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CHAPITRE VI La colonisation du Katanga

LE Katanga est destiné à devenir tout à la fois une colonie de peuplement et une colonie agricole.

Sont climat et la production de son sol étant tout autres que dans les autres provinces du Congo, il a besoin d'un régime spécial.

C'est bien là l'opinion du gouvernement, et le ministre des colonies vient de solutionner le problème d'une façon on ne peut plus heureuse, en proposant de donner au Katanga, une administration tout à fait distincte qui en fera réellement une seconde colonie.

Pour le Katanga, la question primordiale est le régime des terres. Avant de l'entamer, il sera intéressant de résumer la théorie des deux économistes, les plus connus et les plus célèbres, qui ont traité cette matière : Waketield et Torrens.

Voici en quels termes Paul Leroy-Beaulieu dans son ouvrage : - De la colonisation chez les peuples modernes ^ définit à la page 629 la théorie de Wakefield.

1" La prospérité des colonies nouvelles dépend principalement de l'abondance de la main-d'œuvre que les capitalistes ont à leur disposition, en proportion du territoire occupé ;

2° On peut importer dans hi colonie, des travailleurs de la métropole et prendre des mesures pour les contraindre à vivre de salaires pendant deux ou trois ans au moins :

68 Pourquoi et comment nous decons coloniser

3" Pour empêcher les salariés de devenir trop tôt propriétaires, il faut vendre les terres à un prix suffisamment élevé;

4° La totalité du produit de la vente des terres doit être versée au fonds d'immigration pour transporter dans la colonie des travailleurs de la métropole, c'est seulement en employant à cet usage la totalité, sans restriction, du produit de la vente des teri-es, qu'on peut maintenir un équilibre exact entre l'étendue de la terre cultivée, la quantité de la main d'œuvre disponible, et la somme des capitaux;

5^ Le prix de la terre doit être uniforme et fixe sans distinction de qualité, variant seulement avec la contenance; la vente par auction est donc proscrite;

6° Le système ainsi pratiqué produii'a la concentration de la population et })révienrlra la dispersion qui est toujours prête à prendre place dans les colonies nouvelles.

Voici également comment MM. Cli. et R. Pety de Thozée, dans leur ouvrage - Théorie de la colonisation au xx^ siècle r résume à la page 700 tout le système de l'Acte Torrens.

Les traits caractéristiques de l'Acte Torrens sont les suivants :

1" Tous les droits aifectant l'immeuble sont enregistrés, et ce, non seulement pour les rendre opposables aux tiers, mais aussi pour les constituer entre parties;

2° L'Etat garantit les propriétaires immatriculés, il est pécuniairement responsable des erreurs commises dans l'immatriculation de la délivrance des titres;

3° La publicité est réelle et non personnelle seulement, en ce sens, qu'il y a un grand livre foncier, dans lequel chaque domaine a son compte ouvert ;

PourqMoi et ronniicnf nous devons coloniser 69

4"" Chaque propriétaire reçoit un certificat servant de titre et renouvelé à tout changement de propriétaire;

5'' Le propriétaire emprunte facilement sur gage, en remettant simplement son titre;

6"" Le fonctionnaire chargé de l'enregistrement a un droit de vérification ;

7° Toutes les opérations relatives à l'enregistrement sont concentrées dans la capitale;

8"" Les droits d'enregistrement sont entièrement modiques ;

9"* Toute solennité dans la rédaction des actes est supprimée.

Gomme le déclarait son auteur, l'Acte Torrens a pour résultat de débarrasser la propriété foncière, de toutes les entraves qui en empêchent le libre accès, semblables à ces herses, pont-levis et fossés qui défendaient l'accès des châteaux de nos ancêtres.

Nous venons de rappeler brièvement la formule résumant la théorie des deux célèbres économistes anglais.

Nous avons vu également, que l'Etat du Congo s'était inspiré dans ses grandes lignes de l'Acte Torrens, pour élaborer son système foncier, qui est tout à la fois très simple et très pratique.

Au point de vue du Katanga, il y a donc peu de chose à changer, ce ne sera qu'une adaptation à faire pour une contrée qui se trouve dans un cas très spécial.

Des colons d'autres nationalités s'étant déjà fixés dans le Katanga, nous avons l'obligation stricte, d'y envoyer des Belges le plus tôt possible, si nous ne voulons pas que bientôt, on ne nous crée des difficultés, sous prétexte de sauvegarder les intérêts de la nationalité qui a le plus de représentants habitant le pays.

Nous nous trouvons donc dans l'obligation de faire

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une chose toujours dangereuse en fait de colonisation, c'est-à-dire dans la nécessité de faire vite.

Mais entîn puisque nécessité il v a, tâchons de faire vite et bien.

A ce propos voici une idée que j émets, n'ayant nullement la prétention de la faire adopter par tous.

La difficulté la plus réelle pour nous, c'est d'avoir un premier noyau, un bon premier noyau. Car aussitôt qu'il sera prouvé que les premiers colons ont réussi, on peut être certain que d'autres se présenteront en foule, et le gouvernement n'aura plus qu'à choisir. L'exemple de ce qui s'est passé en Amérique, nous en est un sur garant.

La question est donc celle-ci :

1" Il faut amorcer convenablement ceux qui doivent servir à créer un premier noyau ;

2"^ Il faut les choisir avec grand soin ;

S"" Il faut les mettre dans les meilleures conditions

possibles, afin de les obliger en quelque sorte à réussir.

Le seul moyen pour attirer ce premier noyau, c'est

de lui donner des avantages tangibles et appréciables

par la masse.

Par exemple, il est certain que si nous voulons que notre colonie prospère, nous devons vendre les terres, et même les vendre à un prix assez rénumerateur.

Tous les économistes sont d'accord sur ce point, car on ne tient réellement à une chose, que lorsqu'on a éprouvé certaines difficultés à se la procurer et même souvent, on y tient en raison directe du prix plus ou moins élevé, qu'elle nous a coûté.

Vendons donc nos terres et même vendons-les le plus cher possible.

L'ensemble des futurs colons sera divisé en trois catégories :

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l'' Aux cinq cents premiers, il sera fait des avajitages énormes;

2"" Aux mille suivants il en sera fait de grands;

3° Tous les autres rentrent dans la catégorie ordinaire.

Ceci étant admis et ayant reçu une grande publicité le premier point à déterminer, c'est l'endroit où l'on transportera les émigrants, destinés à créer le premier noyau de la colonie de peuplement.

Cet endroit, qui doit être le plus salubre et le plus fertile possible, est déjà trouvé : c'est le plateau de Kundelungu.

Le Lieutenant-Colonel Wangermée, représentant du Comité spécial du Katanga, qui est a.ussi l'homme le plus autorisé pour parler de cette contrée, nous l'indique dans l'étude qu'il a fait paraître sur <^ La colonisation du Katanga « dans le numéro du 16 mai dernier de la Tribune Congolaise.

Le Colonel est complètement d'accord sur ce point avec le Docteur Sheffied Neave qui, chargé d'étudier la maladie du sommeil dans la région minière du Katanga, s'exprime lui, en ces termes, dans le Mouvement Géographique du 31 janvier 1909, sur le plateau de Kundelungu.

« Particulièrement salubres sont les plateaux.

» Celui de Kundelungu, au Sud-Ouest du lac Moero, entre ce lac et le bassin de la rivière Lufira, en est un exemple, il présente une grande surface unie de plus de 160 kilomètres de longueur sur 50 à 100 kilomètres de largeur à une altitude de 1.500 mètres. Le climat y est délicieux pour les Européens, mais trop froid pour les indigènes aussi est-il absolument inhabité. Ce pays est bien arrosé, on y trouve des bassins au fond d'épais bouquets de bois et partout où

72 Pourquoi et comment nous devons coloniser

se rencontre un bouquet de bois, on peut être sur qu'il y a de l'eau.

^ Le plateau de Kundelungu forme une immense étendue de terrain, riche en herbages et pouvant convenir parfaitement comme pâturages.

" Il s'y trouve beaucoup de gibier gras et la tsé-tsé qui transmet la trypanosomiase du bétail, appelée « Nagana ^ ne se trouve pas sur le plateau, bien qu'on la rencontre à la base et le long des côtes d'accès.

« Je ne doute aucunement qu'une population blanche occupe un jour cette étendue de pays qui acquerra de la valeur i)ar la création de chemins de fer. Gomme le bétail pros])ère à la fois à Lukafu, à la Lufira et à Lukonzolwa, il n'y aurait que peu de difficulté à découvrir une route conduisant au plateau et non infectée parla glossina moj'sitans (la tsé-tsé du bétail), r

A ces renseignements, le Lieutenant-Colonel Wangermée ajoute ceux-ci :

« Cette description s'a])plique à une portion du pays, qui comparée à la Belgique, représenterait à peu près une l)ande allant du littoral jusque Marche, limitée au Sud par la frontière franco- belge et au Nord par une ligne passant par Gand, Bruxelles, Namur et Marche. Le plateau de Kundelungu n'est pas le seul de son esp»jce, celui des monts Kibara, à l'Est du lac Upemba, celui des Biano vers le Sud ont des caractéristiques analogues; il en est encore de même de la région qui va le long de la rive gauche du Lualaba depuis sa source près de Musoti, jusque près de Ruwe, et il est piobable que bien d'autres parties sont encore dans de pareilles conditions; si l'on ajoute à ces régions en réalité fort peu visitées, celles qui ont été mieux parcourues et qui constituent la zone minière actuellement reconnue, zone dans la majeure partie de laquelle.

Vourquoi et comment nous devons coloniser 73

l'Européen peut vivre sans danger, on voit que l'aire de peuplement possible est très étendue. -

A ces plateaux, on peut encore ajouter ceux qui se trouvent près du lac Albert, tels par exemple les parages des mines de Kilo.

Un de mes amis, le Lieutenant Van Marcke de Lummen, qui y a séjourné six ans, m'a affirmé que la température n'y est jamais supérieure à trente degrés et qu'il y a cultivé le blé, ainsi que tous les légumes de nos jardins.

On le voit : ce n'est pas le terrain qui fait défaut.

Mais je crois que pour avoir une réussite certaine, il faut concentrer à tout prix les efforts sur un seul point.

Ce point, qui doit être tout à la fois très salubre et situé le plus près possible, des énormes et riches mines de cuivre d'Elisabethville qui vont être mises en exploitation sous peu, ne peut évidemment être choisi que par des spécialistes se trouvant sur les lieux.

C'est au gouvernement qu'il appartiendra alors de faire les premiers travaux nécessaires, en vue de l'arrivée d'émigrants forts et sains.

Cette amenée sera d'ailleurs extrêmement aisée, à cause de l'achèvement prochain du chemin de fer de Broken-Hill au Katanga.

Quant aux conditions désirables pour la réussite, voici comment le Docteur Dryepondt que j'ai déjà cité, résoud cette question dans sa belle étude sur - La colonisation du Katanga. ^

" Je conclus donc que, si l'on veut coloniseï* le Katanga, y implanter la main-d'œuvre agricole belge, il faut au préalable préparer le pays, le sol, à cetteimrnigration.

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r- Et dans ce but, l'aménagement du Katanga pour la colonisation doit être compris comme une entreprise analogue, en une certaine mesure, à celle des sociétés qui aménagent des villes d'eaux, des endroits de villégiature, y lotissent des terrains, tracent les rues, bâtissent des villas, installent des magasins, construisent des écoles, des églises, etc.. préparent tout en un mot pour l'habitant futur qui trouve en arrivant tout ce dont il a besoin. --

Le Docteur Dryepondt, préconise encore le drainage du sol, la fourniture de l'eau potable, l'installation des magasins où le colon pourra se procurer les ai'ticles de première nécessité, ainsi que l'installation des maisons d'hébergement.

Tout cela est très bien et je suis en grande partie de son avis, seulement je pense qu'il demande un peu trop, car en plus de beaucoup d'argent, il faudrait énormément de temps, pour préparer la colonisation et nous devons aller vite.

Mon système serait celui-ci :

Aussitôt que l'on aurait déterminé l'endroit où l'on compte installer les premiers colons, on tracerait un plan d'ensemble; on créerait de suite toutes les routes principales, puis le terrain serait divisé en lots de 25 hectares, chacun ayant un numéro correspondant au plan établi au cadastre.

Des certificats de propriété seraient établis, le nom du propriétaire étant en blanc.

Le gouvernement s'occuperait ensuite de la grosse question de l'eau, et au besoin ferait forer des puits artésiens.

Il ferait aussi bâtir une église, une école, un moulin et une forge et il enverrait de suite un desservant et des professeurs, puis il emmagasinerait à proximité

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tout ce qui est nécessaire pour le logement et la nourriture des émigrants, pendant un certain laps de temps.

La colonie serait alors à même de recevoir ses émigrants.

Ainsi que je l'ai dit, ils seraient divisés en trois catégories.

Tous jouiraient du voyage gratis.

Ceux de la première catégorie (les 500 premières familles) recevraient en pleine propriété et absolument pour rien, un lot de 25 hectares de terrain, plus certains avantages au point de vue du bétail, que j'indiquerai plus loin.

Ceux d'entre eux qui voudraient avoir un ou plusieurs lots de terrains supplémentaires, les paieraient à raison de 250 francs le lot, sans cependant pouvoir obtenir plus de 250 hectares.

Ceux de la seconde catégorie (les 1.000 suivants) recevraient en arrivant, un lot de 25 hectares moyennant 250 francs, plus autant de lots qu'ils le désireraient jusqu'à concurrence de 250 hectares, moyennant 375 francs par lot.

Eux aussi jouiraient d'un privilège au point de vue du bétail.

Pour ceux de la troisième catégorie, il y aurait à des dates fixes mais assez rapprochées, des ventes aux enchères avec première mise à prix de 500 francs par lot.

Tout acquéreur de terrains, aurait en plus, la jouissance à titre gratuit pendant un espace de 20 ans, d'une étendue de terrain double de celui qui est sa propriété, et où il pourrait faire paître ses troupeaux.

Tout l'argent provenant de la vente des terres, serait réparti de la façon suivante : 70 ''/o iraient aux

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frais d'immigration, 15 "'o au régime voyer et 15 ""j^ aux travaux hygiéniques.

Afin d'empêcher que des maladifs, des paresseux ou des déclassés ne discréditent l'œuvre, soit par leur mort, soit par leur mauvaise conduite, tous ceux qui voudraient jouir des avantages accordés par le gouvernement, devraient passer une visite médicale et une enquête serait faite sur leurs antécédents.

C'est ici surtout que le gouvernement devrait prendre de grandes précautions.

Il n'y a pas de doute que les premiers qui se présenteront pour recevoir des terres gratis, seront des déclassés et des besogneux, ceux-là en effet, n'ayant rien à perdre sont toujours les premiers à se présenter. Il faut les écarter d'une façon absolue, sans exception aucune, si l'on ne veut courir à un désastre certain.

Une (bis que l'on aura fait une exception, il n'y a pas de motif pour ne pas continuer.

Que tous ces gens se mettent donc bien dans la tête, que pour être choisis, il ne suffit pas d'être l'arrière petit neveu d'un sénateur, ou le cousin d'un représentant, mais qu'il faut être un honorable agriculteur.

Des journaux ont préconisé de n'envoyer que des fiamands. Ce serait profondement maladroit et injuste.

Maladroit parce que nos paysans wallons sont souvent beaucoup plus débrouillards que les fiamands, injuste parce qu'il ne faut pas faire de différence entre les deux races.

Il faudrait aussi que tous ceux qui voudraient devenir possesseurs de plusieurs lots de terrain, puissent justifier d'une fortune de 2.500 francs pour le deuxième lot, de 5.000 francs pour le troisième et de 5.000 francs en plus pour chaque lot supplémentaire, afin' d'empêcher les faillites, faute des ressources nécessaires.

Voiirquoi et comment nous devons coloniser 77

Si au bout de cinq ans la moitié des terres au moins, n'était pas mise en culture, le gouvernement aurait le droit de racheter au prix de vente, la partie qui ne serait pas exploitée.

La question des terres étant ainsi réglée, le gouvernement aurait encore pour devoir, de choisir parmi les premiers émigrants, des gens de professions utiles, tels que maçons, tailleurs de pierres, plafonneurs, serruriers, menuisiers, charpentiers, charrons, forgerons, scieurs de long, carriers, cordonniers et tailleurs.

Enfin, ces gens rendus sur place et en possession de leur lopin de terre, le gouvernement devra encore leur faire certaines avances :

Il devra leur prêter des tentes, pour se faire un abri provisoire .

Il devra aussi leur fournir les instruments agricoles, les semences, ainsi que les animaux dont ils ont besoin.

Pour les semences et les instruments agricoles, le gouvernement n'en exigerait le prix qu'au bout de cinq années do résidence. Lors du paiement, il ne serait pas tenu compte des intérêts. Ce prix serait simplement majoré de 10 7o-

Quant aux animaux, il est impossible de mieux traiter la question que ne l'a fait le Colonel Wangermée dans l'article que j'ai déjà cité. Voici ce qu'il dit:

« Si mes renseignements sont exacts, voici comment on a procédé dans la Rhodésie Nord orientale, où un centre agricole important s'est formé en peu d'années, près de Fort Jameson, le chef lieu administratif.

« Un troupeau de bêtes à cornes a été formé au moyen d'animaux de choix achetés dans le pays où les indigènes en possédaient en 1907 environ 4.500 têtes, ce troupeau s' étant développé, les colons désireux de pratiquer l'élevage, pouvaient recevoir en quelque

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sorte à titre de prêt, un certain nombre d'animaux, 50, je pense, à charge de payer annuellement une somme assez légère, représentant J' intérêt du capital vivant; puis, l'élevage ayant produit ses résultats, le gouvernement vint après un certain temps, reprendre dans le troupeau des colons, un nombre d'animaux égal à celui qui a été prêté, et ainsi de suite.

- Ce système donne de si bons résultats que l'association des fermiers de Fort-Jameson a pu faire importer en 1907, du Royaume-Uni, vingt taureaux de pur-sang.

« Le nombre total de bêtes de bétail qui était de 11,760 au 31 mars 1905, était de 17,691, deux ans après et approchait de 30.000, m'a-t-on assuré à la tin de 1908.

« Pour préparer de pareils résultats, il faudrait faire sans hésitation, les frais nécessaires, c'est-à-dire organiser un service d'élevage, dirigé par des vétérinaires sérieux et compétents, assurés de revenir dans le pays et aidés par des gens de métier, qui pour les premières années au moins, devraient être des boers ou des gens de cette catégorie. ^

Un seul point me paraît problématique, c'est que sur un total de 4.500 bêtes dont on disposait, on en ait donné 50 à chacun des fermiers.

A ce compte, 90 fermiers seulement auraient reçu du bétatl.

Pour ce qui nous concerne, les ressources dont nous disposons sont les suivantes :

Le gouvernement possède un peu plus de 7.000 bêtes de gros bétail, réparti dans environ 60 postes d'élevage.

Les centres principaux sont : Zambi, Kitabola, Dolo, Yokoma, Lado, Yé, Redjaf, Loka, Oba, Dunga,

Pourquoi eï commeni noufi (levons coloniser

Aviva, Luvangî, Ratshuru, Kassongo, Luluabourg, Lusambo et Eala.

En admettant donc que tout aille pour le mieux, je ne crois pas que nous puissions espérer, plus de 14.000 têtes de bétail pour 1911.

Or, si dans ce nombre, nous parvenons à en diriger 5.000 sur le Katanga, j'estime que ce sera déjà un très beau résultat.

Mais alors, si nous donnons 50 bêtes à chaque fermier, nous ne pourrons en contenter que 100.

A mon avis, il vaut donc mieux ne leur remettre que dix bêtes, vu que l'on soigne plus facilement et mieux, dix bêtes que cinquante.

Mais ici encore, je voudrais voir faire une faveur aux premiers colons.

Tous recevraient à leur arrivée 10 têtes de gros bétail, qu'ils rembourseraient au gouvernement de la façon suivante :

Fin de la 3e année

Fin de la 46 année

Fin de la 5e année

Totaux

Les 5oo premiers . .

3 bêtes

4 bêtes

5 bêtes

12 bêtes

Les I ooo suivants . . .

3 bêtes

5 bêtes

7 bêtes

i5 bêtes

Tous les autres ....

3 bêtes

6 bêtes

9 bêtes

18 bêtes

Mais cela ne suffit pas, il faut aussi que le gouvernement fasse en sorte, de procurer aux émigrants d'autres animaux, tels que si possible, des chevaux, des ânes, des mulets, cochons, moutons, chèvres, poules, pigeons, dindons, canards, oies etc.. cardans une ferme, il n'y a pas que le gros bétail et les céréales, qui sont sujets à bénéfices.

Tout concourt à l'établissement du budget, et pour

80 Pourquoi et comment nous devons colonise)'

un bon fermier, il n'y a pas de petits bénéfices, tous sont également bien venus et coopèrent au but final.

Lorsque j'ai parlé de remettre à chaque colon 10 têtes de gros bétail, il est bien entendu que j'ai voulu parler exclusivement de vaches, la saillie se faisant gratuitement les deux ou trois premières années, par des taureaux a[)partenant à l'Etat. QiQ ne serait que sur leur demande, que les fermiers recevraient un taureau dans leur lot.

11 faudrait aussi que l'Etat mette tous ses soins, à améliorer les bovidés qui sont sa propriété.

Au Congo, il y a trois races bien distinctes :

La race du Ruzizi-Kivu, qui a des cornes tellement longues et tellement pesantes que la tète en est disgracieuse et embarrassée.

La race des environs de Kassongo et de Nyangwé, a de grandes cornes en forme de lyre et une bosse mobile qui les fait ressembler à des zébus.

Enfin les bêtes formant les ti'ouj)eaux de Lusambo et de Luluabourg sont plus étotïees, ont les cornes moins longues et ressemblent [)lus à notre bétail belge.

Pour ma part j'avoue que c'est à cette dernière espèce que vont toutes mes préférences.

J'ai aussi entendu parler des bêtes qui composent le troupeau de Zambi et qui, paraît-il, sont très belles. Mais celles-là je ne les connais pas, je ne puis donc en parler en connaissance de cause.

Malheureusement toutes ces vaches sont très mauvaises laitières et c'est là une situation à laquelle on ne pourrait remédier, que par de bonnes sélections et des croisements judicieux.

Pour le cheval, les résultats que l'on a obtenus jusque maintenant n'ont pas été brillants, mais enfin le Katanga se trouvant dans des conditions spéciales, nous pouvons espérer une meilleure réussite.

Pourquoi et commoni nous devons coloniser 81

De tous nos chevaux, celui qui convient le mieux pour le Katanga, est notre bon et brave ardennais. Il est tout à la fois fort, robuste et plus facile à nourrir que le brabançon. En tous cas, c'est un essai qui mérite d'être fait.

Tous les ânes résistent bien au Congo ; ceux que nous devons tacher d'y acclimater doivent être grands, fortement charpentés et vigoureux, afin que, dans le cas où l'acclimatement du cheval serait reconnu impossible, ils puissent le remplacer.

Ce que je viens de dire des ânes, s'applique aux mulets.

Il y a aussi les zèbres, ceux-là n'ont pas besoin d'être acclimatés puisqu'ils sont natifs du Congo, mais il faut les apprivoiser et les domestiquer.

Evidemment au commencement on aura des déboires, mais il n'y a nul doute, qu'avec de la patience et en employant des hommes compétents, on obtiendra assez vite d'excellents résultats.

Pour les cochons, les chèvres, les moutons, poules, pigeons, dindons, pintades, canards, oies, etc., il faut les sélectionner avec soin et au besoin transporter de nouvelles races.

Par exemple, pour les chèvres on pourrait faire des croisements avec la chèvre de Nubie qui est une excellente laitière, et comme poule on devrait essayer d'acclimater notre " Brackel y^ ainsi que notre " Coucou de Malines. r>

Ce serait d'autant plus désirable, que les poules du Congo sont toutes petites, pondent peu et de très petits œufs.

Enfin, un eifort plus grand devrait être fait au point de vue de l'élevage du chameau, puisque maintenant il est prouvé qu'il résiste parfaitement au Congo.

82 Pourquoi et comment nous devons coloniser

De grands efforts devraient aussi être tentés pour former des fermes à autruches, c'est en eifet une des plus grandes ressources, qu'un pays puisse posséder, chaque mâle donnant en moyenne pour 400 francs de plumes par an !

Notre établissement d'Api qui s'occupe de l'élevage de l'éléphant, a déjà quelques belles victoires à son actif et ses pensionnaires deviennent de plus en plus nombreux, environ quarante à présent je pense. Mais le fait de devoir tuer des bêtes adultes pour se procurer les petits, me paraît bien primitif et doit forcément être bien long à doimer des résultats, puisque l'éléphant n'est complètement adulte qu'à vingt-cinq ans.

De cette façon quelle perte de temps et quels massacres d'animaux utiles et précieux!

Malheureusement le Commandant La plume qui a créé l'établissement d'Api, n'avait pas le choix des moyens, puisqu'il n'avait ni éléphants instructeurs, ni cornacs à sa disposition.

Il importe donc que le gouvernement prenne ses dispositions pour conserver et capturer des éléphants adultes.

A mon avis c'est là une question d'avenir, i)uisque l'éléphant est tout à la ibis le plus fort et le plus intelligent de tous les animaux, et qu'il peut supporter le climat.

11 faut absolument qu'on fasse venir des Indes, quelques éléphants et quelques cornacs habitués à s'occuper de la capture et du dressage.

Ce sera peut-être une assez grosse dépense, mais les résultats que l'on en retirera d'une façon certaine, valent bien la peine de faire, ce qui n'est somme toute qu'une simple avance de fonds à gros intérêts.

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