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CHAPITRE PREMIER

Néphrites aiguës et chroniques.

1° Résumé clinique. — Causes des néphrites. Leur évolution. Néphrites aiguës. Néphrites chroniques, parenchymateuses, interstitielles, mixtes. Néphrites latentes.

11° Traitement. — 1° Néphrites aiguës. — Lait, hygiène, révulsion, sulfate de quinine. Indications fournies par les vomissements, là diarrhée, la céphalée, l'urémie; traitement de la convalescence; 2° Néphrites chroniques. — Régime, hygiène, quinquina, chlorures, iodure de potassium ; 3° Traitement des héinorrhagies, des hydropisies ; traitement préventif, euràtif ét palliatif des accidents d'urémie.

Résumé clinique. — Les néphrites aiguës ou chroniques peuvent être, au point de vue de leurs causes, rangées en trois grands groupes : 1» néphrites infectieuses et toxiques ; 2° néphrites réflexes; 3» néphrites d'origine urinaire.

Parmi les maladies infectieuses, la scarlatine occupe le premier rang, et la prophylaxie de la néphrite constitue l'indication principale du traitement. Viennent ensuite la fièvre typhoïde, la diphtérie, la fièvre puerpérale et toutes les pyohémies, la syphilis, l'impaludisme, l'érysipèle. La tuberculose agit surtout par l'intermédiaire des suppurations prolongées. D'ailleurs toutes les maladies infectieuses, même les plus bénignes, varicelle, oreillons, peuvent occasionnellement se compliquer de néphrites. On distinguera bien entendu les néphri-

m AFFECTIONS MÉDICALES DU REIN

tes vraies de la simple albuminurie passagère, si fréquente au début de toutes les infections.

Parmi les intoxications, le saturnisme et l'alcoolisme sont les plus fréquentes. Olivier a également démontré le rôle des intoxications mercurielles, et surtout des intoxications mercurielles aiguës. Certains médicaments: térébenthine, copahu. santal, salicylate à haute dose, sels de potasse, peuvent également irriter le rein ; mais c'est surtout après l'application de vésicatoires trop étendus, laissés trop longtemps qu'on observe des accidents d'inflammation rénale. La néphrite cantharidienne est le type des néphrites aiguës. Labadie-Lagrave rapproche à juste titre des néphrites par intoxication : 1» la néphrite des goutteux, due partie à Partério-sciérose généralisée, partie à l'élimination de l'acide urique ; 2° la néphrite des diabétiques due à l'élimination du sucre ; 3° la néphrite de l'ictère grave due à l'élimination des poisons biliaires ; 4° la néphrite des catarrhes gastriques et intestinaux, et surtout la néphrite du choléra dues à la résorption des toxines intestinales.

Au premier rang des causes réflexes agissant sur le tégument externe, puis sur le rein, il faut placer le froid. Le froid produit-il la néphrite? Agit-il au contraire en aggravant et révélant une néphrite jusque-là latente ? Quoi qu'il en soit l'action soit des grands refroidissements, soit du froid humide prolongé se retrouve dans de nombreuses observations. L'action des brûlures étendues est complexe ; elle est due à l'irritation réflexe de la peau, à la suppression d'une partie de Fémonctoire cutanée, cà la suppuration. Les dermatoses étendues agissent aussi tantôt par l'irritation, tantôt par la suppression delà dépuration cutanée, tantôt par la suppuration.

Les néphrites enfin peuvent compliquer toutes les maladies des voies urinaires ; on sait la fréquence des néphrites ascendantes dans toutes les stagnations vésicales (lésions prostatiques, paralysies, rétrécissements de l'urèthre, compression par tumeur). Une cause moins connue et assez fréquente est la blennorrhagie. Enfin c'est à cette classe qu'appartient

l'intéressante variété' des néphrites de la grossesse, dues à la compression qu'exerce l'utérus gravide sur les uretères.

La marche des néphrites est aiguë ou chronique. Les néphrites infectieuses ou toxiques, les néphrites à frigore réalisent le type par excellence des néphrites aiguës. Le début brusque s'annonce par de la fièvre, des frissons, des douleurs lombaires, des vomissements. Puis surviennent les accidents d'anasarque généralisé ou d'urémie à forme nerveuse, dyspnéique ou gastro-intestinale. Parfois même les accidents d'anasarque ou d'urémie éclatent les premiers. L'urine est rare, dense, foncée, souvent sanglante, renfermant des quantités énormes d'albumine, 10 à 20 grammes par litre. La mort est assez fréquente, surtout dans les néphrites infectieuses. Alors même que le malade guérit, il persiste bien souvent des lésions chroniques.

Dans les néphrites chroniques on peut distinguer trois grands types : 1° néphrites parenchymateuses (mal de Bright proprement dit) ; 2° néphrites interstitielles ; 3° néphrites latentes.

1° La néphrite parenchymateuse chronique a souvent des causes assez vagues. On a invoqué le froid, l'impaludisme, la syphilis, les intoxications. C'est surtout une maladie de l'adolescence et de l'âge adulte. Elle succède très souvent aux néphrites aiguës. Ses principaux accidents sont les œdèmes ■soit limités aux paupières et aux malléoles, soit étendus, les troubles digestifs, l'anémie. L'urine est rare, couleur de bouillon, elle renferme des flots d'albumine, les mictions sont très fréquentes ; il est rare que la maladie dure plus de deux à trois ans après les premiers accidents. Les malades •succombent surtout à l'œdème pulmonaire, h la cachexie, à l'anasarque, à la myocardite, à l'œdème de la glotte, aux pneumonies et aux érysipèles secondaires. Rarement ils meurent d'accidents urémiques.

2° Lznéphrite interstitielle est la néphrite des artérioscléreux, des saturnins, des alcooliques, des goutteux ; son début est lent, insidieux ; sa durée très longue. Les premiers accidents sont vagues: vomissements, vertiges, hystérie, sensibilité ex-

trême au froid, sensation de doigt mort, crampes et soubresauts des mollets le soir, migraines, névralgies, laryngites chroniques, dyspnée pseudo-asthmatique, palpitations, demisurdité, troubles visuels, épistaxis, impuissance génitale, prurigo. Le malade urine beaucoup, trois, quatre litres et plus par jour; il urine souvent,la nuit surtout. L'urine est pâle, limpide ; elle ne renferme que peu ou point d'albumine, surtout si on n'a pas la précaution de l'examiner après les repas, mais il existe des œdèmes erratiques. Enfin, symptôme capital, le cœur est hypertrophié, on y entend souvent un bruit de galop ; le pouls est plein et bondissant.

La maladie dure des années ; puis un jour éclatent les accidents d'urémie. L'urémie cérébrale s'annonce par divers prodromes : céphalée, troubles de, la vue et de l'ouïe, vomissements, somnolence ; puis apparaissent soit les convulsions, simulant l'épilepsie, la méningite, le tétanos, soit le délire, soit le coma. Souvent aussi les malades succombent à une hémorrhagie cérébrale. Dans d'autres cas l'urémie est surtout gastro-intestinale ; elle s'accompagne de vomissements, d'anorexie, de diarrhée profuse. Le malade se cachectise ; il offre souvent des hémorrhagies diverses. Souvent enfin l'urémie est dyspnéique ; les accidents sont pris pour un accès d'asthme, de laryngite aiguë. Le malade succombe fréquemment à l'œdème pulmonaire, à l'hydrothorax.

Entre les deux' formes, néphrite parenchymateuse pure avec anasarque, néphrite interstitielle avec troubles circulatoires et urémie, on trouve bien entendu des formes mixtes, où les accidents se trouvent plus ou moins associés. Ces formes mixtes sont particulièrement fréquentes dans les néphrites qui succèdent aux néphrites infectieuses, dans les néphrites ascendantes d'origine urinaire, dans les néphrites gravidiques.

3,o La forme latente est particulièrement importante à connaître parce qu'elle peut amener les accidents urémiques les plus graves sans qu'il y ait eu ni albuminurie, ni œdèmes. Dieulafoyrésume ainsi lesaccidents qui malgré l'absence d'albuminurie permettent de soupçonner le brighlisme latent. Un certain

nombre d'entre eux ont été déjà indiqués à propos de la néphrite interstitielle.

Ce sont : 1° la dureté de l'ouïe, la surdite', le vertige de Mé nière, très souvent d'origine urémique ; 2° les démangeaisons ; 3° la pollakiurie, bien distincte de la polyurie ; 4° la susceptibilité exagérée au froid, surtout pour les genoux, les mollets, les pieds; 5° les llexuosités saillantes de la temporale - dues à l'exagération de la tension sanguine si bien étudiée par Potain et qui font souvent croire à l'artério-sclérose ; 6° les crampes, les secousses, électriques dans les mollets, le cou, secousses qui réveillent le malade ; 7° les épistaxis peu abondantes survenant quotidiennement le matin pendant plusieurs' jours, plusieurs semaines. Tous ces accidents disparaissent par le régime lacté, excellent critérium thérapeutique. Les expériences physiologiques montrent une diminution considérable de la toxicité urinaire. Cette insuffisance de la dépuration urinaire est bien plus que l'albuminurie la caractéristique des néphrftes. L'albuminurie ne peut servir de guide ni pour le diagnostic, ni pour le pronostic, ni pour le traitement du brightisme.

Ce brightisme latent peut présenter des associations morbides : ]» avec la goutte, 2° avec les maladies infectieuses, 3° avec la syphilis, 4° avec la chlorose.

Les goutteux brightiques se divisent en deux grandes catégories. Les uns ont de l'albumine, souvent depuis longtemps, et en quantité notable. Mais ils n'ont aucun autre symptôme. Leur urine a la toxicité normale. Ils ne sont pas menacés. Les autres, sans albuminurie, ont tous les petits accidents du brightisme. Chez ceux-là, comme chez les goutteux albuminuriques qui les présentent, ces petits accidents, dès qu'ils surviennent, sont d'un pronostic grave. Ils annoncent à bref délai l'urémie. Ils imposent une hygiène sévère.

Les maladies infectieuses, la pneumonie, la scarlatine surtout, sont Lantôt suivies d'albuminurie simple sans brightisme vrai, tantôt de brightisme sans albuminurie. Là encore on retrouve l'importance pronostique de tous les accidents de la petite urémie. Dans la syphilis il en est de même. Bien de pré-

tendues céphalées syphilitiques sont en réalité de nature urémicpie.

Le chlorobrightisme est plus important encore. Il est des chloroses vraies avec teinte spéciale, souffle, aglobulie que le traitement ordinaire ne guérit pas. Mais ces chlorotiques ont de plus de la céphalée, de la dyspnée, de la bouffissure des paupières, des crampes, etc., indices de brightisme. Les unes sont albuminuriques, les autres n'ont pas d'albumine, mais, chez toutes, le rein est en cause. Les viandes saignantes, le quinquina, les vins généreux leur sont funestes. Le régime lacté intégral les guérit rapidement. Mais elles doivent être traitées et surtout surveillées des années, en particulier plus tard au moment des grossesses. Elles sont en effet, à ce moment, fréquemment atteintes d'éclampsie.

Traitement. — Le traitement doit être successivement étudié: 1° dans les néphrites aiguës; 2° dans les néphrites chroniques ; 3° dans les complications des néphrites.

Néphrites aiguës. — Dans les néphrites aiguës, le régime lacté intégral constitue la première des indications. Le lait à cet avantage d'augmenter la quantité des urines considérablement diminuées, sans faire passer par le rein aucun principe irritant ni toxique. Tous les autres diurétiques, sauf quelques tisanes inoffensives (queue de cerises, stigmates de maïs) seront évités. Les sels de potasse, de caféine, la lactose en particulier irritent le rein, la digitale est dangereuse en raison de son accumulation.

Le malade gardera bien entendu le lit, et cela jusqua la convalescence complète. Les sudorifiques, les bains de vapeur, la pilocarpine n'ont donné que de très médiocres résultats ; mais il y a une grande utilité à entretenir par des boules chaudes, d'épaisses couvertures, une douce moiteur

de la peau. ,

Comme traitement local, l'application de douze a quinze sangsues à la région lombaire, d'une dizaine de ventouses scarifiées est un des meilleurs moyens de calmer les douleurs rénales, souvent aussi d'augmenter La diurèse en dimi-

nuant la congestion du rein. Après cette première application on pourra en général se contenter d'applications répétées de ventouses sèches. On rejettera l'emploi des vésicatoires et de toutes les préparations à base de cantharides. Les liniments divers sont sans utilité et ont l'inconvénient d'exposer la région lombaire au froid pendant leur application. Si la révulsion par les ventouses sèches paraissait insuffisante on ferait des pointes de feu.

Les médicaments internes sont sans utilité et nuisent souvent en irritant le rein ; peut-être faut-il excepter de cette condamnation le sulfate de quinine à faibles doses (0 gr. 20 à 0 gr. 30) dans les néphrites infectieuses, mais en général le traitement doit être très modéré et purement symptomatique, se bornant à combattre les vomissements, la céphalée, l'éclampsie, le coma.

Les œdèmes disparaissent sitôt que' la diurèse est rétablie par le lait et les émissions sanguines locales. Ces émissions sanguines locales suffisent également, on l'a vu, contre les douleurs lombaires.

Les vomissements et surtout la diarrhée qui accompagnent les néphrites aiguës sont pénibles, mais très utiles pour suppléer à l'insuffisance rénale ; on ne les combattra pas trop énergiquement et Ton se contentera de quelques cuillerées de potion de Rivière, d'infusions aromatiques, de café glacé. Quant à la diarrhée on aura bien plus souvent à la provoquer et h l'entretenir par les drastiques (eau-de-vie allemande en particulier à très faibles doses, de 5 à 10 gr.) qu'à la combattre.

La céphalée est toujours d'un mauvais présage et doit faire craindre l'urémie. Comme moyens palliatifs on se contentera de compresses fraîches, de stypage au chlorure de méthyle sur le front et pour tous médicaments de bromure de potassium ou de chloral.

Le traitement de l'urémie sera étudié plus loin en détail. Un seul' point est spécial à l'urémie des néphrites aiguës. La débilitation produite par ces maladies est considérable et la saignée devra être employée avec plus de réserve que

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dans l'urémie des néphrites chroniques. Encore trouvera-telle souvent son indication surtout dans les néphrites aiguës scarlatineuses.

La convalescence des néphrites aiguës exige toujours de grandes précautions au point de vue du froid, de L'alimentation. Il importe d'autre part de combattre le plus tôt possible l'anémie presque cachectique qui suit ces néphrites par les ferrugineux, les toniques, une alimentation substantielle, des vins généreux. Ces deux indications contradictoires: 1° ménager le rein ; 2° combattre l'anémie, exigent beaucoup de prudence et d'attention.

Néphrites chroniques. — Le traitement hygiénique est à peu près le même dans les deux formes de néphrite, chronique. Le fonctionnement de la peau doit être excité par les frictions sèches ou alcooliques tièdes, les massages, les bains tièdes et même un peu chauds. Le massage convient surtout aux malades torpides et débilités. Le massage généralise augmente assez souvent la diurèse. Les bains ne seront pas très fréquents. On rejettera les bains froids et les douches.

Pendant les frictions, les massages, le brightique doit éviter avec soin les refroidissements. Le froid est d'ailleurs son grand ennemi. Le port de vêtements chauds, d'une ceinture de flanelle autour des reins, le séjour dans une chambre au Midi bien chauffée l'hiver, s'imposent. Le séjour dans les climats secs et chauds du littoral Méditerranéen est aussi excellent l'hiver1.

L'exercice doit être modéré surtout en cas d'œdemes marqués et d'hypertrophie du cœur. Il sera pris de préférence au grand air, l'air pur étant fort utile pour diminuer la toxicité urinaire. Les inhalations d'oxygène, les bains d'air comprimés ont souvent donné de bons résultats.

Le lait est le régime idéal de l'albuminurique. Le régime lacté intégral est indiqué au début du traitement comme première tentative thérapeutique. Il est indiqué au cours du

1. P.ÇHERON, Traitement hygiénique du mal de Bright, Union médicale, 1891, n" 74 et 75.

traitement en cas de diminution des urines, d'augmentation des œdèmes ou de l'albuminurie, de menace d'urémie, enfin dans toutes les poussées aiguës. On ne doit pas prolonger outre mesure ce régime qui, quelle que soit la quantité prise, est débilitant, ne permet guère l'exercice. On reprendra, sitôt le premier effet obtenu, un régime mixte ; on surveillera avec soin l'influence des aliments adjoints au lait sur la quantité d'urine et la proportion d'albumine. Chez quelques malades enfin, le lait provoque des troubles dyspeptiques très marqués sans diminuer l'albumine, sans augmenter la quantité d'urine. Ce serait une faute de s'y opiniâtrer. On peut en pareil cas essayer de remplacer les cures de lait par les cures de petit lait (500 gr. par jour en quatre ou cinq fois, avec d'autres aliments), de raisin (on arrivera peu à peu jusqu'à trois livres et plus par jour prises en trois fois dans la journée). Le malade ne doit pas manger la pellicule du raisin.

Pour faire tolérer le mieux possible le régime lacté exclusif, Cberon indique les précautions suivantes : le lait, qu'il faut naturellement choisir avec autant de soin que s'il s'agissait de l'alimentation d'un nouveau-né, doit être bu par doses égales toutes les deux ou trois heures. Le malade, s'il se réveille la nuit, doit en boire, afin de maintenir toujours la sécrétion urinaire sous son influence (Jaccoud). Lorsque l'estomac est intolérant, on peut, à l'exemple de Gaillard, faire prendre, tous les quarts d'heure, un quart de verre. Ce n'est que rarement que l'on pourra instituer d'emblée la diète lactée absolue; le plus généralement, on y arrivera en quelques jours en diminuant peu à peu la quantité des aliments ordinaires. La tolérance prolongée sera rendue plus facile en donnant le lait tantôt cru, tantôt bouilli, chaud ou froid, et par l'addition de différentes substances, sucre, sel, eau gazeuse, eau de fleur d'oranger, eau de laurier-cerise, calé noir. Ce dernier convient surtout quand il y a un peu de constipation ; on peut combattre cette constipation, quand elle est plus intense, par des lavements laxatifs, de la rhubarbe, par l'usage des pruneaux et des pommes cuites. La constipation s'ac-

compagne souvent d'un enduit saburral delà langue qui donne un goût désagréable dans la bouche (G. Sée).. Des lavages fréquents avec une eau minérale alcaline seront alors nécessaires. L'addition de la moitié ou du tiers d'eau de chaux rend le lait bouilli beaucoup plus digestible. S'il y a de la diarrhée, ce qui indique l'intolérance, il faut couper le liquide avec de l'eau de Vichy, de Vais, etc., et diminuer la quantité journalière.

Quelquefois la diète mitigée est seule tolérée; on prescrit alors un ou deux litres de lait etl'on donne, de plus, des potages au lait et aux pâtes, des crèmes, des fromages à la crème frais. Enfin, dans la diète mixte, on adjoint à l'alimentation ordinaire une certaine quantité de lait qui tantôt est donné dans l'intervalle des repas dans la soirée et la nuit, tantôt forme un repas à lui seul. Ces deux dernières diètes serventde transition entre lerégimelacté intégral et le régime ordinaire. Plusieurs médecins n'emploient que rarement le régime lacté absolu. C'est ainsi que Grainger Stewart donne de préférence une alimentation composée en grande partie de lait auquel il ajoute un peu de pudding, des fruits et un peu de viandes blanches. De même, Senator professe que, dans une cure de lait, il n'y a aucun inconvénient à autoriser, selon les besoins de l'alimentation, le pain blanc avec ou sans beurre, les soupes à la crème et à la farine.

Quels sont les aliments qu'on peut adjoindre au lait? La règle générale est d'éviter tous les aliments irritants, tous ceux qui sont susceptibles de renfermer des toxines. On proscrira donc comme irritants du rein,l'alcool,le vin, labière,le cidre. Si le malade est trop affaibli, on permettra seulement le vin blanc léger, le vin rouge de Bordeaux,coupés d'une eau alcaline faible,les bières de table légères, les grogs au très bon coonac Le thé, le café ne seront permis qu'avec modération. On défendra aussi les radis, raves, oseille, épinards, tomates, asperges. Comme aliments suspects au point de vue des toxines, on défendra le bouillon gras, surtout s'il n'est pas du jour même, les viandes avancées, les viandes peu cuites, le gibier, les salaisons, les extraits de viande, les poissons, à moins-

qu'ils ne soient très frais, les mollusques, les crustacés, les fromages forts. On recommandera les viandes blanches (porc, veau, volailles), très fraîches et très cuites, les féculents en pure'e (haricots, pommes de terre, lentilles, marrons, racahout, chocolat, riz, pâtes alimentaires), les légumes frais (artichauts, salades cuites), les fruits bien mûrs sans être avancés, les fruits cuits. Serres avait attribué à l'oignon des propriétés thérapeutiques spéciales (?]. Les œufs ne seront autorisés qu'avec prudence ; ils devront être très frais, très cuits (omelettes, crèmes, œufs brouillés), M. Lépine recommande même de ne donner que les jaunes.

On doit du reste, en dehors de ces règles générales, tâter la susceptibilité pour chaque aliment. Il est utile de faire des repas peu abondants et fréquents. Le principal repas sera pris vers onze heures, le repas du soir sera très léger (Lecorché).

Dans la néphrite parenchymateuse chronique on a parfois résumé le traitement en deux mots « lait et lit ».. Le régime lacté est indispensable dans toutes les périodes d'exacerbation. Bright, Bartels ont insisté sur- l'utilité du lit. Bartels condamnait même ses malades au repos au lit pendant des mois, des années, ne les laissant se lever qu'aux heures les plus chaudes des chaudes journées d'été. Chaque jour il faisait prendre un bain à 40° pour provoquer la diaphorèse. Les bains d'air chaud à l'étuve seraient peut-être plus salutaires encore. Ce traitement rigoureux aurait donné des guérisons.

Comme médicaments proprement dits, il n'y a guère à mentionner que le quinquina, le fer, les chlorures. Le quinquina est utile comme tonique et par le tannin qu'il renferme (On donnera le vin de quinquina coupé d'eau, l'extrait mou de quinquina à dose de 1 à 2 grammes par jour). Parmi les préparations ferrugineuses, G. Sée recommande surtout le sirop de tartrate de fer ; on en donnera une à deux cuillerées par jour. Voici enfin la formule de la solution dite antibrightique de Semmola.

Iodure de potassium Phosphate de soude Chlorure de sodium.

Bonne eau potable .

1 gramme

un litre

A boire dans les 24 heures. Le mélange salin peut être aussi très bien donné dans un litre de lait.

Bien d'autres médicaments, ergotine, cantharides ont été proposés; leur action est puissante, mais bien dangereuse, bien impossible à graduer et à diriger.

Dans la néphrite chronique interstitielle, Bartels a recommandé l'usage de l'iodure de potassium continué pondant des semaines et des mois, à dose de 1 à 2 grammes par jour. L'iodure de sodium serait préférable à l'iodure de potassium dans les néphrites saturnines (Labadie-Lagrave). Le régime lacté pourra, s'il y a polyurie et peu d'albumine, être moins sévère que dans la néphrite parenchymateuse ; il s'impose au contraire et intégralement à la moindre menace d'urémie.

Un a souvent dans cette forme de néphrite besoin de calmer et de soutenir le cœur. Le repos au lit sera le meilleur moyen. La teinture de digitale peut être donnée avec prudence (X à XXX gouttes) s'il y a polyurie en même temps que la défaillance cardiaque. Chez les sujets âgés, Labadie-Lagrave a obtenu de bons effets du sulfate de spartéine (2 à 5 pilules d'un centigr. avec extrait de quinquina comme excipient par jour) et de la caféine (0 gr. 30 et même 0 gr. 40 par jour).

Traitement des complications des néphrites. — Hémorrhagies. — Les hémorrhagies et en particulier l'épistaxis qui surviennent souvent au cours du mal de Bright dépendent souvent du traitement ioduré (Barth). On devra donc suspendre ce traitement ou tout au moins l'associer au bromure, utile comme calmant et décongestionnant. Barth donne en moyenne par jour 2 grammes de bromure de potassium ou de sodium ; il va souvent à 4 grammes.

Hydropisies. — Les hydropisies seront combattues par les diurétiques (lait, eau de Vittel, d'Evian), les purgatifs salins ou drastiques, les bains d'air sec et chaud, les frictions sti-

mutantes. La digitale, la pilocarpine, les bains très chauds sont dangereux. On ne fera les mouchetures cutanées qu'avec plus de réserve encore que dans les hydropisies cardiaques (Voir la technique, page 411).

Urémie. — Pour prévenir l'urémie il importe avant tout, que le brightique évite les fatigues, les excès de régime, les refroidissements, les émotions morales vives, causes occasionnelles fréquentes de l'attaque. Labadie-Lagrave signale également le danger des drastiques et des diaphorétiques trop énergiques, qui privant brusquement l'économie d'une certaine quantité d'eau, abaissent la tension sanguine. Le mercure, l'opium, la digitale sont également dangereux. Parfois aussi l'urémie éclate à l'occasion d'une bronchite, d'un ictère, d'une guérison d'eczéma.

Avant l'attaque de grande urémie on observe presque toujours comme prodromes des accidents de petite urémie : céphalée, apathie, insomnie, amblyopie, bourdonnement et dureté d'oreille, hémorrhagies diverses, dyspnée légère, vomissements, diarrhée, pollakiurie, phénomène du doigt mort, névralgies, prurit, urticaire, purpura. Ces accidents, légers en eux-mêmes, doivent toujours être regardés comme un avertissement sérieux. C'est en mettant, dès qu'ils apparaissent, le malade au repos, au régime lacté absolu, qu'on instituera le vrai traitement prophylactique de l'urémie.

L'urémie déclarée et quelle qu'en soit la forme : cérébrale, gastro-intestinale, dyspnéique, la première indication est de diminuer la congestion rénale par les ventouses sèches (appliquées chaque jour et même deux fois par jour sur la région lombaire), les ventouses scarifiées, les sangsues. Pour activer la diurèse, on donnera avant tout le lait. On peut prescrire la caféine (Voir formulaire), le muguet. La scille sous forme d'oxymel scillitique (une à quatre cuillerées à café dans de la tisane) réussirait assez bien surtout chez l'enfant ; mais Labadie-Lagrave recommande avec raison une grande réserve dans l'emploi de la digitale. Il préfère pour relever la tension artérielle, le sulfate de spartéine. On donne matin et soir une cuillerée à café de la solution suivante :

Eau distillée. . . .

Sulfate de spartéine

100 grammes

Les frictions cutanées, le massage, les grands lavements à peine tièdes sont des moyens indirectes d'activer la diurèse.

Pour éliminer les toxines de sang, on a conseillé les bains d'air chaud et sec, les bains de vapeur. Les drastiques maniés avec prudence rendront des services. On donnera par exemple chaque matin une à trois cuillerées à café du mélange suivant :

Sirop de nerprun ^ V"i 30

Eau-de-vie allemande ) d

Mais le grand remède, le remède héroïque, amenant de véritables résurrections aussi bien chez l'enfant que chez l'adulte et le vieillard est la saignée. On voit cesser parfois comme par enchantement, les accidents convulsifs ou comateux, les dyspnées les plus graves. Labadie-Lagrave conseille par jour deux petites saignées de 200 à 250 grammes chacune. Dans les cas graves on pourra faire d'emblée une grande saignée de 400 grammes. Ces grandes saignées conviendront surtout dans les urémies aiguës de la scarlatine, de la grossesse.

Comme indications palliatives, on combattra les accidents cérébraux parles sangsues aux apophyses mastoïdes, les compresses fraîches (rarement la glace) sur le front. A l'intérieur on donnera du chloral ou du bromure de sodium. L'opium, la morphine, le bromure de potassium sont dangereux. Quand les accidents comateux dominent on insistera sur les inhalations d'oxygène, les injections sous-cutanées d'éther, de caféine, le thé, le café.

Contre la dyspnée, on emploiera surtout outre la saignée générale, les ventouses sèches sur la poitrine, les inhalations d'oxygène, d'iodure d'éthyle ou de nitrite d'amyle.

Les vomissements doivent être jusqu'à un certain point respectés. S'ils deviennent par trop violents on donnera la glace, les boissons gazeuses. Guéneau de Mussy prescrivait la

teinture d'iode (une goutte dans une euillerée d'eau de riz prise quand surviennent les nausées). Bartels a conseillé la créosote (une goutte dans une cuillerée d'eau). Labadie-Lagrave a souvent triomphé de vomissements rebelles par des lavages de l'estomac faits à Feau de Vichy.

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