V. — Morphinomanie
La morphinomanie est une des intoxications les plus fréquentes, les plus terribles, parfois les plus dissimulées. Elle s'associe souvent à l'alcoolisme. Il suffit de mentionner les intoxications similaires par la cocaïne, l'éther (buveurs d'éther), rares en France mais très fréquentes à l'étranger, en Angleterre surtout.
La morphinomanie conduitvite aune anémie profonde due surtout à l'anorexie presque absolue. Si soigneusement que quelques morphinomanes cachent leur habitude, la fatigue, la pâleur, la dépression, Pénervement qui les saisissent au moment ou se fait sentir le besoin de l'injection habituelle devenue nécessaire comme stimulant, finissent toujours par les trahir.
La morphinomanie est si dangereuse que le médecin doit adopter comme règles absolues : lo d'éviter les injections de morphine chez tous les sujets neurasthéniques et pour les souffrances forcément durables ou sujettes à répétition fréquente ; 2° de n'employer ces injections que dans les souffrances aiguës, passagères, à répétitions très espacées, ou dans les maladies chroniques incurables et désespérées.
Traitement. — L'indication capitale, la suppression de la morphine, est très difficile à remplir. Dès que le besoin de morphine apparaît, la défaillance cardiaque détermine une sensation de fatigue atrocement pénible, parfois des accidents syncopaux menaçants. L'intolérance complète de l'estomac chez le morphinomane privé de morphine constitue une autre difficulté.
On a complètement renoncé à la suppression brusque, dangereuse pour le cœur, si pénible que certains malades se sui-
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Giclaient, fatalement suivie de récidive dès que le malade n'était plus maintenu sous la contrainte lapins sévère.
La suppression lente pour réussir, doit être tentée dans des conditions spéciales (Jenning). Le morphinomane sera séparé de sa famille et séjournera dans une maison de santé. La diminution sera progressive. Elle portera plus sur le titre de la solution que sur le nombre de piqûres afin que l'imagination du malade n'entre pas en jeu. Le malade devra ignorer absolument la quantité de morphine reçue en injection. La première diminution de la dose quotidienne ne dépassera pas un cinquième de cette dose. ■
Au moment où surviennent les premiers accidents cardiaques de la disette de morphine, on donnera un peu de morphine par la bouche. On se résignera au besoin à perdre momentanément dans les injections un peu du terrain gagné. La digitale, le kola sont utiles. Mais la cocaïne doit être absolument rejetée. Les espérances qu'on avait fondées sur son emploi pour faciliter la suppression ont été absolument démenties.
Contre l'intolérance gastrique un régime réglé et parfois la diète lactée absolue constituent les meilleurs moyens. On évitera le vin, la bière, l'alcool; l'excitation des boissons alcooliques rend plus pénible la privation de morphine. Contre les douleurs, la gastralgie, les coliques, l'eau chloroformée réussirait bien. Les bains très chauds ont été vantés.
Contre l'insomnie de très petites doses d'atropine ont semblé préférables au chloral. Le massage, l'emploi du hamac, les courants galvaniques très faibles de 2 à 3 milliampères d'une tempe à l'autre ont été préconisés. On veillera à la tranquillité absolue du malade. Quelle que soit l'insomnie il n'aura jamais de lumière dans sa chambre et ne devra pas lire au lit.
Le malade sera très attentivement surveillé pendant le traitement. Tout morphinomane en traitement qui ne se lamente passe procure en cachette de la morphine.
La durée du traitement sera souvent de deux à trois mois. On se gardera de faire connaître cà l'avance cette durée pro-
bable au morphinomane, plus encore de lui faire connaître le moment de la suppression complète. En ce moment on ne fera jamais d'injections d'eau pure celles-ci e'tant très douloureuses. On fera des injections de sérum sanguin artificiel soigneusement stérilisé (voir formulaire).