‹ Pourquoi les Germains seront vaincusChapitre 3 sur 29 · Voir Le Petit Journal, 21 novembre · texte numérisé non relu

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LA FORCE APPELLE LA FORCE

celle de tous les autres peuples et à la plus parfaite des morales. Force nous est aujourd'hui de reconnaître que les théories les plus folles et les plus barbares traduisaient simplement les projets des autorités militaires allemandes et de Guillaume II.

En appliquant à la guerre actuelle les principes de Bismarck avec une férocité que le chancelier de fer luimême aurait flétrie, Guillaume II et François-Joseph, ainsi que leurs généraux et soldats et leurs peuples s'étaient imaginés qu'ils démoraliseraient les populations et les armées contre lesquelles ils avaient entrepris la guerre; les faits ont établi la vanité de leurs prévisions. Tout d'abord, la violation de la neutralité de la Belgique, la destruction systématique des villages et des villes belges, le massacre des femmes, des vieillards, des enfants, la déportation des hommes, les ravages exercés par le canon et l'incendie sur toutes les parties de la Belgique et du nord de la France où les armées allemandes ont pénétré, ont eu pour premier effet de provoquer dans les populations belges et françaises une surexcitation patriotique dont jamais, au cours de l'histoire des deux pays, elles n'avaient donné le spectacle. Les deux peuples les plus paisibles peut-être de la terre, ont été transformés par le vandalisme allemand au point que le philosophe tremble à la pensée des représailles dont l'Allemagne pourra être l'objet lorsque, à son tour, elle subira l'envahissement des armées alliées contre sa barbarie.

L'Angleterre et la Russie de leur côté, ont compris la nécessité de se mettre à l'abri du vandalisme. Sachant que si elles laissaient écraser la Belgique et la France leur sol ne tarderait pas à être foulé par la botte sanglante du vainqueur, elles ont provoqué la convention du 4 septembre 1914 par laquelle a les gouvernements britannique, français et russe s'engagent mutuellement à ne pas conclure de paix séparée au cours de la présente guerre et « conviennent que lorsqu'il y aura

lieu de discuter les termes de la paix, aucune des puissances alliées ne pourra poser des conditions de paix sans accord préalable avec chacun des autres alliés ».

Le 12 novembre, au banquet annuel du lord-maire de Londres, lord Kitchener, ministre de la Guerre dans le gouvernement britannique, soulignait l'entente formulée dans cette convention lorsqu'il annonçait que près d'un million et demi de volontaires anglais attendaient, en se préparant à la guerre, le signal de venir combattre à côté des Français et déclarait : « Nous combattons depuis bientôt trois mois aux côtés de nos camarades français, et l'admiration de nos troupes pour la glorieuse armée française augmente chaque jour. Sous la direction du général Joffre, qui est non seulement un grand capitaine mais un grand homme, nous pouvons avoir confiance dans la victoire définitive de nos armées sur le champ de bataille de l'Ouest. » Le chef du parti conservateur, M. Balfour, dont la présence auprès de lord Kitchener affirmait l'union des deux grands partis anglais, disait, à son tour : a Nous avons combattu côte à côte avec les Français. J'espère que les Français ont appris à apprécier hautement nos qualités, comme il est certain que nous avons appris à admirer les leurs. Nous savons que jamais, à travers les âges, ne sortira de notre mémoire le souvenir de ces jours où Français et Anglais luttent côte à côte, contre l'ennemi commun, pour la civilisation. » Après avoir salué la Serbie à laquelle « l'Autriche n'arrachera pas une existence si noblement défendue )>, le Japon qui a, (c le premier des alliés, atteint le but vers lequel il marchait », la Belgique violée cyniquement par les Allemands, « la vaillante armée russe et son admirable organisation », le chef du parti conservateur déclarait : « La poursuite d'un grand objet unit les alliés les uns aux autres. Comme aucun d'eux ne s'inspire de motifs mesquins, il n'y a aucun danger de désaccord entre eux. Cinq nations combattent non pas seulement pour

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elles, mais pour la civilisation et pour tous les petits États cherchant à vivre en conformité de leur propre idéal sans redouter l'intervention d'un insolent agresseur. »

L'émotion provoquée par le vandalisme germain s'est répandue en dehors des nations belligérantes : il n'y a pas un seul peuple au monde, en dehors de la Turquie, qui n'ait flétri les massacres, les incendies, les bombardements dont les troupes allemandes se sont rendues coupables en Belgique et en France. C'est en termes traduisant une violente indignation que les intellectuels de tous les pays se sont exprimés sur la conduite des armées de Guillaume II. Contre cette indignation, les intellectuels allemands ont essayé de réagir en niant les faits ou en feignant de les expliquer; mais la mentalité germanique véritable est exprimée par des personnages officiels dans des termes tels que toute négation ou toute justification devient impossible. Au moment où des protestations contre la barbarie des troupes allemandes se produisaient dans toutes les parties du monde et même, plus discrètement, en Allemagne, le général von Disfurtht écrivait dans le Tag de Berlin : « Il est au-desso>is de notre dignité de défendre nos troupes contre les accusations injustes de l'intérieur ou de l'extérieur. Nos troupes et nous-mêmes, nous ne devons d'explications à personne, nous n'avons rien à justifier, rien à excuser. Tout ce que feront nos soldats pour faire du mal à l'ennemi, pour attacher la victoire à leurs drapeaux, tout cela sera bien fait et tout est justifié d'avance, du moins devons-nous le considérer comme tel. Nous n'avons pas du tout à nous occuper de l'opinion des autres pays, même neutres. Et si tous les monuments, tous les chefs-d'œuvre d'architecture qui sont placés entre nos canons et ceux de l'ennemi allaient au diable, cela nous serait parfaite-

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