‹ Pourquoi je devins théosopheChapitre 4 sur 6 · THÉOSOPHIE · texte numérisé non relu

THÉOSOPHIE

La première chose enseignée en Théosophie, car il faut bien accorder que ceux qui se joignent à la Société éprouvent quelque sympathie pour les enseignements qu’on y' reçoit, la première chose enseignée, donc, est qu’il faut détruire en soi toute croyance au surnaturel. Quelles que soient les forces latentes dans l’univers en général et dans l’homme en particulier, tout, ici-bas et « là-haut », s’accomplit le plus simplement du monde. Il n’y a pas et il ne peut y avoir de miracles; il y a des phénomènes étranges qui déroutent la raison et semblent inexplicables, mais ils n’en ressortissent pas moins des lois les plus simples et les plus naturelles. Cette répudiation de la croyance qu’il peut y avoir quelque chose en dehors et audessus des lois de la nature est le fond même de la Théosophie. Le suprasensuel, le surhumain, oui; — le surnaturel, jamais.

Qu’on nous permette ici une digression. Nous voulons montrer quel

désappointement attend ceux qui, — encore pleins, sans qu’ils s’en doutent, des fausses conceptions que les religions ont imprimées dans leur esprit au sujet de pouvoirs miraculeux vous tombant d’un ciel quelconque, — ne se joignent à la Société que dans l’espoir de saisir au vol quelques-uns de ces pouvoirs convoités. Si la S. T. affirme qu’il y a dans l’homme des pouvoirs latents, elle enseigne que ces pouvoirs, n’ayant justement rien de surnaturel, il faut temps, patience, volonté, pour que de telles potentialités s’effectuent.

Un écolier qui a commencé l’étude des mathématiques peut-il espérer résoudre un calcul différentiel avec la même facilité qu’une simple équation ?

Un étudiant de la science ésotérique peut-il espérer, parce qu’il a lu ou compris quelques pages de la Doctrine Secrète^ pouvoir mettre en un instant la main sur la puissance?

Non, il lui faut commencer par l’A B C, comme pour l’acquisition de toute science.

Et, quand même il se trouverait en contact avec qui aurait acquis une partie de ces pouvoirs désirés, il ne lui en faudrait pas moins suivre le long et patient entraînement que demande même la moindre de nos facultés pour arriver à un certain point de perfection.

Mais revenons à ce que la Théosophie demande à ses adhérents pour que ses enseignements ne leur soient pas lettre morte.

Il faut, en second lieu, perdre toute idée de Dieu personnel. — Aussi, comme le faisait remarquer avec beaucoup de justesse Blavatsky, fondatrice de la Société, les matérialistes, les agnostiques et les athées, sont plus prêts à recevoir les enseignements théosophiques que les croyants dans tel ou tel credo orthodoxe.

c( Nous rejetons positivement le Dieu personnel et anthropomorphe des monothéistes, car il nous est impossible de prendre, pour l’Eternel Un, que nous appelons matière éternelle ou substance, la matière illusoire dans son double aspect. Celle-ci n’est qu’un reflet de ce qui est sans forme et inconcevable pour n’importe quel esprit humain, même le plus évolué. Elle n’est, cette matière changeante et qui doit disparaître dans la nuit du temps, elle n’est que l’enveloppe de l’immuable « Cela » (1) qui est et sera toujours. y> {Doctrine Secrète, p. 545, v, I.)

Le point essentiel à connaître est celui-ci : — Qu’y a-t-il sous le voile des choses ? « Force aveugle et matière » ou une existence infinie se manifestant elle-même en « Intelligence », si nous pouvons nous servir d’un terme

(1) Notn indéfini, donné par les Sages hindous, dans les vieux livres, au Tout Eternel.

si peu adéquat ? L’Univers est-il une bâtisse de hasard, composée d’un agrégat de matière sur laquelle agissent des forces inconscientes, du dernier effort desquelles on verrait naître l’esprit ? ou bien les mondes et leur contenu sont-ils la suite, la conséquence d’une émanation de vie divine se continuant parmi tout ce qui est animé ou non ? Où gît la vie ? d où s’élance-t-elle ? est-ce du cœur, du germe que renferme l’amande, cachée sous le noyau ?

« L esprit » est-il la fleur de la « matière », ou la « matière » la cristallisation de « l’esprit » ? — C’est cette dernière manière de voir qu’adopte la Théosophie. Où le matérialisme se tait, le panthéisme parle ; il nous éclaire sur bien des points laissés dans l’ombre par le premier.

Sur le plan tout à fait matériel, la science nous répond déjà à de nombreuses questions, et elle nous promet de répondre encore à bien d’autres qui sont à l’étude.

Mais pour tout ce qui concerne l’esprit, elle n’a que deux réponses quelle murmure ou crie:'—insoluble, inconnaissable. Pourtant, sur une question bien ténébreuse encore, elle prend sur elle d’affirmer qu’en suivant pas à pas le développement de notre terre, on trouve toujours la trace d’une intelligence primordiale à l’œuvre. Pourquoi ne pas être logique et pourquoi ne pas reconnaître alors que les facultés humaines, soit à leur aurore, soit à leur apogée, sont d’un ordre intelligible et qu’au moyen d’une étude appropriée on peut arriver à les comprendre ?

Suivre les enseignements de la science ésotérique, c’est suivre des études appropriées, c’est prendre le second livre, quand le rôle du livre élémentaire de la Science officielle est terminé.

Nous prendrons l’hypothèse panthéistique, sur laquelle s’appuie la Théosophie, sans plus ample discussion, quant au fond de l’idée.

Le panthéisme, pour lequel mourut Bruno et combattit Spinoza, n’a pas besoin, dans un monde intelligent, d’arguments pour justifier son existence.

Dans 1 ordre des études ésotériques, l’exposé de la théorie sur l’univers ne vient qu’en dernier lieu ; l’étudiant est toujours libre de n’accepter que ce dont il peut vérifier la véracité.

La théorie sur laquelle on appelle l’attention de l’étudiant, en Théosophie, lui est présentée comme appuyée par l’autorité de certaines individualités, absolument comme le sont tant d’autres théories religieuses ou scientifiques.

Mais ici s’arrête la comparaison. II y a une grande différence dans la façon d’exposer les unes ou les autres. Chacun sait comment parlent les prêtres ou discutent les savants. Les premiers damnent les incrédules ; les seconds foudroient de leur mépris les récalcitrants.

Les Maîtres de la science ésotérique vous disent :

Voilà, les choses sont ainsi. Ce que nous enseignons est le résultat d’investigations nombreuses, des expériences les plus sûres et les plus sérieuses. Bon nombre de démonstrations, dans votre présent état d’ignorance, vous seront parfaitement inintelligibles. Et quel que soit notre désir, nous ne pouvons vous les rendre compréhensibles avec de simples explications. Si vous voulez suivre notre méthode, étudier comme nous avons fait, vous pourrez découvrir par vous^mêmes et vérifier personnellement le bien fondé de notre exposé.

Celui qui, par des raisons particulières, accorde pleine confiance aux Maîtres, accepte la théorie, telle qu’elle est offerte, comme un point d’où il peut partir pour son voyage sur la longue route de l’évolution, celui-là est certain d’avancer vite et sûrement. Mais, nous le répétons, chacun est libre d’agir à sa manière et de diriger ses études comme bon lui semble.

Nous parlons de maîtres enseignant la doctrine ésotérique; qui sont-ils donc, ces Maîtres? Ils appartiennent à une confrérie, ou association des plus fraternelles, d’hommes de nationalités fort différentes qui ont voué leur vie à l’étude de l’occultisme. A force de travaux, ils ont hâté leur évolution et ont développé en eux ces facultés latentes encore dans la majorité des humains.

Ils parlent d une connaissance intime de l’homme, de sa constitution qu ils ont analysée dans tous ses détails. Ils le voient vivre, sentir et penser, aussi clairement que Huxley voit les os, sépare les muscles du cadavre qu’il dissèque.

Ils nous parlent aussi d’une suite indiscontinue de vies, qui s’étend partout, en haut et en bas, autour de nous, et nous dénoncent l’existence d’êtres dont, pour la plupart, nous n'avons pas encore eu la moindre idée. Ils peuvent, nous disent-ils encore, entraîner d’autres hommes, d’autres femmes à suivre la meme voie qu’eux ; ils peuvent leur apprendre à acquérir les pouvoirs qu eux-mêmes ils ont acquis ; mais seulement leur apprendre à acquérir et non leur donner ces pouvoirs, car ces pouvoirs sont parties intégrantes de la nature de l’homme ; ils doivent être évolués en lui, et non pas recherchés au dehors.

Sûre qu’au point de vue moral, social et scientifique, les enseignements de la Société théosophique peuvent se soutenir d’eux-mêmes devant tout esprit sérieux qui les examine avec un cœur sincère, nous n’ajouterions pas un mot sur leur validité, nous ne nous étendrions pas plus longtemps sur l’origine d’où ils viennent, si nous ne trouvions le sujet intéressant par lui-même et digne d être porté à la connaissance de nos lecteurs.

Il est certain que la question qui se pose tout d’abord est celle-ci ;

Les Maîtres existent-ils vraiment et possèdent-ils les pouvoirs exceptionnels dont on nous parle ?

Interrogez là-dessus toute personne ayant voyagé dans l’Inde, et, si elle s’est trouvée mêlée à la vie de n’importe quel Hindou, elle vous dira que, dans ce pays, leur existence ne fait aucun doute dans l’esprit des indigènes.

En outre, beaucoup de gens qui n’ont jamais été dans l’Inde, et dont nous sommes, croient aux Maîtres, et cela simplement sur la parole de gens honorables qui les connaissent personnellement. Et pour nous, en particulier, cette croyance a été renforcée par notre rencontre avec une personne qui a été instruite par eux et qui est la preuve manifeste et vivante que des pouvoirs latents dans l’homme peuvent être développés naturellement en lui.

Car comment supposer que, pendant des mois où nous avons partagé sa vie, avec plusieurs amis, elle eût pu s’astreindre à conserver, dans les moindres détails de l’existence, une manière d’être extraordinaire, et cela dans le seul but d’abuser, pour le seul plaisir de tromper, des gens aimés et respectés? Cette hypothèse ne supporte pas le raisonnement. La femme dont il est question ici serait capable de soutenir, en tout temps et sans cesse, le même dire sur l’existence de maîtres qui l’inspireraient, alors que cela ne serait pas 1 Cette idée est plaisante pour ses amis, rien ne doit sembler plus impossible qu’une telle dissimulation à quiconque connaît la nature vive, impulsive, le caractère droit et ouvert, de la trop souvent abusée et de la si peu connue M“® Blavatsky. Sa simplicité, sa franchise d’enfant, vous vont au cœur. Et lorsque, avec un naïf abandon, elle vous raconte sa vie accidentée, ses nombreux voyages, lorsqu’elle vous énumère toutes ses expériences et vous parle de ses propres erreurs, il y a quelque chose en elle qui force la conviction dans les esprits les moins bien disposés.

Naturellement, elle ne se livre qu’avec les intimes ; avec les étrangers, elle est d’ordinaire froide et silencieuse.

Nous devons ajouter que tout étudiant sincère de la Théosophie recevra tôt ou tard la preuve de l’existence de ces « Maîtres », absolument comme dans l’étude de toute science on passe, au bout d un certain temps, de la théorie à la pratique.

Quant à ceux qui sont persuadés qu’ils possèdent toutes les connaissances et qu’il ne leur reste rien à apprendre, ils peuvent nier tant qu’il leur plaira qu’il puisse exister au monde quelqu’un qui en sache plus qu’eux sur la vie et sur eux-mêmes.

Les « Maîtres », comme se plaisent à les appeler leurs élèves, les étudiants de la S. T., n’éprouvent aucun besoin d’être officiellement présentés aux Européens et diffèrent complètement du Dieu orthodoxe ; ils ne sont en aucune manière fâchés contre ceux qui trouvent bon de nier leur existence ; ils n’éprouvent pas non plus le moindre désir de prouver, par un prodige quelconque, aux esprits forts du xix* siècle qu’ils sont là, qu’ils vivent, qu’ils pensent, qu’ils travaillent.

Car il ne faut jamais perdre de vue que les « Mahatmas », ou « Grandes Ames ï, comme les Hindous les appellent, ne sont pas des êtres surnaturels, possédant des pouvoirs miraculeux, mais des hommes, des hommes simplement qui ont étudié un sujet particulier, qui sont devenus « Maîtres » sur ce sujet et qui, justement parce qu’ils savent, réalisent des choses interdites à l’ignorant.

C’est de ces maîtres que nous, théosophistes, nous recevons nos enseignements, et nous ne craignons pas d’affirmer hautement ici que ces vieilles philosophies aryennes sont celles qui jettent le plus de lumière sur la nature de l’homme et qui répondent le mieux à ses aspirations élevées.

Selon la S. T., l’homme est un composé dans lequel une étincelle, jaillie du feu de l’Esprit universel, se trouve emprisonnée, feu invisible brûlant dans un mystérieux foyer ; cette part de l’Esprit universel, dissimulée sous l’esprit humain, ou facultés spirituelles, qui lui sert de véhicule, et jointe au pouvoir de raisonnement ou intellect, constitue avec eux la triade sacrée de cette collectivité de principes qu’on appelle un être humain.

Cette trinité est immortelle, indestructible ; sa demeure, ici-bas, ses organes de nutrition, se composent du quaternaire inférieur, qui comprend le corps, la vie animale de ce corps, ses passions et ses appétits. Nous avons donc la fameuse division septénaire, ou les sept principes qui sont dans l’homme, et que nous trouvons énumérés ainsi, en leur conservant leur nom sanscrit :

1» Atma, l’Esprit universel ;

2“ Buddhi, l’âme ou l’homme spirituel ;

3“ Manas, l’âme rationnelle ;

4» Kama-Rupa, l’âme animale, avec ses appétits et ses passions ;

5“ Prana , la vitalité, le principe de vie;

6" Linga-sharira, le véhicule de cette vie ;

1° Rupa, le corps physique.

Ce n’est pas qu’à la mort, nous dit la S. T., que s’opère la séparation de la triade supérieure du quaternaire inférieur : pendant la vie même, ils peuvent être temporairement désunis.

^ La partie intellectuelle laisse le corps et les principes qui lui sont particulièrement attachés, et elle peut, cette « intelligence », se manifester d’une façon visible et tangible.

G est ainsi que s’expliquent ces « apparitions astrales » dont on a tant parlé, et dont la réalité ne peut être, comme tant d’autres choses, prouvée au premier venu par des faits justificatifs.

Ceux poui qui ces questions sont tout à fait étrangères vont l'ire en appelant superstition la croyance en ces choses, comme, dans les temps passés, ces mêmes esprits peu intuitifs riaient, en se moquant de toute nouvelle découverte dans le champ de la nature.

Mais, pour cette partie des enseignements, comme pour toutes les autres, lorsque 1 étudiant a acquis un certain bagage de connaissances, la preuve de ces faits lui est donnée. S’il ne veut pas attendre jusque-là, et s’il refuse de rien accepter sur la parole d’un autre, il est libre de le faire ; personne parmi les membres ou les chefs de la Société ne songera à le blâmer, et encore moins à le damner pour cela.

L homme vu, compris comme ainsi composé de sept principes jiouvant former des unions les uns avec les autres ou agir séparément et en dehors du corps, nous explique la double vue et tous les phénomènes qui s y rattachent. La projection de Vintelligence en dehors du corps, pendant que celui-ci est anéanti par Ventrancement, est un genre de ces séparations do principos dont nous venons de parler.

L’Ego, le moi intime et supérieur de l’homme, l’homme vrai, en un mot, débarrassé des liens de son corps, entre en jouissance de facultés qui lui sont propres, facultés qui n’ont rien de commun avec les sens physiques. Libéré, il ne connaît plus ni l’espace ni le temps, dont la conception n’est qu’un résultat de notre plan de conscience ordinaire.

A 1 appui de ce que nous venons de dire de l’Ego et des facultés étrangères au corps qu’il peut manifester, n’est-il pas bon de remarquer que toutes les p-ersonnes qui sortent de l’état magnétique ont oublié complètement ce qu elles ont pensé,dit ou fait pendant leur sommeil ?— Leurs organes physiques n’en ont gardé aucune empreinte ; ce qui n’aurait pu être si elles avaient vu et entendu par leur moyen, — la moindre activité cérébrale laissant toujours une trace sur le cerveau matériel. Si, au contraire, on admet que les expériences ont été suprasensuelles, inutile de chercher plus longtemps une inscription quelconque de leur manifestation sur des centres sensoriaux qui n’ont pas été touchés.

Ce qui ressort de ceci, c’est que, avec notre organisation actuelle, durant le sommeil magnétique artificiellement produit, l’Ego est impuis-

sant pour agir sur l’enveloppe physique qui ne peut conserver aucune mémoire d’actes automatiquement accomplis.

L’Ego sera ainsi impuissant, tant que la nature inférieure surpassera en force et en énergie la supérieure.

La conscience physique ne gardera l’impression de phénomènes, qui se passent maintenant en dehors d’elle, que lorsque, s’étant élevée, elle augmentera les points de contact entre elle et l’esprit supérieur.

Cet état de sublimation a déjà été atteint par plusieurs ; l’état de conscience inférieur s’est uni au supérieur, le plus haut et le plus bas se sont joints, et ils ont pu travailler en harmonie sous le contrôle de la volonté.

L affaiblissement du corps, dans le cas de maladie, bien que loin d’être désirable, donne la suprématie au plus haut Soi ; de là cette acuité de perception dont nous avons parlé plus haut.

Le meilleur procédé pour obtenir le fonctionnement normal de telles facultés est de travailler à la purification et à l’affinement de son organisation physique; avec la volonté, ce n’est qu’une question de temps.

Suri Ego indestructible pouvant participer à plusieurs plans d’existence, s adaptant au plus bas comme au plus haut, repose tout entière la doctrine du Karma et de la réincarnation. La réincarnation, que l’ignorance a appelée la transmigration des âmes, est la renaissance de l’Ego et sa rentrée dans un corps, pour recommencer une nouvelle expérience de la vie sur cette terre.

Dans sa précédente incarnation, il a acquis certaines facultés et provoqué la production de causes. Les effets de ces causes dernières, jointes à d autres causes provoquées par toute une série d’incarnations, forment son Karma et déterminent les conditions dans lesquelles PEgo va se trouver dans 1 existence présente. Ces conditions, toutefois, sont modifiées par le Karma national, qui est, lui, le produit de la vie collective.

Les facultés qu on a fait évoluer dans les incarnations précédentes se letrouvent dans une nouvelle vie. — Voilà donc expliquées ces capacités anoimales, ces connaissances qu’on possède sans avoir rien fait pour les acquérir dans la présente existence. Tout cela forme autant de biens qu’on 1 etrouve. La réincarnation n explique-t-elle pas bien encore ces cas d enfants prodiges, de génies qui étonnent le monde, d’artistes qui le ravissent, sans savoir eux-mêmes comment tous ces dons leur sont venus ?

Avec la Ihéosophie, dans l’univers, rien ne se perd ; une force produite suit son cours, sans que rien puisse l’anéantir. Les facultés, les capacités, les qualités si péniblement acquises par de longues années d’existence, ne périssent pas avec le corps, et quand, après un long sommeil, l’Ego

revient sur la scène terrestre, ce n’est pas pauvre et nu qu’il fait sa rentrée ; il rapporte avec lui le fruit de ses victoires passées qui vont lui servir à

faire de nouveaux progrès en avant.

En dehors des satisfactions que cette doctrine nous donne sur des points bien embarrassants, nous n’avons pas, pour le moment, de preuves irréfragables que les choses se passent ainsi. Si nous pensons qu’un but ultime et intelligent est attaché à la vie humaine, il nous faut acceptei l’idée de retour ici-bas, il faut croire à l’avenir, et c’est l’avenir qui nous réserve cette preuve. Les Maîtres ont atteint ce point de 1 évolution vers lequel nous marchons et où la mémoire de toutes les incainations passées nous revient. C’est sous leur autorité que cette doctrine nous est transmise, mais elle peut encore être rejetée ou acceptée par tout membre dont elle satisfait ou ne satisfait pas la raison.

De même, les agissements du Karma ne peuvent être démontrés comme un problème de mathématique. La loi du Karma a été définie par le colonel Olcott comme la loi de causalité morale. La Tbéosophie affirme que la moisson récoltée par un homme a été semée par lui, et que chaque acte doit toujours, sinon immédiatement, du moins irrévocablement, porter

ses fruits. ,

Chaque force, dans notre monde physique, voit sous sa poussée des

résultats se produire ; — où de nombreuses lois agissent en s’entrecroisant, chacune suit son chemin, va au but et complète son action.

L’Univers est UN. Pourquoi une des nombreuses lois opérant sur le plan physique ne serait-elle pas à l’œuvre sur un plan supérieur, sous le nom de Karma ? Et, vu le champ de leur action, il ne doit pas sembler extraordinaire qu’il soit difficile, ou plutôt impossible, de les suivre dans tous les

détails de leurs nombreuses applications.

Sur le plan physique, il en est bien ainsi; nous suivons la trajectoire que décrit un corps lancé par une série de forces motrices, nous pouvohs étudier et comprendre quelques effets de cette force et déterminer d’avance la course qu’accomplira le corps sous leur poussée, mais nous ne pouvons pas établir d’une façon parfaitement exacte quel genre de force a été l’œuvre ici et quel autre là. Comment pouvons-nous espérei comprendre dans tous ses détails ce jeu si compliqué des forces karmiques, dont quelques-unes viennent, en fin de compte, s épuiser dans la sphère d’une individualité, et d’autres se transformer en énergies qui seront « son caractère »?

Ici nous voulons répondre particulièrement à 1 un de nos critiques qui nous demande comment nous pouvons réconcilier « Karma » avec les convictions socialistes qui nous font nous élever contre toute iniquité

dont souffre le peuple. « Comment arranger cela? » nous dit notre contradicteur. « Toute réforme sociale doit aller à rencontre du Karma 1 »

Non vraiment; dans les efforts faits pour amener un progrès quelconque, il n’y a rien de contraire à la loi de causes et d’effets.

Non, ce n’est pas aller contre le Karma que d’essayer d’introduire de nouvelles causes pouvant atténuer les effets présents ; effets toujours inévitables dans leur production, mais modifiables dans leur action. Ce n est qu’ainsi, du reste, que nous pouvons espérer apporter quelque changement dans l’avenir.

Use peut que la maladie ^la misère, l’ignorance, soient autant de suites d’un mauvais passé ; beaucoup de savants penseurs admettent cela, qu ils l’appellent Karma ou non ; mais est-ce une raison pour que nous n’essayions pas de produire de nouvelles forces de sagesse et d’amour qui brisent enfin le cercle fatal dans lequel nous tournons ?

Chacune de nos actions modifie, en bien ou en mal, le présent, et en plus prépare l’avenir. Et c’est parce que l’héritage du passé est si lourd qu’il nous faut redoubler d’efforts pour ne pas succomber sous le fardeau.

Persuadons-nous bien surtout que le Karma n’est pas une déité personnelle contre laquelle c’est un sacrilège que de vouloir entrer en lutte. Le Karma est simplement une loi, comme toutes les autres, loi de nature, et nous ne pourrions pas la violer, quand meme nous le voudrions ; mais elle ne nous empêche pas plus d’aider nos frères que la loi de gravitation de monter un escalier.

L’un de nous se brise une jambe : quel que soit notre désir, nous sommes impuissants à empêcher la douleur de se produire. Est-ce une raison pour que nous abandonnions le blessé et que nous n employions pas tous les moyens pour atténuer autant que possible la douleur du patient?

De même, si nous ne pouvons soustraire aucun homme à la loi du Karma, nous pouvons toujours essayer d’éclairer la cause de ses souffrances, et surtout nous devons lui tendre la main constamment, soit pour provoquer ses efforts, soit pour seconder ceux qu’il peut faire en vue d’éteindre des causes qui ne peuvent que générer de mauvais résultats.

M. Foote peut-il nous affirmer que nous n’acquittons pas, en ce moment, les vieilles dettes du passé? ou bien va-t-il nous dire qu’en présence de causes inexorables, nous devons nous courber lâchement sous la fatalité ?

Pour nous aider, nous nous servons de la vive lumière que la S. T.

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projette sur cette question des grandes douleurs qui accablent nos sociétés; mais, après avoir compris que les conditions terribles de notre présent ne sont dues qu’au passé et que le futur sera ce que nous le ferons, loin d’abandonner la lutte, nous sommes résolue à travailler plus que jamais pour arriver à introduire de nouvelles causes devant produire de meilleurs effets.

Que ne devrions-nous pas à la reconnaissance générale de cette loi du Karma, si, étudiée et comprise, elle nous faisait accepter dignement et virilement, sans d’oiseuses récriminations, des souffrances qui sont inévitables ; si, sa connaissance fortifiant les énergies de notre âme, elle nous aidait à faire face au passé, en travaillant sur le présent pour améliorer l’avenir (1) !

Et, ne l’oublions pas, le courage dans la tourmente de la vie, l’amour pour ses semblables, l’esprit de sacrifice personnel, sont les fruits du Karma. Ce sont des effets présents de causes passées, effets qui, dans leur application d’aujourd’hui, deviendront les causes de demain.

Que le croyant, que le dévot, au moyen de prières, de sacrifices, d’aumônes, de larmes, espère échapper, par quelque porte de sortie, aux conséquences de ses mauvaises actions, il est logique avec ses croyances; mais comment* le séculariste (2), qui ne reconnaît d’autres maîtres que la loi de sa conscience, peut-il sur ce chef chercher querelle à la S. T.?

Ce n’est que sur un point que nous pouvons être en désaccord. Le Théosophiste dit: — nous croyons qu’il nous faudra payer jusqu’au dernier liard les dettes que nous avons contractées, et cela, soit dans cette vie, soit dans de futures incarnations ; la mort suspend les réclamations du créancier, mais la note complète sera présentée au successeur du mort, qui n’est que lui-même, toujours le même, sous un nouveau vêtement; tandis que le a séculariste », lui, considère que la mort éteint toutes les redevances.

La S. T. nous enseigne encore que non seulement des qualités psychiques du domaine de l’homme, et dont les pouvoirs annoncés plus haut sont les manifestations, doivent se produire, à un moment donné de l’évolution, mais que l’homme, dans sa course en avant, possédera un pouvoir tel sur la matière que tout ce que nous voyons se produire aujourd’hui sur l’un et l’autre plan, psychique et matériel, ne peut supporter de compa-

(1) Voir, dans le Lucifer d’août 1889, le Karma et les progrès sociaux^ un article de nous où la question si intéressante du Karma est plus largement traitée.

(2) On appelle séculariste, en Angleterre, celui qui, sans égards à aucune religion, credo ou cuite, ne s’attache qu’à vivre selon la loi de morale qu’il a dans son propre coeur.

raison. A côté de ce que sera l’homme d’alors, l’homme d’aujourd’hui n’est qu’un enfant.

Dans le lent procédé de 1 évolution, l’espèce humaine verra se développer graduellement, en chacun de ses membres, d’elles-mêmes, les facultés et les pouvoirs qui en déçoulent, tels que nous les avons mentionnés cidessus.

Déjà, en ce moment, celui que la chose tente, s’il ne recule devant aucune difficulté, peut forcer en lui leur évolution. Et ici nous allons répondre un mot à la sortie véhémente de M. Foote sur le célibat, qui est, dit-on une condition à observer pour quiconque veut hâter en lui l’éclosion du nouvel homme. « Si le comble de la perfection ne peut être atteint qu’avec les pratiques du plus pur ascétisme, s’écrie M. Foote, le mariage ne doit être qu’une concession à la faiblesse humaine. Que deviennent alors les titres sacrés d’époux, de père, de mère? Et, bien que l’on nous dise que ce « célibat » n’est exigé que pour le cercle intérieur, il n’en ressort pas moins qu il est défendu à la masse d’aspirer à ces hauts sommets d’existence réservés pour quelques-uns. »

Malgré tout le respect que nous inspire le caractère de M. Foote, nous ne pouvons nous empêcher de lui demander s’il est honnête de déplacer ainsi, une question et de la poser de façon qu’elle prenne des proportions fantastiques. A ces grandes expressions déclamatoires de « titres sacrés », etc., la S. T. répond par un mot ; — Quand vous voulez fermement obtenir une chose, vous vous mettez en mesure d’employer les moyens qui peuvent vous faii e arriver à son obtention ; ou, plus simplement encore, si vous voulez remonter à la nage un fort courant, vous commencez par déposer vos vêtements sur le rivage.

Le monde est-il si uniforme, avons-nous tous, en ce moment, les mêmes goûts et les mêmes besoins, pour qu’un genre de vie, déclaré bon par quelques-uns, soit immédiatement suivi par la foule ?

Tout le monde, à peu près, s’accorde pour trouver que la musique est une bonne chose, mais ne serions-nous pas insensés si, sous ce prétexte, sans aucune disposition pour cet art, nous le pratiquions huit heures par jour? Si, au contraire, nous avons un vrai talent et que nous désirions devenir grand musicien, il nous faut alors accepter une vie de labeur et être prêt à sacrifier bien des joies de la vie, pour en arriver où nous voulons.

Les artistes et les génies sont rares : — bien plus rares encore sont ceux que tente la Grande vie. Un sur des millions peut-être est doué des premières capacités nécessaires pour une pareille entreprise ; et, pour celuilà, accepter la vie de célibat est un des moindres sacrifices exigés avant de toucher le but. L’heure viendra pourtant, des « Grandes âmes » ; mais que.

pour le moment, M. Foote se rassure : il est loin encore ce temps, et la S. T. ne songe nullement à parler de célibat à celui que la flamme du génie spirituel n’a pas encore embrasé.

Il nous faut, maintenant, replacer encore une question sous son vrai jour et répondre aux « dires » exagérés sur les phénomènes auxquels le nom de Blavatsky s’est trouvé mêlé.

Les uns ont crié au miracle, d’autres ont parlé de manifestations spirites ; appréciations aussi erronées l’une que l’autre. Les attaques si vives dont M"*' Blavatsky fut l’objet de la part des spirites devraient convaincre les esprits les plus prévenus qu’elle ne doit avoir rien de commun avec eux. Ce qui le montre bien, c’est que, lorsqu’elle a accompli certains phénomènes autour desquels on a fait tant de bruit, ce n’était que pour montrer, dit-elle, comment les faits les plus remarquables, attribués par les spirites aux « Esprits », pouvaient, par l’utilisation de forces naturelles, s’accomplir au grand jour, sans le secours d’Esprits qui ne peuvent travailler que dans l’ombre.

Ce que voulait surtout M”” Blavatsky, c’était attirer particulièrement l’attention sur ces forces de la nature, et prouver ce qu’avec leur connaissance on en pouvait obtenir.

Une grande partie de « ces miracles » était produite en employant, d une façon éclairée, certaines forces magnétiques, dont les effets, merveilleux pour l’ignorant, réservent encore dans l’avenir de grandes surprises aux savants.

Un autre genre de phénomènes est ce qu’elle appelle « ses tours psychiques ».

Comme le prestidigitateur adroit agit sur le plan physique et fait voir à son public des choses qui ne sont pas, M™® Blavatsky, sur le plan mental, force « l’illusion » dans l’esprit de celui sur lequel elle opère, et il voit non ce qui est, mais ce qu’elle veut qu’il voie.

Nous avons encore la transmission de la pensée et un autre groupe de phénomènes comprenant la désintégration et la réintégration de la matière. Avec notre connaissance superficielle de la matière, cette dernière

catégorie de phénomènes est assez difficile à expliquer.

Mais, pour ces phénomènes comme pour les autres, quand nous nous trouvons près d’une personne de bien, intelligente, instruite, savante, menant la vie la plus laborieuse qu’on puisse imaginer, et que cette peisonne exerce des pouvoirs que nous sommes loin de posséder, nous examinons, avant de crier au mensonge et à la fausseté. Serait-il sage d’agir autrement, surtout si cette personne nous affirme qu’il n’y a rien que de très naturel dans la possession de ces pouvoirs et dans leur emploi ? Irons-

nous crier que Tyndall est un mystificateur parce qu’assistant à l’une de ses merveilleuses expériences, nous n’en pouvons comprendre le modus operandi ?

Nous terminerons par un mot sur le plus grand étonnement que la science ésotérique réserve à ses étudiants occidentaux du xix' siècle. Nous voulons parler de son assertion qu’il existe des êtres vivants, autres que les hommes et les animaux, qu’on peut découvrir sur notre globe.

Et pourtant cet énoncé de vie en tout et partout ne doit pas être plus difficile à admettre, après réflexion, même pour des libres penseurs, que la parole du savant qui nous affirme qu’un monde d’êtres vivent et s’agitent dans la goutte d’eau, de sang ou de pus, qu’il examine au microscope.

Aussi, avant de hausser les épaules et de tourner le dos devant une telle assertion, ne serait-il pas plus sage de se demander si, réellement et sérieusement, dans l’immensité de l’Univers infini, le « grain de sable » sur lequel nous tournoyons est la seule planète habitable et habitée ?

Nos voix sont-elles les seules, et en dehors de nous tout le reste est-il muet ? Ne peut-il voir, cet univers, que par nos yeux, n’entendre que par nos oreilles, et tout est-il mort en dehors de notre vie ?

Une pareille croyance était bonne aux beaux jours de la chrétienté, quand l’Eglise enseignait que notre terre était le centre du monde et que, pour les hommes seuls qui l’habitaient, le Créateur avait daigné mourir. — Maintenant que les découvertes de la science nous ont remis à notre place, qui n’est pas une des premières parmi ces myriades de mondes, sur quoi pouvons-nous nous appuyer pour soutenir que nous sommes les seuls êtres sentant et pensant aü milieu de tous ces mondes ?

La terre, l’eau, l’air, regorgent de vies s’adaptant au milieu qui leur est propre.

Quoi ! à peine nous serions-nous élancés, en pensée, au delà de nos quelques lieues d’atmosphère, que nous ne trouverions plus qu’une morne solitude et le silence de la mort ! Aucune raison, aucune analogie ne peut étayer cette supposition.

Un des grands crimes de Bruno fut d’avoir osé enseigner que notre monde n’était pas le seul habité ; et combien il était plus sage, Bruno, que les moines ignorants et fanatiques qui le brûlèrent!

La S. T. ne dit pas autre chose que ce martyr de la pensée, lorsqu’elle nous enseigne que chaque différenciation de matière donne naissance à des êtres s’adaptant au plan sur lequel ils doivent vivre et évoluer; elle ne dit pas autre chose, lorsqu’elle affirme que le grand corps universel

n’est qu’une immense émanation de vies, semant les êtres à chacune de ses pulsations.

Superstitions, crie le bigot. — Il n’y a pas plus de superstition dans cette croyance que dans la croyance à la bactérie ou à tout être invisible à l’œil nu.

Le mot « Esprit » est le mot le plus mal employé ou plutôt le plus mal compris dont nous sommes obligés de nous, servir, car il mène toujours à l’idée d’un genre d’existence immatérielle, surnaturelle, quand la S. T. ne reconnaît ni l’un ni l’autre. Avec elle, tous les êtres, quels qu’ils soient, ont toujours une base matérielle, et matière et esprit ne doivent jamais être séparés.

Seulement, elle reconnaît que la matière existe,se manifeste, en des états tout à fait différents de ceux que la science connaîfaujourd’hui.

Ne pas admettre ceci, c’est imiter ce prince indien qui niait l’existence de la glace, parce que jamais, durant le cours de sa vie, il n’avait rencontré d’eau solidifiée.

Accepter tout sur parole, sans aucune preuve rationnelle, est indigne de l’être humain; mais nier de parti pris, sans vouloir s’arrêter à penser un instant à ce qui peut être au delà des limites de notre expérience, est absurde.

Une impérieuse nécessité me force à dire la vérité, telle qu’elle m’apparaît, que cette vérité plaise ou déplaise, qu’elle reçoive l’approbation ou le blâme. Cette loyauté sans partage envers la vérité, je dois la maintenir pure et intacte, quelles que soient les amitiés que cela puisse me coûter, quels que soient les liens humains que cela puisse briser.

Londres.

A. Besant.

Tours, imp. E. Arrault et C*®.

Tkcosopliie, Science occulle, Monde Aslral, Sociologie

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