L - LA PUISSANCE MILITAIRE
Avec les premiers jours d’août 1917, le monde a vu s’ouvrir la quatrième année de guerre.
Le contraste entre la situation des belligérants et celle qui résultait des premiers combats est frappante. Le vainqueur d’hier avait eu des succès faciles. Contre la Belgique désarmée, contre la France surprise, la Serbie vaillante mais impuissante, la Roumanie abandonnée à ses seules forces, la Russie dépourvue de matériel et de munitions, la victoire de l’adversaire était assurée d’avance. Les temps sont changés. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un rapide coup d’œil sur les opérations militaires les plus récentes du front occidental, dans l’Aisne, dans les Flandres, sur les rives de la Meuse, où les formidables artilleries des Alliés de l’Entente « pilonnent » les retranchements de l’ennemi, tandis que ses soldats, marchant à l’assaut, enlèvent les positions les plus imprenables, bousculant sur leur passage les troupes les plus aguerries des empires centraux.
Visiblement, sans qu’on en puisse douter un seul instant, les
armées de l’Entente ont reconquis sur le front occidental, l’initiative de l’offensive. Ce sont elles qui attaquent dans les Flandres. Elles attaquent encore sur le plateau glorieux du Chemin des Dames. Elles attaquent sous Cambrai. Ce sont toujours les Alliés de l’Entente qui attaquent dans ce secteur de Verdun qui a vu déjà leur résistance héroïque. Les armées ennemies sont forcées de reculer partout, et ce n’est pas là un recul « stratégique ».
Ce n’est un secret pour personne que, dès le principe des hostilités, les effectifs des armées alliées étaient loin d’être ce qu’ils sont aujourd’hui. L’armée anglaise, qui tient aujourd’hui 138 kilomètres du front occidental sur une longueur totale de 739 kilomètres, n’était encore que la « méprisable petite armée » du général French qui, soit dit en passant, eut sa part glorieuse dans l’immortelle victoire de la Marne. L’Italie n’entre en guerre qu’en 1915. L’armée française est seule, aux premiers mois de la guerre, à soutenir — et elle le soutint on sait avec quelle vaillance — le choc formidable du flot dévastateur.
Les Forces de l’Entente sur le front.
De quelles forces disposent aujourd’hui, pour continuer la lutte jusqu’à la victoire finale, les armées de l’Entente? On comprend qu’il soit impossible de publier ici les chiffres des effectifs des combattants. Ce sont là des secrets de guerre qui ne doivent pas être divulgués. II est facile pourtant de montrer que l’Entente est assurée de ressources en hommes capables de tenir tête, pour longtemps encore, aux forces de l’adversaire, et même de garder sur son front occidental — répétons-le, le front décisif de la guerre, — ce qu’elle a déjà acquis : la supériorité de l’offensive.
On calcule en général qu’un pays peut mettre sous les armes le dixième de sa population, augmenté d’un tant pour cent proportionnel au degré de préparation militaire.
La France, qui possède 39 millions d’habitants, a levé plus de 6 millions d’hommes, répartis sur le front de bataille et à l’arrière.
L’Angleterre, qui n’a pas atteint son effort suprême, a levé, d’après les chiffres donnés par M. Asquith à la Chambre des Communes, 5 millions d’hommes. L’Italie, avec ses 35 millions d’habitants, a levé 5 millions d’hommes. L’Entente — ses principaux éléments — posséderait ainsi 16 millions d’hommes sous les armes. Si l’on y ajoute les 2 millions d’hommes que les États- Unis comptent mettre en ligne en 1918, cela fait, pour les forces de l’Entente, 18 millions d’hommes.
C’est un chiffre qui, mis en face des forces austro-allemandes, peut rassurer les plus prévenus. L’Allemagne, avec ses 65 millions d’Jhommes, l’Autriche, avec ses 52 millions, n’ont pas mobilisé plus de 12 millions d’hommes, auxquels il faut joindre les quelques centaines de mille hommes — un million peut-être — des troupes turques et bulgares. En touf 13 millions d’hommes.
Ce n’est là, toutefois, qu’une appréciation en bloc des forces comparées des adversaires. Elles comprennent aussi bien les forces du front que celles de l’arrière. Nous pouvons y ajouter quelques précisions intéressantes. La France possède, dans la zone des armées, 3 millions d’hommes, ce qui assure à ses électifs une supériorité d’un tiers sur ceux du premier mois de la guerre. Les pertes en hommes, si considérables chez l’ennemi, sont en décroissance continue dans l’armée française. Lors des batailles de Charleroi et de la Marne, les pertes en hommes tués, prisonniers et disparus étaient évaluées à 5,41 0/0 des hommes mobilisés à l’époque. Pendant les six premiers mois de 1915, ce chiffre s’abaisse à 2,29 0/0. Il n’est plus que de 1 ,69 pendant le deuxième semestre. Il est de 1,41 pendant le premier semestre de 1916, et, enfin, il se fixe à 1 ,28 pendant le deuxième semestre de 1916. Cette décroissance continue dans nos pertes d’hommes permet tous les optimismes. Les effectifs français sont assurés d’une longue durée.
ECTIF5 COMPARES
DES BEUU! GÉRANTS