LES PHÉNOMÈNES GÉOLOGIQUES DU RIVAGE DE POUZZOLES
Les phénomènes géologiques, dont le rivage du golfe de Pouzzoles a été et est encore le théâtre, ont été Fobjet de nombreuses études. Au point de vue archéologique, quelques indications seulement sont nécessaires, afin de mieux se rendre compte de la topographie antique du port, de la jetée, des modifications faites par les anciens dans certains monuments ou des travaux accomplis par eux en différents points du littoral (cf. ce qui a déjà été dit sur la digue ou ripa, sur le macellum, le lac Lucrin, etc.).
Voici une courte bibliographie de la question :
Breislak, Topografia fisica délia Campagna (1798), et Voyages physiques et lilhologiques dans la Campanie (1801). — Di lorio, Ricerche sul tempiodi Serapide (1820). — Hoffmann, Mémoire sur les terrains volcaniques de Naples, dans le Bulletin de la Société géologique, 1833, vol. III, p. 174 et suiv. — Dufresny, Les terrains volcaniques de Naples (1838). — Niccolini , Descrizione délia gran terma Puteolana volgarmenle detta Tempio di Serapide (1846, Naples). — Colonel Macintosh, On the Ospizio dei Cappuccini at Pozzuoli [Quart. Journ. Geol. Soc, vol. IV, 1847). — Lyell, Principles of Geology (1830-1833), et Successive changes of the temple of Serapis (dissertation lue en séance de la Geolog. Society, 1856). — Roth, Der Vesuv und die Umgegend Neapels in geologischer Beziehung (1857). — Suess, Antliiz der Erde, II, p. 476. — De Lapparent, Traité de géologie [Phénomènes actuels, p. 579). W. Deecke, Uberdie Gestalt des Lukriner Sees, dans le III'' Jahreshericht der geogr. Gesellsch. zu Greifswald (P«'' Teil, 1888, p. 1-18). — Bmuns, Das Problem des Serapeums von Pozzuoli (1888). — Gûnther, R.-T., The Phlegraean Fields, dans le Geogr. Journ. (oct. 1897, p. 412* et 477* avec des cartes et une blibliographie). — Du même : dans le Geogr. Journ. (vol. XXII, July to December 1903, p. 122-148, p. 269-289), des études sur les modifi-
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cations du rivag-e du golfe de Naples. — Du même, dans VArchaeo- %ia (LVIII, p. 499-560, 7 pl., 29 fig.) : The submerged Greek and Roman Foreshore near Naples. — Du même. Contributions ta the Study of Earth Mouvements in Ihe Bay of Naples (Westminster, 1903). — G. Mercalli,// Serapeo di Pozzuoli (a proposilo dei bradisismi), dans la Bibliofeca délie Scuole italiane (S. III, X, 12, 1904. Naples). —
L'hypothèse généralement admise, celle de changements de niveau, a été excellemment exposée par Roth, et récemment reprise par M. Gûnther, dans de remarquables études. C'est d'après eux que je la résumerai brièvement.
Les trois grandes colonnes du Tempio di Serapide sont, jusqu'à la hauteur de 5 mètres 1/2 environ au-dessus du sol, rongées par des mollusques, dont on voit encore les coquilles dans les trous faits par eux dans le marbre. On a, pour expliquer la chose, recouru à l'hypothèse que les colonnes, avant d'être employées dans la construction du Tempio di Serapide, auraient été sous l'eau, et que c'est alors qu'elles auraient été rongées par les mollusques. Mais comme les trous faits par ceux-ci manquent absolument dans la partie inférieure des colonnes, et qu'ils sont tous situés au même niveau, cette explication ne peut être admise; il serait d'ailleurs surprenant qu'on eût employé dans la construction d'un monument comme le Tempio di Serapide des colonnes qui eussent été dans un pareil état. Enfin une croûte, comme celle que l'eau de mer laisse généralement sur les objets en se retirant, est visible non seulement sur les trois colonnes de cipollin, mais encore sur les colonnes de granit. Les trous faits par les mollusques existent aussi dans de nombreux fragments d'autres colonnes.
D'autres faits sont favorable à l'hypothèse d'oscillations du sol : le plus ancien pavé de mosaïque du macellum est situé à 5 pieds environ au-dessous du pavé de marbre actuel ; dans le tuf de la côte entre Pouzzoles et le lac Lucrin, on voit jusqu'à la hauteur de 20 mètres au-dessus du niveau de la mer des coquilles de mollusques analogues à ceux qui vivent présentement dans le golfe de Naples. Lorsqu'on creusa pour établir les fondations de l'hospice de Pouzzoles, en 1832, on découvrit à 7 mètres 80 au-dessous du pavé de la rue, c.-à-d., à 25 pieds au-dessus du niveau de la mer, dans une couche de gros sable, une grande quantité de mollusques semblables. Les collines de tuf de la Starza, au-dessous du cirque, montrent, mélangés ensemble, des coquillages, comme ceux dont il vient d'être question, et des morceaux de briques romaines et de mosaïques. Gela prouve qu'à l'époque historique un affaissement de la côte eut lieu. Des observations analogues ont été faites et peuvent l'être sur le littoral d'Ischia, de Gaëte, et en différents points des côtes italiennes de cette région.
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De tous ces faits Roth, après Lyell, conclut qu'il y eut des abaissements et des relèvements successifs du sol à Tépoque historique.
Le plus bas niveau marin, 6 mètres au-dessous du niveau actuel, est attesté par la jetée romaine et par la petite île du Lazzaretto entre Nisida et Pausilippe (200 av. J.-C). Le plus ancien pavé du macellum atteste un niveau inférieur de 4 à 5 mètres au niveau actuel (env. 100 av. J.-C). Plus tard, quand on fit le nouveau pavé de marbre du macellum reconstruit (P"" siècle ap. J.-C), le ni\ eau marin était inférieur de 2 ou 3 mètres au. niveau actuel. A l'époque chrétienne, vers la fin du iv® siècle ap. J.-C, le niveau marin n'était, selon Roth, inférieur que de 0"^ 40 au niveau actuel. Au moyen âge il fut au contraire plus haut, et s'éleva jusqu'à 5 mètres 8. Puis commença une nouvelle période de i-elèvement du sol, depuis l'année 700 environ où il fut le plus submergé, jusque dans les dernières années du xvn® siècle, époque vers laquelle il commença à s'affaisser de nouveau. Cet affaissement lent a progressé pendant tout le xix" siècle.
Telles sont, rapidement résumées, les vues de Roth. Celles de Gûnther sont, dans le principe, analogues. Dans son mémoire : The siibmerged Greek and Roman Foreshore near Naples^ Gûnther expose le résultat de ses recherches sur un grand nombre d'édifices, de ruines, de routes entre Napleset Misène, et reconstitue l'ancien littoral, aujourd'hui submergé, de Nisida et de la Riviera diChiaja. Dans ses Earlh Mouvements in the Bay of Naples, Gûnther, étudiant les mouvements du sol à l'époque post-romaine, décrit la submersion des ports de Pouzzoles, de Misène de l'Averne, de Cumes, etc.. Ses conclusions générales, c'est qu'un abaissement assez insignifiant eut lieu à l'époque romaine, et que la plage demeura à un niveau supérieur d'environ 20 pieds au niveau actuel. C'est au moyen âge que l'affaissement du sol se fit le plus vivement sentir; les preuves en sont fournies abondamment par des monuments des xui^-xv" siècles. Le plus récent soulèvement du sol eut lieu vers le commencement du xvi'' siècle ; ce fut un phénomène précurseur de l'éruption du Monte Nuovo en 1538. Puis un lent abaissement se produisit dans les siècles suivants, et se vérifie encore aujourd'hui.
Di loi'io [Tempio di Serapide, p. 53-55) cite d'anciens document de la fin du xv^ et du début du xvi® siècles, tirés des Archives épiscopales de Pouzzoles, attestant que la mer avait, au moyen âge, envahi la ville basse et une partie des collines.
J'ajouterai que, pour l'époque romaine, d'autres particularités que celles signalées par Roth, prouvent un commencement des phénomènes d'affaissement du sol : notamment la construction au iv" siècle d'une digue destinée à protéger le portde Pouzzoles contre les flots envahissants, et les restaurations que l'on dut faire à plu-
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sieurs reprises, pour la même raison, à la via Herculanea. — Rappelons enfin qu'à Fépoque romaine le rivage s'avançait plus loin dans la mer que le rivage actuel (de 75 à 100 mètres selon Deecke. Cf. les ruines de colonnades et de quais submergés à la Starza. Cf. p. 267).