‹ Pourquoi les retraites fermées sont-elles nécessaires au Canada? [microforme]Chapitre 17 sur 25 · Carême de · texte numérisé non relu

Carême de

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Quelques règles pratiques

Après avoir exposé les Principes catholiques et exprimé les désirs les plus ardents de l'Église au sujet de leur application par la puissance politique à la direction de la société, l'illustre pontife établit des règles pratiques d'après lesquelles certaines concessions Peuvent être faites, quand les circonstances les rendent nécessaires, certains abus même peuvent être tolérés, en vue d'un plus gränd mal à éviter, pourvu toutefois que jamais ces concessions ne soient considérées comme un bien absolu, et que jamais ces abus n'aient une approbation positive.

« Le plus vif désir de l'Église serait sans doute de voir pénétrer dans tous les ordres de l'État et y recevoir leur application ces principes chrétiens que Nous venons d'exposer sommairement. Car ils possèdent une merveilleuse efficacité pour guérir les maux du temps présent, ces maux dont on ne peut se dissimuler ni le nombre ni la gravité, et qui sont nés, en grande partie, de ces libertés tant vantées, et où l'on avait cru voir renfermés des germes de salut et de gloire...

« Néanmoins, dans son appréciation maternelle, l'Église tient compte du poids accablant de l'infirmité humaine, et elle n'ignore pas le mouvement qui entraîne à notre époque les esprits et les ses. Pour ces motifs, tout en n'accordant de droits qu'à ce qui est vrai et

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honnête, elle ne s'oppose pas cependant à la tolérance dont la puissance publique croit pouvoir user à l'égard de certaines choses contraires à la vérité et à la justice, en vue d'un mal plus grand à éviter ou d'un bien plus grand à obtenir ou à conserver.

« Néanmoins, dans ces conjectures, si, en vue du bien cornmun et Pour ce seul motif, la loi des hommes peut et même doit tolérer le mal, jamais pourtant elle ne peut ni ne doit l'approuver, ni le vouloir en lui-même, car, étant de soi la privation du bien, le mal est opposé au bien commun que le législateur doit vouloir et doit défendre du mieux qu'il peut. Et en cela aussi la loi humaine doit se proposer d'imiter Dieu, qui, en laissant le mal exister dans le monde, ne veut ni que le mal arrive, ni que le mal n'arrive bas, mais veut bermettre que le mal arrive. Et cela est bon. Cette sentence du Docteur Angélique contient, en une brève formule, toute la doctrine sur la tolérance du mal.

« Mais il faut reconnaître, pour que Notre jugement reste dans la vérité, que plus il est nécessaire de tolérer le mal dans un État, plus les conditions de cet État s'écartent de la perfection; et, de plus, que la tolérance du mal apparcnant aux principes de la prudence politique, doit être rigoureusement circonscrite dans les limites exigées par sa raison d'être, c'est-à-dire par je salut public. C'est Pourquoi, si elle est nuisible au salut public, ou qu'elle soit pour

l'État la cause d'un plus grand mal, la conséquence est qu'il n'est pas permis d'en user, Car, ces conditions, la raison du bien fait défaut. Mais, si, en vue d'une condition particulière de l'État, l'Église acquiesce à certaines libertés modernes, non qu'elle les préfère en elles-mêmes, mais parce qu'elle juge expédient de les permettre, et que la situation vienne ensuite à s'améliorer, elle usera évidemment de sa liberté en ernployant tous les moyens, persuasion, exhortations, prières, pour remplir, comme c'est son devoir, la mission qu'elle a reçue de Dieu à savoir, de procurer aux homines le salut éternel. Mais une chose demeure toujours vraie, c'est que cette liberté, accordée indifféremment à tous et Pour tous n'est pas, comme nous l'avons souvent répété, désirable par elle-même, puisqu'il répugne à la raison que le faux et le vrai aient les mêmes droits, en ce qui touche la tolérance. Il est étrange de voir à quel point S'éloignent de l'équité et de la prudence de l'Église ceux qui professent le libéralisme.

« En effet, en accordant aux citoyens sur tous les points dont Nous avons parlé une liberté sans bornes, ils dépassent tout à fait la mesure et en viennent au point de ne pas paraître avoir plus d'égards pour la vertu et la vérité que pour l'erreur et le vice. Et quand l'Église, colonne et soutien de la vérité, maîtresse incorruptible des mœurs, croit de son devoir de protester

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Sans relâche contre une tolérance si pleine de désordres et d'excès et d'en écarter l'usage criminel, ils l'accusent de manquer à la patience et à la douceur; en agissant ainsi ils ne soup- Sonnent même pas qu'ils font un crime de ce qui est précisément son mérite. D'ailleurs, il arrive bien souvent à ces grands prôneurs de tolérance d'être, dans la pratique, durs et serrés, quand il s'agit du catholicisme ; prodigues de libertés Pour tous, ils refusent souvent de laisser à l'Église sa liberté...

« De ces considérations, il résulte donc qu'il n'est aucunement permis de demander, de défendre ou d'accorder sans discernement la liberté de la pensée, de la presse, de l'enseignement, des religions, comme autant de droits que la nature a conférés à l'homme. Si vraiment la nature les avait conférés, on aurait le droit de se soustraire à la souveraineté de Dieu, et nulle loi ne pourrait modérer la liberté humaine, — ]] suit pareillement que ces diverses sortes de libertés peuvent, pour de justes causes, être tolérées, pourvu qu'un juste tempérament les empêche de dégénérer jusqu'à la licence et au désordre. — Là enfin où les usages ont mis ces libertés en vigueur, les citoyens doivent s'en servir pour faire le bien et avoir à leur égard les sentiments qu'en a l'Église. Car une liberté ne doit être réputée légitime qu'en autant qu'elle accroît notre faculté pour le bien: hors de là, jamais. »

Le libéralisme catholique au Canada

Le libéralisme catholique existe dans notre pays. Il faudrait être aveugle pour en douter. À une époque déjà lointaine, les idées libérales catholiques furent même à la base du programme officiel d'un parti politique, ou du moins des hommes les plus marquants de ce parti. Grâce aux vues plus larges et aux idées plus saines des chefs qui, plus tard, en prirent la direction, ce Parti a compris qu'il fallait ecarter ces principes dangereux de sa profession de foi politique, et s'enfermer dans la Sphère que lui trace le régime constitutionnel.

Le libéralisme catholique, alors même qu'il ne se rattache plus à tel ou tel parti, n'en continue Pas moins à exercer une influence considérable Sur toutes les classes de la société, sur la vie privée et sur la vie publique. Il suffit, pour s'en convaincre, de regarder un peu autour de soi, d'écouter ce qui se dit, de lire ce qui s'écrit, de Savoir assigner à certains faits des plus regrettables leur vraie cause.

Bon nombre de catholiques subissent sans le Savoir cette influence délétère: leurs intentions

sont droites, leurs actes ne sont pas inspirés par une opposition consciente et voulue aux droits de l'Église, encore moins par la haine ou le mépris de la religion, mais il n'en demeure pas moins vrai que leur mentalité religieuse est fausse: l'école à laquelle ces catholiques se glorifient d'ap-

partenir, est, qu'ils le sachent ou non, l'école libérale catholique. Au reste, plusieurs de nos catholiques libéraux se rendent parfaitement compte que les principes qu'ils prônent sont condamnés par l'Église: ils n'en continuent pas moins à s'en constituer les défenseurs, parfois les propagateurs zélés dans la presse, et jusque dans l'enceinte de nos parlements. Aussi, dès 1875, les archevêques et évêques de la province de Québec jugèrent-ils opportun d'adresser au clergé et aux fidèles de leurs diocèses une lettre pastorale collective pour dénoncer, avec Pie IX, le libéralisme catholique comme « l'ennemi le plus acharné et le plus dangereux de la divine constitution de l'Église. » Je veux citer ici, presque en entier, les paragraphes 111 et IV de cet important document, parce qu'ils résument tout ce que je pourrais dire au sujet de l'école libérale au Canada, école moins avancée peut-être que l'école libérale des pays d'Europe, mais dont les idées, les tendances et les développements progressifs ne . laissent pas cependant d'inspirer de véritables inquiétudes aux vrais catholiques, spécialement aux pasteurs des âmes chargés de veiller à la conservation de la foi et au maintien des traditions religieuses de notre race.

« Les partisans de cette erreur subtile (lelibéralisme catholique) applaudissent à l'au-torité civile chaque fois qu'elle envahit le sanctuaire; ils cherchent par tous les moyens à.

induire les fidèles à tolérer, sinon à approuver;

des lois iniques. Ennemis d'autant plus dangereux que souvent, sans même en avoir la conscience, ils favorisent les doctrines les plus perverses, que Pie IX a si bien caractérisées en les appelant une conciliation chimérique de la vérité avec l'erreur.

« Le libéral catholique se rassure parce qu'il a encore certains principes catholiques, certaines pratiques de piété, un certain fond de foi et d'attachement à l'Église, mais il ferme soigneusement les yeux sur l'abtme creusé dans son Cœur par l'erreur qui le dévore en silence. Il vante encore à tout venant ses convictions religieuses et se fâche quand on l'avertit qu'il a des principes dangereux: il est peut-être sincère dans son aveuglement, Dieu seul le sait! Mais, à côté de toutes ces belles apparences, il y a un grand fond d'orgueil qui lui laisse croire qu'il a plus de prudence et de sagesse que ceux à qui le Saint-Esprit donne mission et grâce Pour enseigner et gouverner le peuple fidèle: on le verra censurer sans scrupule les actes et les documents de l'autorité religieuse la plus élevée. Sous prétexte d'enlever la cause des dissensions, et de concilier avec l'Évangile les progrès de la société actuelle, il se met au service de César et de ceux qui inventent de prétendus droits en faveur d'une fausse liberté: Comme si les ténèbres pouvaient coexister avec la lumière, et comme si la vérité ne cessait pas d'être vérité dès qu'on lui fait violence, en la

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