EMPOISONNEMENTS AIGUS
l'empoisonnement soupçonné le diagnostic pourra donc être fait par exclusion.
Quand les commémoratifs manquent il est plus difficile encore d'affirmer la nature du poison. Les poisons qui, en dehors des accidents de gastro-entérite banale, déterminent des accidents caractéristiques sont rares. Tout au plus peut-on citer l'odeur alliacée des vomissements et de l'haleine dans les empoisonnements par le phosphore, la cystite dans les empoisonnements par la cantharide, la dilatation pupillaire extrême due à l'atropine et à la belladone, les convulsions tétaniques de la strychnine. Si l'on doit mettre une grande réserve à affirmer l'existence de l'empoisonnement on doit donc mettre plus de réserve encore tant que l'analyse chimique n'aura pas prononcé, à affirmer la nature du poison. Cette précision absolue du diagnostic n'est heureusement pas indispensable au traitement.
Parfois avec des renseignements précis en apparence le médecin reste dans l'incertitude. Chez un ouvrier qui raconte avoir bu par mégarde du bleu soluble, de l'esprit de nitre, de l'esprit de sel, on ne reconnaît pas toujours sous des noms vulgaires l'acide sulfurique, l'acide azotique, l'acide chlorhydrique. Le phosphore, l'arsenic, la strychnine entrent dans un certain nombre des pâtes toxiques : poudre aux mouches, mort aux rats etc. Les liqueurs dites des empailleurs, des chapeliers sont à base de mercure. La synonymie des plantes toxiques est plus complexe encore. Il n'est peut-être pas inutile de donner ici les noms vulgaires des principales.
Digitale : Gants de Notre Dame, doigtier.
Colchique: Yieillote,tue chien, safran bâtard, narcisse d'automie.
Aconit : Herbe au casque, coqueluchon, capuchon, pistolet.
Belladone: Belle dame, morelle furieuse, guignes de côtes.
Jusquiame: Herbe aux sorcières, herbe aux chats, mort aux poules, potelée, herbe aux engelures.
Datura stramontUm : Pomme épineuse, endormie, herbe du diable, chasse-taupes.
dU MALADIES DE LA NUTRITION
Ces noms vulgaires peuvent en effet contribuer à mettre dans l'embarras.
Traitement. — En pre'sence d'un empoisonnement le moment n'est pas d'ailleurs aux subtilités de diagnostic complet. Il faut agir et agir vite. Trois indications se présentent: 1" Evacuer le poison avant qu'il soit encore répandu dans l'économie. 2° Neutraliser le poison et le rendre inerte (antidotisme chimique). 3° Combattre les effets produits (antidotisme physiologique).
1° Evacuation du poison. — Sauf dans les empoisonnements caustiques, (véritables brûlures du tube digestif parles acides ouïes alcalis), les vomitifs constituent le premier moyen. Le simple chatouillement de la gorge est un des plus rapides et des meilleurs. L'ipéca stibié, 1 gramme 50 d'ipéca pour 0 gr. 10 centigrammes de tartre stibié est également classique.
L'ingestion de grandes quantités d'eau tiède présente parfois des inconvénients quand elle n'est pas aussitôt suivie de vomissements. En dissolvant le poison elle peut en effet favoriser son absorption. Au contraire en faisant un grand lavage de l'estomac avec la sonde stomacale, on a un des meilleurs moyens d'évacuation. Ce moyen est précieux surtout quand de grandes quantités de liquide toxique (laudanum, pétrole) ont été ingérées. Il pourrait être dangereux comme toutes les violences mécaniques dans les empoisonnements par les caustiques énergiques.
L'emploi des purgatifs et des lavements est plus rarement indiqué que l'emploi des vomitifs. La diarrhée abondante et rapide dans la plupart des empoisonnements suffit d'ordinaire •à assurer l'évacuation intestinale.
L'eau salée constitue un moyen facile et prompt de provovoquer à la fois les vomissements et la diarrhée. Il suffit de faire boire par chaque verre d'eau tiède trois cuillerées de sel marin.
Tels sont les moyens d'évacuation de la première heure .quand le poison est encore dans le tube digestif. Plus tard, ou si le poison a été absorbé par une autre voie, la voie sous-
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cutanée par exemple (injections hypodermiques d'atropine), son élimination ne peut plus être obtenue que par les reins et la peau. Les diure'tiques seront choisis suivant les cas. café en cas de somnolence, lait en cas de gastro-entérite vive. Comme sudorifiques on n'emploiera guère que les frictions stimulantes et les boissons chaudes. Il sera souvent utile de continuer les diurétiques et les sudorifiques pendant plusieurs jours.
2o Neutralisation du poison. — Le problème de la neutralisation chimique est de donner une substance telle qu'elle transforme le poison en composé insoluble ou au moins inoffensif. On n'oubliera pas que cette neutralisation n'est jamais que précaire et souvent temporaire ; on doit donc continuer l'évacuation, la neutralisation une fois obtenue.
Poisons caustiques. — Dans les empoisonnements par les acides (acides sulfuriques, chlorhydrique, azotique, acétique) les alcalins s'imposent naturellement. L'eau de chaux, l'eau chargée de magnésie ne peuvent se procurer qu'avec un certain délai. Comme premiers moyens on peut donner l'eau de savon riche en sels de soude et de potasse ou même l'eau additionnée d'une à deux- cuillerées de cendre de bois.
Dans les empoisonnements par les alcalins (potasse, soude, ammoniaque, eau de javel) le premier moyen sera l'eau vinaigrée (100 gr. de vinaigre pour 900 gr. d'eau). La limonade sulfurique à deux pour mille peut être donnée ultérieurement.
Dans les empoisonnements par les drastiques (aloès, croton tiglion, jalap, gomme gutte) le meilleur calmant est l'eau tiède additionnée d'huile.
S'il s'agit d'irritants mécaniques ; (épingles, débris de verre) on donnera des panades épaisses, bouillies, purées, épinards, etc., pour tâcher d'englober le corps étranger. Malheureusement ces irritants- sont surtout avalés dans des tentatives de suicide ou par des aliénés qui refusent ensuite toute espèce de soins.
L'empoisonnement par le nitrate d'argent est fréquent (solutions de photographie, crayon détaché du porte-crayon dans puccue 10
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une cautérisation). L'eau salée bue en abondance transforme aussitôt le nitrate en chlorure insoluble et inoffensif. Elle a de plus l'avantage de provoquer les vomissements.
Poisons minéraux. — Dans ce groupe on peut ranger les empoisonnements par l'arsenic, les sels de mercure, de cuivre, de plomb, de baryum,le. tartre stibié, l'iode. Il existe pour tous ces produits un contre-poison général : le lait et l'eau albumineuse obtenue en battant quatre blancs d'œufs dans un litre d'eau. Comme antidote plus complexe Rappliquant à tous ces poisons, Dorvault a donné la formule suivante :
Magnésie calcinée ,
H ydrate proloxyde de fer > aa 30 grammes
Charbon animal pulvérisé )
par cuillerées à café.
Mais l'eau albumineuse et le lait donnent déjà de bons résultats, en particulier, dans les empoisonnements par l'arse- . nie, le mercure, le cuivre.
Quand le diagnostic peut être précisé, voici les moyens plus spéciaux à quelques poisons.
Contre l'arsenic, on prescrira la magnésie, l'hydrate de 1er gélatineux qui peuvent être donnés en quantité aussi considérable que possible. .
Contre le plomb et la baryte, on donnera les sulfates, le sullate de soude, par exemple, qui ont une action des plus rapides. Les eaux de puits toujours riches en sulfates peuvent être aussi données. Le précipité est immédiat et absolument insoluble.
Contre Yémctique, et le tartre stibié, le meilleur antidote est le tannin. On peut le donner sous forme de thé, cafe, vin
rouge. ., ,
Contre Viocle, on donnera l'empois d'amidon facile a préparer immédiatement et qui assure une précipitation complète.
L'acide cyanhydrique et les cyanures tuent s. vite qu on na "uère le temps de donner le contre-poison principal: le sulfure de fer hydraté et le sulfate ferreux. Les inhalations de chlore (chlorure de chaux placé dans un mouchoir et arrosé de vinaigre) sont employées en cas d'empoisonnement par 1 acide cyanhydrique.