‹ Pourquoi et comment visiter les muséesChapitre 40 sur 53 · EST-CE AU RÉALISME QU'ABOUTIT CETTE RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

EST-CE AU RÉALISME QU'ABOUTIT CETTE RÉVOLUTION

Essayons de voir, maintenant, où est allée cette révolution de l'art, cette nouvelle compréhension de la beauté, oii elle devait aller. Nous sommes à merveille placés pour lire cette histoire, elle est clairement écrite sur les murs de ce musée du Luxembourg, et c'est en tâchant de la déchiffrer que nous achèverons notre visite aux artistes modernes.

« Où va la révolution artistique, Testhétique nouvelle, enseignent nombre de critiques autorisés, si ce n'est au réalisme? N'est-ce pas dans cette tendance que l'art est le plus assuré de rejoindre la science, ses précisions, la multiplicité de ses vues, et d'utiliser ses conseils et ses ressources? »

Les partisans de cette doctrine nous montrent les derniers romantiques eux-mêmes, par exemple Hébert, dans son tableau La Malaria^ s'excusant de rechercher la réalité en faisant au goût de leurs contemporains pour le style classique et pour le pittoresque la concession du costume étranger. Franchissant ensuite, par des degrés dont je vous épargne l'énumération, environ cinquante années, ils nous arrêtent devant des portraits collectifs comme V Atelier des Bati^nolles de Fantin-Latour, en nous priant de convenir du (f grand progrès » accompli : maintenant les artistes ont le courage d'aborder sans détour cette grave difficulté du costume moderne, quotidien, la jaquette et le pantalon. Dans une autre

Musée du Luxemuourg. — Gustave Moreau : Orphée

Cest l'œuvre très intéressante d'un très rare esprit, auquel les vertus /./«*/.</"« "'■<""" "«

refusées.

I '22 Pourquoi et Comment s^isiter les Musées.

voie de l'art, dans le paysage, les impressionnistes, obéissant à la même impulsion, abrogent les lois qui permettaient au peintre le « site noble » seulement : Manet, Monet, Pissaro, Cézanne, proclament que la nature entière a droit de cité dans l'art, que tout dans la nature est beau, que Tesprit de choix auquel les artistes anciens étaient asservis avait laissé aux artistes nouveaux la conquête de cette province vierge, immense, inépuisable : la nature sans apprêts, la nature ordinaire, de l'usine aux champs de choux, du sous-bois aux gares de chemin de fer.

Contre cette théorie, les objections abondent.

Les portraits collectifs de personnages habillés du costume contemporain ne sont pas nouveaux. Ils furent de pratique à toutes les époques, en Italie comme en Espagi?e, aux Pays-Bas comme en France même. Ce qui jusqu'au xix'' siècle n'avait pas encore été vu, c'est, dans de tels portraits, le costume laid, parce que celui-ci date du xix® siècle ^ Il est remar-

1. Le costume moderne ne manque pas de défenseurs; je veux bien qu'il ait sa beauté. Elle est incontestable — sauf telles excentricités qui procèdent de modes éphémères — dans la toilette féniinine, et je ne méconnais pas la rationrielle c ureotion des coupes sobres de nos redingotes et de nos pantalons. Mais, sur ce sujet il y aurait trop à dire et je ne peux même l'effleurer. Je m'interdis donc toute comparaison, à ce point de vue, entre notre siècle et les siècles précédents. M'accordàt-on, du reste, que la forme et la couleur de nos habits sont froides jusqu'à la tristesse, pratiques jusqu'à la trivialité, qu'importe, en définitive, [)uisque, nous l'avons vu plus haut, « l'art peut tirer un parti de beauté » de tout ce qui tombe sous le regard de l'artiste .' Néanmoins, si Ton convient que le costume actuel n'est pas essentiellement caractérisé par la grâce, la fantaisie, le faste et la joie, il faudra bien du même coup reconnaître que, si l'artiste s'applique à le décrire avec une minutieuse exactitude, il risque d'introduire dans son œuvre un élément d'ennui. C'est ce que les réalistes ont fait. Au contraire, pour les vrais artistes, peintres ou sculpteurs, le costume ne compte plus. Ils profitent de son impersonnalité pour appeler et retenir toute notre attention sur le visage et les mains, sur l'attitude, le geste, l'atmosphère du modèle. L'habit est plutôt supposé qu'il n'est peint, il consiste surtout en quelques relations de tons où la forme est sacrifiée. Ainsi l'impersonna

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