‹ Précis de clinique thérapeutique [electronic resource]Chapitre 90 sur 150 · I. — Tœnias · texte numérisé non relu

I. — Tœnias

Résumé clinique. — Le tœnia armé improprement appelé tœnia solium, le tœnia inerme, le tœnia large ou bothriocéphale provoquent les mêmes accidents et cèdent au même traitement. Au point de vue de la prophylaxie, on doit pourtant retenir que le tœnia armé est produit par l'ingestion de viande de porc mal cuite ou simplement salée et fumée, que le tœnia inerme est produit par l'ingestion de viande de bœuf peu cuite, que le bothriocéphale résulte surtout de l'ingestion de poissons mal cuits. Le bothriocéphale est fort rare en France. Le tœnia inerme plus rare autrefois que le tœnia solium devient de plus en plus fréquent. Il n'est pas rare de le voir survenir après un traitement par la viande crue. Aussi doit-on prescrire toujours comme viande crue la seule viande de mouton.

Les accidents sont très variables. Parfois ils sont nuls et tout se réduit à l'expulsion de fragments de tœnia dans les selles. — Dans d'autres cas on observe du côté de l'appareil digestif des vomissements, des coliques, de la diarrhée, du météorisme, parfois de véritables obstructions intestinales. L'appétit peut être nul, très capricieux. Dans d'autres cas, bien que mangeant beaucoup, les malades dépérissent et se cachectisent. Les accidents nerveux : vertiges, syncopes, attaques épileptiformes ou hystériformes, convulsions, contracture des extrémités, hémiplégie, amblyopie sont plus variables encore.

En présence de tous ces accidents on doit soupçonner le tœnia et recommander de faire l'examen minutieux des garderobes. On prescrit au besoin à une ou deux reprises une dose de calomel. La présence de fragments blancs rubanés, en anneaux séparés, dans les garde-robes tranche le diagnostic.

Traitement. — Il varie absolument suivant qu'il s'agit d'un adulte ou d'un enfant.

1° Adulte. — On peut employer la pelletiérine (Tanret) la fougère mâle, le kousso, l'écorce de grenadier.

Pelletiérine de Tanret. — C'est une préparation très efficace,

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très bien acceptée. La dose entière convient pour un adulte. Chez les femmes et les sujets délicats on se contentera des deux tiers delà dose. On évitera de donner la pelletiérine audessous de quatorze ans. Chez les enfants elle est souvent très mal supportée, détermine des accidents nerveux graves: syncopes, paraplégie, des coliques atroces.

A défaut de la pelletiérine de Tanret on peut prescrire :

Sulfate de pelletiérine et d'isopel-

tiérine. 0 gr. 40 à 0 gr. 25

Tannin. . 1 gr. 50 à 1 gr.

Sirop simple q. s.

Les précautions pour assurerlesuccès delà pelletiérine étant très minutieuses, les instructions même de Tanret doivent être reproduites ici.

« La veille de l'administration du vermifuge le malade prendra un grand lavement, et ne mangera que du laitage au repas du soir. — Le lendemain matin on prendra la pelletiérine et aussitôt après un verre d'eau sucrée avec laquelle on aura rincé la fiole qui contenait la pelletiérine. — Une heure après, prendre une purgation, soit d'huile de ricin, soit de préférence d'eau-de-vie allemande. — La dose de l'eau-devie allemande sera de 30 grammes pour un homme et de 15 à 20 grammes pour une fem.ne, versés dans un verre d'eau sucrée. — Aux enfants on donnera 10 à i'ô grammes d'huile de ricin. — L'huile de ricin se prend de la manière qui déplaît le moins aux malades, dans du bouillon aux herbes, du thé léger, du café noir, etc.

Si quelques heures après l'ingestion du purgatif il n'y avait pas de selles, il serait nécessaire de prendre soit une nouvelle purgation, soit un ou plusieurs grands lavements. Il est essentiel que la purgation agisse rapidement, et si on la vomissait il faudrait quelques instants après en prendre une nouvelle. — Si au lieu d'être rendu en boule, le ver venait à se dérouler lentement, il faudrait bien se garder de tirer dessus. Un lavement donné avec précaution pour ne pas casser le taenia provoquera généralement des contractions qui achèveront d'évacuer l'animal.

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Le malade ira à la garde-robe sur un vase plein d'eau tiède. U restera au besoin très longtemps sur le vase. ^ Quelques instants après avoir ingéré la pelletiérine, on éprouve quelques vertiges, et le taenia est rendu en moyenne de 2 à 4 beures après l'administration du remède. Dès que les vertiges apparaissent, il faut se tenir couché les yeux fermés. »

Fougère mâle. — La meilleure formule pour l'emploi de la fougère mâle est assurément celle du Dr Créquy.

Extrait éthéré de fougère mâle 8 grammes

Calomel. . 0 gr. 80 c.

(Mettre en seize capsules)

Le malade prend suivant son âge et sa force la moitié, les deux tiers ou la totalité de ces capsules. Il les prend deux par deux de dix minutes en dix minutes. Trois beures après la dernière dose, on prescrit un purgatif, si, fait assez rare, il n'y a pas de selles. Mêmes précautions que' pour l'emploi de la pelletiérine.

Kousso. — Tœnifuge excellent mais malheureusement d'une saveur atroce. 15 à 20 grammes de poudre de kousso sont délayés dans 150 grammes d'eau bouillante, on laisse infuser une demi heure et on administre sans filtrer. Le malade boira d'un trait et se rincera ensuite la bouche avec quelques gouttes de rhum. Purgation deux ou trois heures après la prise du kousso.

Racine de grenadier. — La racine de grenadier, d'où s'extrait la pelletiérine, est d'un emploi difficile en nature en raison de sa saveur. Elle est de plus souvent falsifiée. On prescrira soixante grammes de racine de grenadier mis à bouillir pendant une heure dans Q. S. d'eau pour qu'il reste 500 grammes de décocté. La décoction passée sera prise en trois fois à une heure d'intervale. Le jus de citron ou d'orange sont les meilleurs moyens d'aromatiser cette décoction.

2o Enfant. — Chez l'enfant lapelletiérine est dangereuse, les décoctions de kousso ou de racine de grenadier ne sont pas acceptées en raison de leur saveur. On aura surtout recours à la fougère mâle, aux semences de courges.

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Fougère mâle. — Chez les enfants un peu âgés on réussira parfois à faire avaler dans des confitures, du miel ou du potage, de quatre à huit des capsules de Crequy, soit deux à quatre grammes d'extrait éthéré de fougère mâle et vingt à quarante centigrammes de calomel. — L'émulsion d'extrait de fougère avec Toléosaccharure d'orange ou de citron est ordinairement acceptée par les jeunes enfants. Au-dessous de sept ans on ne dépassera pas deux grammes d'extrait.

Semences de courges. — Les semences de courges mondées se donnent à la dose de vingt grammes (deux ans) à quarante grammes. On peut en faire une pâte avec du sucre, du miel, pâte qui est avalée en nature, ou mêlée à un looch, à du lait.

Chez l'enfant le purgatif qui réussit le mieux après l'administration des tœnifuges est l'huile de ricin. Les vertiges, les coliques assez fréquentes céderont à un peu de sirop d'éther, à quelques gouttes d'alcoolat de mélisse dans de l'eau sucrée.

Après l'emploi d'un tœnifuge on doit toujours chercher avec soin la tête du tœnia. Celle-ci se reconnaît facilement à sa forme effilée, arrondie. Les mamelons arrondis, les fossettes et chez le tœnia armé les crochets, sont visibles à un faible grossissement.

Alors même qu'on ne trouve pas la tête on attendra deux mois, ou même davantage s'il n'y a pas expulsion d'anneaux, avant de donner un nouveau vermifuge.

Alorsmême qu'une ou plusieurs têtes ont été certainement rendues on fera rechercher pendant un certain temps si les selles ne contiennent pas d'anneaux. Quelques malades ont en effet des tœnias multiples.

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