CHAPITRE IX
Intoxications chroniques.
Intoxications fréquentes (plomb, mercure, alcool, tabac, morphine) et rares (cuivre, zinc, arsenic, nitroben/.ine, sulfure de carbone, térébenthine, poussières diverses).
1° Saturnisme chronique. Résumé clinique. — Causes diverses. Colique de plomb. Cachexie. Encéphalopatbie. Paralysies. — Traitement. Traitement de l'intoxication générale; traitement des accidents spéciaux. — Prophylaxie.
2u Hydrargyrisme chronique. Résumé clinique. Stomatite. Entérite. Tremblement. Cachexie-. Causes. — Traitement.
3° Alcoolisme. — Multiplicité des affections d'origine alcoolique . Symptômes dépisteurs. — Traitement : 1° des lésions chroniques ; 2° du délire aigu.
4° Intoxication par le tabac. — Ses accidents.
5o Morphinomanie. — Moyens prophylactiques. — Traitement curatif : technique de la suppression progressive.
Les intoxications chroniques sont souvent méconnues. Il en est pourtant quelques-unes, telles que les intoxications par le plomb, le mercure, la morphine, l'alcool, le tabac qui sont d'observation journalière. D'autres sont plusrares.il suffit de mentionner les principales. Les intoxications par le cuivre, le zinc, sont relativement inoffensives, elles déterminent surtout des accidents de gastro-entérite. Les intoxications par l'arsenic en dehors des empoisonnements criminels, des abus médicamenteux ne sont pas très rares chez les teinturiers, les mineurs, les fleuristes. Outre des accidents de gastro.-entérite elles déterminent des éruptions cutanées: furoncles, érythème. La nilrobenzine employée dans les fabriques d'aniline détermine une anémie profonde avec vertige et céphalée. Le sulfure de carbone employé pour le travail du caoutchouc donne aussi de l'anémie, des migraines et un accident plus spécial des paralysies à forme paraplégique. La térébenthine amène de
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l'irritation des diverses muqueuses et du rein. Enfin toutes les professions à poussières (mouleurs, fondeurs, meuniers, boulangers, rhabilleurs de meule, charbonniers, etc.) exposent aux pneumoconioses avec bronchite chronique et emphysème . Cette rapide revue faite, il suffira d'étudier plus spécialement les intoxications par le plomb, le mercure, l'alcool, lè tabac, la morphine .
I, — Saturnisme.
Résumé clinique. — Le saturnisme chronique est très fréquent. Il ne se rencontre pas seulement dans les classes pauvres : ouvriers fabriquant la céruse, ouvriers en couleurs, mineurs, peintres, fondeurs de caractères, potiers, imprimeurs, étameurs. Il se rencontre quoique plus rarement dans les classes aisées. Le diagnostic est alors singulièrement plus difficile car on n'a pas pour guide la profession. Tantôt ce sera l'eau potable amenée dans des conduites de plomb qui déterminera l'empoisonnement comme dans le cas célèbre rapporté par Guéneau de Mussy et où tous les habitants d'un château royal étaient frappés à la fois. Tantôt ce seront des conserves renfermées dans des boites soudées au plomb, du chocolat enveloppé de papier de plomb, du vin même édulcoré à la céruse qu'il faudra incriminer. L'eau de Seltz même peut, si la composition chimique de l'ajutage du siphon est défectueux, renfermer du plomb. La braise dite chimique en renferme des quantités considérables et a produit chez des blanchisseuses, des cuisinières, de fréquentes intoxications. Les composés plombiques sont rarement employés comme médicaments, mais les sels de bismuth si souvent prescrits sont parfois impurs et renferment du plomb.
L'intoxication saturnine chronique comporte outre la colique saturnine tout une série d'accidents, troubles de la santé générale, encéphalopathie saturnine, paralysies saturnines.
La colique de plomb offre quelques caractères assez spéciaux. La douleur a son maximum à l'ombilic, elle s'accompagne d'une hypercsthésie très vive des muscles abdominaux ré-
veillée, par le moindre chatouillement. Elle est au contraire calmée par une large pression. Le ventre est rétracté. Le foie est petit. Le pouls est lent, vibrant. La constipation est opiniâtre. L'apyrexie est complète.
Les saturnins anciens sont profondément louches comme état général. Ils sont pâles, maigres, affaiblis. Ils digèrent mal. Ils ont l'haleine fétide et se plaignent parfois d'une saveur styptique ou sucrée dans la bouche. Les gencives ramollies, déchaussées offrent un liseré noirâtre. Chez les femmes on se défiera des avortements fréquents.
Uencéphalopathie saturnine est rare mais particulièrement grave. On en a distingué trois formes : la forme délirante, la forme convulsive avec attaques épileptiformes, la forme comateuse. Il est souvent difficile dans les accidents de faire la part de l'alcoolisme associé au saturnisme. Il est plus difficile encore de faire la part de l'urémie, l'intoxication saturnine ancienne s'accompagnant souvent de néphrite interstitielle. Comme caractères spéciaux aux accidents cérébraux d'origine plombique on a surtout noté l'apyrexie, le ralentissement du pouls. L'amaurose ne serait pas très rare.
Les paralysies saturnines sont très fréquentes. Elles sont souvent précédées par des douleurs vagues, des crampes. Elles frappent surtout les muscles extenseurs des membres supérieurs et atteignent presque toujours, caractère important, les deux côtés. Les membres inférieurs sont plus rarement touchés. Les paralysies généralisées sont très rares. La marche de ces paralysies est lente, progressive; non traitées elles finissent souvent par s'accompagner d'atrophies et de déformations par rétraction des fléchisseurs. En même temps que la paralysie motrice on observe assez fréquemment l'anesthésie.
Traitement. — 1° Intoxication saturnine en général. — Les bains sulfureux fréquents, répétés, ont une efficacité spéciale. Les toniques seront souvent indiqués par l'anémie. L'existence de lésions rénales pourra être la source d'indications spéciales (lait, révulsion). Le médicament le plus directement
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utile paraît être l'iodure de potassium à doses faibles 0 gr. 25 à 0 gr. oO cent, par jour et longtemps continuées avec une semaine de repos sur quatre. L'acide sulfurique a été également prescrit dans le but de rendre le plomb plus soluble et de l'entraîner hors de l'organisme. En cas de troubles digestifs la limonade sulfurique à 2 grammes par litre pourra être donnée par verre h liqueur avant chaque repas. Grisolle a reproché cà ce traitement de provoquer parfois la colique de plomb.
Les bains électriques en mettant le pôle positif seul dans l'eau du bain pourraient contribuer cà l'élimination du plomb.
2« Colique de plomb. — La douleur est l'indication la plus impérieuse. La constipation est l'indication fondamentale. Tant que cette constipation ne sera pas vaincue la douleur persistera.
Contre la douleur on évitera donc d'employer l'opium, le laudanum qui augmenteraient la constipation. Une ou plusieurs injections de morphine pourront être faites dans les cas particulièrement intenses. Les onctions calmantes, les lavements, les cataplasmes n'ont qu'une utilité morale. Grisolle vante la rubéfaction vive produite par les sinapismes, par les compresses chloroformées. On soulagera souvent beaucoup le malade en recouvrant le ventre d'une épaisse couche de ouate très fortement serrée avec une ceinture de flanelle. La faradisation de la paroi abdominale aurait parfois donné de bons résultats, les premiers effets très désagréables dûs à l'hyperesthésie cutanée une fois passés.
Comme médicaments internes on pourra donner de quatre à dix pilules renfermant chacune un centigramme d'extrait de belladone et un centigramme d'extrait de jusquiame, à la fois calmantes et laxatives. L'antypirine à dose de 4 grammes par jour a aussi donné de bons résultats même chez des mala- "des intoxiqués profondément.
Contre la constipation on donnera d'abord, si le malade a des envies de vomir, la langue sale, épaisse, un éméto-cathartique.
Émétique 0 gr. 10
Sulfate de soude 25 gr.
Souvent les vomissements se produisent seuls sans qu'il y
ait d'évacuation alvine. On est alors forcé de donner dans la
même journée un et même deux lavements purgatifs. Grisolle
indique la formule suivante :
Infusion de sené (20 gr': pour 500 gr. d'eau.)
Miel de mercuriale 60 gr.
Jalap en poudre ...... 4 gr.
S'il n'existe ni envie de vomir, ni état saburral de la langue, on peut donner d'emblée dans du café le mélange suivant :
Eau-de-vie allemande • • / .. ,r
c- , i aa lo grammes
Sirop de nerprun )
La débâcle purgative obtenue on continuera à employer des laxatifs doux, manne, huile de ricin. L'alimentation sera uniquement liquide (lait et bouillon) jusqu'à ce que toute douleur ait disparu.
3° Encéphalopatiiie saturnine. — Le traitement sera le plus souvent celui de l'urémie : saignée générale, inhalations d'oxygène, régime lacté absolu. L'application de sangsues aux apophyses mastoïdes, les purgatifs drastiques seront souvent utiles.
On se défiera beaucoup de l'opium. L'iodure de potassium à fortes doses pourra être essayé.
4° Paralysies saturnines. — Les paralysies saturnines seront traitées par les frictions stimulantes, le massage et surtout la faradisation. En cas d'atrophie on emploierait des courants continus descendants, le pôle positif étant au creux sous-claviculaire, le pôle négatif représenté par une plaque immergée dans une cuvette d'eau salée où sera plongée la main. La strychnine n'a d'utilité qu'à très faible dose et à titre de tonique. Comme stations thermales, Aix et Plombières sont particulièrement indiqués.
Prophylaxie. — Dans les intoxications professionnelles la
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cause n'est possible h. supprimer que par un changement de métier. Des soins de propreté extrême, des lavages de la bouche et des mains, le changements de vêtements après chaque séance de travail, la précaution de ne jamais manger dans l'atelier exposé aux poussières plombiques, atténueront le danger. Des bains fréquents et surtout des bains sulfureux seront très utiles. On a conseillé l'emploi régulier de la limonade sulfurique (un verre à liqueur à chaque repas).