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LA NATURE RATIFIE LES CONCLUSIONS DE L'ART

Vous pourrez ensuite recourir à la nature et vérifier en elle les lois dont les chefs-d'œuvre de Fart sont les expressions humaines. L'art vous aura enseigné à voir la nature, à découvrir en elle la preuve de l'universalité des rapports, à obtenir d'elle les formes de la grâce comme celles de l'énergie.

« Quand on suit la nature avec un fidèle amour, a dit Rodin, on en obtient tout. Lorsque j'ai pour modèle un beau corps de femme, les dessins que j'en fais me donnent des images d'insectes, d'oiseaux, de poissons. Gela paraît invraisemblable, et je ne m'en doutais pas moi-même. Autrefois, je cherchais des formes de vases pour la manufacture de Sèvres. Je n'arrivais pas à trouver une beauté de proportions et de lignes qui me satisfît, parce que je n'appuyais mes recherches que sur l'imagination. Depuis, j'ai dessiné des corps de femmes, et l'un d'eux m'a donné dans sa synthèse une superbe forme de vase, avec des lignes vraies et harmonieuses. Il ne s'agit donc pas de créer. Gréer, improviser, sont des mots vides de sens. Tout est dans ce qui noua entoure. Tout se tient dans la nature, tout est un mouvement continu. Une femme, une montagne, un cheval, sont construits

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selon les mêmes principes, et leur conception est identique^ ».

Et Carrière, parlant de Rodin, dit, dans le môme esprit :

« Les arbres, les plantes, lui ont révélé leur analogie avec ces belles jeunes femmes aux jambes lisses montant en grêles colonnes, au torse mouvant où se gonfle le sein, sur lequel lourdement s'appuie la tête dans l'accompagnement d'un cou souple et fort; ainsi un beau fruit, de sève pressé, contraint sa branche^. »

La nature nous a adressés à Fart; l'art nous renvoie à la nature : avec des yeux désormais bien ouverts.

Au cours d'une visite au Louvre, je m'étais arrêté dans la salle où sont les statues de Tanagra, si délicates, avec le rythme adorable des draperies qui ondulent et dansent autour de ces graciles formes féminines. Le hasard fît que mon regard, entre deux vitrines, rencontra une fenêtre, et, par delà, la cour du Louvre où passaient, dans un jour d'été, des femmes, des Parisiennes, vêtues de souples étoffes qui moulaient sans les* gêner leur membres fins et légers. Je crus que les vitrines du musée s'étaient élargies, animées.

L'antique me révélait la beauté moderne.

L'art m'enseignait la nature.

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