LE RÉALISME EST UNE RÉACTION CONTRE L'IDÉALISME ACADÉMIQUE
Quant à ce dogme que la nature entière et telh quelle ait droit de cité dans l'art, il n'a que la porté< d'une réaction contre les prescriptions académiques, issues elles-mêmes, par une décadence, de deux cent cinquante années d'art de noblesse, de choix, de beauté préconçue. Inévitablement, et comme toutes les réactions, celle du réalisme est allée à des excè^ énormes : on ne s'est pas contenté de proclamer la beauté du champ de choux, on a préféré cette beaul< à toute autre, et surtout on a exclu du paysage la figure humaine.
lité de l'habit permet à l'artiste d'insister sur l'individualité de la personne; par là elle échappe au temps, aux circonstances accîdentelltelle est nûment elle-même. C'est le trait commun que vous retrouvert/ dans les meilleures œuvres de nos portraitistes modeines, d un Carrier'', par exemple, ou d'un Ricard.
en "c 'I— I
to
ti
lu
hJ
Le Musée du Liixenihourg. i>.*
Môme (les pciiili'os ex(!elleiils, coîjnnc. I*issaro et Renoir, — voyez la salle du legs Gaillebolte, — (jiiand ils tolèrent, dans leurs vergers- et leurs jardins, rhomme et la femme, ne leur accordent que la valeur d'une silhouette ou d'une tache, en éliminent tout sens psychologique, — et il semble bien que leur procédé méconnaisse les véritables proportions d'intérêt des êtres et des choses.
Du reste, le réalisme n'est ni tout le paysage français du xix® siècle ni tout l'impressionnisme.
Notre grande Ecole de paysagistes, qui peut se réclamer de Poussin, du Lorrain et de Watteau pour ses origines, qui se développe glorieusement avec les maîtres de Fontainebleau, Millet, Rousseau, Diaz, Dupré, Français, Ghintreuil et Daubigny, et Corot, et Courbet lui-même, n'est pas une école de réalisme. Tous ces beaux artistes ont trop le sens de la vérité et l'amour de l'art pour se laisser enchaîner par une théorie. Ils sont libres devant la nature. Leur ambition est de s'exprimer tels qu'ils se découvrent dans leurs relations avec elle, et selon le motif que leur temps et leur tempérament leur imposaient. Ce n'est pas à eux qu'il faudrait demander d'accomplir des œuvres impersonnelles, de croire à la seule existence de la réalité objective, et de laisser couler de leurs yeux sur la toile, par leur main, la lumière, sans intervenir dans sa distribution : ces peintres font des tableaux, c'est-à-dire qu'ils ont le souci de la composition et qu'ils cherchent le style.
On n'en saurait dire autant des impressionnistes, comme vous pouvez le voir chez Pissaro et chez Monet. Ces peintres composent le moins possible. Us voudraient détacher du grand rideau de la nature un lambeau, et nous l'offrir dans les dimensions du
i3o Pourquoi et Comment visiter les Musées.
tableau de chevalet. Telle la « tranche de vie » du roman naturaliste. Leur préoccupation principale, presque exclusive, est d'être vrais, de la vérité splendide des choses qui vibrent sous le soleil. Dans ce désir, ils accordent à la technique une importance extrême qu'ils ne cachent pas, qu'il leur serait même impossible de cacher, étant données la rapidité d'exécution à laquelle leur manière les astreint et l'impossibilité de revenir, pour la corriger loin de la nature, sur l'impression directe qu'ils en ont reçue, et qui est leur raison de peindre, leur but.