‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 103 sur 208 · I. Définition et étiologie · texte numérisé non relu

I. Définition et étiologie

On donne le nom d'anesthésiques à des substances qui ont la propriété d'éteindre momentanément la

1 Bayard. Appréciation médico-légale de l'éther et du chloroforme, in Ann. d'hyg., t. XL1I, 1849. — ■ Tourdes. Remarques sur le chloroforme au point de vue médico-légal, in Gaz. méd. de Strasbourg, 1852. — Morel. De Téthérisation dans la folie et en médecine légale, in Arch. de méd., t. III, 1854. — Gasper. Méd. légale, t. II, p. 433. — Sédillot. De quelques phénomènes psychologiques produits par le chloroforme, etc., in Gaz. méd. de Strasbourg, 1864, p. 357. — Tourdes. Art. anesthésie (médecine légale) in Dict. encycl., 1866. — Gosselin. Des contre-indications des anesthésiques dans la pratique chirurgicale, in Bull, de thér., 1866, p. 406.— -Martino. Application médico-légales de l'anesthésie, Thèse de Strasbourg, 1868, n° 56. — Lacassagne. Des phénomènes psychologiques avant, pendant et après l'anesthésie provoquée, in Mém. de VAcad. de médecine, 1869, t. XXIX, et Rapport de M. Pidoux, Bull, de VAcad., t. XXXII. — Les morts par le chloroforme, etc., par Marduel, in Gaz hebd., 1870, p. 595. — De la supériorité de l'éther sur le chloroforme comme anesthésique,

DES ACCIDENTS CAUSÉS

sensibilité. La découverte de l'anesthésie chirurgicale est une des plus belles conquêtes de notre époque. C'est un des grands services que la profession médicale a rendus à l'humanité. Dans notre mémoire à l'Académie, nous avons donné de longs détails sur les débuts de l'anesthésie et les différents procédés employés pour la produire.

De nos jours, elle est obtenue ordinairement parles vapeurs de protoxyde d'azote, l'éther, le chloroforme. Ce sont les seuls anesthésiques dont nous aurons à nous occuper.

Les effets da protoxijde d'azote furent décrits pour la première fois par H. Davy en 1799. On l'appela gaz hilarant, gaz du paradis. Ce fut un dentiste de Hartford, Horace Wels, qui, en 1844, l'employa dans les opérations chirurgicales. Son action est très-fugitive : elle dure si peu de temps que l'on raconte que l'acrobate Blondin put faire ses exercices sur la corde roide à peine revenu de son sommeil.

L;éther et le chloroforme sont plus souvent employés.

L'éther, éther vinique, C4H50, est un oî?yde d'éthyle. On l'obtient en mettant en contact un acide avec de l'alcool. Comme on emploie ordinairement l'acide sulfurique, ce produit est souvent désigné sous le nom d'éther sulfurique ; mauvaise dénomination, puisqu'il ne contient pas trace de l'acide qui a servi à le produire. Basile Valentin , au quinzième siècle, l'avait entrevu, mais c'est Grosse qui, en 1734, découvrit le procédé de fabrication suivi encore de nos jours. Au docteur américain Jackson revient l'honneur d'avoir signalé et démontré ses propriétés anesthésiques.

par Morgan, m Bull, de thér., 1872, p. 545. — Da l'emploi du chloroforme au point de vue de là perpétration des crimes et délits, rapport par Dolbeau, in Ann. iïhijg., 1874, p. 168. — Maurice Perrin. La question des anesthésiques, in Bull, de thérap. 1875, p. 49. — Cl. Bernard. Leçons sur les anesthésiques et l'asphyxie. Paris, 1875. — Tripier. Des accidents dus à l'anesthésie par l'éther chez les jeunes sujets (assoc. franc. Glermont, 1876). — Même sujet par Marduel {Gaz. hebd., 1877).

PAR LES AiNESTHÉSIQUES. 357

Le chloroforme C2HCF provient de la distillation avec beaucoup d'eau d'un mélange d'hydrochlorite de chaux et d'alcool. Soubeiran, en 1831, le découvrit, et M. Dumas, quel-? ques années plus tard, détermina sa composition et lui donna le nom de chloroforme, pour rappeler que c'est de l'acide formique (C2H05) dont l'oxygène aété remplacé par du chlore. En 1847, Flourens signala ses propriétés anesthésiques, mais c'est le docteur Simpson qui en vulgarisa l'emploi en chirurgie (10 novembre 1847).

Les anesthésiques ayant la propriété d'étouffer la résistance, de supprimer la volonté, d'effacer le souvenir, d'éteindre la sensibilité, peuvent être employés par des mains homicides. Ils servent facilement à commettre un suicide, et en outre, le danger de leur emploi et souvent leur rapidité d'action exposent à des accidents.

Les expertises ont lieu en effet à propos de crimes, de suicides ou d'accidents. Casper cite le cas d'un dentiste de Potsdam qui, en mars 1856, se voyant réduit à la misère, fit périr par le chloroforme sa femme et ses deux enfants, puis se donna la mort. — Quand l'anesthésie a été produite, avec l'assentiment d'un malade, s'il succombe, il survient aussitôt une question de responsabilité médicale. — En 1847, un dentiste a été condamné, à Paris, pour avoir abusé d'une jeune fille qu'il avait éthérisée. — En 1874, le juge d'instruction de Montbelliard avait posé cette question à l'expert : « Si l'emploi des narcotiques administrés à l'état liquide ou gazeux peut produire une anesthésie suffisamment profonde pour qu'un viol soit accompli. » La Société de médecine légale de Paris consultée a discuté ce point : Chez un individu qui dort naturellement, peut-on administrer le chloroforme en vapeur et provoquer ainsi l'anesthésie sans réveiller le dormeur.

DES ACCIDENTS CAUSÉS

Les suicides sont fréquents, les accidents assez nombreux. — La servante d'un droguiste fut asphyxiée par des vapeurs d'éther qui s'échappaient d'une jarre accidentellement brisée dans la chambre où elle couchait. — Ce sont des malades qui ont cherché à calmer leurs douleurs ou des médecins qui faisaient des expériences comme les docteurs Adams, de Glasgow, en 1849, le docteur Glover, en 1859, et un jeune stagiaire du Val de Grâce (1866) qui avait la fatale passion de 3'éthériser.

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