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4 II est vrai que, selon Haley {nriicle cité, p. 37), la clcsignation de Graeca urbs ne devrait s'appliquer qu'à la partie de la ville située près de la mer, et distincte de la colonie romaine; cette (graeca iirhs ne serait autre que le velus oppidum dont parle Tacite et à qui fut accordé, sous Néron, le lUS cololuaefcf 1- partie, ch. II ,p. 31 et s.)- Mais tandis que nous avons des indices certains que Naples, au i- siècle de l ere chrétienne, pouvait être appelée, dans le sens propre du mot, une ville grecque, il est douteux que le vetus oppidum
partir des guérites puniques, on parla latin à Pouzzoles; les usages, la langue, les lois de Rome s y implantèrent dès cette époque. Fresques toutes les inscriptions (et, parmi elles, les plus anciennes) sont latines. Quelques-unes, à vrai dire, sont grecques : celles des Orientaux, et je ne nie pas qu'on parlât grec à Pouzzoles plus que dans la plupart des villes italiennes. Les marchands de Syrie, d'Egypte, d'Asie Mineure, leurs employés, leurs esclaves, tous parlaient le grec ; mais ils ne constituaient à Pouzzoles que la population étrangère. Remarquons d'ailleurs qu'ils s'y considéraient comme étant en pays latin, puisqu'ils employaient eux-mêmes fréquemment le latin. Ils écrivaient en grec à leur métropole, comme les Tyriens; mais l'inscription que les Héliopolitains avaient placée à l'entrée de leur cimetière était rédigée en latin ; les marchands de Béryte rédigeaient en latin une dédicace à Nerva ; d'autres Syriens, les Germellenses, faisaient en latin une inscription votive à leur propre dieu. — Tout cela indique que nous sommes dans un pays absolument romanisé.
Une dernière observation. Pétrone a étudié avec grand soin le langage de ses personnages. 11 l'a rendu avec art et fidélité. Cet art serait-il le même, si nous avions allaire aux Grecs de Pouzzoles, qui étaient presque tous des Orientaux? Non. Car nous devrions retrouver dans leur langage une bigarrure qui n'y est pas. Ce que Pétrone se serait appliqué à rendre, c'eût été le cosmopolitisme linguistique qui devait régner à Pouzzoles. Au contraire, le grec des personnages du Satyricon est, comme l'a montré E. Cocchia, un grec local, le grec dorique qui prédominait en Campanie. C'est celui d'indigènes, non d'exotiques.
Enfin, nous ne trouvons pas dans le roman de Pétrone le moindre trait qui puisse s'appliquer à une ville commerciale et industrielle. Rien qui soit de nature à nous faire supposer que nous sommes dans le principal emporium de l'Italie. Si l'action du Satyricon se passait à Pouzzoles, il serait étrange que Pétrone n'eût pas cherché à mieux caractériser la ville.
3° Si tout nous éloigne de Pouzzoles, tout nous ramène à Naples.
de Pouzzoles, si on en admet l'existence, ait pu être appelé une ville grecque; depuis longtemps, il avait dû être transforme, ainsi que Cumes, par la conquête osque {Cumanos osai miiLavit vicinia, Vell., 1, 4, 2,). De plus, aucun indice dans le récit de Pétrone ne nous permet de distinguer deux quartiers aussi nettement mis à part dans la même ville. — Haley (p. 26) fait remarquer que des Gappadociens (63), des Alexandrins (31, 68), des Syriens (22), des Égyptiens (35), des Éthiopiens (3 4), habitaient la ville. — Mais le voisinage de Pouzzoles et lesclavage devaient nécessairement amener à Naples un certain nombre d'Orientaux. Des inscriptions napolitaines font connaître dans cette ville des Orientaux (cf. 1" partie, ch. III, p. 178). Cet argument de Haley est donc insuffisant.
LES VILLAS DE POUZZOLES ET DES ENVIRONS
C'est ce que M. E. Gocchia a judicieusement mis en lumière '. A côté de Pouzzoles, centre commercial, Naples était le centre littéraire et artistique de la Campanie. Il s y trouvait beaucoup d'étudiants, de g-rammairiens, de philosophes. Or, de quoi s'occupe la société peinte par Pétrone ? De questions littéraires, de poésie, de la décadence de l'art oratoire. Encolpios, Agamemnon discutent sur Thucydide, Sophocle, Démosthène, Pindare -. Leur culture, toute hellénique, s'oppose aux goûts littéraires de Trimalchion, le Romain, qui préfère traiter des sujets latins, par exemple, celui des dilFérences qui existent entre Publilius et Gicéron^. Aux suasoria d'Agamemnon accourent une foule d'étudiants (ingens scholasticorum turba) Tout cela s'applique à merveille, non à Pouzzoles, mais à Naples, centre d'études florissantes, comme nous le savons par le témoignage des écrivains anciens.
L'expression a Graeca urbs » acquiert aussi une signification singulière si nous considérons que presque toutes les inscriptions de iNaples sont grecques, que le grec y demeura, sous l'Empire, jusqu'à une période tardive, la langue officielle, que les titres grecs des magistratures survécurent longtemps, que les usages et les habitudes helléniques persistèrent pendant toute l'antiquité. Strabon nous apprend que les colonies grecques de l'Italie méridionale étaient toutes romanisées, à l'exception de Tarente, de Rhégium et de Naples. « De nombreuses traces de la vie grecque, écrit-il en parlant de Naples, subsistent chez les éphèbes, dans les phratries, dans les noms grecs des habitants, bien qu'en fait ils soient devenus Romains 'K » Il est remarquable aussi que Tacite, tout comme Pétrone, appelle la Naples du temps de Néron une ville grecque Il y avait là un caractère qui, aux yeux des anciens, distinguait immédiatement cette ville des autres cités campaniennes.
Autant les allusions topographiques sont vagues en ce qui concerne Pouzzoles, autant elles deviennent précises, s'il s'agit de Naples. M. Gocchia les a toutes relevées et expliquées. Il est question, dans le Satyricon, d'une crypte qui est certainement la grotta di Pozzuoli \ et d'une pinacothèque très riche, située au bord de la mer ^ dans un endroit écarté, au milieu de portiques; or, une galerie de peintures, qui se trouvait à Naples hors des
1. E. Gocchia, N.ipnli e il Snii/ricon di Pelronio Arhilro dans VArchiv. stor. per le provincie napolelime, XVIII (1893). p. 279-315.