‹ Pourquoi je devins théosopheChapitre 3 sur 6 · LA SOCIÉTÉ THÉOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ THÉOSOPHIQUE

Avant d’exposer la méthode suggérée par les enseignements théosophiques pour obtenir la lumière sur les questions posées ci-dessus, et d’esquisser les vues de la Science occulte sur Tunivers, nous voulons dissiper un certain malentendu concernant notre adhésion à la Société théosophique, adhésion qui a attiré sur notre tête une averse de reproches.

La Société a pour but trois choses, dont la première seule doit être acceptée pour obtenir admission :

1* Former le noyau d’une fraternité universelle ;

2® Poursuivre l’étude des littératures, des religions et des philosophies aryennes en particulier et orientales en général ;

3® Pousser aussi loin que possible les investigations dans le champ de la nature, pour essayer de comprendre ses lois et tâcher de découvrir les pouvoirs psychiques latents dans l’homme.

Rien de plus. — Pas un mot sur aucune forme de croyance, ni aucune prescription quant à une manière spéciale de considérer l’Univers. Rien d’imposé à notre foi sur les Mahatmas ou initiés, sur les cycles, sur une autre vie, etc. Athées et Théistes, Chrétiens et Hindous, Mahométans et Matérialistes, peuvent se rencontrer sur un large plan, où personne n’a le droit de regarder de travers son voisin à cause de sa couleur ou de sa croyance.

Notre réponse à la demande: « Pourquoi vous êtes-vous jointe à la Société? * sera très simple.

Nous avons vu, dans son affirmation de la fraternité d’une manière aussi large que l’humanité même, nous avons vu là le baume à appliquer immédiatement sur les ulcères de nos sociétés qui se débattent au sein d’une cruelle et antisociale civilisation. J’accorde que cette affirmation n’est encore qu’un idéal ; eh bien, il est bon qu’un tel idéal soit élevé devant les yeux des hommes. Mais c’est plus que cela; — et tous ceux qui affirment cet idéal en essayant de s’y conformer, dans la pratique de la vie, font un effort, si faible soit-il, pour amener les humains vers sa réalisation et pour hâter la venue du Jour de l’homme.

Après cela, le troisième but de la Société fut l’objet de notre plus grande attention : — chercher à découvrir les forces qui sont latentes en nous, autour de nous ; essayer de comprendre quelque chose au mystère de la vie, n’est-ce pas tentant pour un malheureux affamé de lumière et de vérité? En quoi pouvons-nous rougir de ce désir qui noixs hante? « Cherchons la vérité », n’est-ce pas la devise de la « Société nationale laïque » ? Cette devise ne fut jamais pour nous une phrase vide de sens, et c’est pour lui être fidèle que nous avons dirigé nos pas du côté où nous espérions rencontrer la vérité.

En dehors de cette union, dans le dessein de forcer un principe d’amour à se manifester dans le monde et de travailler à percer les ténèbres qui nous environnent, la Société Théosophique ne lie aucun de ses membres. Ayez une religion ou n’en ayez pas ; ayez telle ou telle manière de voir politique, scientifique ou religieusoj peu importe. Aucune discussion aigre,

sentant l’étroitesse et l’intolérance, n’est permise entre les membres. Ces derniers sont complètement libres de suivre leurs études sur tous les plans qu’embrasse la Société ou de les restreindre aux seuls points qui les intéressent particulièrement ; ils peuvent même continuer à s’avancer à leurs risques et périls dans les connaissances plus profondes de la science ésotérique; nulle pression,— comme nulle restriction, — n’est exercée sur eux.

Aussi l’accusation d’inconséquence lancée contre la fondatrice de la Société, parce qu’elle disait ne pas voir ce qui pouvait empêcher M. Bradlaugh de s’y joindre, ne peut-elle tenir debout. Il n’y a vraiment rien qui empêche le plus grand matérialiste, le plus grand athée, de faire partie de cette association, à moins pourtant qu’il repousse l’idée de fraternité entre tous les hommes, ce qui n’est pas le cas ici.

Au moment de mettre cette brochure sous presse, une décision judiciaire fort curieuse, concernant les statuts de la Société, nous arrive d’Amérique.

Une branche, en voie de formation, à Saint-Louis, était en instance près de l’autorité locale pour obtenir une autorisation légale d’existence.

Voici comment s’exprime le rapport joint à l’autorisation demandée :

a Après avoir reçu sous serment le témoignage d’un de ses membres, nous pensons que cette Société n’a rien de commun avec une association religieuse. C’est une société d’instruction plutôt, ayant pour but l’instruction de tous ses membres. Elle ne professe ni n’adore aucun Dieu; elle n’a ni credo ni culte, ni pratique d’aucune sorte. »

Puis, passant au troisième but de la Société, le rapport constate que : <c parmi les phénomènes dont on poursuit l’investigation se trouvent le spiritisme, le magnétisme, la double vue, les cures mentales, la lecture de pensées et autres phénomènes de même espèce ». — « Le témoin, continue le rapport, nous a affirmé que chaque membre est libre d’avoir, sur chacun de ces phénomènes, n’importe quelle opinion qui lui plaît; toutes ces questions n’étant que des sujets à étudier, à discuter et non des articles de foi. — Le témoin a encore ajouté qu’il devait dire, néanmoins, qu’il supposait la majorité des membres convaincus de la plupart de ces phénomènes et persuadés que l’homme peut faire évoluer des principes encore latents en lui, pouvoirs que la science considère comme anormaux et surhumains. »

Les matérialistes qui, aussitôt mon entrée dans la Société, ont été si prompts à m’accuser départager les croyances les plus sottes et les plus ridicules, peuvent refuser de croire à ma parole, quand je leur affirme le contraire, mais ils ne peuvent récuser le témoignage de cet acte judiciaire délivré après le plus minutieux examen.

Quand nous lisons, par exemple, dans le Libre Penseur, que nous

croyons aujourd’hui à la transmigration des âmes ou métempsychose, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer avec peine que la poursuite de la vérité doit être pour peu dans ces aigres polémiques où l’on semble ne chercher qu’à nous déconsidérer, et rien d’autre.

La sauvage hâte avec laquelle on s’est élancé contre notre pauvre nous, sans attendre un seul mot d explication, nous a surtout affectée, en ce sens qu elle fait évanouir une de nos plus chères illusions, en nous montrant que certains libres penseurs peuvent être plus intolérants, plus fanatiques moins justes, que certains simples chrétiens qui, parlant selon leur conscience, ne craignent pas de terminer leur rapport par cette conclusion : « Susceptible ou non d’être atteint, on ne peut nier que le but de la Société « soit des plus louables.

« Assumant la responsabilité de cette assertion qu’il y a des phéno- « mènes physiques et psychiques inexpliqués, mais explicables, la ïhéo- « Sophie cherche à les élucider. Prenant encore sur elle d’assurer qu’il y a « des facultés latgntes dans 1 homme, elle cherche à les découvrir j et, à « ses yeux, les absurdités, les impostures qui accompagnent souvent les « essais de démonstration de ces phénomènes encore inexpliqués, ne sont « que des incidents consécutifs de la période de croissance traversée en ce « moment par lesdites facultés.

« Quant à ce qui concerne la science occulte, par la connaissance de ^ laquelle on peut ai river à s assurer de visu de l’existence de pouvoirs « communément regardés comme surhumains, et à produire des phé- « nomènes classés parmi les choses surnaturelles, il nous a semblé « bon que la Cour ne se prononçât sur ce sujet qu’après plus ample « examen.

« Avant de donner à l’occultisme le droit de franchise, nous avons voulu « connaître comment il pouvait justifier ses prétentions; nous nous sommes « donc occupés de savoir si ses adhérents étaient simplement de piètres « intelligences, des esprits bornés, superstitieux, épris du merveilleux et « d’une crédulité aveugle ou puérile. Nos informations sur ce point nous « ont appris qu’au contraire, dans les différentes contrées de l’Europe et « dans notre propre pays, des savants distingués, des hommes éminents « en sagesse et en savoir, croyaient à l’occultisme et se livraient à son « étude... Feu le président de l’Université de Browne, M. Wayland, par- « lant des opérations mentales accomplies dans l’acte de la doublé vue,

« disait que ces phénomènes demandaient à être étudiés avec soin, et que!

« loin d’en rire ou de les nier, comme le faisaient les sots et les ignorants,'

« ils étaient dignes de l’attention la plus sérieuse de tous les esprits phi- « losophiques en travail de recherche.

« Sir William Hamilton, l’un des esprits les plus pénétrants et les plus « savants parmiles métaphysiciens anglais,disait, il y a trente ou quarante « ans: Quelque étonnant que cela paraisse, il est maintenant hors de doute « que, dans certains cas de perturbation nerveuse, les perceptions se font « jour au moyen d'organes autres que les sens. »

« Appuyée par de tels témoignages, la Société d’études théosophiques « nous semble mise sur le pied de la plus grande respectabilité.

t Que par un travail d’études continuelles, elle complète la connais- « sance superficielle que nous avons de toutes ces choses, qu’elle par- « vienne à éliminer les extravagances qui la défigurent et les impuretés « qui la troublent, ce sont des questions sur lesquelles la Cour n’a pas à « se prononcer. »

Sur ce rapport officiel, la Société Théosophique de Saint-Louis fut déclarée d’uTiLiTÉ publique.

Ceux qu’ont entraînés nos détracteurs pourront-ils, après avoir lu attentivement et pesé chaque phrase de ce rapport, continuer à faire chorus avec eux, à appeler « superstition » les enseignements qui nous viennent de cette Société ?

Il est vrai que chaque vérité fut saluée à son entrée dans le monde par des cris de haine ; mais que les libres penseurs, du moins, ne se joignent pas à la foule d’ignorants qui la huent, cette vérité, sans savoir pourquoi ; qu’ils ne viennent pas grossir le courant de forces contraires que l’esprit d’obscurantisme a toujours lancées et lance toujours contre ceux qui tentent d’entrer dans le champ d’investigation que nous offrent les mystères de la nature.

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