NI LA FRANCE, NI L'ALSACE
N'ONT YOULUi LA GUERRE
Demande . — Quel est le but de guerre de la France en ce qui concerne VA Isace-Lorraine ?
Réponse. — La réintégration de l'Alsace-Lorraine dans la patrie française.
Tracts du C. C. P. F. — N° 1 1
D, — Est-ce pour reprendre F Alsace-Lorraine que la France est entrée en guerre ?
R. — Non, elle est entrée en guerre pour se défendre contre FAÏÏemagne qui Ta attaquée.
D. — La France, avant le f aoûti()i4,ne voulait doîic pas la Revanche?...
R. — Elle n'oubliait pas les chères provinces qui lui avaient été arrachées en 1871 par la force, mais pour rendre la liberté
à FAlsace-Lorraine captive, elle n*auralt jamais voulu déchaîner sur le monde les horreurs d'une guerre.
« Depuis plus de quarante ans, les Français, dans un sincère amour de la paix, ont refoulé au fond de leur cœur le désir des réparations légitimes », disait, le 4 août 1914, M. Raymond Poincaré, président de ia RépuhliqjUe.
Et un peu plus tard, il disait encore :
M Quelque cuisants regrets qu'elle eût éprouvés, la France n'aurait jamais voulu faire une guerre de revanche. Elle sa^■ait trop ce qu'une guerre coûterait à l'humanité. »
D. — Mais, maintenant , la France veut la Revanche?
R. — Oui, car l'Allemagne, en nous déclarant la guerre, a déchiré, elle-même, le traité de Francfort par lequel, le couteau sur la gorge, nous avions signé, en 1871, notre renonciation à l'Alsace-Lorraine. La guerre ayant été déchaînée par FAllemagne et non par nous, il faut qu'elle serve au moins à réparer la brutale injustice commise, en 1871, en Alsace- Lorraine.
Sans motif, a dit M. Poincaré, on a déclaré la guerre à la France. Son sang ;» coulé par la faute d'autrui. Comment pourrait-elle ne pas élever une revendication fondée sur la justice et le droit ? »
D. — Et r Alsace-Lorraine, elle, voulait-elle la guerre? R. — UAIsace-Lorraine ne voulait pas non plus la guerre.
M. Pabbé Wetterlé, député de Ribeavivillé au Reichstag, •écrivait le 21 août 1914 dans XEcho de Paris :
« Non, nous ne voulions pas que la guerre, avec son cortège lamentable de deuils et de ruines, fût la rançon de notre affranchissement. Nous aimions trop sincèrement la France pour souhaiter qu'elle payât notre liberté reconquise du sang généreux des meilleurs de ses enfants. Et il nous eût été horriblement douloureux qu'à cause de nous la jeunesse de France, cette jeunesse qui connut et qui connaît encore tous les héroïsmes, fût fauchée par les balles allemandes . A ce prix-là, le retour à la patrie tendrement aimée eût été paj^é beaucoup trop cher, et nous eussions préféré subir encore plus longtemps, au besoin même toujours, la morgue et l'insolence de nos maîtres barbares. »
D'autre part, IVI. Georges Weill, député socialiste de Metz au Reichstag depuis janvier 1913, engagé, le 5 août 1914, dans l'armée française, écrivait :
« Alsaciens et Lorrains, nous avons essayé, pendant la dure période de domination étrangère, de subordonner notre droit et nos espérances au souci suprême de la paix, et nous luttions pour obtenir, dans la paix, un régime qui nous eût permis de conserver à notre pays sa personnalité et son caractère national. Cette résignation voulue et réfléchie, nous ne la regrettons pas. C'est grâce à elle que nous pouvons avoir conscience, ainsi que tous les autres Français, de n'avoir rien négligé pour que la guerre fût évitée. Notre force morale, dans la crise présente, n'en est que plus grande. »
. D. — Sans doute. Mais avant la guerre les Alsaciens- Lorrains tenaient-ils le même langage pacifique ?
R. — Oui. Dans une conférence faite à Paris, le 17 février 1913, M. Jacques PreiSS, par exemple, ancien député au
Reichstag, l'un des plus ardents champions du patriotisme alsacien, déclarait :
« ...Ce n'est pas nous qui déciderons jamais de la paix et de la guerre en Europe... Nous n'hésitons pas à déclarer que nous ne voulons pas qu'on fasse la guerre pour nous ou à cause de nous, avec tous les deuils et les désastres qu'elle entraînerait à sa suite. »
D. — Que Doulait donc V Alsace-Lorraine avant la guerre?
R. — Elle ne cessait pas de souhaiter d'être rendue à la France, mais, par amour de la paix, elle se résignait à ne demander que Fautonomie. Lasse d'être traitée en « territoire impérial » (Reichsland), elle eût souhaité former, dans les cadres de l'Empire, une petite république autonome, avec un parlement Alsacien-Lorrain.
M. Jacques Preiss, dans la même conférence, déjà citée, déclarait :
« ...L'Alsace-Lorraine veut avoir son autonomie. Elle acclame la devise : « L'Alsace-Lorraine aux Alsaciens-Lorrains ». Elle réclame sa mise sur un pied de complète égalité avec les autres parties de l'Empire. »
Evoquant la guerre balkanique de 1912-1913, il ajoutait :
« ...Tout le monde a dû se convaincre que, même chez des populations moins cultivées que la nôtre, chez des populations qu'on traite de demi-barbares, le principe des nationalités et le droit des peuples de disposer d'eux-mêmes ne peuvent plus de nos jours être considérés comme de vains mots. »
D. — L! Alsace-Lorraine ne reçut- elle pas satisfaction de 'Allemagne?
R. — Non, et, à la vérité, elle ne pouvait espérer recevoir satisfaction d'un vainqueur dont la main ne s'était jamais
tendue vers elle, ouverte loyalement, pour la secourir, mais dont le poing dur s'était, au contraire, si souvent abattu sur elle pour Tassommer. Dans son désir de paix, dans son horreur de la guerre, elle n'en formulait pas moins avec obstination son programme d'autonomie. Réalisé, elle y eût trouvé quelques garanties de liberté qui lui eussent permis de demeurer fidèle à l'esprit français, à la culture française. Mais l'Allemagne ne lui octroya, le 26 mai 1911, qu'une caricature de Constitution. L'Alsace-Lorraine, en dépit de la Chambre basse à laquelle elle envoyait 60 députés, restait la chose de l'Empereur, puisque celui-ci nommait directement le gouverneur (Statthalter) suivant son bon plaisir, ainsi que la moitié des membres de la Chambre haute, qui contrôlait tous les actes de l'autre Chambre. Au Conseil d'Empire, enfin, où sont représentés tous les Etats qui composent l'Allemagne, l'Alsace-Lorraine avait trois délégués, tous désignés par le Statthalter, l'agent de l'Empereun
D. — Comment V Alsace accueillit-elle cette Constitution?
R. — Tous les députés Alsaciens- Lorrains, sauf un, votèrent, en 1911, contre cette Constitution qui n'était qu'illusion, hypocrisie et mensonge.
Voulez-vous d'ailleurs, à propos de cette Constitution, une opinion qui n'est pas suspecte, puisqu'elle émane d'un Allemand, et d'un Allemand de qualité : le célèbre historien, D"- Martin Spahn {Deutsche Lebensfragen, 19l3, p. 83). Après avoir exposé comment, par un constant abus de pouvoir, le gouvernement impérial allemand intervient dans la vie politique des États confédérés, il ajoute :
« La manière dont fut réglée la question de la Constitution alsacienne-lorraine marque du sceau définitif cette manière d'agir. Le projet s'était heurté à la résistance obstinée de la population alsacienne-lorraine, de ses représentants à la Chambre nationale, et de
SCS refyrésentants au Parlement d'Empire. Une Constitution est par essence, l'affaire la plus intime, la plus personnelle d'un peuple. Le projet n'en fut pas moins imposé au pays alsacien-lorrain par le gouvernement d'Empire et par le Reichstag. Ce fut là le point culminant dans la série des coups de force par lesquels les pouvoirs d'Empire ont cru bon d'intervenir dans la vie des Etats particuliers et des communautés nationales. »
D. — Mais maintenant V Alsace-Lorraine, elle aussi, veut la Revanche?..,
R. — Oui, car, le 3 août 1914, un formidable fait nouveau s'est produit : la guerre. La guerre, non fomentée par l'Alsace,, victime patiente et saignante, depuis quarante-cinq ans. La guerre, non déclarée par la France, victime elle aussi, qui n'a jamais désespéré du triomphe final de la justice, mais qui se serait fait scrupule de déchaîner sur le monde, même pour la plus noble des causes, les horreurs d'une conflagration européenne. La guerre, voulue, préparée, déclarée par le vainqueur de la France en 1871, par le t^^ran de l'Alsace depuis quarante-quatre ans, par l'Allemagne. Le mcmstrueux procès que l'Allemagne, en 1871, avait tranché, contre le Droit, par la force des armes, ce procès que l'Alsace et la France, par amour de la paix, n*osaient remettre en question, c'est l'Allemagne elle-même qui a pris la lourde initiative, l'efi'royable responsabilité de le rouvrir brutalement. Comment, dès lors, l'Alsace n'eût-elle pas affirmé son suprême espoir?
Elle l'a proclamé par la voix du député de Ribeauvillé,, l'abbé Wetterlé :
« Le destin a voulu que l'inévitable guerre fût provoquée, préparée,, voulue par les insatiables appétits de domination du pangermanisme^ Ce n'est pas la question d'Alsace-Lorraine qui a mis le feu aux pou-
dres... Et parce que le fol orgueil des Allemands est l'unique cause dtla guerre, nous avons maintenant, nous autres, Alsaciens et Lorrains, le droit de crier bien haut nos espérances. La revanche du droit aura été l'œuvre de ceux-là mêmes qui l'avaient si souvent et si .Iongtemp&; violé... »
La Cathédrale de Metz
Elle Fa proclamé par la voix du député de Metz, Georges Weill : ^
« ...L'ennemi nous a délivrés lui-même des réserves que nous dictait notre préoccupation de la paix. Hier encore, tandis que nous subissions toute sa puissance, il refusait de reconnaître nos plus modestes revendications ; il allait, dans sa folie orgueilleuse et aveugle, jusqu'à nier l'existence de la question d'Alsace-Lorraine. Maintenant, il l'a posée, dans toute son ampleur! Par la guerre qu'il a voulue et
imposée à l'Europe il nous a rendu, en même temps, toute notre liberté de pensée et d'action. Il n'y a plus de réserve à nos espérances et à notre volonté patriotique! Nous allons rentrer dans le cadre de la la nation française, à laquelle nous appartenons par notre histoire et par nos traditions. Le droit des peuples, violé il y a quarante-quatre ans, sera intégralement rétabli. »
L'origine de ta guerre n'est pas dans un désir de revanche de ta France au sujet de V Alsace ' Lorraine . Cette guerre doit cependant aVoir pour conclusion nécessaire ta réintégration des provinces annexées dans ta patrie française^ parce que c'^est rAllemagne qui Ta déclarée.
La France, de peur de briser ta paix, n'osait pas rouvrir ta question d'Atsace^Lor raine, remettre en discussion te traité de Francfort qui, signé par ta France « sous te couteau », constituait le seul titre de l'Allemagne, — et quel titre ! Or, ta paix a été brisée par l'Allemagne elle-même, te traité de Francfort déchiré par sa déclaration de guerre. Dès tors, la question est posée. Il faut la résoudre.