PAYS DE PROVENANCE
Commerce spécial
Commerce général
Belgique
Angleterre
France
Allemagne ...
Possessions portugaises (côte maritime)
Pays-Bas
Danemarck
Portugal
Autriche-Hongrie
Egypte
Possessions Anglaises (côte orientale d'Afrique)
Etats-Unis d'Amérique
Suisse
Possession françaises (Haut-Congo) .
Italie
Suède
Norwège
Espagne (Iles Canaries)
Possessions Anglaises (côte occidentale d'Afrique)
Algérie ....
Indes Anglaises
Espagne
Possessions portugaises (rive gauche du Congo)
Possessions Allemandes (côte orientale d'Afrique)
Chine
Possessions Allemandes côtes occidentales d'Afrique)
Russie
Brésil
FR. C
FR. C
106 Pourquoi et comment nous devons coloniser
Ceci se passe de commentaire, nous sommes en progrès, et cependant nous ne faisons que du commerce.
De grandes fortunes ont déjà été gagnées au Congo, de plus grandes et en plus grand nombre s'y gagneront encore; elles s'y gagneront d'une façon peut-être moins rapide mais assurément plus certaine.
La plupart des sociétés, jusqu'à nos jours, ont fait du caoutchouc, dédaignant les bénéfices secondaires qui cependant, dans T avenir, seront peut être appelés à jouer un grand rôle.
Le caoutchouc est certainement, maintenant encore, le produit qui donne le plus gros des bénéfices au Congo, et il faudrait être fou pour ne pas le comprendre ou pour le dédaigner.
Tous ceux qui ont étudié l'histoire connaissent les dangers que font courir aux colonies, celles qui ne s'occupent que d'un produit unique.
Qui nous dit qu'un jour la concurrence ne sera pas si forte, qu'elle en deviendra désastreuse pour nos produits^
Qui nous répond aussi, qu'avec les progrès de la science, on ne trouvera pas un produit industriel qui remplacera le caoutchouc?
Et alors que deviendront nos sociétés si florissantes?
Faisons donc du caoutchouc tant qu'il paie bien, mais ne faisons pas rien que du caoutchouc, surtout qu'il y a d'autres produits, qui peuvent dans un avenir prochain, devenir tout aussi rénumérateurs.
Mais je me demande comment il se fait qu'aucune des anciennes sociétés du Con£:o ne se soit constituée en société que j'appellerai ~ générale r, en société qui s'occuperait tout à la fois d'industrie, de commerce et d'agriculture.
Pourquoi et comment nous devons coloniser 107
On ne trouve pas du caoutchouc partout au Congo, mais presque partout, on trouve une terre d'une fertilité merveilleuse, qui, dans certains endroits, possède jusque 1 m. 20 et même jusque 1 m. 40 d'humus.
Dans les endroits propices, ces sociétés devraient avoir de grandes plantations de rapport, tels que cacaoyers, vanilliers, muscadiers, canneliers, quinquina (cinchonaj, arbres à copal, colatiers, poivriers, girofliers, arbres à thé, les essences de verveine, de vétiver, de basilic et de patchouli.
Ces plantations seraient faites par des spécialistes, aux longitudes, à l'altitude et dans des terrains qui leur conviennent et non au petit bonheur, comme le cas s'est déjà trop souvent présenté.
Quant au café, je ne le conseillerais pas; ou du moins il ne faudrait en planter que de petites quantités; car le bénéfice qu'il laisse est trop minime.
L'Etat s'est déjà occupé depuis longtemps de faire des plantations de caféiers et de cacaoyers.
En 1908, la production de café a été de 40.238 kilogs, dont on a exporté 22,200 kilogs, qui ont été vendus en Belgique à raison de 1 fr. 10 le kilog.
Les districts qui produisent le plus de café, sont les districts de l'Equateur et de l'Aruwini.
Les plantations de cacaoyers, comptent actuellement 214,000 plants et leur production fut en 1908 de 29,766 kilogs, valant en moyenne 1 fr. 20 le, kilog.
A côté de ces plantations qui demandent assez bien de main-d'œuvre, et dont la plupart ont besoin de plusieurs années avant de rapporter; il y en a d'autres qui peuvent devenir d'un rapport presque immédiat.
Dans ce nombre, il faut compter le tabac, la canne
108 Pourquoi et comment nous devons coloniser
à sucre, l'ananas, le riz, le chanvre, le maïs, la banane et la vigne.
Les arabisés s'occupent déjà de la culture du riz. Il y a aussi des rizières importantes dans le district des Cataractes, Kitobola a été pourvu de tout l'outillage mécanique nécessaire à la préparation du riz : décortiqueur, tarares, séparateurs, etc.. ainsi que d'un manège actionné par des bœufs, mettant en mouvement les divers appareils. La production du riz du poste de» Kitobola atteignit, en 1908, 38 tonnes environ. En vue d'étendre la superficie des cultures, un projet d'irrigation, comprenant le barrage d'une rivière, va être mis à exécution.
Le gouvernement, dans le but de développer les plantations et de faciliter les travaux de défrichement, a envoyé en Afrique, tout un outillage perfectionné (dessoucheuses, extirpateurs, etc..) destiné tant à la préparation de la terre qu'à celle des produits récoltés. (Cultures diverses). Le personnel du jaixlin botanique d'Eala a reçu l'ordre de rechercher, en vue de l'exportation, le moyen h* plus avantageux de produire des essences de citronniers, d'orangers et de bergamottiers.
La colonie est déjà parvenue à exporter les essences de verveine, de vétiver, de basilic et de patchouli, ainsi que des échantillons de fibres de sansevière, de jute de sisol, de chanvre de Maurice, de bananier.
Puisque nous venons de parler du jardin d'essai d'Eala, je crois utile d'énumérer les plantes vivrières et potagères ainsi que les arbres fruitiers que son directeur, M. Pynaert, est parvenu par ses soins intelligents, à y acclimater jusqu'à ce jour.
Cultures vivrières
Manioc, bananier, riz, millet, sorgho, haricot, haricot dolique, dolique bulbeux, maïs, igname, patate douce, arachide, ambrévade, éleusine, courge, colocase, voandzé.
Cultures potagères
Ail, amarante, ambrévade, arrow-root, asperge, aubergine, betterave à salade, carotte, céleri, cerfeuil, chayotte, chicorée amélioi'ée, chicorée endive, chou, chou chinois ou pet-tsai, ciboule, ciboulette, colocase, concombre, courge, cresson alénois, dolique bulbeux, gombo, haricot, igname, laitue, moringa, navet, oignon, oseille, oseille de Guinée, patate de Madagascar, patate douce, persil, piment, poireau, pois, pois chiche, pomme de terre, pourpier, radis, soja, souchet comestible, tetragone, tomate.
Cultures fruitières
Ananas, Anone appelée également corossolier ou cœur de bœuf, avocatier, bananier, coqueret du Pérou, figuier, goyavier, grenadier, manguier, oranger, mandarinier, citronnier, papayer, passiflores, barbadine, grenadille, sapho.
Etant à Lusambo, j'avais reçu du gouvernement, des semences de différentes espèces de tabacs. Les plantes que j'ai obtenues étaient de qualité tout à fait supérieure.
Qui nous dit qu'il ne se trouve pas des endroits encore plus propices que Lusambo?
Qui nous dit aussi que si ces tabacs avaient été soignés et avaient eu la terre et la latitude qui leur
conviennent, ils n'eussent pas pu concurrencer avec les meilleures marques connues de nos jours!
Personnellement, je ne doute pas qu'il y a là beaucoup d'argent à gagner, puisque de nos jours les bons tabacs sont de plus en plus demandés et se font extrêmement rares.
Quant à la canne à sucre, bien des colonies lui doivent entièrement leur prospérité.
Pourquoi donc, nous aussi, n'aurions nous pas de grandes plantations de cannes à sucre et ne fabriquerions nous pas le sucre sur place ?
La main-d'œuvre serait encore meilleur marché qu'à Java, et le fret serait forcément inférieur.
L'ananas, vient lui aussi admirablement au Congo, et cependant il ne s'y trouve encore aucune fabrique pour le conserver. Et puis, il y a mieux à faire : l'ananas lorsqu'il est distillé, produit une eau-de-vie qui, au bout d'un certain temps, vaut mieux que toutes les fines champagnes.
S'il est défendu d'importer des alcools au Congo, je ne crois pas qu'il soit défendu de les exporter, et il y a là une source de bénétice certain.
Le chanvre pousse également à ravir au Congo, peut-être le lin y viendrait aussi ^ Mais en admettant qu'il n'y ait que du chanvre, pourquoi ne le cultiverait-on pas en grand ^
On pourrait alors le teiller et le tisser sur place, afin de vendre la toile ainsi obtenue aux indigènes, qui sont très amateurs de la grosse toile.
Outre la toile, on pourrait aussi fabriquer de la cotonnade, puisque le coton pousse même à l'état sauvage; les indigènes, encouragés par le gouvernement, commencent déjà à en faire des plantations.
Cette industrie serait d'autant plus facile à intro-
Pourquoi et commeni nous devons coloniser 111
duire au Congo, que l'on se procurerait facilement des ouvriers sur place, puisque la plupart des Bakuba sont des tisseurs émérites.
Enfin le riz, les féveroles et le maïs devraient être cultivés sur une vaste échelle, afin de pouvoir être vendus pour l'exportation.
Mais tout cela ne peut se faire qu'à la condition de posséder des machines-outils les plus perfectionnées afin de diminuer la main-d'œuvre.
Il nous faut pour l'agriculture, les mêmes machines que celles qui sont employées en Australie et dans l'Amérique du Nord et pour la canne à sucre les mêmes que celles qui sont employées à Java.
De plus, avec les déchets des sucreries, distilleries, et même huileries, car la noix palmiste n'est pas non plus à dédaigner, il faudrait mettre des bêtes à l'engrais, afin de pouvoir fournir les stations et steamers de bonnes viandes de boucherie.
Pour cette dernière industrie, il faudrait fabriquer sur place de la glace artificielle.
Une société qui voudrait s'occuper de tous ces articles, devrait avoir de gros capitaux disponibles et un fort fonds de réserve, puisqu'en plus d'assez fortes sommes qu'elle aurait à dépenser comme première installation, elle devrait pour certaines plantations, continuer les frais, tandis qu'elle ne commencerait à en retirer des bénéfices qu'après plusieurs années.
Mais enfin, les sociétés qui ne sont pas composées d'hommes sérieux et compétents et qui ne possèdent pas un capital et un fonds de réserve sufiîsants, ressemblent à ces belles filles, qui entrent sans dot dans une famille pauvre, avec l'espoir de s'enrichir.
Il faut ajouter que l'introduction de la monnaie
Il2 Pourquoi et comment nous devons coloniser
dans notre colonie, va donner au conimerce de celle-ci une activité beaucoup plus grande.
Tout d'ailleurs concourt à ce résultat, et tout semble prédire à notre commerce au Congo une ère de prospérité toujours plus développée.
Les voies de transport qui constituent le premier élément de la mise en valeur d'une contrée, deviennent de plus en plus favorables à l'exploitation de notre immense et riche domaine.
Le fleuve seul avec ses aflluents, a dix mille kilomètres de voie navigable.
Au chemin de fer de Matadi à Léopold ville est venu s'ajouter le chemin de fer du Mayumbé, puis celui des grands lacs, qui sera suivi dans peu de temps de celui du Kataiiga à Lusambo.
Le trafic sur le fleuve va aussi toujours en augmentant.
Je ne possède pas les renseignements, sur la nombreuse flotille des navires de commerce qui naviguent déjà sur le Haut-Congo, mais voici les renseignements qui ont été fournis par le gouvernement, concernant ceux appartenant à notre colonie.
La flotille du Haut-Congo comprend actuellement deux vapeurs de 500 tonnes, trois de 150 tonnes, cinq de 35 tonnes, onze vapeurs de 22 tonnes, dix de tonnage moindre, deux remorqueurs avec barge de 350 tonnes, un remorqueur avec barge de 50 tonnes, cinq petits remorqueurs.
La nécessité de desservir.de nouveaux biefs navio;ablés de rivières secondaires, rend indispensable l'acquisition de deux nouvelles unités, d'une capacité de 13 tonnes, à faible tirant d'eau. Pour améliorer la navigation sur le Haut-Congo et notamment faciliter l'accès des passes à la sortie du Stanley- Pool, une dérocheuse
Pourquoi et comment nous devons coloniser 113
avec barge partira prochainement pour la colonie ; vingt et une petites embarcations en acier, maniées à la rame ou à la pagaie, ont également été commandées pour desservir les affluents d'importance accessoire du grand fleuve.
Notre outillage économique va donc de jour en jour en se perfectionnant, et nul doute que bientôt le Congo deviendra pour nous de véritables Indes noires, car il y a là plus de trente millions d'habitants, qui ne demandent qu'à se vêtir et à nous acheter nos produits.
Le nègre, tant qu'il se trouve à l'état sauvage, a peu de besoins.
Grâce à la clémence du climat, il va peu ou point vêtu, et sa femme, réduite à l'état de brute domestiquée, n'a le droit de prétendre à aucune élégance.
Mais l'expérience nous a démontré qu'aussitôt qu'il a été un certain temps en contact avec le blanc, il apprécie très vite certains bienfaits de la civilisation.
Ce qui le tente au début, ce sont les objets qui brillent tels que verroterie, miroir, etc..
Mais bientôt son attention est attirée par des choses plus pratiques. Gomme les nuits sont très fraîches au Congo, il commence par s'acheter des étotfes qui le préservent des intempéries et du froid, puis peu à peu il se vêtira, et s'il a été au service d'un blanc, il ne voudra plus jamais porter des étofles indigènes.
De cette façon, il se crée des besoins, et forcément il se fait travailleur pour les satisfaire.
Or ces besoins, ne feront que grandir, le nombre des nègres qui voudront s'habiller ne fera qu'augmenter, et comme bientôt, grâce aux bienfaits de la civilisation, la condition de la femme ne tardera pas à être relevée, celle-ci à son tour va devenir une cliente sérieuse pour nos commerçants d'Afrique.
114 Vourqnoi et comment nous devons coloniser
Mais si nous voulons que notre colonie atteigne tout le développement auquel elle a le droit de prétendre, c'est vers les frais de transport que le gouvernement devra mettre toute sa sollicitude.
Le Ministre des Colonies vient déjà de faire faire à la question, un grand pas en avant, en accordant une diminution de moitié sur la taxe à payer pour la coupe de bois servant au chauffage des steamers, afin de réduire les frais de transport.
C'est ainsi que le décret du 7 juillet 1898 sera modifié en ce sens que la taxe par tonneau de jauge pour steamers dont la vitesse ne dépasse pas 7 nœuds sera réduite de 240 à 120 fr. La taxe supplémentaire par demi-nœud et par tonneau de jauge pour les vapeurs plus rapides sera abaissée de 10 à 5 fr. Enfin, pour les steamers d'un tonnage inférieur à 10 tonnes, qu'ils naviguent dans le Congo ou dans ses affluents, qu'ils appartiennent à des factoreries ou à des entreprises de transport, la taxe sera réduite de 120 à 60 fr.
C'est très bien, mais le gouvernement sera probablement obligé de prendre d'autres mesures encore.
Je ne sais pas ce que les frais de transport vont devenir, mais dans tous les cas, un simple coup d'œil sur ce qu'ils sont à présent, vous convaincra qu'ils doivent être revisés.
Pourquoi et comment nous devons coloniser 115
D'Anvers à Banana, Borna et Matadi et vice-versa
Tarif des frets actuels du Congo à Anvers
Caoutchouc
Ivoire
Noix palmiste
Huile de palme ....
Café
Cacao
Arachides
Gomme copale ....
Piassava
Bois d'Afrique
Colis en-dessous de 2 tonnes Colis de 2 à 3 tonnes.
Colis de 3 à 5 tonnes.
Colis au-dessus de 5 tonnes.
par tonne
par livre anglaise
par tonne
par 40 pieds cubes
par 1.000 kilogs
fret à convenir
Fr. 96.20
Fr. 41.25
Montée, marchandises courantes
Chemin de fer Bateau *Chemin de fer
Matadi-Kinshasa Kinshasa-Lusambo Lusambo- Etoile du Congo
la tonne
Fr. 200.00 » 300.00 » 80.00
Total : 580.00
* Bien que ce chemin de fer ne soit pas encore construit, je puis donner ces renseignements, grâce à l'obligeance de M. l'ingénieur Goffin.
116 Pourquoi et comment nous devons coîonisef
Descente
en
Chemin de fer
Bateau Chemin de fer
Etoile du Congo- Lusambo . .
Lusambo-Kinshasa
Kinshasa-Matadi
Totaux :
la tonne »
Fr.
FR. C
FR. C
FR. C
L'Etat doit donc s'ingénier à faire baisser les prix de transport et à cet eifet, il faut qu'au besoin il rachète le chemin de fer, et qu'il complète sa tlottille fluviale.
Il faut aussi qu'il fasse un grand etîort pour reconstituer notre marine marchande, car c'est d'elle surtout que nous viendra la prospérité à laquelle nous avons le droit de prétendre.