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CHAPITRE XVIII

Les soi-disant cruautés des belges au Congo

RIEN n'est plus tenace, rien n'est plus difficile à faire disparaître, que les effets néfastes d'une calomnie habilement débitée.

Des ennemis, des jaloux, qui ont tout intérêt à nous diffamer, ne cessent chaque fois qu'ils parlent du Congo, de crier aux horreurs, à l'abomination.

Et de braves gens, au coeur simple, devant ces affirmations répétées, se demandent encore avec angoisse, si somme toute, il n'y a pas un fond de vérité, et si l'Etat n'est pas un peu responsable des soi-disant cruautés qui se sont commises au Congo.

Non bonnes gens! mille fois non ! car si des cruautés ont pu se commettre au Congo, comme partout ailleurs, l'Etat les a toujours réprimées avec la dernière rigueur, chaque fois qu'il en a eu connaissance.

Ce que je puis vous affirmer et même cela, vous le certifier sous le sceau de l'honneur, c'est que pendant les sept années que j'ai passées au Congo, soit sous les ordres de Le Marinel, de Dhanis ou de Gillain, soit pendant que je commandais le vaste district du Kasaï- Lualaba, jamais, vous entendez bien, jamais, il n'est il n'est venu à notre connaissance que des actes de cruautés, tels que des mutilations de nègres par des blancs ou d'après les ordres des blancs, aient été commises dans le district.

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Tous, dans nos voyages, nous avons rencontré des hommes et des femmes qui avaient été mutilés. Mais ces mutilations provenaient des Arabes, qui employaient ces moyens infâmes pour punir leurs esclaves fugitifs, ou étaient le fait de chefs indigènes qui avaient eu des malheurs conjugaux.

Même dans ce cas, nous avons toujours cherché à connaître les coupables, et quand nous parvenions à les découvrir, nous les avons châtiés avec toute la rigueur que les lois mettaient à notre disposition.

Mais me dira-t-on peut-être, si cela ne se passait pas au Kasaï-Lualaba, cela pouvait se passer ailleurs.

Mais alors veuillez préciser, et nous dire dans quel district, à quelle époque, et si possible quel était le chef responsable?

Qu'on le dise donc une fois pour toute, afin que celui qui est incriminé puisse se défendre, ou dans le cas contraire, que nous pussions le mettre au ban de la société.

Mais non, soyez certain qu'on ne le fera pas et que l'on s'en tiendra à des généralités, car on ne prouve pas ce qui n'est pas, ce qui ne peut pas être.

Tous les districts sont en effet commandés par des officiers Belges, et admettre la complicité de ceux-ci dans de pareils forfaits, serait admettre que notre niveau social est tombé bien bas, puisque ceux-là mêmes dont la mission doit être toute de cœur, de dévouement, de sacrifice et d'honneur, sont eux-mêmes devenus les complices de lâches assassins.

Si la chose était vraie, ce seraient des monstres, mille fois plus haïssables que les Arabes, puisque plus instruits et plus civiles, ils seraient criminels d'une façon plus consciente.

Aussi, ne puis -je croire à de telles infamies.

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Est-ce à dire qu'à l'insu des autorités, il n'y ait jamais eu aucunes cruautés commises au Congo, soit par certaine catégorie de blancs, soit par les soldats de ceux-ci?

Mais pour vouloir soutenir une pareille thèse, il faudrait être fou, puisque ce serait prétendre que le Congo qui n'est pas encore sorti complètement de la barbarie est le plus civilisé de tous les pays du monde.

Que nos délateurs nous citent un pays, voire même une capitale où il ne se commet pas des crimes?

La France, qui au point de vue social, a toujours marché à la tête des nations, n'a-t-elle pas eu ses Voulet, ses Chanoine, ses chauffeurs de la Drôme, n'a-t-elle pas encore ses apaches, qui pour deux francs, même simplement pour s'amuser, tuent quelqu'un en plein jour et cela sur les boulevards de Paris.

L'Angleterre n'a-t-elle pas eu ses Jack the Ripper et n'a-t-elle pas encore en plein Londres des quartiers tel que Whitechapel où un honnête homme ne s'aventure pas la nuit et où une honnête femme ne s'aventure 1 a mais.

Et cependant est-il jamais venu à l'idée d'un Belge, possédant tous ses sens, de prétendre que la France et l'Angleterre ne sont pas à même de s'administrer ellesmêmes, ou que dans ces pays, on ne rencontre que des voleurs et des assassins et que par conséquent, ils doivent être rayés de la carte d'Europe et partagés entre leurs bons voisins, qui eux se chargeront d'y faire régner l'âge d'or.

Oh î le bon billet.

Si un imbécile de cette envergure se rencontrait chez nous, il est certain qu'on n'attendrait pas vingtquatre heures pour le coUoquer.

On estimerait avec raison que c'est un fou qui peut devenir dangereux pour la société.

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Et voilà cependant les gens que certains de nos voisins et même des Belges écoutent avec faveur !

Mais oui des cruautés ont dû se commettre au Congo et malheureusement il s'en commettra probablement encore, comme il s'en est toujours commis et comme il s'en commettra toujours dans tous les pays du monde, puisque dans le monde entier il y a des désiquilibrés et des détraqués qui par atavisme ou mauvais instinct deviennent forcément des criminels.

Le Congo malheureusement ne peut pas échapper à cette loi commune et quel que soit le soin minutieux que l'on mette au recrutement du personnel, il y aura toujours forcément dans le monde, quelques individus dont les mauvais instincts seront restés à l'état latent en Belgique mais qui une fois au Congo se trouvant seuls et presque leur maître donneront carrière à leurs penchants vicieux.

Mais je le demande à tous les gens sensés, à tous ceux que la passion n'aveugle pas ou que l'intérêt ne porte pas à nous dénigrer d'une façon systématique.

A tous ceux-là je demande :

. Est-il au pouvoir de l'Etat de prévenir de tels crimes 'l

Non!

Ce qui se trouve au pouvoir de l'Etat et de ses agents, c'est le droit et le devoir de punir des crimes, lorsqu'ils lui sont dévoilés.

Disons-le donc bien haut et surtout proclamons-le en toutes circonstances : s'il y a eu des crimes commis au Congo, toujours, toujours et sans aucune exception ils ont été punis, lorsque le gouvernement on les agents dé celui-ci en. ont eu connaissance.

Voilà ce que nous devons dire, voilà ce qu^ faisant abstraction- de. nos divisions de partis, .noias devons clamer bien haut. - -- . ' -\ "- - '

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Aussi tout pourrait être parfait dans notre beau pays.

La seule chose que je trouve mal, ce que je trouve monstrueux et que je qualifierai même de crime contre la Patrie, c'est que des hommes n'ayant de belge que le nom, puissent à un moment donné mettre leur propre intérêt ou l'intérêt de leur parti, au-dessus de l'intérêt sacré de la Patrie.

Lorsque celui-ci est en jeu, lorsque des étrangers, qu'ils viennent du Nord ou du Sud, de l'Est ou de r Ouest, veulent nous voler sous un prétexte quelconque, j'estime et tous les honnêtes gens estimeront avec moi, qu'il ne doit plus y avoir que des Belges, pour faire face à l'ennemi.

Si l'on est tenté de nous traiter souvent en quantité négligeable, c'est de notre faute.

C'est uniquement parce que trop divisés par nos intérêts particuliers, nous n'avons pas su faire bloc et relever assez fièrement le gant, lorsqu'on nous à jeté l'insulte et la menace à la face.

Conscients de notre honnêteté, de notre force de peuple sain, vigoureux et prospère, déclarons donc une fois pour toute, que nous voulons être les maîtres chez nous. Que nous sommes assez sages pour n'avoir besoin des conseils de personne, et assez braves pour ne pas craindre les menaces de gens mal intentionnés, qui sous des prétextes faussement humanitaires, ne rêvent rien de moins, que de nous dépouiller d'un territoire à présent devenu Belge, qui a été arrosé du sang de nos frères, et que la Belgique ne doit qu'au génie de son Roi et au dévouement de ses enfants.

Le Congo est maintenant aussi belge que nos provinces elles-mêmes, et tous, nous ne devons avoir qu'une idée : le garder et le faire prospérer.

Trop sages pour jouer au Don Quichotte et vouloir

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nous battre contre des moulins à vent, nous sommes cependant assez conscients de notre force et de notre honneur de nation saine et forte, pour oser proclamer sans forfanterie comme sans faiblesse, que si ud jour nous sommes volés, nous ne pardonnerons jamais à notre voleur, quel qu'il soit, d'où qu'il vienne.

A partir de ce moment, si nous sommes trop faibles pour l'attaquer à nous seuls et le punir de son forfait, à partir de ce moment dis-je, nous n'aurons plus qu'une idée.

Dans notre intérieur comme dans nos écoles, les mamans aussi bien que les professeurs, enseigneront aux enfants, que si le premier devoir du Belge est d'aimer son pays, le second est de haïr de tout son cœur, de toutes ses forces, ceux qui lui auront volé son riche patrimoine.

Mais ce sont là des procédés extrêmes, auxquels j'espère, nous ne devrons jamais recourir.

L'idée de l'arbitrage universel est en marche et l'on n'arrête pas plus le progrès, qu'on ne peut empêcher la vérité de se faire jour.

Mais je ne veux pas que ce livre se ferme sur ces paroles de colère, je préfère finir par un hommage, un souvenir et un vœu.

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