ont façonnés, selon mes lois, le temps et le lieu. »

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