‹ Précis de médecine judiciaire [electronic resource]Chapitre 109 sur 208 · CO -H · texte numérisé non relu

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1851 à 1876). Dans son livre, M. Tardieu avait présenté un tableau semblable, mais seulement pour une période de douze ans (de 1851 à 1863). La comparaison de ces chiffres avec ceux d'une seconde période (1865 à 1876) nous permet d'apprécier d'une manière exacte les rapports de ce crime avec les autres genres de morts violentes, en même temps qu'il nous fournit des appréciations importantes sur les accusés et sur les substances vénéneuses employées dans l'empoisonnement criminel.

Un premier fait ressort des statistiques, c'est que le nombre des empoisonnements criminels en France va toujours en diminuant, ainsi que le prouve le tableau suivant, qui montre, par période de quatre années, le nombre de crimes :

De 1851 à 1854 173

Quant à la nature du poison employé, la statistique montre que les criminels se servent à peu près toujours des mêmes agents toxiques. En 25 ans, il n'y a eu que quarante-quatre substances administrées comme poisons. Ce chiffre est bien insignifiant si on le compare au nombre des substances qui sont douées de propriétés toxiques, et cependant il faut encore le diminuer de toutes les substances qui n'ont été employées qu'une ou deux fois, c'est-à-dire d'une manière tout à fait exceptionnelle. En France, ceux qui

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veulent donner la mort par le poison n'emploient que six ou sept substances : le phosphore, l'arsenic, les sels de cuivre, l'acide sulfurique, les cantharides, la strychnine. Cette dernière ne figure que depuis quelques années dans les statistiques et déjà elle y a acquis une place importante.

Si l'on compare ensuite l'ensemble des deux périodes indiquées par notre tableau, on arrive aux résultats suivants dont l'importance ne saurait échapper aux magistrats ou aux médecins.

Il y a moins d'empoisonnements criminels , en France, depuis douze ans ; le chiffre annuel a presque baissé de moitié (29 au lieu de 51).

Malgré la diminution des crimes, il y a eu proportionnellement un plus grand nombre d'accusés : 84 pour 100 au lieu de 77 pour 100.

Dans cette seconde période , le nombre d'accusés hommes a diminué (38 pour 100 au lieu de 46 pour 100) ; celui des accusées femmes a sensiblement augmenté (62 pour 100 au lieu de 54 pour 100). C'est, peut-être, à cause de ce nombre plus considérable d'accusées femmes, dans cette période (1863-1876), qu'il est possible d'expliquer les résultats suivants : il y a eu 227 tentatives (maladie, — sans effets), soit 65 pour 100 des crimes commis, c'est-à-dire un peu moins que dans la première période qui en présente 427, soit 69 pour 100. Par conséquent, le nombre de crimes d'empoisonnement suivis de mort a augmenté; il est de 35 pour 100 au lieu de 51. Il faut encore faire remarquer que des substances toxiques des plus dangereuses et qui n'avaient pas encore figuré dans les statistiques se trouvent dans cette seconde période : digitaline, strychnine, acide prussique. Il semble que,

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de nos jours, les poisons végétaux tendent à remplacer les poisons minéraux, adoptées autrefois presque exclusivement par les criminels.

Classification. Il faut faire remarquer qu'une classification qui peut rendre de grands services dans l'exposition d'un cours complet sur la matière devient tout à fait inutile dans la pratique. Aussi les différents essais qui ont été proposés ont-ils été basés sur la nature du poison ou sur son action. Les premières tentatives furent faites par Pleuck en 1785, par Mahon en 1801. Fodéré proposa une classification basée sur l'action des poisons, qui fut plus tard modifiée par Orfila.

Taylor essaya de diviser les substances toxiques d'après leur action sur tel ou tel système organique. Il y a déjà longtemps que notre respectable et savant ami, M. le professeur Martin-Damourette, expose dans un cours magistral et que nous mettrons à contribution, une action semblable des substances toxiques.

« Il y a, dit-il, deux actions très-nettes. Les unes irritent, enflamment, corrodent, désorganisent les tissus; les autres ne produisent que peu ou aucun de ces effets, elles tuent par absorption. Les poisons, à part les désorganisations, ne peuvent agir qu'en tuant les hématies, la fibre musculaire, l'élément nerveux. La mort arrive par cessation d'innervation, par cessation des phénomènes chimiques de la respiration (poisons, respirations), de l'action du cœur (syncopal ou musculaires). C'est que l'on meurt en effet par un de ces trois appareils. Il y a des poisons du sang et de la nutrition : ils sont stéatogènes ; il y en a de cardio-musculaires ; il y en a qui agissent sur les nerfs, ils tuent par asphyxie. »

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Le docteur Rabuteau 1 a cherché comme ces savants dont nous venons de parler à expliquer Yéleciivité des substances nuisibles à l'organisme, et il a formulé la loi suivante : « Une substance agissant sur des éléments anatomiques déterminés et se trouvant en circulation dans le sang impressionne d'autant plus vivement les organes composés de ces éléments anatomiques qu'ils sont plus irrigués. »

N'oublions pas de signaler une autre loi, proposée par M. Rabuteau et qui s'applique uniquement aux substances métalliques : « Les métaux sont d'autant plus actifs que leur poids atomique est plus élevé, ou que leur chaleur spécifique est plus faible. »

Sans doute, ces vues théoriques sont séduisantes, mais nous les croyons aussi un peu hâtives. Nous pensons même qu'on s'exposerait à se tromper en voulant trop individualiser l'action d une substance toxique et limiter ses effets spécifiques à tel ou tel élément. Le docteur Henneguy 4, dans un excellent travail, a cherché à montrer que chez les animaux supérieurs, l'action des substances toxiques porte d'une manière générale sur tout le système nerveux central. Aussi conseille-t-il, avec raison, de n'employer dans les expertises médicolégales que les animaux qui par leur organisation se rapprochent autant que possible de l'homme.

Nous suivrons la classification que M. Tardieu résume de la manière suivante :

D'après l'observation clinique, on peut classer les empoisonnements en cinq groupes :

1° V empoisonnement par les poisons irritants et corrosifs (acides, alcalis, substances purgatives dites drastiques).

^Êtiide physiologique siir Vaçtiqn des poisons.. — Montpellier,

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2° L 'empoisonnement par les poisons hyposthénisants (arsenic, phosphore, cuivre, sublimé corrosif, émétique, nitre, sel d'oseille, digitale et digitaline).

3° U empoisonnement par les poisons stupéfiants (plomb, belladone, atropine, jusquiame, tabac, ciguë, aconit, champignons, curare, chloroforme, alcool).

4° U empoisonnement par les poisons narcotiques (opium et ses dérivés).

5° V empoisonnement far les poisons névrosthéniques (strychnine et noix vomique, acide prussique, cantharides).

« L'empoisonnement par les poisons irritants et corrosifs a pour caractère essentiel une action locale irritative qui peut aller jusqu'à l'inflammation la plus violente, la corrosion et la désorganisation des tissus atteints par la substance vénéneuse ingérée, dont les effets sont presqne exclusivement bornés à la lésion des organes digestifs. L'empoisonnement par les poisons hyposthénisants a pour caractères essentiels non pas l'irritation locale produite par le poison, bien qu'elle soit réelle, mais les accidents généraux résultant de l'absorption, tout à fait disproportionnés avec les effets locaux qui manquent d'ailleurs très-souvent, complètement opposés à l'irritation et à l'inflammation, consistant en effet en une dépression rapide et profonde des forces vitales et liés à une altération souvent manifeste du sang.

L'empoisonnement par les poisons stupéfiants, dont la plupart étaient compris sous la dénomination impropre de narcotico-âcres, bien que ne produisant ni narcotisme ni âcreté, a pour caractère essentiel une action directe, spéciale sur le système nerveux, action dépressive qui répond à ce que l'on nomme en séméiotique la stupeur, accompagnée parfois d'une irritation locale, toujours peu intense.

L'empoisonnement par les narcotiques est caractérisé par l'action toute spéciale et distincte que l'on ne peut définir que par son nom même, le narcotisme.

L'empoisonnement par les poisons névrosthéniques a pour caractère essentiel une excitation violente des centres nerveux, dont l'intensité peut aller jusqu'à produire instantanément la mort. »

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