CHAPITRE VI
Dysenteries.
Résumé clinique : 1° Forme aiguë de nos climats. Ses causes. Diagnostic avec la diarrhée catarrhale ; 2° Forme chronique. Ses causes. Diagnostic avec les diarrhées chroniques, avec les abcès du foie, avec les vers intestinaux .
Traitement. — Dysenterie aiguë . — Régime. Vomitif ou purgatif du début. Salol, iodoforme. Décoction d'ipéca, calomel, sulfate de quinine. Lavements. Suppositoires contre le ténesme. Prophylaxie individuelle, générale.
Résumé clinique. — La dysenterie dans nos climats est ordinairement bénigne. Elle se présente le plus souvent sous la forme aiguë et succède à un refroidissement, à une indigestion, à l'usage de mauvaise eau. A certains égards, ces attaques de dysenterie se rapprochent des attaques de diarrhée catarrhale. Mais elles s'en distinguent : 1° par l'intensité du ténesme rectal avec vives douleurs, envies incessantes d'aller à la garde-robe; 2° par les selles fréquentes mais peu abondantes, constituées par un mucus mousseux jaunâtre renfermant parfois des débris membraneux.
La dysenterie chronique succède parfois à la dysenterie aiguë de nos climats mais elle s'observe surtout chez des sujets ayant séjourné dans les pays chauds et y ayant souffert de la dysenterie. Chez ces malades on devra rechercher avec soin si les accidents : fièvre, cachexie, diarrhée, ne sont pas en réalité liés à un abcès du foie. Les dysenteries chroniques se distingueront surtout des diarrhées chroniques par les selles glaireuses, muqueuses, renfermant des débris membraneux. Ces débris membraneux sont souvent pris par les malades pour des fragments de vers intestinaux. Cette erreur conduit assez fréquemment à l'emploi intempestif d'anthelmintiques.
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Traitement. — Attaque de dysenterie aiguë. — Régime. — Le lait, le bouillon, la décoction de riz albumineuse seront les seuls aliments permis. Le malade gardera strictement le lit en prenant contre les refroidissements les mêmes précautions que dans la diarrhée.
Médicaments. — Au début, on prescrira chez les jeunes sujets et si Tétat saburral est très marqué 1 gr. 30 de poudre d'ipéca. Chez les sujets plus âgés on préférera au vomitif un purgatif très léger : manne, huile de ricin, sulfate de soude 15 à 20 gr.). Ce purgatif amènera une grande amélioration surtout si le malade boit ensuite en abondance du bouillon de veau ou du bouillon aux herbes léger.
L'opium donné seul, les astringents réussissent mal dans la dysenterie aiguë et exaspèrent souvent le ténesme. Les poudres de sous-nitrate de bismuth, salicylaie de bismuth, la poudre de talc à hautes doses sont préférables. Mais le vrai traitement consiste à assurer l'antisepsie intestinale soit par le salol, soit surtout par l'iodoforme.
Lardier et Pernet donnent le salol à dose de 3 à 4 grammes par jour de la façon suivante :
Salol 3 grammes.
Teint, de Tolu '10 —
Sir. de coings 30 —
Ext. thébaïquc 0 gr. 40 cent.
Eau de gomme 150 grammes.
Par cuillerées à soupe d'heure en heure.
Pour l'iodoforme ils ont atteint la dose de 0,30 à 0 gr. 40 cent, par jour avec des effets excellents. Voici la manière dont ils l'administrent :
lodoforme jMg centigr.
'Poudre d'opium 0,03 —
Pour un cachet aussi petit que possible. De cinq à six cachets dans la journée, à intervalles égaux.
Peu de temps après l'administration de ces cachets les malades éprouvent un soulagement marqué, et lorsque, pour une raison ou pour une autre, on en suspend l'emploi, de leur chef ils en réclament la continuation.
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Si ces moyens échouent on aura recours aux deux grands remèdes populaires dans les pays tropicaux, l'ipéca et le calomeL
L'ipéca paraît réussir surtout dans les dysenteries avec fièvre intense. — L'infusion de 2 à 6 grammes d'ipéca dans 250 grammes d'eau sera prise en deux fois dans les vingt-quatre heures. — Le second jour' on fait une nouvelle infusion avec l'ipéca ayant servi la veille. — Le même ipéca est ainsi employé trois et même quatre jours de suite.
Le calomel réussit surtout dans les formes bilieuses avec vomissements verdâlres, langue jaunâtre, teinte subictérique. Haspel le donne à dose de 1 et même 2 grammes par jour.
Le sulfate de quinine sera toujours essayé chez les sujets ayant eu antérieurement des accidents palustres.
Les grands lavements offrent une utilité réelle. L'eau albumineuse,l'eauboriquéetiède, semblentaussi calmantesque les lavements émollients ou narcotiques (décoction de guimauve, de tête de pavots, lavement laudanisé). L'essentiel est d'injecter très lentement une grande quantité de liquide.
Contre le ténesme rectal le médicament qui a le mieux réuni à MM. Lardier etPernet est la cocaïne en suppositoires. Ils la prescrivent ainsi :
Beurre de cacao 2 gr.
Chlorhydr. de cocaïne 0 — 10
Poudre d'opium 0 — 05
Pour un suppositoire: deux suppositoires par jour, matin et soir.
Sous l'influence de l'action topique de la cocaïne, les épreintes disparaissent comme par enchantement, les malades peuvent dormir; mais souvent la dose de cocaïne doit être poussée jusqu'à 0,20 centigrammes pour obtenir un résultat durable.
Des soins minutieux de propreté; des lavages fréquents avec la décoction chaude de coca, d'eucalyptus, diminueront beaucoup la cuisson périanale.
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Dysenterie chhonique. — Le régime est la partie principale du traitement. Le régime lacté réussit très bien mais, ainsi que Graves l'avait déjà remarqué, c'est surtout par une alimentation très fortifiante que s'obtiendra la guérison définitive. La viande crue, la poudre de viande, les poudres de légume, les œufs, le riz, les féculents seront recommandés. Le vin vieux, le thé chaud légèrement additionné de rhum conviendront comme boissons. Des précautions minutieuses seront prises contre le froid humide. Un changement d'habitation ou de climat sera souvent très utile.
Les principaux médicaments à conseiller seront le phosphate de chaux, le salicylate de bismuth, le salol et l'iodoforme. On ne négligera pas en cas d'antécédents palustres le sulfate de quinine et l'arsenic à faibles doses. Les lavements de nitrate d'argent sont aujourd'hui bien délaissés. Après un grand lavement simple mieux vaudrait employer les lavements iodés. Ceux-ci seront donnés au moyen d'une très longue sonde. On se contentera de la moins forte des solutions préconisées par Delione.
gau 250 grammes.
Teinture iode 10 —
Iodure de potassium q- s. pour dissoudre.
Prophylaxie. — 1° Individuelle. — Les- sages conseils d'éviter le froid et surtout le froidhumide de la nuit, d'avoir une alimentation choisie ne comportant ni biscuits, ni conserves, ni salaisons, sont souvent assez ironiques quand ils s'adressent à des troupes en expédition, à des assiégés affamés. Mais on doit insister sur la nécessité de filtrer soigneusement et surtout de faire toujours bouillir l'eau de boisson.
2° Générale. — La désinfection des matières, des vases et des linges souillés devra être faite avec soin. Il n'est pas rare de voir des dysentériques, et même des dysentériques chroniques, arrivant dans un pays entièrement sain propager autour d'eux la maladie.
La déclaration sanitaire de la dysenterie est actuellement obligatoire.