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L'esprit du monde
Le Père Grou, S. J., dans son ouvrage L'École de Jésus-Christ, a écrit sur l'esprit du monde des pages admirables dont je crois bon de citer quelques passages.
« On ne peut le (le monde) définir avec précision; mais il est partout répandu dans la société des fidèles, et il inspire la plus nombreuse partie.
« Ses partisans gardent certains dehors de religion, et ils n'en sont pas même tout à fait dépourvus intérieurement: mais ils prétendent en adoucir la sévérité; ils s'efforcent de la concilier avec leurs penchants et ils se font un système dont la nature s'accommode. Sans renoncer à la foi, ils composent avec elle, et écoutent, à son préjudice, les maximes d'une raison tout humaine et corrompue par les sens et par les préjugés de la chair: leur règle de conduite n'est plus uniquement fondée sur les vérités éternelles, mais tempérée, ou plutôt altérée par une fausse sagesse que l'on puise dans l'homme animal. Ils n'attaquent pas directement la morale chrétienne ; Mais, sous prétexte de l'expliquer, ils la mitigent tellement qu'ils la dénaturent, afin de l'accorder avec les passions, et, sans vouloir toutefois approuver absolument les excès de celles-ci, ils ne sont pas d'avis non plus qu'on leur refuse tout, et ils mettent tout leur esprit à les justifier, quand
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elles se tiennent dans de certaines limites de modération.
« Ainsi, en matière de mœurs, ils blâmeront les livres obscènes et se garderont bien d'en autoriser la lecture, mais ils loueront, ils permettront le roman et la poésie où la passion est finement exprimée et la volupté déguisée; mais latente, sous un voile transparent qui ne cache aux yeux que ce qu'elle a €: plus grossier et de trop révoltant pour la pudeur. Ils condamneront les spectacles notoirement indécents et ouvertement licencieux: mais ils fréquenteront, ils conseilleront aux autres, comme un innocent passe-temps, peut-être comme une école instructive, les spectacles divertissants ou sérieux dans lesquels d'une Part l'ambition, l'amour, la vengeance et autres passions tragiques jouent le plus grand rôle, où d'autre part les lois de la fidélité conjugale sont honteusement tournées en ridicule, la bonne foi, la droiture, la simplicité sont dupes de la finesse et de la fourberie, le vice adroitement déguisé, triomphant avec scandale d'une vertu qu'on a eu soin de peindre ridicule ou odieuse. J'en dis autant des festins, du jeu, des sociétés, des bals et des autres assemblées mondaines. Ceux dont je parle désapprouvent en tout cela le désordre par trop manifeste, la dissolution somptueuse dans les repas, l'acharnement ruineux et. les pertes excessives du jeu, les propos trop libres dans les Conversations, les provocations
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coupables dans les bals: mais, à cela près, ils passent sur le reste et ne voient plus rien de répréhensible pour un chrétien dans tout ce qui fomente la sensualité, nourrit l'oisiveté et la dissipation, et porte une atteinte secrète, mais profonde, à la pureté du cœur et aux bonnes mœurs.
« Le mondain est celui qui se: laisse séduire par les fausses apparences des objets sensibles ; il y cherche son bonheur, ou du moins un délassement, une diversion à l'ennui; il est passionné pour les richesses les honneurs, les plaisirs, sans être fort délicat sur les moyens de se les procurer; sans négliger tout à fait ses devoirs, il veut néanmoins les accorder avec une vie libre et sans gêne; il ne renonce pas certes entièrement à son salut, mais il ne s'en occupe guère; il est loin d'en faire son affaire principale, - et il le croit beaucoup plus facile qu'il ne l'est en réalité. »
Il est facile, après ce que nous venons de dire, de comprendre le véritable sens des paroles sévères que Jésus-Christ a laissé tomber de ses lèvres divines à l'adresse du monde:
« Pour moi, il me hait, parce que je rends de lui ce témoignage que ses œuvres sont mauvaises. » !
« Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui; mais parce que vous n'êtes