RAGE
malade. Les piqûres de morphine (jusqu'à 8 et 10 centig. par jour), le chloralà hautes doses en lavements sont les meilleurs moyens en raison des difficultés de la déglutition. Au besoin, on fera faire des inhalations de bromure d'éthyle, nitrite d'aînyle ou de chloroforme. Malheureusement avant l'effet calmant l'irritation produite parles premières bouffées inhalées est souvent le signal d'un accès. Le séjour dans une chambre obscure et absolument tranquille diminue la violence des crises et laisse la mort par asphyxie se faire plus doucement. Quoique les enragés n'aient que rarement tendance à mordre on devra prendre contre la possibilité de ces morsures, par les enfants surtout, quelques précautions.
Les nombreux moyens curatifs proposés contre la rage confirmée sont absolument inefficaces. L'acide cyanhydrique (Xà XX gouttes de la solution médicinale au centième) a quelque utilité comme calmant.
Prophylaxie. — Devant cette impuissance absolue du traitement tont l'effort des traitements doit donc porter sur la prophylaxie. Aussitôt après la morsure on s'attachera à la faire saigner, à la laver à grande eau, on posera si possible une ligature au-dessus du point mordu. Des cautérisations larges et profondes seront faites le plus tôt possible. Pour agir vite on se contentera souvent d'une tringle, d'un clou rougi au feu. Quand on peut employer ces moyens sans perdre de temps on aura recours à l'anesthésie préalable par la cocaïne au vingtième. Le thermocautère et surtout le galvano-cautère qu'on peut introduire à froid constitueront les meilleurs instruments. La cautérisation a encore paru utile même quand elle n'a pu être faite que plusieurs heures après la morsure.
Si la muftiplicité, le siège des morsures rend la cautérisation impossible, on fera de larges lavages avec l'eau bouillie saturée d'iode. Cette solution est supportée même par l'œil (Galtier). On appliquera des ventouses sur la plaie. Parfois l'amputation d'une partie, mâchée, déchirée, un doigt par exemple, sera pratiquée.
Tous ces vieux moyens qui avaient déjà suffi à réduire la mortalité des morsures rabiques de 82 0/0 à 2'6 0/0 (Proust) ne seront pas négligés, quelle que soit la confiance qu'on puisse avoir dans les vaccinations pastoriennes. Mais le plus tôt possible commenceront les inoculations. La mortalité est actuellement onze fois plus grande chez les sujets non inoculés préventivement que chez les sujets inoculés. Elle ne dépasse guère chez ceux-ci 0, 30 0/0. Encore la mort ne survient-elle guère que chez les sujets mordus à la face, à la pulpe des doigts, atteints de morsures multiples, inoculés tardivement. Il est inutile de décrire la technique de ces inoculations faites exclusivement en France à l'Institut de la rue Dutot. Le séjour à Paris sera de quinze jours à trois semaines environ. On rassurera à l'avance les malades pusillanimes sur la douleur •et l'importance de ces injections.
On ne saurait d'ailleurs mettre trop de soin à rassurer le plus complètement possible les malades mordus par un chien enragé. La préoccupation morale paraît ne pas être sans influence sur le développement de la rage. Les vaccinations terminées on prescrira aux malades qui veulent absolument un traitement préventif, l'essence de tanaisie à dose de V à X gouttes par jour.
Une circonstance embarrassante pour le traitement se présente assez souvent. Un malade est mordu par un chien paraissant sain. Faut-il faire les cautérisations profondes, conseiller les inoculations préventives ? Il sera sage, s'il y a le moindre doute de faire les cautérisations qui ne sauraient être différées sans inconvénient. Mais avant de conseiller l'inoculation on réclamera l'examen du chien suspect par un vétérinaire, cet examen dut-il même nécessiter l'abattage et l'autopsie de l'animal. C'est d'après le rapport seul du vétérinaire qu'on pourra prendre cette grosse responsabilité de déconseiller les inoculations.