CHAPITRE IV
Goitre exophtalmique.
Résumé clinique. — Symptômes : palpitations ; exophtalmie ; goitre ; troubles du caractère ; troubles digestifs ; affections cutanées. Cachexie et lésions cardiaques comme cause de mort.
Traitement. — Indications spéciales : Goitre. Palpitations. Exophtalmie Nervosisme. Indications générales : Hydrothérapie. Electricité. Technique de la faradisation par le procédé de Vigoureux.
Résumé clinique. — Le goitre exophtalmique devrait peut-être être rangé plutôt dans les névroses générales que dans les névroses du cœur; toutefois les palpitations constituent un des symptômes les plus constants de la maladie, plus constant que le goitre et l'exophtalmie. Elles sont souvent très intenses, très pénibles ; elles amènent assez fréquemment à leur suite de l'hypertrophie cardiaque et des lésions valvulaires. Leur traitement, qui permettra d'ailleurs d'étudier le traitement général des palpitations nerveuses, a donc une importance spéciale.
L'exophtalmie se complique souvent de blépharospasme, de battements douloureux avec sensation d'expulsion de l'œil, de conjonctivites et même de kératites. L'exophtalmie est parfois assez peu marquée.
Le goitre est d'ordinaire indolent ; il est très rare qu il entraîne des accidents de suffocation. Ces accidents, quand ils surviennent, sont dus comme dans le goitre ordinaire a la compression des vaisseaux ou de la trachée.
En outre de cette triade caractéristique, mais qui nest pas touiours complète : palpitations, exophtalmie, goitre, les malades présentent des accidents nerveux très variés. Le caractère est triste, colère. Les nuits sont mauvaises, sans sommeil Les fonctions digestives sont profondément troublées ;
GOITRE -EXOPHTALMIQUE 421
tantôt l'anorexie est complète, tantôt il y a véritable boulimie. Les vomissements, la diarrhée sont des accidents fréquents et peuvent entraîner rapidement une cachexie profonde. Du côté de la peau, les poussées de vitiligo, d'urticaire sont fréquentes. Les malades se plaignent surtout de chaleurs, d'ardeur, de prurit extrêmement pénibles. Mais parfois comme chez tous les nerveux l'amélioration est rapide, les malades se relèvent rapidement d'états cachectiques graves. Le retour des règles et de l'embonpoint constituent des signes de pronostic favorable. La mort, quand elle se produit, survient du fait des lésions cardiaques ou de la cachexie. Le suicide chez ces malades est assez fréquent.
Traitement. — Parmi les médications proposées contre le goitre exophtalmique, les unes s'attaquent spécialement à tel ou tel symptôme isolé, les autres sont dirigées contre l'ensemble de la maladie.
Contre le goitre, c'est l'iode qui a donné les meilleurs résultats. Guéneau de Mussy donnait chaque jour dans un peu d'eau de riz, trois à six gouttes de teinture d'iode. Ce traitement interne peut être combiné avec des frictions externes au savon iodé.
Le traitement chirurgical du goitre a même été tenté. Lamke en particulier a signalé deux cas de goitre exophtalmique où il obtint une guérison complète et une amélioration considérable par l'ablation unilatérale du corps thyroïde. Cette ablation est une opération grave et difficile. Elle pourrait néanmoins être tentée surtout s'il existe d'autres troubles mécaniques causés par legoître (goitres compresseurs ou plongeants).
Contre les palpitations, c'est comme dans toutes les palpitations nerveuses à la digitale et à la valériane qu'il faut surtout recourir. On donnera par exemple dans les 24 heures l'une des potions suivantes :
Eau de tilleul 400 grammes
Sp d'éther. 25
Eau de laurier cerise 4
Teinture de digitale XXX gouttes
ou bien
Julep gommeux 125 grammes
Valérianate d'ammoniaque 2 —
Si les crises de palpitations surviennent au moment de l'époque mensuelle et que celle-ci tarde, les pilules suivantes seront utilement prescrites.
Poudre d'aloès.' > ^ Q ^
Extrait de safran !
Prendre une pilule chaque matin.
Comme moyens externes, en dehors des mouches d'opium, des révulsifs légers, l'application de vessie de glace sur la région précordiale est souvent un très bon calmant.
Contre V exophtalmie on se trouve à peu près réduit à une compression légère faite le soir et surtout à des soins de propreté minutieux du globe oculaire. Les lotions boriquées tièdes, la pommade au précipité rouge seront les meilleurs moyens préventifs des kératites et conjonctivites. 'Contre le nervosisme on préférera la valériane au bromure, trop débilitant. La belladone donnée en pilules renfermant chacune un centigramme de poudre de feuilles, un centigramme de poudre d'extrait, les préparations de zinc, les pilules de Méglin peuvent être aussi conseillées. Contre l'ardeur de la peau, une mention spéciale doit être faite du valérianate de quinine à faibles doses, un à deux cachets de 0 gr. 10 par jour. Le fer a paru bien plus nuisible qu'utile.
L'hydrothérapie et l'électrothérapie constituent les deux grands moyens généraux de traitement. L'hydrothérapie sera maniée avec précaution, la douche écossaise réussira souvent mieux que la douche froide; la durée des douches devra être très courte. — Les règles du traitement électrique du à M. Vigouroux1 sont assez minutieuses. Chaque détail ayant son importance, voici aussi résumée que possible la leçon même que M. Vigouroux a consacrée à cette importante médication.
« Le courant faradique ou courant d'induction est celui qui m'a le mieux réussi dans le traitement du goitre exophthal-
(1) Gazette des Hôpitaux, 1801, n°53.
GOITRE EXOPHTALMIQUE 423
mique. Ses effets se traduisent souvent immédiatement par une sensation d'allégement, une diminution de l'exophthalmie, une vascularisation moins prononcée de la face. Le courant continu, que j'ai souvent mis en usage dans cette affection, et que j'ai aujourd'hui abandonné, n'agit qu'avec une rapidité beaucoup moins grande. Quant à l'électricité statique, si utile dans d'autres névroses, elle est très mal supportée, par ces malades. C'est qu'en effet, chez eux, la résistance électrique est très diminuée ; elle tombe souvent au quart du chiffre normal. Par suite, la malade, placée sur le tabouret relié à la machine statique, prend trois à quatre fois plus d'électricité qu'un sujet hystérique ou neurasthénique, dont la résistance est normale et le plus souvent même accrue. Cette intolérance spéciale à la maladie de Basedow s'explique donc bien par la diminution de la résistance électrique, et cette diminution de la résistance, signe précieux pour le diagnostic, est aussi une indication très utile du traitement.
« Pour pratiquer l'électrisation, une plaque large de 1 à 8 centimètres est tout d'abord fixée au moyen d'une bande à la partie postéro-inférieure du cou, où elle constitue l'électrode indifférente. Cette plaque, bien mouillée, n'est plus changée pendant toute la séance. Le seul changement au cours de la séance est le suivant: tandis que la plaque est reliée au pôle positif de la bobine induite pour l'électrisation des carotides, des yeux, du corps thyroïde, on change le pôle et on la relie au pôle négatif, quand on arrive à l'électrisation de la région précordiale.
« P our l'électrisation des carotides, le pôle actif est constitué par un petit tampon en forme d'olive ou de bouton plat relié au pôle négatif de la bobine induite, bobine à fil moyen. Ce tampon est appliqué en dedans du sterno-masloïdien, au niveau de l'angle de la mâchoire. La pression doit être assez énergique pour percevoir les battements de l'artère. L'intensité du courant sera suffisante pour être capable, si on déplace un moment l'électrode pour la placer à la partie moyenne du sterno-mastoïdien, de produire Lune contraction musculaire énergique. Mais elle ne doit jamais être telle qu'elle
devienne insupportable au malade. Le tampon olivaire est successivement appliqué pendant une minute, une minute et demie sur chaque carotide. Il est très fre'quent, du côté électrisé, de constater un aspect marbré, une pâleur de la face, avec abaissement de température de près de 1 degré, qui indique bien l'effet intense produit sur la vascularisation.
« Pour l'électrisation des régions oculaires, le tampon olivaire est placé tout d'abord sur le rebord externe de l'orbite pour exciter l'orbiculaire des paupières ; on le promène ensuite légèrement sur les paupières elles-mêmes, sur tout le pourtour de l'orbite, en évitant les nerfs sus et sous-orbitaires. Il est souvent difficile d'obtenir des contractions musculaires. L'intensité du courant sera donc surtout réglée sur la sensibilité du malade. Le fait le plus important dans cette électrisation est le suivant. Il existe, à 1 centimètre en arrière et au-dessous de la queue du sourcil, un point spécial, dont l'excitation amène, chez les malades atteints d'exophthalmie très marquée, un mouvement brusque et assez inquiétant du globe de l'oeil en avant. On évitera donc d'appliquer l'électrode en ce point. La durée, de l'électrisation est, pour chaque œil, d'une à deux minutes environ.
« Pour l'électrisation de la tumeur thyroïdienne, on emploie un tampon plat de 3 à 4 centimètres, relié au pôle négatif. Ce tampon est successivement appliqué au-dessus de la fourchette sternale, sur les parties saillantes de la tumeur thyroïdienne, sur les muscles sterno-hyoïdiens et sterno-thyroïdiens, en tout deux à trois minutes. On peut employer un courant intense, pour obtenir une forte contraction musculaire. Deux fois seulement, sur un nombre considérable d'applications j'ai vu, dans l'électrisation de cette région, des troubles : pâleur, tendance à la lipothymie, dus aune excitation du pneumogastrique et qui se dissipèrent rapidement. On doit aussi se rappeler que l'électrisation, faite directement sur l'os, est douloureuse et éviter de toucher la poignée du sternum dans l'électrisation du creux sus-stemal.
« Pour l'électrisation de la région précordiale, la plaque de la nuque est reliée au pôle négatif. L'électrode plate de 4 cen-
GOITRE EXOPHTALMIQUE 42&
timètves de diamètre est, au contraire, mise en communication avec le pôle positif, l'application de ce pôle semblant avoir un effet sédatif particulier. Cette électrode est appliquée sur le troisième espace intercostal gauche, près du sternum. Le courant est faible, juste suffisant pour provoquer quelques légères contractions fibrillaires du grand pectoral. Durée deux à trois minutes.
« La durée totale de la séance d'électrisation a donc été de dix à douze minutes. Les séances seront faites au moins tous les deux jours; mieux vaut encore, quand la chose est possible, qu'elles soient quotidiennes. Enfin il nous semble qu'il y a avantage à employer le traitement électrique seul, sans lui associer d'autres médications. Les bromures, la digitale, l'ergotine nous ont paru sans effet utile; l'iode et les iodures, le fer, l'arsenic semblent plutôt nuisibles. L'hydrothérapie, qu'il pourrait sembler naturel d'associer à l'électricité, devient souvent une cause d'affaiblissement.
« Les résultats thérapeutiques paraissent plus rapides et plus certains, quand le traitement électrique est employé exclusivement et sans association d'autre médication.
« L'amélioration est d'ordinaire très prompte. L'inquiétude,, l'agitation sont les premiers symptômes pénibles qui disparaissent. Le tremblement, le goitre sont ensuite modifiés. L'exophthalmie, un peu plus tenace, s'amende elle-même à la longue; parfois même, elle cède relativement vite. De tous les symptômes, le plus lent à s'amender est la tachycardie. Mais si l'amélioration est rapide, la durée totalé du traitement est longue, dès qu'on veut arriver à la disparition complète de tous les symptômes. Elle atteint six mois, un an et plus. Bien souvent les malades, satisfaits de l'amélioration obtenue, abandonnent le traitement avant la disparition complète des palpitations et de l'exophthalmie. »