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CHAPITRE VI

Asthme et emphysème.

RÉSUMÉ clinique. — Accès, bronchite chronique. Emphysème; lésions cardiaques des asthmatiques. Rapports avec l'arthritisme , Diagnostic avec les dyspnées cardiaques, toxiques, urémiques. Emphysème essentiel . Asthme des foins .

Traitement. — 1° Au moment des accès : petits soins à donner, fumigations, inhalations de chloroforme/ d'iodure d'éthyle, de pyridine- dérivatifs, morphine. 2» Dans l'intervalle des accès, îodure de potassium, belladone, arsenic, lobelie. Inhalations. Traitement hydrominéral. Hygiène. 3» Traitement spécial delà bronchite chronique et de l'emphysème. 4» Traitement de l'asthme des foins.

Résumé clinique. — L'asthme comprend deux éléments , des accès de dyspnée plus ou moins fréquents, et plus ou moins intenses, un état catarrhal chronique des voies respiratoires. Les accès surviennent ordinairement sans prodromes ; ils sont parfois annoncés par du malaise, de la céphalée de l'enchifrènement, de l'embarras stomacal. C'est presque toujours dans la première moitié de la nuit qu'ils éclatent. L'inspiration est facile, profonde, l'expiration est impossible, entravée. Aussi la poitrine se distend-elle à son maximum. Ces crises de dyspnée se terminent tantôt par une expectoration offrant souvent des caractères spéciaux (perles, mucosités filantes, crachats rubanés), tantôt par des éructations, tantôt par de la polyurie.

Dans l'intervalle des accès la santé est assez bonne au debut ; mais bientôt la bronchite chronique d'abord légère devient de plus en plus sérieuse. Elle se complique souvent de dilatation des bronches, très souvent aussi d'emphysème. A cette période, les accès sont plus rares, moins intenses, moins francs. Mais il y a une dyspnée permanente, un souci conti-

ASTHME ET EMPHYSÈME m

nuel de respirer. Sur cette dyspnée se greffent souvent des poussées aiguës de bronchite, des poussées de congestion pulmonaire. C'est par ces poussées congestives, bien plus que par les accès, que succombent les asthmatiques. Souvent aussi ils meurent par les complications cardiaques et en particulier l insuffisance tricuspide que la dyspnée entraîne à la longue • mais les malades résistent en général de longues années ■ la longévité des asthmatiques, forcés d'éviter les fatigues 'les intempéries, les excès par la menacé permanente de leurs crises est même proverbiale.

L'asthme est une maladie arthritique ; presque toujours on trouve les dartres, le rhumatisme, la goutte, les hémorrhoïoes, la gravelle, la migraine dans les antécédents héréditaires ou personnels du malade. Souvent les accès d'asthme alternent avec des poussées d'eczéma, de goutte, d'hémorrhoides; Souvent chez des migraineux, ils surviennent au moment ou les migraines disparaissent.

Le diagnostic de l'asthme est la source d'erreurs fréquentes. Bien des dyspnées cardiaques, urémiques sont souvent prises pour de l'asthme. Huchard a montré la confusion fréquente des dyspnées dues aux intoxications d'origine alimentaire avec l'asthme. Si l'emphysème pulmonaire est souvent une complication de l'asthme, il est d'autres variétés d emphysème d'origine professionnelle (emphysème des bou-

asfhme Fnn0r8ei;0nS' ^ musiciens) ^ ^u.t séparer de as hme. Enfin si les poussières sont une cause fréquente des accès d'asthme, on doit encore séparer de l'asthme lûtes le s bronchites chroniques et pneumoconioses d'origine professionnelle (meuniers, batteurs en grange, plâtriers, etc )

En revanche les crises d'hayfever, ces curieux acc dents de catarrhe oculonasal et de dyspnée qui surviennent chez ce ! tains sujets arthritiques chaque été vers le moment des foins

K ê^i.raPPr°ChéS de rasth- * Cèdent souvent'

De même l'asthme réflexe d'origine nasale lié à des dévia tiens de ia cIoisori) des hypert hies de ™ a*e™-

polypes, ne saurait constituer une variété spéciale Le" traite

ment local donne souvent de grandes améliorations, rarement

des guérisons définitives.

L'asthme, comme l'avait bien montré Trousseau, n'est pas

rare chez l'enfant, et même chez les tout jeunes enfants. Il est ordinairement héréditaire. Ce fait facilitera le diagnostic souvent très délicat avec la coqueluche et l'adénopathie bronchique.

Traitement. — Le traitement doit être étudié : 1» au moment des accès ; 2° dans l'intervalle des accès. Au traitement des asthmatiques dans l'intervalle des accès, se rattache le traitement des bronchites chroniques d'origine asthmatique, et de l'emphysème pulmonaire. Enfin l'asthme des foins offre quelques indications spéciales. x

Au moment de l'accès d'asthme, le malade prend de luimême la position assise, qui lui est la plus favorable, il desserre de lui-même ses vêtements, fait écarter les rideaux de son lit, ouvre les fenêtres pour avoir de l'air. Parfois même ce besoin d'air le conduit à s'exposer à des refroidissements dangereux. Il faut donc veiller à ce qu'il ne se découvre pas trop, à ce que les fenêtres ne soient pas trop largement ouvertes dans la mauvaise saison. Sydenham avait déjà noté ce fait curieux que la lumière soulage les asthmatiques. La crise paraît plus vive dans l'obscurité que lorsque la chambre est bien éclairée.

Les fumigations, classiques dans l'accès d'asthme, peuvent être faites soit au moyen de poudres, soit au moyen de papiers, soit au moyen de cigarettes. Les poudres sont préférables aux papiers et aux cigarettes, leur vapeur ne renfermant pas de papier brûlé. La poudre antiasthmatique qui sert a préparer le papier antiasthmatique du Codex a la formule suivante :

Poudre de nitrate de potasse 60 grammes

de belladone ]

de stramoine

— de digitale •

— de lobélie enllée

— de phellandrie

— de myrtrhe [ àâ 10

— d'oliban

âà 5

Les inhalations peuvent être faites : i° avec le chloroforme en très petites quantités ; 2° avec l'iodure d'éthyle (X à XL gouttes sur un mouchoir) ; 3° avec la pyridine, médicament auquel Germain Se'e a dù de remarquables succès. La pyridine ne doit pas être inhalée directement, mais placée sur une assiette au milieu de la chambre. La quantité de pyridine employée ne dépassera pas quatre grammes pour une chambre de vingt mètres cubes. Au bout d'une demi-heure l'assiette sera enlevée, et l'on aérera la chambre. La pyridine constituerait le principe actif des fumigations antiasthmatiques.

On doit enfin mentionner la cocaïne. Des pulvérisations faites dans le nez et la gorge avec la solution de cocaïne au centième, font parfois avorter l'accès. Les pédiluves chauds^ les pédiluves sinapisés, les cataplasmes sinapisés sur la poitrine, les boissons fraîches et surtout les boissons acidulées donneraient également quelque soulagement. Les grogs au kirsch ont été conseillés et agissent sans doute par l'eau de laurier-cerise qu'ils renferment. On peut aussi prescrire la potion suivante :

Eau de tilleul . 80 grammes

Eau de fleurs d'oranger ) ,

Eau de laurier-cerise $ ââ 10 —

Sirop d'éther 30

Extrait de belladone 0 05 cent.

Une cuillerée toutes les heures.

Mais dans les accès intenses, on sera souvent forcé d'avoir recours à la morphine. On essaiera d'abord de donner de vingt à trente gouttes de la solution ordinaire à un centig. par gramme dans un peu d'eau sucrée ; mais si ce moyen échouait, force serait d'avoir recours à l'injection hypodermique.

Dans l'intervalle des accès, l'iodure de potassium constitue le médicament le plus puissant. G. Sée le donne le plus tôt possible après la fin de l'accès ; il débute par une dose de 1 gr. 25 et arrive vite à 3 grammes par jour. Quand la maladie semble enrayée, il diminue la dose prescrite jusqu'à i gr. 50. -De temps en temps, le malade reste un jour, mais jamais plus"

sans prendre d'iodure. Pour assurer la tolérance de ce traitement ioduré indéfini, il est bon de donner l'iodure dans du lait, ou au début des repas dans de la bière comme le fait Dujardin-Beaumetz. Dujardin-Beaumetz débute par 0 gr. 50 pour arriver jusqu'à 4 grammes par jour.

Chez les malades qui ne supportent pas le traitement ioduré, ou qui ne sont point soulagés par lui, on peut essayer l'emploi alterné de la belladone et de l'arsenic. — Le bromure paraît peu efficace. Il est souvent mal supporté. — La lobelia inflata a été recommandée par Fourrier surtout dans le cas d'accès répétés, tenaces. On ne dépassera pas la dose de 1 gramme à i gr. 30 de teinture par jour. On ne continuera pas plus de sept à huit jours. On suspendra s'il survient des nausées. Constantin Paul associe souvent 1 gr. 50 de teinture de lobélie à 0 gr. 50 d'iodure.

Les inhalations soit d'iodure d'éthyle (X gouttes, quatre fois par jour), soit de pyridine (4 grammes, trois fois par jour), déjà signalés dans le traitement des accès pourront être utiles dans l'intervalle. La technique des inhalations de pyridine a été décrite plus haut.

Le traitement hydrominéral peut enfin rendre de grands services. Allevard, Saint-Sauveur, conviennent surtout dans l'asthme sec, nerveux. Le Mont-Dore réussit particulièrement dans l'asthme catarrhal.

L'hygiène joue un rôle important dans la prophylaxie des accès. L'asthmatique évitera les repas trop copieux, tous les aliments riches en toxines, l'alcool, le thé, le café. Le tabac très défavorable aux uns, est plutôt utile aux autres. Quelques jours de régime lacté seront de temps à autre très utiles. Pour le climat, rien de plus variable; il faudra tantôt le séjour de la ville, tantôt celui de la campagne ; tantôt un climat très sec, tantôt un climat humide ; tanlôt une chambre au Nord et tantôt une chambre au Midi. Mais le malade devra toujours se défier beaucoup des poussières, des refroidissements, des fatigues. Les excès sexuels sont particulièrement défavorables.

La bronchite chronique chez les asthmatiques peut se pré-

senter sous deux formes, la forme catarrhale avec expectoration abondante, la forme congestive plus particulière aux goutteux et aux eczémateux.

Dans la forme catarrhale, on prescrira surtout les pilules d'iodoforme et de poudre de Dower (Voir formulaire) les capsules de goudron, les inhalations de goudron et de térébenthine, le séjour dans l'air comprimé, Ghalles, les Eaux- Bonnes, Allevard seront particulièrement efficaces.

Dans la forme congestive, on insistera sur l'arsenic donné longtemps et à faible dose, l'iodure de potassium, les purgatifs et surtout la révulsion. Comme eaux minérales on conseillera surtout Royat aux goutteux, le Mont-Dore et la Bourboule aux eczémateux. Dans les deux formes le séjour dans un climat tonique sec et régulier (Cannes, Hyères, Menton) est favorable.

A côté de la bronchite chronique, existent presque toujours des lésions d'emphysème. Le massage des parois thoraciques, les bains d'air comprimé, les séances d'inhalation avec inspiration dans l'air comprimé, expiration dans l'air raréfié devront être employées avec persévérance. Les inhalations d'oxygène, les inhalations de goudron, d'essence de térébenthine rendront quelques services. Mais le point essentiel sera le séjour dans un air calme et pur, une vie tranquille et sans efforts. Comme médicaments, l'iodure, l'arsenic, l'opium à faibles doses longtemps continuées, ont été prescrits. Comme stations thermales, on choisira Allevard ou le Mont-Dore.

Dans l'asthme des foins au moment de l'accès le traitement qui donne les meilleurs résultats est un large badigeonnage de la muqueuse des fosses nasales avec la solution forte de cocaïne. Tissier indique la formule suivante :

Cocaïne (chlorhydrate de) 2-4 grammes

Eau distillée et bouillie 18 —

Glycérine neutre 2 —

Philpots aurait obtenu de bons résultats des insufflations faites avec une poudre ainsi composée :

Acide borique pulvérisé 2 grammes

Salicylate de soude 2 gr. 50

Chlorhydrate de quinine 0—12

Exceptionnellement l'intensité de la dyspnée forcera à faire une injection de morphine. On essaierait auparavant les diverses fumigations et inhalations décrites plus haut à propos de l'asthme.

Gomme médicaments : l'opium, la belladone, l'aconit, le sulfate de quinine ont été donnés sans bien grands résultats.

Au point de vue de la prophylaxie directe des accès, le malade évitera les promenades et les séjours à la campagne pendant les mois particulièrement dangereux, mai, juin, juillet. Le séjour au bord de la mer serait plutôt favorable. Quand l'asthme débute par des phénomènes oculaires, le port de lunettes fumées aurait une certaine valeur.

Dans l'intervalle des accès, on s'attachera, plus encore que dans l'asthme ordinaire, à reconnaître et à traiter les lésions des fosses nasales et du pharynx. Les irrigations nasales faites avec la solution de phosphate de soude bibasique (un gramme pour un demi litre d'eau tiède) auraient donné à Tissier les meilleurs résultats. Le phosphate de soude détermine constamment une déplétion vasculaire marquée. Gueneau de Mussy insistait sur la cautérisation des granulations pharyngées.

Gomme traitement général, on donnera l'arsenic, les eaux sulfureuses, s'il subsiste du catarrhe bronchique. L'iodure de potassium donne de bons résultats ; Tissier lui préfère cependant l'iode administré sous la forme suivante, beaucoup plus active et bien moins irritante que l'iodure dont elle n'a pas les inconvénients (troubles digestifs, iodisme, etc.).

Iode 3 grammes

Teinture de ratanhia 10 —

Eau . . 200 -

Laisser macérer 48 heures; filtrer et ajouter soit :

Sirop d'écorces d'oranges amèros * , . . 200 grammes Eau Q. S. p. un litre.

soit :

Vin de Porto - 700 grammes

Sirop de sucre • . 100 —

Un petit verre après chaque repas.

L'hydrothérapie a donné de réels succès. Le Mont-Dore et Enghien doivent être particulièrement signalés comme stations thermales.

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