‹ Pouzzoles antique (histoire et topographie)Chapitre 174 sur 341 · Vie grecque, p · texte numérisé non relu

Vie grecque, p

2. Au XIIII» jour des kal. de novembre le martyrologe hiéronymien porte • m Cimiterio Puteolis Proculi Prosdoci et Nice matris e{iu.s Tasie) virginis AsUbiisti. Ces martyrs, dont les noms accompagnent ici celui de saint Proculus, sont mconnus. Pour quelle raison étaient-ils honorés avec lui le même jour? On ne sait. '

ftELlGtON

puisse avoir lieu, la peine est commuée, lanuarîus et ses compagnons, condamnés à être décapités, ont la tête tranchée près de la Solfatare, ainsi que trois citoyens de Pouzzoles, Proculus, Acutius et Eutyches, chrétiens eux-mêmes, qui s'étaient intéressés à leur sort.

Les corps des martyrs furent d'abord, d'après les Actes, ensevelis près de la Solfatare ^ Le corps de saint Janvier fut en effet déposé non loin de là, dans un endroit appelé Marcianum, où est maintenant le Convento dei Cappuccini Les dépouilles des autres martyrs furent-elles ensevelies avec celles de saint Janvier, ou dans d'autres sépultures ? Et celles-ci étaient-elles voisines ou éloignées de la Solfatare? On ne sait Selon la Vie grecque, Proculus, Acutius et Eutyches auraient été déposés « dans le jardin, près de la porte », Sosius en un autre endroit plus éloigné de la ville, et les Bénéventins, Festus et Desiderius, dans Varenaria

1. A A. SS., l. c, p. 868 : corpora auteni sanctorum jacueruiit ad Sulphurotariani, ubi postea dignam beati lanuarii martyris basilicam condiderunt (Actes Vaticans). Môme renseignement dans les Actes Bolonais, p. 871.

2. Appendice des Act. Vat., l. c, p. 86 : Noctu vero,cuni unaquacque plebs sollicite suos sibi patronos rapere festinarent, Neapolitani beatum lanuarium sibi patronum toUentes a Domino meruerunt. Quem primo quidem in loco qui appellatur Marcianus abscondermit. Cf. aussi la Chronic. episc. de leglise de Naples par J. Diacre dans Capasso, op. cit., I, p. 170. Les Actes ne disent pas où était le lociis Marcianus ; mais il devait se trouver près de la Solfatare. Les Actes nous apprennent en effet que la basilique consacrée à saint Janvier s'élevait près de la Solfatare ; or la coutume chrétienne était d'élever des chapelles ou des oratoires non pas à l'endroit où les martyrs avaient été tués, mais là où ils étaient ensevelis. — De plus, quand fut fondé au xvi" siècle le convento dei Cappuccini, on trouva l'inscription suivante remontant au moyen âge : locus decollationis Sancti lanuarii et sociorum ejus {AA. SS., L c, p. 783). Cet endroit doit avoir été celui de la sépulture de saint Janvier. C'est la tradition populaire qui transforma peu à peu le lieu de la sépulture en lieu du martyre (decollationis), et l'inscription retrouvée aux convento dei Cappuccini fut rédigée conformément à cette tradition. C'est donc là que se trouvaient vraisemblablement le tombeau et la basilique de saint Janvier. — Enfin, à l'époque de Mazzocchi, le nom Marcianum était, paraît-il, encore celui d'une terre voisine du couvent des Capucins : « Marciani nomen adhuc fundo cuidam prope Capucines haeret, quem memoratum rcperio in quodam instrumento puteolano, quod mihi nuper ostensum fuit » (Mazzocchi, Addiiamenta mens april. ad halend. neapol.,j>. 972). — Cf. du même, Actorum Bononensium vindiciae, p. 40, n" XV). — Étant donné cet ensemble d'indices, on peut croire surce point la Vie grecque (p. 246) qui situe le Marcianumà côté de la Solfatare (ây^iaTto x wptw ^Eyop-svco xw Mapziavw).

3. Les Actes Vaticans et Bolonais portent : corpora Sanctorum jacuerunt ad Sulphurotariam, etc.. Or, la seule chose que nous puissions dire, c'est que saint Janvier fut enterré dans le Marcianum, près de la Solfatare. Dans l'appendice des Actes Vaticans, il est question uniquement de saint Janvier ; rien

ORIGINES CHRÉTIENNES

de la via Campana K Par la suite, dans le cours du iv'' siècle ~, les corps des martyrs furent enlevés par leurs concitoyens : les Bénéventins emportèrent ceux de Festus et de Desiderius, les Misénates celui de Sosius ; les Napolitains prirent celui de saint Janvier 3, et les Pouzzolans transpor-

sur la sépulture des autres martyrs. Les BoUandistes pensent que les compagnons de saint Janvier ont pu être ensevelis, sinon dans le Marcianum, du moins près de la Solfatare, dans des endroits différents (comme l'auteur de l'appendice des Actes Vaticans n'a pas vécu avant le vi" siècle, et n'a peut-être écrit, comme le croient les BoUandistes, qu'au vu» ou au viii« siècle, on ne saurait induire de son silence que les autres martyrs n'aient pas été ensevelis près de la Solfatare, ainsi que le veulent les Actes ; AA. SS., p. 874). La Vie grecque dit que Sosius fut enterré 7:spav t% T^ôÀEfoç ; elle nous apprend aussi que les Bénéventins furent ensevelis dans un cimetière de la via Campana, ce qui nous éloigne sensiblement de la Solfatare. A quelle tradition donner la préférence? Il se peut que les chrétiens se soient hâtés d'ensevelir les corps des martyrs près de la Solfatare, comme le veulent les Actes, et que les jours suivants ils les aient transportés dans les différentes sépultures mentionnées par la Vie grecque.

1. Il y avait des cimetières chrétiens de différentes sortes : l'hortus, l'arenaria, etc.. Sur ce point, la source de la Vie grecque ne semble pas suspecte. Il se pourrait que l'arenaria de la via Campana fût le cimetière où aurait été enseveli saint Artémas (cf. plus haut, p. 172, note 2). — Fte grecque, p. 246 : 'AXXà Zri 01 IlonôXwv [xapiupe; Iv xw XTjrw âyyùç Tîj tiuXt) àtâtpTiCTav, ô Sojatoç Tiépav TTjç tto'Xew;, oî Se BeveSeviatoi Iv tiapLpLwÔEt x^; 68ou KafjiTravrii;.

2. La Vie grecque (p. 247) date les différentes translations des corps des martyrs de la même année où eut lieu le transfert du corps de saint Janvier à Naples. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que les choses se fussent passées ainsi, et à ce que ces diverses translations eussent été faites la même année (315, selon la Vie grecque). En eff'et le XIII° jour des kal. d'octobre est donné comme celui de la translation de saint Janvier (cf. la note suivante) ; le IXe jour des kal. d'octobre comme celui de la translation de Sosius (Appendice des Actes Vaticans, p. 86) ; le XV" et le XIV» jour des kal. de novembre comme ceux delà translation de Proculus (Vie grecqrue, p. 247 ; Martyrol. hieronym., éd. Duchesne, p. 133). Ces dates sont tellement rapprochées qu'il semble que les translations des corps des martyrs ont été toutes contemporaines.

3. AA.SS., septembre, VI, p. 784-785. Les BoUandistes placent vers la fin du IV» siècle le transfert du corps de saint Janvier à Naples. Gapasso [Mon. Neap. duc, I, p. 170), acceptant la donnée delà Vie grecque, place cette translation en 315. La Vie de saint Sévère attribue la translation à cet évêque (2' moitié du IV» s.; Gapasso, op. cit., I, p. 272) ; Jean Diacre l'attribue à Jean I" (1" moitié du V» siècle ; Gapasso, ibid., p. 170). Pour concilier ce désaccord des témoignages, certains ont pensé que l'évêque Sévère avait pu, vers la fin du IV" ou vers le commencement du v» siècle, transporter à Naples le corps de saint Janvier, Jean I*' étant alors prêtre ou diacre et assistant à la translation (BoUandistes, AA. SS., l. c, p. 784). Gapasso, s'appuyant sur la Vie grecque, rejette cette interprétation. De toute manière, l'accord de la Vie grecque (p. 248) et de la Vita Severi, pour attester l'existence à Naples de la basilique de saint Janvier, sous l'épiscopat de Sévère, prouve que la translation eut lieu au moins à cette époque, sinon auparavant. — La Vie grecque, les Actes, le calendrier napolitain (cf. Gapasso, I, p. 338) placent la translation le XIII» jour des kalendes d'octobre.

RELIGION

tèrent ceux de Proculus, d'Acutius et d'Eutyches dans un endroit qui est appelé dans l'appendice des Acta Vaticana praetorium Falcidii ^ Ce praetorium qui se trouvait dans un carrefour, m conlr'wio ipso, était attenant à une basilique dite basilica sancti Stephani. Le transfert des dépouilles de Proculus et des deux autres saints pouzzolans eut peut-être lieu le XV" ou le XIV'' jour des kalendes de novembre, jours auxquels le martyrologe hiéronymien commémore à Pouzzoles Eutyches et Proculus ~.

On lit dans le martyrologe : In Cimiterio Puteolis Proculi, etc.. Il semble que le cimiterium du martyrologe doive être assimilé avec le praetorium Falcidii^ où les Actes nous apprennent que Proculus, Eutyches et Acutius auraient été ensevelis; or à la fin de l'antiquité et dans les premiers siècles du moyen âge, on appelait praetorium une villa, une maison de campagne. Le praetorium Falcidii était donc la villa de Falcidius^; et cette villa ou, plus probablement, le terrain auquel son nom était demeuré attaché, était devenue, à l'époque de la translation de saint Proculus (iv'^ siècle), un cimetière chrétien, qui comprenait une basilique de saint Etienne ^.

Praetorium et basilique étaient situés in contrivio. Il existe un endroit où la via Campana, la via Celle, le chemin qui se dirige vers le Cigliano, et la route qui, dans l'antiquité, longeait Pouzzoles au nord se réunissent et constituent un contrivium. Là précisément ont été reconnus les restes d'une basilique chrétienne primitive, dont l'entrée était tournée vers l'Orient et dont le pavage subsistait presque entièrement, soutenu par la voûte d'un souterrain ; deux chapelles latérales, à droite et à gauche, existaient sur les côtés extérieurs. Non loin de là, les traces d'une autre basilique ont

1. Sanctum vero Sosiuni diaconum cives eius Misenates tuleruiit, et posuerunt in basilica ubi nunc requiescit, die nono kal. Octobris. Puteolani quoque S. Proculum diaconum, et Euticetem, et S. Acutium cives sui tulerunt ; et posuerunt in praetorio Falcidii, quod conjungitur basilicac S. Stephani in contrivio ipso (AA. SS., l. c, p. 869),

2. Martyrol. hieronym., éd. Duchesne, p. 133. AA. SS., l. c, p. 785. Mazzocchi, Calend. vet., I, p. 279-281. — La Vie grecque donne le XV« jour des kalendes de novembre comme ayant été celui de la translation (p. 247).

3. On connaît à Pouzzoles un Falcidius. CIL., VI, 1944 : M. Falcidio M. f. Pal. Hypatiano adlecto in ordinem dec. Puteolanor. etc..

4. Cf. Kraus, Renl-EncycL, p, 3U, sur le seqs du iï»ot cgem^^^rium,

ORIGINES CHRÉTIENNES

été, à ce qu'il paraît, reconnues également. Un amoncellement de ruines assez étendues donne à croire qu'il y avait au même endroit un ensemble d'édifices importants ^ On y a voulu voir l'emplacement du praetorium, qui fut, au début du moyen âge, transformé en monastère. C'est possible. En tout cas, précisément en ce lieu, parmi les ruines d'une des basiliques, a été retrouvée l'inscription chrétienne de G. Nonius Flavianus, prouvant indubitablement qu'il y avait là, dès l'époque romaine, des sépultures chrétiennes.

Le praetorium Falcidii était, aux vi*'- vu'' siècles, un monastère, de même que l'ancienne villa de Lucullus à Naples, le castrum Lucullanum Quand ce monastère fut-il fondé? On ne sait. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'en l'année 600, il était désert et presque complètement abandonné par les moines, à cause de l'état d'insécurité du pays. La lettre du pape Grégoire, qui nous fournit ces renseignements, fait mention d'une église attenante au monastère, peut-être la vieille basilique de saint Etienne ^.

Les autres églises de Pouzzoles que nous connaissons encore sont :

l'église construite près de la Solfatare en l'honneur de saint Janvier. On ne sait pas la date de sa fondation (peut-être le iv" siècle) ;

l'ancien temple d'Auguste, devenu postérieurement la cathédrale consacrée à saint Proculus, et mentionnée pour la première fois au siècle ^. Quand eut lieu la transformation du temple païen en église chrétienne? Ge fut probablement quand, au moment des invasions, la plus grande partie de

1. Scherillo, dans YEnciclopedia delV Ecclesiâstico, vol. IV, article Pozzuoli, pp. 913-914. — Scherillo ajoute que ce lieu « est encore appelé de nos jours S" Stefano ». Pour la commodité de l'exposition topographique, j'ai çà et là conservé dans la seconde partie de cet ouvrage, comme on pourra le constater, la désignation de carrefour de S° Stefano.

2. Cf. Galante, Memorie delV antico Cenobio Liiculla.no (Naples, 1869).

3. Saint Grégoire, Epist., X, p. 61 (Ad Adeodatum abbatem Neapolitanum), dans Migne, Patrol. ia<.,LXXVII, p. 1113 : Quia vero monasterium Puteolis constitutum, quod Falcidis dicitur, ita esse destitutum a monachis perhibetur, ut non solum Dei illic opus minime celebretur, sed etiam penepro derelicto, quod dici grave est, habeatur ; idcirco illud monasterio tuo praesenti auctoritate cum omnibus ad se pertinentibus in perpetuum duximus uniendum, etc.

4. Capasso, Mon. Neap.duc, II, 1, Reg., n° 406 (année 1026). L'église de saint Proculus est mentionnée encore dans un document de Tannée 1033 {ibi4-\ »' 441),

RELIGION

la ville devint inhabitable, et que les Pouzzolans se réfugièrent dans l'acropole grecque, le castrum du moyen âge. Nous avons vu plus haut qu'en 600 le praetorium Falcidii était abandonné. Il semble difficile de croire que, dans ces conditions, les chrétiens y aient laissé les corps de Proculus, d'Acutius et d'Eutyches; ils durent les transporter au contraire dans le castrum, et y consacrer une église à leur patron, Proculus. C'est vers les v''-vi'' siècles que le temple d'Auguste fut vraisemblablement consacré à saint Proculus.

On sait enfin que le corps de sainte Julienne, martyrisée à Nicomédie sous l'empereur Maximien, fut transporté en Italie, et déposé à Pouzzoles, où un mausolée fut érigé en son honneur (après 304) i.

Peu d'inscriptions, que l'on puisse qualifier sûrement de chrétiennes, proviennent de Pouzzoles. La plus intéressante est la suivante :

C. Nonius Flavianus plurimis annis orationibus pciitus natus vixit anno uno m. xi in cuius honorem basilica haec a parentibiis adquisita contectaque est : requiescit in pace xviii kal. ian -,

Cette inscription a été retrouvée parmi les ruines ci-dessus décrites de l'ancienne église qu'on a cru être celle du praetorium Falcidii. Elle nous apprend que les parents de C. Nonius Flavianus ont acheté, pour l'ensevelir, une basilica ; il faut, comme l'ont établi de Rossi et Garrucci, entendre par ce mot non pas une église, mais une construction funéraire, chapelle ou oratoire, où les chrétiens, dans l'intérieur et sur les murs latéraux des églises, ensevelissaient les morts. Suivant cette explication, nous devons considérer que le jeune Nonius Flavianus fut enterré dans une église primitive, que les chrétiens de Pouzzoles possédaient en cet endroit 3.

Citons encore l'inscription suivante :

Dulc]issimae adque aman[tissi]mae infanti Megeliae...s Valentinus ex tribunis[cubi]culum depositioni[s]... ^

On appelait cubiculum la chambre funéraire, la tombe à proprement parler ^.

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