‹ Pourquoi et comment visiter les muséesChapitre 46 sur 53 · SUIVEZ LES DEVELOPPEMENTS D'UN GRAND ARTISTE · texte numérisé non relu

SUIVEZ LES DEVELOPPEMENTS D'UN GRAND ARTISTE

Il est impossible, même à l'esprit le plus indifférent aux choses de l'art, de rester tout à fait ignorant de certains des épisodes de son histoire contemporaine. Ils éveillent parfois des échos jusqu'aux derniers confins du monde civilisé, et, sous la forme

1. On jugera peul-èlre inutile et déplacée l'expression de ce vœu dans ce petit livre, qui n'est point destiné aux maîtres de l'heure. Mais en toutes choses c'est d'abord aux intéressés à vouloir, et la jeunesse ne connaîtra jamais assez sa puissance. Ces conférences — et quelques sociétés privées ont déjà donné des indications dans ce sens — seront fondées quand elle les demandera.

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oncLusions.

de Vactualité, disputent à la politique la première page des journaux.

Personne, il y a quelques années, ne put éviter d'entendre le bruit étourdissant qui se fit autour de

Esclave, L'homme de l'âge d'airain,

par Michel-Ange. par Rodin.

Le but de fart statuaire esc-il iTes^inmer le mouvement ? Les plus grands maîtres de la tlcuaissance italienne l'ont cru. Cette conviction a d'abord gouverné la production du maître fie la statuaire moderne.

la statue de Balzac par Auguste Kodin. \ous savez que la statue, commandée par la Société des Gens de lettres à Tillustre sculpteur, lui fut par cette même société refusée. — Pourquoi?

i4o Pourquoi et Comment visiter tes Musées.

Rodin est, sans conteste, le plus glorieux artiste vivant, l'un des plus grands sculpteurs de tous les temps. S'était-il trompé à ce point que, sans égard pour une carrière déjà longue et très féconde, on ne pût esquiver la nécessité de lui faire, en écartant son œuvre, le pire des affronts ?

Quand l'œuvre fut exposée, le public, les amateurs, les critiques, les artistes, se partagèrent autour d'elle en deux camps également tumultueux, Tun tout bruissant d'enthousiasme et l'autre de fureur.

Que s'était-il donc passé?

Le grand artisle, à près de soixante ans, s'était renouvelé : pour grandir encore.

Ces renouvellements, qui toujours firent scandale, rythment la carrière de Rodin.

Au musée du Luxembourg — peut-être avez-vous été surpris que nous le quittions sans avoir fait une station devant les œuvres de Rodin, si importantes et si nombreuses dans ce musée? — vous pourriez voir, entre autres, deux figures de bronze, L'Age dCairain et le Saint Jean-Baptiste., qui marquent deux instants inégaux dans l'évolution de l'artiste. Pour l'une comme pour l'autre, il fut accusé de moulage sur nature. A propos de la seconde, l'artiste, irrité, répliqua : « Ai-je donc aussi moulé le désert? )> Et, en effet, dans le geste du prophète, dans toute l'atmosphère qui se dégage de sa pure et sauvage figure, il y a le sentiment de la grande solitude où l'homme inspiré entraîne les foules pour leur parler plus haut, plus près de la nature, et c'est bien la Voix criant dans le désert.

Toutes ces luttes, où l'on vit Rodin, grandissant, environné d un nombre choisi de vrais poètes et de vrais artistes, résister à la cohue officielle desacadé-

Conclusions.

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mies et des salons, n'ont qu'un sons : dans les deinitonèbres des ignorances, des partis pris, des men-

Sa INT J r:A N-l> A PTISTE,

par Doualcllo.

Saint Jeaa-Baptiste, par Rodin.

DonalelLo disaîl a ses élèves : « Je puis vous enseigner l'art statuaire en un seul mot ; Des- BiNKZ. » Mais Ghiberii disait avec raison que /'Art i>e modi i.kh est le dessin du statuaire. Or l art de modeler répugne au l-ouble des mouvjmenix agités :

« Je hais le mouvement qui déjilace les lignes^ » dit la Beauté dans les vers de Baudelaire, et peu a peu Rodin s'est pcrsundè que le calme est une condition de la beauté.

songes, un homme puissant allait à la vérité, à la lumière.

Or, quel chemin prenait-il pour atteindre à son but? Le chemin du retour aux principes dont je

POCRgOOI ET COMMENT VISITER IICS MlSEliS,

\ ^ii Pourquoi et Comment visiter les Musées.

vous parlais au Luxembourg, et où je vous montrais la direclion de Tart moderne tout entier.

Un jour, dans son jardin de Meudon, Rodin me faisait admirer un grand Bouddha de pierre, image humaine de la force et de la sérénité, miraculeux chef-d'œuvre, d'une vie si intense et si discrète, dehors sensibles de la pensée, synthèse obtenue par les seuls modelés essentiels.

« Je ne comprends plus, me disait l'artiste, que Jadis j'aie pu trouver cela grotesque; maintenant ^e sais qu'il n'y a rien de plus beau. »

Eh bien! voilà le guide que vous pouvez tous élire et suivre, — j'ajoute en souriant : sans le déranger. Assez de ses œuvres sont sous vos yeux, et vous pouvez par les reproductions photographiques compléter la galerie, pour qu'il vous soit facile de l'accompagner dans son développement depuis L'Age d'airain jusqu'à L'Homme qui marche *.

Or, ce développement, après l'avoir suivi chez, Rodin, vous pouvez le vérifier chez tous les plus grands artistes du dernier siècle. Tous, d'Ingres à Carrière, vous ramènent aux principes, c'est-àdire aux premiers jours delà Tradition, auxPrimilils et au jour éternel de la nature. Essayez de faire au Louvre cette promenade depuis la salle La Gaze jusqu'à la salle égyptienne. Vous partirez, du trouble, de la complication, des attitudes « dynamiques », du geste qui cherche hors de l'être un appui, pour arriver au calme, à la simplicité, à l'attitude « statique », à la sereine immobilité de l'être en consciente possession de ses propres forces; vous passerez par le « mouvement » des temps modernes et de la

l. Silon de 190U,

Balzac, par P.odin.

lîodin a retrouve le secret des artistes les plus anciens, qui sont les plus grands, en assignant à ses plus récentes œuvres /'état statique.

Le Balzac, incompris des gens de lettre;, rejoint le Si'iiiNX. Ces deux statues sont des œuvres de plein air; l'une est dédiée ii la Foule comme l'autre au Désert

Lf grand sphinx de Gis<?}i.

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Renaissance, pour aboutir aux pians majestueux du Meninon ou des colosses du Sérapeuni; et Micliel- Ange lui-même, au prix de ces absolus de l'art, vous apparaîtrait comme l'expression violente d'un désir insatisfait.

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