DES
gorgées de sérosité. Les prélèvements opérés mettent en évidence le bacille du rouget.
Malgré l'intérêt qu’elles pourraient présenter ces deux dernières expériences n’étaient pas concluantes les animaux ayant succombé trop rapidement (6 et 9 jours) après l’inoculation virulente. Seuls les caractères anatomo-pathologiques des articulations méritent d’être retenus.
On recommence l’expérience dans les conditions suivantes :
d) Le 4 novembre, trois lapins jeunes reçoivent sous la peau en un point quelconque du corps 1/100 cc. d’une culture en bouillon de bacilles du rouget. 48 heures après on traumatise par des piqûres aseptiques l'articulation fémoro-rotulienne d’un des sujets, on applique une ligature au même niveau au second, et on contusionne légèrement au moyen d’un petit maillet la même articulation du troisième lapin.
Les animaux présentèrent huit jours après l’inoculation une hypertrophie des articulations en cause qui alla s’accentuant jusque vers le treizième jour. Les animaux survécurent et furent sacrifiés respectivement 21, 30 et 45 jours après l’inoculation.
Les articulations présentèrent toutes des lésions identiques à celles décrites plus faut (b et c) et l’ensemencement du liquide articulaire permit chaque fois d’obtenir une culture pure de bacilles du rouget. Les autres articulations se montrèrent indemnes. L’ensemencement du sang du cœur se révéla stérile.
3° Inoculations intradermiques :
a) Le 18 octobre, un lapin recoit 1/20 c.c. de culture du rouget dans le derme. On place au-dessus de larticulation du grasset à droite une ligature maintenue 24 heures. Le 20 on traumatise l’articulation opposée comme précédemment. L’animal meurt le 24 octobre. À l’autopsie, on note une infiltration sanguine périarticulaire, traduisant l’action du traumatisme et l’hyperémie due à la ligature. La cavité articulaire renferme une sérosité peu abondante, mais purulente et faiblement caillebotée. Les prélèvements effectués dans chaque articulation et dans le tissu musculaire de la partie contusionnée se sont montrés riches en bacilles du rouget.
b) Un lapin inoculé à la même date avec 1/100 cc. par la même voie et ayant eu certaines de ses articulations ligaturées, traumatisées et piquées aseptiquement succombe le 26 octobre. Il présente des lésions semblables aux précédentes, quoique moins prononcées. Les cultures se sont montrées positives.
4° Inoculations intra-veineuses
a) Le 20 février, on inocule dans la veine de l'oreille d’un lapin adulte 4/10 cc. d’une émulsion de culture de rouget sur gélose. On place une ligature au-dessus de l'articulation du coude droit de l’animal et on la laisse en place pendant 24 heures. L’animal meurt le 26 février. A l’autopsie, on trouve une articulation assez volumineuse, renfermant une sérosité louche.
Les synoviales sont enfermées. Les cultures de la sérosité montrèrent des bacilles du rouget.
b) Le 10 mai, deux lapins reçoivent par voie veineuse, l’un 1/10 cc., l’autre 1/100 cc. de culture du bacille du rouget. On place une ligature en caoutchouc à l’un au-dessous de larticulation du coude, à l’autre sous l’articulation du grasset. Le premier succombe après trois jours, le second après cinq jours. Les ensemencements du sang du cœur et du liquide articulaire des deux sujets révélèrent la présence de bacilles typiques. Les régions articulaires étaient avant la mort le siège d’une vive sensibilité et légèrement hypertrophiées. A l’autopsie, les synoviales étaient congestionnées, les articulations malades ne renfermaient qu’une petite quantité de sérosité à peine louche ou rosée. On ne constata aucun érosion des cartilages.
c) Le 20 octobre, on injecte dans la veine d’un lapin 1/10 cc. de culture du rouget. On ligature pendant 24 heures l’articulation fémoro-tibio-rotulienne droite et on traumatise l’articulation opposée. L’animal meurt trois jours après. Les lésions articulaires sont simplement de nature conjonctive. Les cultures effectuées à partir du sang du cœur et du liquide synovial sont positives.
d) Le 25 octobre, un lapin reçoit par voie endoveineuse 1/100 cc. de culture de bacille du rouget et à certaines de ces articulations traumatisées et ligaturées comme le précédent. Il meurt après quatre jours. Les surfaces articulaires sont enflammées et la ca-
10 = vité articulaire renferme un peu de sérosité rosée. Les prélèvements se sont montrés positifs.
De ces expériences il semble donc bien résulter que chez le lapin le bacille du rouget possède comme sur les autres espèces animales une affinité particulière pour les articulations ; et qu’il peut occasionner des arthrites chroniques quand il est inoculé à des doses convenables incapables d'amener la mort dans un délai trop court et de préférence par la voie souscutanée. Il paraît nécessaire de léser les articulations pour permettre leur envahissement par le germe.
Ce serait, dans le cas particulier au moins, à la faveur d’un traumatisme, d’une blessure ou toute autre lésion que le bacille du rouget à l’état latent dans l’organisme serait appellé au niveau des cavités articulaires et exercerait son pouvoir pathogène.
Conclusion
Le bacille du rouget vit en saprophyte dans le milieu extérieur et il atteint un grand nombre d’espèces animales. Par suite de son affinité particulière pour les séreuses, on lui impute nombre de troubles articulaires au cours de la maladie infectieuse qu’il
détermine.
Le porc présente assez souvent des localisations articulaires dans la forme chronique de la maladie.
Le mouton contracte spontanément des ostéo-arthrites et cet accident est le plus souvent le seul signe de l'infection par le bacille de PASTEUR et THUILLIER que présente cet animal.
On a signalé chez des oiseaux des lésions articulaires où ce germe fut mis en évidence.
L'homme, atteint de rouget présente en certains cas des manifestations arthralgiques et des symptômes articulaires.
On peut obtenir expérimentalement les mêmes lésions chez les lapins. Il est nécessaire d’injecter des
TR
petites doses de virus de préférence par la voie souscutanée, de choisir des animaux jeunes, et de léser
les articulations, pour reproduire les arthrites chroniques spécifiques.
Vu : Vu :
Le Doyen, LE PRÉSIDENT, G. ROUSSY. LEMIERRE.
Vu et permis d'imprimer LE RECTEUR DE L’ACADÉMIE DE Paris,
S. CHARLETY.
Bibliographie
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