Mand. du diocèse de Montréal, tom. XI. pp
non seulement de ce qui crucifie la nature, mais de tout ce qui demande un effort et une contrainte. La loi divine ou ecclésiastique devient un fardeau intolérable du moment que, pour l'observer, il est nécessaire de se renoncer et de faire pénitence. La morale chrétienne n'est plus comprise, encore moins pratiquée, comme elle l'était autrefois ; on cherche à en atténuer la sévérité, à la concilier avec l'amour désordonné de la vie présente et de ses faux biens. La soif des richesses, des honneurs, des amusements frivoles, trop souvent même des voluptés coupables étouffe dans les âmes les saints désirs de la perfection évangélique: les regards sont beaucoup plus fixés sur la terre que sur le ciel. Les grandes et fondamentales vertus d'humilité, de justice et d'obéissance sont parfois étrangement méconnues par ceux-là mêmes qui voudraient cependant ne pas les violer. L'amour du pauvre ressemble beaucoup plus à la simple Philanthropie qu'à la charité telle que commandée par Notre-Seigneur. La dévotion se mêle souvent trop à la recherche de soi-même et au goût des choses mondaines Pour produire, dans les âmes amollies qui ne s'y livrent ainsi qu'à demi, des fruits abondants de salut et de sarctification. « Convives à la fois de la table des anges et de celle des démons, le matin, elles paraissent dans le temple, vêtues du voile austère dont saint Paul veut qu'elles se couvrent pour prier, et le soir elles se produisent au théâtre et parmi les sociétés mondaines, parées avec une indécence
dont il n'y eut d'exemple qu'aux plus mauvais jours de l'antiquité Paiïenne. »
En un mot, nous Pouvons affirmer en toute vérité que l'esprit mondain, au Canada comme ailleurs, exerce sur beaucoup d'âmes une influence c treuse; il donne à leur vie le caractère d'une vie toute naturelle, d'une vie où l'on cherche, sans le trouver, l'esprit de Jésus-Christ.
« L'esprit de l'Évangile, qui est un esprit de détachement et de sacrifice, s'évanouit entière ment. Les açtions n'ont plus pour mobile
patrie, l'honneur même Plus restreint du nom et de la famille, la sainteté du serment, mais le bien-être particulier, mais les jouissances pri-
ciences qui ne sont Pas encore affranchies tout à fait du joug de Jésus-Christ, mais qu'envahit comme malgré elles l'esprit du monde, emploient toutes les ressources de leur intelligence à se rassurer elles-mêmes dans la pratique de ce christianisme diamétralement opposé à celui que J ist a institué, et elles croient avoir assez fait quand elles ont tempéré les excès réels d'une vie toute mondaine par quelques observances moins gênantes de la religion et
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par les apparences superficielles d'une piété facile, sorte d'étiquette spirituelle qui ne préjudicie en rien aux droits de la chair, et qui en garantit même l'exercice... Si nous continuons à suivre la pente qui nous entraîne. le nom de Jésus-Christ pourra se trouver encore parmi nous, ni sa vie ni sa morale ne s'y rencontreront plus. Le crucifix d'or ou d'ivoire pourra conserver une place d'honneur dans l'oratoire, ou demeurer suspendu aux murailles, la croix vivante ne sera plus imprimée sur la chair et dans les cœurs. » ! ;
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