CHAPITRE XVII
De l'éducation et de l'instruction à donner aux noirs, ainsi qu'aux blancs qui veulent faire carrière dans les pays neufs
CE chapitre, pour être intéressant, devrait être écrit par une plume plus autorisée que la mienne; et nul doute qu'il le sera bientôt, car en Belgique, ils sont légion, ceux qui sont à même de le faire. Peut^ être même ce livre a-t-il déjà paru?
C'est donc non sans quelque timidité, que j'émets quelques idées sur ce que je voudrais voir faire au Congo et en Belgique.
J'ai dit au Congo et en Belgique, car si nous devons nous employer à faire l'éducation des nègres, nous devons également veiller à donner une éducation appropriée à ceux qui veulent s'expatrier et faire carrière dans les pays neufs.
Le nègre est un enfant, un grand enfant, qui peut parfois devenir un enfant terrible, mais un enfant quand même.
C'est donc comme un enfant qu'il faut le traiter et il n'y a aucun doute que le professeur, le surveillant, qui sait se faire aimer, respecter et obéir dans sa classe, saurait se faire aimer, respecter et obéir par les nègres.
Toute la question est de savoir gagner l'estime et la confiance des indigènes.
Tous, vous avez remarqué aussi bien que moi, que
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dans telle classe, tel escadron ou telle compagnie, il y a toujours de l'ordre, que les élèves ou les soldats ont tout à la fois un air plus franc et plus heureux, que dans la classe, l'escadron ou la compagnie voisine.
Choisit-on les élèves ou les soldats, pour les mettre dans une classe, un escadron ou une compagnie plutôt que dans une autre?
Non.
C'est que le professeur de la classe, ou le commandant de l'escadron ou de la compagnie, est un homme de cœur.
Tout le monde peut acquérir de l'instruction, et jusqu'à un certain point, la faire partager par ses élèves ou ses sous ordres.
Chacun peut aussi se faire craindre et obéir, pourvu qu'il ait la force et le pouvoir de son côté.
Mais l'art de commander, de se faire tout à la fois craindre, aimer et respecter, n'appartient qu'aux hommes de cœur et de caractère.
Si l'aimant attire l'acier, le cœur seul attire le cœur.
Surtout n'allez pas croire que ce principe n'est vrai que pour les races blanches ou civilisées, ce serait une contre vérité.
Le nègre est un être primitif dont la civilisation n'a arrondi aucun angle, et qui reste entier dans ses défauts comme dans ses qualités.
Ses défauts, nous paraissent plus nombreux que les nôtres et même parfois monstrueux, parce que comme nous, il ne possède pas l'art de feindre, et que la dissimulation ne lui viendra qu'avec la civilisation.
Quant à ses qualités, si elles nous frappent moins, c'est que même les plus belles choses ont besoin d'un
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écrin pour être mises en valeur; et que précisément cet écrin fait uniquement de conventions, lui manque.
Quant aux qualités du cœur, donnez lui l'occasion de les développer, et vous serez étonné la plupart du temps, de voir quelles belles âmes sommeillent dans ces corps frustes.
Malheureusement il se rencontre encore des blancs, qui, ne voyant autour d'eux que des nègres grossiers, sans la moindre éducation, désespèrent d'avance de leur en donner aucune.
Se liant uniquement aux apparences, ils se disent que puisque les nègres manquent de forme, ils doivent également manquer de fond.
Dès lors, ils ne les considèrent plus, que comme des êtres intermédiaires entre l'homme et la bête, beaucoup moins intelligents que l'homme, et un peu plus malins que leur âne.
Partant de ce principe, ils se contentent de leur demander des œuvres serviles sans jamais s'intéresser à leur sort, ni leur parler de leurs besoins ou de leurs aspirations.
Pourvu qu'ils ne réclament pas et fassent leur besogne, on se déclare satisfait.
Dans ces conditions, il serait étonnant, que le nègre s'attachât au blanc, lui témoignât une amitié qu'on ne lui demande pas, et eût un dévouement que l'on n'a rien fait pour provoquer.
Mais j'affirme d'une façon absolue, et je suis certain de n'être démenti par aucun de ceux qui, voyant dans les nègres de pauvres déshérités, les ont traités comme tels, j'affirme dis-je, que le nègre à qui l'on témoigne une réelle affection, vous en est nouante neuf fois sur cent reconnaissant, et qu'en toutes circonstances, vous pouvez compter sur son affectueux dévouement.
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Seulement chez lui tout est en friche ; mais comme pour toutes les terres vierges, il suffit de se donner bien peu de peine pour en obtenir une riche moisson.
Son langage trop rudimentaire ne possède pas encore les mots nécessaires pour exprimer tous ses sentiments.
Mais soyez certain que ce cœur fruste ne demande qu'à battre, qu'à aimer, qu'à s'attacher, qu'à se dévouer même.
Pour arriver à ce résultat, il faut qu'il sache et sente que vous l'aimez, que vous lui voulez du bien, que vous ne le punissez qu'à regret, et uniquement par esprit de justice.
Mais il faut aussi qu'il soit bien persuadé que jamais vous n'êtes sa dupe et que si vous savez être indulgent, pour une erreur, une espièglerie, voire même une légère négligence, vous savez aussi être impitoyable pour tout ce qui est cruauté, hypocrisie, ou mauvaise volonté évidente.
Il faut en un mot que tous se rendent bien compte que vous avez pris pour devise : Bon, juste et ferme.
Jamais faible, ni dupe.
Punissez-le, lorsqu'il a manqué à ses devoirs, mais faites le sans acrimonie, qu'il sente que vous êtes affligé de devoir sévir, et au lieu de vous en vouloir, il ne vous portera que plus d'estime.
Pour lui la réprimande, voire même la détention, sont des moyens de correction, le plus souvent inefficaces, si bien que la peine du fouet, quelque cruelle qu'elle paraisse, devient parfois de nécessité absolue.
Mais c'est ici surtout que celui qui punit, doit ne jamais forcer la note, sous peine d'en arriver à la cruauté.
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Chaque fois qu'à mon corps défendant, j'ai dû faire appliquer cette peine à mes soldats noirs, je l'ai toujours fait faire devant le front de la troupe, et seulement dans le cas où il ne pouvait y avoir le moindre doute sur la culpabilité du délinquant, ni sur la gravité de la faute.
Je n'ai jamais voulu que l'on tînt le patient.
Après lui avoir fait confesser sa faute, je lui disais que puisqu'il s'était conduit comme un animal, j'espérais bien qu'il allait avoir le courage d'expier en homme, devant ses camarades réunis.
Toujours il subissait son châtiment avec un stoïcisme digne des Spartiates; je le faisais ensuite comparaître à nouveau devant moi et je lui disais :
" Tu as agi comme une brute, aussi tu viens d'être puni pour ta mauvaise action. Si tu ne recommences plus, j'oublierai ta faute pour ne plus me souvenir que de tes bons services. «
Or, j'ai la conviction absolue, que jamais aucun homme puni par moi, ne m'a gardé la moindre rancune.
Quelques exemples que j'ai pu constater de visu viendront je crois, avec à propos, soutenir la justesse de ma thèse.
Le premier a trait aux punitions, les deux suivants au dévouement du nègre et le quatrième au degré de perfection que leur conscience peut atteindre lorsqu'elle est bien dirigée.
Un matin j'avais dû faire appliquer la peine du fouet (appelée chicote au Congo), à un de mes soldats, pour une faute grave concernant la discipline.
Or, dans le courant de la journée, nous avions précisément à traverser une rivière large et profonde, au courant rapide.
Mes hommes avaient de l'eau jusqu'à la poitrine, et
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craignant une chute de celui qui me porterait, je m'apprêtais à entrer dans l'eau, quand mon puni du matin vint m'ofFrir de monter sur ses épaules afin de me faire traverser la rivière.
J'avoue que j'eus une seconde d'hésitation, car je me dis que rien n'était plus facile pour lui, que de simuler un faux pas et me faire boire une tasse de mauvais bouillon.
Je 'résolus cependant de tenter l'aventure, et sans rien montrer de mon appréhension, je montai sur ses" épaules.
Il prit des précautions inouïes pendant tout le passage afin de ne pas tomber, et me déposa indemne sur la berge opposée.
Le soir, au campement, je le fis chercher et lui demandai, comment il se faisait que c'était précisément lui, qui s'était présenté pour me faire passer l'eau.
« Ma punition de ce matin, me dit-il, je l'avais méritée, et lorsque vous vous êtes trouvé au bord de l'eau, j'étais le seul présent qai fat assez fort pour vous faire traverser la rivière sans accident. «
« C'est bien, lui dis-je, je vois qu'il y a en toi de l'étoffe pour faire un bon soldat, prends cette chèvre et ta la partageras avec tes camarades, y^
Par la saite, il ne se fit plus jamais punir, et il devint même un des meilleurs, parmi la troupe d'élite qui composait mon escorte particulière.
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Un autre jour, nous avions à soutenir un violent combat sous bois, et suivant mon habitude, je marchais en tête de la compagnie de vétérans, qui formait tout à la fois ma réserve et ma garde particulière.
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A un moment donné, une véritable rafale de balles vinrent s'abattre autour de nous, et ce fut un vrai miracle que je ne fusse pas touché.
Au même moment, un sergent nommé Mussongo me poussa vivement de côté et d'un bond se plaça devant moi.
« Hé bien Mussongo, lui criai -je, que fais-tu là?
« Mais Commandant, tu vois bien que si tu restes en tête de la colonne tu vas te faire tuer. «
« Et toi?
« Oh moi, me répondit-il, si je suis tué, tu nommeras un autre sergent à ma place, tandis que si tu es tué, il n'y a personne ici pour te remplacer.
Les deux autres traits ont rapport à un pauvre enfant appelé Arthur N'tété, que j'avais trouvé sur un champ de bataille et qui depuis ce jour ne voulut plus jamais me quitter.
L'ayant ramené avec moi en Europe, je résolus d'en faire un homme, et loin de l'exhiber comme un singe savant, je l'envoyai au catéchisme ainsi qu'à l'école.
Il était impossible de trouver un meilleur élève.
Le prêtre qui l'a préparé à sa première communion, a toujours déclaré que c'était une âme d'élite, et son ancien professeur reconnaît encore de nos jours, qu'il n'a jamais eu un meilleur élève dans sa classe.
Bien que Namur, ma ville de garnison, soit séparée de 27 kilomètres du village où il habitait avec mes Parents, sa plus grande récompense était de venir en bicyclette le dimanche matin, aûn de me montrer son bulletin de la semaine.
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> Ce brave enfant faisait donc 54 kilomètres pour recevoir une caresse et un encouragement, et me montrer qu'il était digne de l'intérêt que je lui portais.
Les deux faits suivants le dépeindront d'ailleurs mieux que tous les discours.
En 1901, lorsque s'organisa l'expédition qui devait partir en Chine, j'avais eu l'honneur d'être choisi pour commander la colonne montée.
Arthur avait entendu parler vaguement de la chose.
Quelques jours plus tard, j'avais obtenu l'autorisation d'aller passer quelques heures avec mes vieux Parents.
Il vint me trouver.
« Gela est-il vrai Commandant que tu vas partir pour la Chine. «
" Je crois que oui, Arthur, une expédition s'organise à cet effet et j'en fais partie. ^
« Alors, je pars avec toi? r,
« Cela n'est pas possible mon ami, l'expédition ne se compose que de soldats, et comme tu es trop jeune pour l'engager, tu ne recevrais ni solde, ni ration de vivres. Et puis peut être faudra- t-il faire la guerre, il j aura donc beaucoup de dangers à courir. ^
« Commandant, me répondit-il, je veux aller avec toi. Les dangers ne sont pas plus grands pour moi que pour toi et tu as besoin de quelqu'un qui t'aime bien, pour te soigner.
De solde, je n'en ai pas besoin, et pour ma nourriture, tu me donneras du pain et les restes de ta table, cela me suffira ! »
L'autre exemple est encore plus typique que celui-ci.
Le projet de l'expédition de Chine ayant été abandonné, les officiers qui devaient en faire partie,
obtinrent deux mois de congé ; j'allai passer ces vacances dans ma famille.
Un des plaisirs favoris d'Arthur, était de m'accompagner dans les promenades à cheval, que je faisais aux environs.
Au cours d'une de ces promenades, des amis m'interpellèrent devant un café, et me demandèrent de prendre une consommation avec eux, je mis pied à terre et m'attardai assez longtemps.
Remonté à cheval, je me rappelai que je venais de passer toute une heure dans un café, que ma chère Maman m'avait expressément recommandé de ne pas fréquenter.
Voulant éviter de faire de la peine à ma vieille Mère et ne pensant pas au mauvais exemple que je donnais ainsi a mon jeune protégé, je lui dis : « Arthur, si Madame te demande ou nous avons été promener, tu n'as qu'à lui répondre que nous avons été sur la route de Gembloux. »
^ Bien Commandant. »
Quelques minutes se passent en silence.
« Commandant, me dit-il l ^
y Que veux-tu^ ^
Et le regardant, je le vis rougir sous sa peau noire.
« C'est que, vois-tu, me dit-il, je suis très embarrassé, moi. "
« Et pourquoi xArthur es-tu embarrassée «
« Mais je suis embarrassé, parce que je ne veux pas te désobéir, et que d'un autre côté dire à Madame que nous avons été sur la route de Gembloux, cela c'est mentir! «
" Tu as raison Arthur, lui dis-je, il ne faut jamais mentir, et si Madame te demande où nous avons été, tu lui diras la vérité. ^
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Et moi, un grand blanc, je me trouvais tout gêné devant ce petit noir, qui, avec l'innocence de son cœur pur venait de me rappeler à mes devoirs.
Hélas! le pauvre enfant n'est plus. Etant venu en bicyclette pour assister à une fête militaire qui se donnait sur le plateau de la citadelle, il s'est refroidi, et à la suite de cette imprudence, il est devenu tuberculeux.
Sa mort fut réellement édifiante, il se sentit parfaitement mourir, et la veille il nous remercia encore tous de ce que nous avions fait pour lui, le pauvre enfant abandonné.
Croyez-vous maintenant, que je puisse affirmer que le nègre a du cœur et du dévouement ]
Mais ainsi que je l'ai dit au commencement de ce chapitre, ces sentiments, il faut les faire naître en donnant à ces pauvres déshérités, une éducation et une instruction adéquates à leur position sociale.
Selon moi, il y aurait folie et même danger, à vouloir faire franchir d'un seul bond aux nègres, la distance énorme, qui sépare leur état de barbarie de notre civilisation raffinée.
Ce qu'il faut, c'est agir par gradation successive, ne rien brusquer, aller par étape.
Ce qui presse le plus, c'est de leur apprendre à avoir l'horreur, de leurs anciennes pratiques cruelles et sanguinaires.
Ce qu'il faut aussi, c'est leur enseigner que le droit du plus fort n'est pas toujours le plus juste, ni le meilleur et qu'il ne suffit pas pour faire excuser le vol et le crime.
Apprenez-leur aussi à respecter le bien d' autrui, et relevez la condition de la femme.
En un mot inculquez-leur les grands principes des lois naturelles, qui sont à la base de toute civilisation.
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Ajoutez à cela une connaissance plus approfondie de l'agriculture, de l'élevage, ainsi que quelques notions des principaux travaux manuels.
Enfin si vous le pouvez, apprenez-leur à lire, à écrire et donnez-leur quelques notions du calcul.
Pour le moment, j'estime que c'est tout à fait suffisant.
Il appartiendra aux générations qui viendront après nous, de compléter cette instruction forcément élémentaire.
Ce qu'il faut maintenant, c'est multiplier le plus possible les écoles et les missions, où on leur donnera cet embryon d'éducation morale et d'instruction primaire.
Huit instituteurs sont partis dernièrement pour le Congo. Je crois que ce sont les premiers^
C4'est bien, mais c'est peu.
Toutefois, n'allons pas trop vite, car c'est surtout en fait de colonisation, que la précipitation est l'ennemie du bien.
A côté de ces institutions, nous avons les missionnaires qui, eux, sont au Congo depuis longtemps et y ont déjà rendu de signalés services.
Ceux-là sont les éducateurs naturels des sauvages, et nul ne convient mieux qu'eux, pour accomplir une oeuvre qui est de toute de cœur et de dévouement.
Ces lignes, je suis d'autant plus à l'aise pour les écrire, que n'ayant jamais été inféodé à aucun parti, je conserve toute mon indépendance, et que tous ceux qui me connaissent, savent bien que je n'écris pas de parti pris.
Mais je les ai vus à l'œuvre, ces hommes admirables, et je trouve que c'est pour moi un devoir de
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conscience, de proclamer que nul mieux qu'eux ne peut réussir dans cet ordre d'idées.
Aussi, j'estime qu'à toutes les missions, quel que soit leur confession, leur nationalité, nous devons la protection .
Mais j'estime aussi qu'aux missions belges, en plus de la protection, nous devons l'aide la plus large, car, si toutes les missions aideront à l'éducation et à l'instruction des noirs, les missions belges, elles, leur apprendront en plus à parler notre langue, à respecter notre Souverain, et à aimer notre drapeau ainsi que nos institutions.
Les missionnaires shuIs, en un mot, feront que notre colonie deviendra un jour, le prolongement de la Mère Patrie.
Mais, si je demande pour les missionnaires l'aide la plus large possible du gouvernement, je voudrais que de leur côté, ils fassent un sacrifice à la chose publique, je voudrais qu'ils se soumissent à certaines règles
Ils devraient, avant leur premier départ, suivre des cours qui seraient donnés en Belgique à ceux qui se destinent à l'instruction publique au Congo, et ils devraient s'engager à enseigner aux nègres en plus des leçons de religion, un petit programme très simple, qui aurait été rédigé de commun accord entre le gouvernement et les supérieurs de leurs ordres religieux.
Je sais que cela se fait déjà pour certaines missions, mais je voudrais voir cette mesure se généraliser à toutes.
Il y aurait grand bénéfice pour tout le monde, mais c'est surtout l'Etat qui ferait une bonne affaire.
Il me reste maintenant à parler de l'éducation spéciale, qu'il serait hautement désirable de voir donner
aux jeunes gens en Belgique, en vue du rôle qu'ils auront un jour à remplir.
La première chose à leur apprendre, c'est à aimer leur Patrie à l'égal de leur Mère.
La seconde à ne craindre, que les reproches que pourrait leur faire leur conscience.
Quant à l'éducation pratique, qu'il convient de donner aux enfants en vue des futurs combats de la vie, je ne connais rien de plus complet que le livre qui a été publié par " Omer Buyse «, ayant pour titre « Méthodes Américaines, d'éducation générale et technique. ^
Je ne puis m' empêcher d'en citer quelques passages, afin de bien montrer la différence énorme, qu'il y a entre le système américain et celui qui est en pratique chez nous.
Dans bien des familles belges, l'enfant c'est l'idole, on se croit obligé de se pâmer d'admiration, devant ce qu'il fait ou ce qu'il dit, et le rêve de la plupart des mamans, c'est d'avoir un enfant qui se tienne bien propre et qui à l'école sera cité comme un petit prodige.
Et le pauvre enfant, ainsi qu'une plante poussée dans une serre manquant d'air, poussera en s'étiolant et finalement mourra, avant d'avoir vécu.
L'américain, lui, a une tout autre conception de l'éducation des enfants.
Ecoutons Omer Buysse à la page 8.
« Rien de plus expressif que les pages dans lesquelles le Président glorifie l'elfort qui crée un but supérieur plus élevé que l'ignoble bien être, l' effort joyeux qui donne à l'homme, à défaut même de succès, la conscience d'avoir agi en homme. -
Le culte de l'énergie y est célébré en termes lapidaires, avec une ardeur un peu rude : « Un Etat sain
ne peut exister que si les hommes et les femmes qui le composent, mènent une vie pure, vigoureuse et saine si les enfants sont élevés de telle façon qu'ils s'efforcent, non pas d'éviter les difficultés, mais de les surmonter, non pas de chercher leurs aises, mais de savoir comment arracher le triomphe à la peine et au risque. L'homme doit être joyeux de faire oeuvre d'homme, d'oser, d'endurer, de travailler, de se garder, de garder ceux qui dépendent de lui.
" C'est vers la formation du type en vigueur que tend l'éducation familiale et scolaire américaine.
" Dès le jeune âge, l'enfant est bien différent des nôtres. Nous voulons nous, des enfants obéissants, disciplinés, les Américains plus encore que les Anglais, veulent, avant tout des jeunes gens d'initiative, indépendants, confiants en eux-mêmes; ils supportent volontiers leurs accès de caprice et un peu leur tyrannie.
« Dans les familles, à table, en promenade ils n'ont pas l'allure timide et réservée des nôtres, ils ont le verbe haut, le ton franc, sans ombre de malséance ou de grossièreté. A l'école, on a l'impression que l'élève conduit le maître, les jeunes Yankees n'ont pas l'attitude humble ou servile de nos enfants, vis-à-vis de ceux qui les instruisent. Ils sont déjà personnels et volontaires. C'est que tous sont plus ou moins éduqués d'après un régime que Patterson, un grand industriel américain (il fait, par an, pour des millions de dollars d'affaires) caractérise si bien dans le trait de jeunesse suivant que personne n'ignore aux Etats-Unis.
« Quand j'étais enfant dit-il, ayant envie de patins, mon père me dit : Voilà la forêt, prends une hache, coupe une corde de bois, transporte-là à la ville, vends-là et achète -toi des patins. ?'
Tel est sous une forme peut être exagérée, le symbole de l'éducation américaine.
Enfin, pour terminer ce chapitre sur l'éducation, je dois ajouter que les Américains, en gens pratiques, attachent aussi le plus grand prix aux exercices corporels.
L'éducation physique des enfants et des jeunes gens doit être, elle aussi, l'objet de soins particuliers et constants, car non seulement elle influe sur leur santé, mais elle a encore une grande répercussion sur les qualités morales et sur le caractère.
Au point de vue physique, tous les exercices de sports ou de gymnastique développent le corps et le durcissent, ils lui donnent de la force, de la grâce et de l'agilité, tandis qu'au point de vue moral, ils accentuent la personnalité de l'individu, lui donnent du courage, de la résolution, et surtout, lui apprennent en toutes circonstances à ne compter que sur lui-même.
On peut aussi ajouter qu'ils développent les qualités du cœur, car un homme réellement fort, est plus rarement méchant. Sur de lui et conscient de sa supériorité, tout le porte au contraire à protéger les faibles et à se montrer indulgent et bon envers ceux qu'il domine de toute sa force et de tout son courage.
Pour me résumer, disons donc qu'une grande âme pour se loger à l'aise, à besoin d'un corps sain, solidement charpenté, sans cela, pour employer un terme militaire, la lame ne tardera guère à user le fourreau.