PR LUS
Expérimentalement, les souches ovines inoculées par voie sous-cutanée ou intraveineuse n’ont pu déterminer la maladie chez le porc et réciproquement, alors que les germes se montraient pathogènes pour leur espèce propre. Enfin, chez l’agneau, l’inoculation par la même voie d’une souche ovine, ne transmet pas toujours la maladie.
Les modes d'infection sont probablement divers, on peut accuser les plaies de castration, de marquage, d’amputation de la queue de constituer des portes d'entrée aux microbes. H. MARSH a reproduit une arthrite chronique, ayant les mêmes manifestations que l’arthrite spontanée, par inoculation de cultures d’Erysipelothrix rhusiopathiae dans les veines ou le cordon ombilical de l’agneau. L’affection peut être obtenue par contact des plaies ombilicale, caudale, de castration avec le sol imprégné de bacilles du rouget. La toilette antiseptique du cordon ombilical à la naissance, la caudotomie faite à l’herbage et de préférence au fer rouge, préviennent le développement de la maladie.
L’arthrite des agneaux relève donc d’une infection post-natale et elle s’explique par l’existence saprophytique du germe dans le milieu extérieur. Celui-ci devient virulent sous l’effet de certaines causes. Avec une virulence croissante, renforcée par passages successifs sur des animaux réceptifs, s’accroit son aptitude à franchir les portes d’entrée d’un organisme. Ainsi s'expliquent, d’une part la contamination des individus réceptifs au contact des malades et d'autre
part, l’irrégularité dans l’évolution des enzooties d’arthrites. Outre la variation de virulence des germes, la diversité de l’évolution dépend aussi du terrain ; il existe en effet des prédispositions : plus un sujet est jeune, plus il est prédisposé à contracter des arthrites, étant donnée l’absence d’anticorps dans le sang et les tissus ; enfin, les mauvaises conditions d’entretien assurent parfois une grande prédisposition.
L’infection in utero par le bacille de PASTEUR et THUILLIER a pu être mise en évidence chez des agneaux nouveau-nés. Ce qui montre que le germe peut exister chez le mouton, comme chez le porc, sans déterminer le moindre trouble, puisque la mère ne manifeste aucun symptôme.
Localisations articulaires chez les oiseaux
La « sortie >» du bacille du rouget a été signalée assez fréquemment chez les oiseaux. HAUSER, en 1909, constata sa présence dans les exsudats diphtéritiques de la poule. En 1921, PFAFF observa à Prague une infection chronique de la poule, à type entéritique, que l’étude expérimentale permit de rapporter au bacille du rouget. TRUCHE a eu l’occasion d’en trouver un échantillon typique dans la mœlle osseuse d’une dinde qui lui était envoyée en vue d’un diagnostic. Ce germe a été également mis en évidence chez le pigeon, la poule d’eau, le perroquet, la chouette, la grue couronnée, la caille, la grive.
En 1924, MouQuET et TRUCHE rapportèrent quelques cas curieux de gangrène des extrémités intérieures chez des oiseaux. Ces auteurs avaient été frappés par des mutilations des doigts et quelquefois des métatarses constatées chez divers oiseaux du Muséum et en particulier chez des marabouts, des grues, des vautours, des hoccos et des poules sultanes.
Un vautour pape, entré en 1902, présentait en 1917 les lésions suivantes : la patte droite avait non seulement perdu toutes des phalanges, mais l'extrémité intérieure de son tarso-métatarse n’existait plus. La
patte gauche présentait une violente inflammation du troisième droigt. La douleur était grande et la boiterie intense.
Les pattes d’un butor Trigrisome présentant des lésions identiques servirent aux recherches bactériologiques. L’ensemencement sur gélose Martin à partir du tissu périarticulaire au niveau de l'articulation tibio-tarsienne présenta, après un séjour de six jours à l’étuve, une très fine colonie. Une préparation montra un chevelu de fins bacilles prenant le Gram et rappelant de très près le bacille du rouget. Ses exigences culturales et sérologiques, les résultats de son injection à des souris permirent aux auteurs de conclure à une grande analogie des deux germes sans cependant affirmer leur identité complète. En effet, chez le pigeon l’expérience n’a pas donné les mêmes résultats, dans ce cas tout au moins : le virus butor ne le tua pas à la dose 1/10° de centimètre cube.
La présence de ce germe sur un oiseau exotique peut s'expliquer par le séjour de l’animal sur un sol vraisemblablement infecté de notre pays. L’éclosion et la marche des phénomènes paraissent grandement influencés par le froid humide. Les blessures et les crevasses semblent devoir être les portes d’entrée du microbe dans l’organisme de l’oiseau.
La contamination des oiseaux mérite de retenir l'attention quant à la possibilité de son rôle épidémiologique. D’après leurs expériences sur la poule, PaccHIonI et PoLizois pensent que celle-ci peut servir de réservoir à virus, car, après ingestion de produits
souillés par Bacillus erysipelatis suis, elle élimine le germe avec ses excréments et peut contribuer ainsi à la diffusion de la maladie pour les espèces réceptives. « Aussi rare que soit l'infection des volailles, déclare le professeur PANISSET, peut-être joue-t-elle un rôle dans la propagation du rouget au porc, tout aussi bien que la maladie pourrait passer du porc à une espèce d'oiseau : le pigeon, particulièrement sensible à l’infection. »
Localisations articulaires chez l’homme
La transmissibilité du rouget à l’homme est aujourd’hui un fait acquis et, à mesure que cette notion se répand, les observations à l’appui semblent se multiplier. Récemment, le Professeur VERGE a attiré l’attention sur cette maladie de l’homme désignée en 1884 par ROSENBACH sous le nom « d’érysipeloïde », due à la localisation cutanée du bacille du rouget.
La présence de ce germe dans l’organisme de l’homme est due le plus souvent à la contamination d’individus par les manipulations de cadavres de porcs ayant succombé à la maladie, ce sont des ouvriers qui en préparent la viande ou des vétérinaires qui en font l’autopsie. La mise en évidence du bacille dans les selles démontre le danger possible d’une infection alimentaire à la suite de l’ingestion de viandes insuffisamment cuites, provenant d'animaux atteints de rouget et elle comporte la prescription de mesures à l'égard de ces viandes, qui devront être saisies et détruites, puisque le bacille résiste à l’action de la salaison et du fumage.
La présence du bacille du rouget chez le mouton peut être aussi à l’origine d’une contamination de l’homme. Le professeur LEMIERRE en cite un cas au
début de 1933. Un boucher, qui ne manie jamais de viande de porc, se pique à la main droite, dans la commissure unissant l’index et le médius, avec un éclat d'os de mouton. Quatre jours après, il est envoyé à l’hôpital Claude-Bernard et on constate, outre les phénomènes cutanés d’érysipeloïde, une douleur très vive à la pression et à la mobilisation de l'articulation de la phalangine et de la phalangette de l’index. L’ensemencement de la sérosité d’une grosse phlyctène du médius a donné des cultures typiques du bacille de PASTEUR et THUILLIER, tuant rapidement la souris et le pigeon par septicémie. De plus, l’auteur a montré qu’à défaut de la constatation du germe en cause, on pouvait établir le diagnostic à l’aide de l’intradermo-réaction pratiquée avec les endoprotéines du bacille du rouget.
La séro-vaccination de LECLAINCHE avec une culture purement virulente, douée de toutes ses qualités pathogènes, expose les vétérinaires qui inoculent à des accidents qui ne se produisaient pas lorsqu'ils employaient pour l’immunisation des porcs contre le rouget le vaccin pasteurien, constitué par des cultures atténuées du bacille. Il faut ajouter à ce mode d’infection celui qui résulte de l’inoculation au laboratoire.
Lorsque la maladie succède à une piqûre, on constate toujours des symptômes cutanés et articulaires : les articulations sont tuméfiées, violacées et douloureuses. Comme dans le rouget chronique du porc, le développement d’endocardites et d’arthrites survient
[a RIT ET
généralement assez tard et les localisations tardives de cette affection, sinon rare, mais surtout méconnue, méritent une mention particulière dans la pathologie de l’homme, car elles font songer aux complications de la blennorhagie et au rhumatisme.
Les statistiques étrangères de ces dernières années démontrent que les quelques cas isolés et sporadiques de rouget d’origine porcine, ou même ovine, sont de faible importance à côté des épidémies d’éryipeloïde d’origine pisciaire, signalées à Odessa et sur le littoral Atlantique des Etats-Unis. L'origine marine de la « maladie de Rosenbach » est de beaucoup la plus fréquente. L’infection se produit à l’occasion de plaies et d’excoriations des mains chez des individus employés à la manipulation de poissons, de crustacés et de coquillages, et ses manifestation cliniques sont identiques à celles du rouget humain d’origine porcine.
La présence du bacille du rouget chez l’homme ne traduit pas fatalement l’inoculation avec des produits d’origine animale. Il est possible que l’action pathogène de ce bacille s’exerce directement sur l’homme à partir de germes de la même espèce répandus dans le milieu extérieur. Or, ce microble se trouve de préférence dans certaines régions, et cette donnée épidémiologique peut aider beaucoup dans la découverte de l'affection.
Recherches personnelles
Reproduction expérimentale d’arthrites à bacilles du rouget chez le lapin