CHAPITRE III
Règles générales du traitement des dyspepsies.
A. Règles pour l'examen d'un malade dyspeptique. — 1» Examen de tous les organes. 2» Etude de l'hygiène suivie. — B. Traitement médicamenteux. — 1° Recherche d'une médication minimum et rationnelle ; 2° Tâtonnement entre l'acide chlorhydrique et les alcalins ; 3° Utilité des périodes de repos sans aucun médicament. — C. Régime alimentaire. — 1° Régime rigoureux : lait, poudre de viande, régime végétarien, régime sec de Bouchard ; 2» Régime de tâtonnement. — D. Hygiène générale. — E. Traitement iiy-
DRO MINÉRAL.
Les deux chapitres, précédents viennent d'étudier en les dissociant une par une : 1° les principales causes d'erreur dans le diagnostic ; 2° les principales indications du traitement des dyspepsies. Mais cette question est si complexe qu'il n'est pas inutile de- la reprendre dans une revue d'ensemble. Le mieux est de supposer un cas clinique. Un malade se plaignant de digérer mal, comment procéder à son examen, comment instituer son traitement médicamenteux, diriger son régime, son hygiène ? Le cas échéant,à quelles eaux minérales peut-on l'envoyer ?
1° Examen du malade. — L'étude qui a été faite des fausses dyspepsies a montré l'importance d'un examen complet ne négligeant aucun organe, aucune fonction. Faute de cet examen complet le médecin s'expose aux surprises les plus inattendues, les plus désagréables. Il traitera comme simples dyspeptiques des malades atteints de mal de Bright, d'engouement herniaire, de rétrécissement de l'urèthre, d'alaxie locomotrice, etc., des femmes atteintes de métrite, de salpingite et souvent simplement enceintes. Cet examen complet
nécessitant en particulier une palpation abdominale, minutieuse, ne peut guère être fait qu'au lit. Le matin constitue l'heure la plus favorable, un élément important des dyspepsies, la dilatation stomacale devant être recherchée quand le malade est depuis plusieurs heures à jeun. — L'analyse de l'urine et surtout la recherche du sucre et de l'albumine s'impose dans tous les cas. — L'analyse du suc gastrique serait de très grande utilité. Mais les difficultés de cette analyse forceront trop souvent à passer outre. On devra toujours y revenir en cas de dyspepsies tenaces, rebelles aux moyens ordinaires de traitement.
Il ne suffit pas d'examiner complètement le malade. Il faut encore comme l'a montré l'étude des dyspepsies artificielles étudier minutieusement son hygiène. Il faut rechercher les fautes grossières de régime qu'il peut commettre, les intoxications d'origine diverse auxquelles il peut être exposé. Il n'est pas jusqu'cà certaines influences morales ou de milieu qui ne puissent jouer un rôle prépondérant dans la production des troubles dyspeptiques. En un mot il est peu d'affections exigeant autant de minutie, de soin, d'examens répétés pour leur diagnostic que n'en exigent les dyspepsies. Cette nécessité est plus grande encore dès qu'il s'agit du traitement.
Traitement médicamenteux. — La première règle de ce traitement sera de supprimer tous les médicaments variés et nombreux que le malade s'administre ordinairement proprio motu. La seconde règle sera, cette suppression effectuée, de donner le moins de médicaments possible avec le plus' de ménagements possible, sous la forme la plus simpfe possible.
C'est pour faciliter celte règle que l'étude des indications pathogéniques a commmencé par la dilatation de l'estomac et les fermentations stomacales. 11 est en effet possible comme on l'a vu de traiter en grande partie ces deux éléments importants des dyspepsies par des moyens non médicamenteux. Mais ces deux indications cherchées et remplies se pose pour le praticien l'embarrassant dilemme. « S'agit-il d'une dyspep-
l'LICQLE 1/
sie hypochlorhydrique appelant la médication acide, s'agit-il d'une dyspepsie hyperchlorhydrique appelant la médication alcaline ».
La dyspepsie hypochlorhydrique étant la plus commune, l'acide chlorhydrique pouvant donner des succès inespérés et procurant encore du soulagement dans bien des cas d'hyperchlorhydrie c'est par lui qu'il faut commencer, sauf le cas de gastralgies intenses.On peut lui associer la pepsine et les peptogènes. Si les résultats sont insuffisants ou mauvais on tentera la médication alcaline. L'essentiel est de procéder successivement. Il n'est pas rare de voir des malades qui prennent de l'acide chlorhydrique au début et des alcalins sous forme d'eaux minérales ou de bicarbonate de soude au cours ou à la fin du repas. Cette thérapeutique peu rationnelle réussit parfois, tant l'histoire des dyspepsies est encore mal connue et bizarre. Mais si l'on veut avoir po\ir l'avenir une règle de conduite et réduire au minimum les médicaments pris il importe de procéder simplement au moins au début. Il importe surtout d'essayer chaque médication acide ou alcaline pendant un temps suffisant à moins que l'effet ne semble nuisible Il est aussi on l'a vu certains eupeptiques, la pancréatme par exemple, qui ne semblent agir que quand leur emploi est très prolongé.
Les dyspepsies constituent une affection longue, fertile en incidents. La durée de leur évolution fournira l'occasion d'essayer tour à tour les divers eupeptiques; les complications étudiées obligeront, on l'a vu, à employer des médicaments variés. IL ne sera pas rare devoir tel médicament ayant réussi tout d'abord échouer complètement par la suite. Il importe donc ne fût-ce que pour éviter le découragement du malade de ménager un peu ses moyens thérapeutiques, de ne pas les employer coup sur coup ou simultanément. Les doses le mode d'administration, les indications des principaux médicaments recommandés contre les causes ou les complications de la dyspepsie ont été étudiées au chapitre précèdent. La seule règle générale qu'on puisse encore donner est la nécessité de suspendre de temps à autre toute espèce de médica-
ment. Ce repos s'imposera au moment des grandes améliorations. Mais, fait bizarre, un repos médicamenteux de quelques jours combiné avec une hygiène et un régime sévère sera parfois un des bons moyens qu'on puisse employer aux mauvaises périodes des dyspepsies.
Régime alimentaire. — Le régime est la partie la plus importante, la plus difficile du traitement. Il est des régimes rigoureux, régime lacté, alimentation par la poudre de viande, régime végétarien, régime sec de Bouchard. Tous ces régimes sont impossibles à prolonger longtemps. On peut les employer quelques jours pour obtenir une amélioration marquée. Il faut ensuite revenir au régime ordinaire où tout consiste à rechercher les aliments les plus facilement digérés.
Régimes rigoureux. — Le régime lacté intégral mérite d'être essayé dans toutes les dyspepsies sans fermentations anomales. Il sera assez souvent très mal supporté, amènera des flatulences excessives. Mais parfois il sera suivi d'une amélioration très durable. 11 est des dyspeptiques qui arrivent à des digestions tolérables en se soumettant deux ou trois jours par mois à une sorte de cure de lait.
L'alimentation exclusive par la poudre de viande peut être essayée dans les dilatations sans fermentations très marquées. Dans certains cas d'anorexie, de vomissements incoercibles, la poudre de viande donnée par la sonde œsophagienne constitue un moyen des plus précieux.
Le régime végétarien convient surtout dans l'hyperchlorhydrie, les dyspepsies avec accidents nerveux. Il convient mal aux dilatés. Ce régime longtemps prolongé pourrait être une cause d athérome artériel. Il est certains légumes (choux, choux-lleurs, salades crues) qui seront naturellement évités. Les féculents et tous les légumes seront donnés en purées, très cuites, accommodées avec du beurre de choix. Les fruits sauf lé raisin devront être également cuits. — Comme pain on préférera la croûte ou le pain grillé. — Les œufs ne seront pas toujours permis.
Le régime sec de Bouchard pour la dilatation de l'estomac a
été exposé plus haut. — Uu bon moyen de faire accepter aux malades la diminuLion des boissons est parfois l'emploi des infusions aromatiques chaudes et surtout du thé.
En dehors de ces régimes systématiques on tombe entièrement dans l'arbitraire. La digestibilité de chaque aliment varie pour chaque estomac. Le mode de préparation vient encore exercer son influence. On trouvera au chapitre de l'ulcère de l'estomac un résumé du régime dit de Leube. Les œufs mollets ou crus, la cervelle de veau bouillie, le pigeonbouilli, les pieds de veau qu'il range au nombre des aliments les plus digestifs, soulèveront chez quelques malades des répugnances invincibles.
Force est donc de tâtonner. Au repas du matin on essaiera le cacao, le thé, le racahout, la revalescière avec des biscottes ou du pain grillé. Au repas du midi et du soir les viandes grillées, bouillies, rôties sans sauce, certains poissons (merlan, sole, rouget, huîtres), les œufs, . les légumes en purée, le macaroni, le riz très cuit. Les viandes froides sont mieux digéréespar quelques estomacs. Tels autres se trouveront bien d'une alimentation un peu salée ou un peu relevée. Tels autres digéreront fort bien le bouillon qui nuira à d'autres. Chez tels autres enfin le choix du pain (pain rassis, pain bis, pain grillé, croûte au lieu de mie) donnera de bons résultats. Poulies boissons, les tâtonnements ne seront pas moindres. La bière légère, le vin blanc coupé, le Champagne, le thé chaud,, les grogs, le très bon vin vieux et pur en petite quantité, réussissent ou nuisent. La qualité de l'eau qui sert à couper le vin aune réelle importance. On évitera les eaux minérales, très gazeuses, très alcalines. L'eau bicarbonatée calcique faible d'Alet réussit souvent.
Certains malades se trouvent bien d'un régime très varié. D'autres au contraire finissent par se borner à un très petit groupe d'aliments simples. Un des points essentiels est que chaque dyspeptique finisse par connaître deux ou trois aliments, œufs, poisson, viande-froide etc., etc., thé, qu'il soit à peu près sûr de digérer facilement. Ces aliments constitueront une grande ressource pour les jours de malaise et sur-
tout pour les jours d'affaires importantes où ces malades sont torturés par la crainte de ne pas digérer, crainte qui peut être est à elle seule une cause d'indigestion.
Parfois c'est sur l'espacement des repas que porteront les conseils. Il est souvent dans la journée un repas que les dyspeptiques digèrent mieux que les autres ; ce repas sera naturellement le plus copieux. Dans d'autres cas on réussira en faisant faire dans les 24 heures six à huit petits repas très légers.
Hygiène générale. — L'hygiène générale: exercice, grand air, gymnastique, sommeil, soins de la peau, hydrothérapie, distraction, occupation, jouera un grand rôle.. Insister serait tomber dans la banalité pure. Quel médecin n'a d'ailleurs observé la dyspepsie des jeunes mariés, des rentiers oisifs, des employés sédentaires, des mondaines surmenées ?
Traitement hydro -minéral. — Les eaux minérales constituent dansles dyspepsies tenaces un très bonmoyen. Ladistraction, le A'oyage, le changement d'existence, ont d'ailleurs un rôle à côté de l'action même de l'eau. Le choix de la station dépendra souvent moins de la forme de la dyspepsie que de l'état général. Vichy conviendra dansles dyspepsies avec congestion du foie ou cholélithiase. Royat, Plombières conviendront dans les dyspepsies neurasthéniques, Royat plus particulièrementchezles goutteux, Plombières chez les rhumatisants. Chatel-Guyon réussira dans les dyspepsies accompagnées de constipation opiniâtre. Pougues enfin possède des propriétés sédatives réelles dansles gastralgies douloureuses soit par accès, soit d'une façon continue.